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Cette histoire se déroule dans un univers alternatif, plus précisément à la fin du XVIIIe siècle. Ce fut une véritable épreuve d'écrire cette fiction qui m'a pris un temps incommensurable ainsi qu'une énergie démesurée pour des heures interminables de recherche pour que tout soit le plus réaliste possible. Comme vous l'aurez — sans doute — deviné, je ne suis pas une professionnelle du XVIIIe siècle et certaines incohérences, à mon grand dam, pourraient faire surface. Si cela arrive, merci de me le faire remarquer avec toute la bienveillance que, j'en suis sûre, vous possédez et je procéderai aux modifications tout en vous remerciant infiniment. Certaines notes en bas de pages seront présentes afin de vous éclairer sur certains points. Cette histoire s'éloigne totalement de l'univers de Harry Potter.
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PREMIÈRE PARTIE
« Vanity and pride are different things,
Though the words are often used synonymously.
A person may be proud without being vain.
Pride relates more to our opinion of ourselves,
Vanity to what we would have others think of us ».
— Jane Austen, Pride and Prejudice.
PROLOGUE
Jamais le très ancien et noble manoir des Nott n'avait été aussi silencieux que ce soir-là. Aucun domestique n'osait parler, faute de savoir quoi dire dans de telles circonstances. Depuis l'extérieur de la demeure, il était sans doute possible d'entendre les pleurs des nombreux domestiques qui vivaient à l'intérieur.
Jamais Melbourne Hall* n'avait été aussi triste qu'en cette soirée d'été. Les joyeuses conversations, qui contrastaient avec les sombres murs de la bâtisse, avaient laissé place aux poignantes complaintes, les rires s'étaient perdus au milieu des sanglots et la demeure avait sombré dans une bien funeste souffrance.
Depuis sa toute première visite au manoir des Nott, la jeune fille d'un comte s'était toujours sentie chez elle en compagnie du maître de maison. En aucun cas elle n'avait été considérée comme inférieure au sein du manoir. Lorsque Lady Hermione avait mis les pieds à Melbourne Hall pour la première fois, elle était alors âgée de sept ans à peine. Dès que Ebenezer Nott l'avait vu, lors d'un voyage dans les quartiers lumineux de Paris, après avoir accompagné dans sa dernière demeure feu Lord Charles Granger, Le Très Honorable Ebenezer Nott* ne pouvait se résoudre à abandonner la fille d'un proche ami dans la misère.
Elle n'était pas plus grande que les roues de sa berline et si elle n'avait pas alors porté de jupon à cet instant, le Très Honorable aurait juré qu'il faisait face à un petit garçon. Elle était là, debout, le menton relevé, royalement vêtue d'une robe en taffetas noir, tenant fermement un morceau de tissus qui appartenait jadis à son père. Le marquis n'avait rencontré que le fils aîné des Granger lorsque le comte était de visite dans le Derbyshire avec ce-dernier pour fêter la naissance de l'héritier de Melbourne Hall Ce fut la dernière fois où Ebenezer Nott vit Charles Granger. C'est pour cela que lorsqu'il vit cette petite fille, visage étrangement semblable à celui de son père : une fossette au menton, les yeux ambrés et cette mâchoire proéminente que Lord Charles Granger arborait avec fierté.
C'était sans aucun doute cela qui avait entièrement fini de convaincre le marquis d'emmener avec lui, cette petite fille qui semblait être l'allégorie même de la bonté.
Quittant la Ville de Lumière* pour les brumes ombreuses de l'Angleterre, Melbourne Hall devint le sanctuaire de la jeune Hermione. Son éducation fut faite par l'un des meilleurs précepteurs du pays et jamais Hermione n'avait manqué de quoique ce soit au manoir. Elle grandissait en compagnie de son frère aîné ainsi que de sa jeune sœur tandis que sa mère restait enfermée dans ses nouveaux appartements que le marquis avait fait entièrement rénové quelques mois plus tôt. Lady Hermione devint, au fil des années, la plus fidèle et la plus précieuse amie du marquis. Il lui apprit tout ce qu'il savait avec une gentillesse ahurissante ainsi qu'une stupéfiante patience, ne se préoccupant guère du fait qu'elle était une femme au grand dam de son épouse, Lady Regina-Louise, dite Irina*.
C'est pourquoi, lorsque le prêtre sortit des appartements du marquis et de la baronne, que l'extrême-onction fut prononcée et que trois tintements de cloche furent entendu, Hermione, à présent âgé de dix-sept printemps, ne put retenir les nombreuses larmes qui noyaient son regard et démontrait toute l'immensité de son chagrin quant à la perte d'un homme, pour qui, elle avait toujours éprouvé la plus grande affection et le plus grand respect. Pourtant, au-delà de son admiration, il fallait reconnaître que le plus abscons était de voir le visage habituellement inexpressif de Lady Nott se contorsionner dans une tristesse cyclopéenne.
D'aussi loin que la mémoire de Hermione pouvait lui faire parvenir, elle n'avait jamais vu Madame triste. Jamais quand elle parlait de son fils et encore moins de ses âmes perdues.
À présent enfermée dans la chambre de la veuve, Hermione ne savait que dire à la femme qui ne parvenait à se raisonner sur la situation. Madame venait, avec la précieuse aide de sa dame de compagnie, d'écrire plusieurs lettres qui annoncerait le décès du Très Honorable, le marquis Ebenezer Arthur Nott, ce 18 juillet 1777. La plus difficile à rédiger fut celle qui devait être envoyée à leur unique enfant, Lord Theodore Nott. Aucun mot ne pouvait être assez minutieusement choisi pour annoncer la perte d'un père à son fils. Lady Irina ne savait guère faire cela. Quant à Hermione, elle n'était pas plus expérimentée que Lady Nott pour cela. La jeune femme n'avait jamais eu l'opportunité de rencontrer le jeune héritier du domaine de Melbourne Hall Lors de son arrivée au manoir, Lord Theodore Nott n'était pas encore revenu de son long voyage dans les nouvelles terres, et pendant ces dix longues années, jamais il n'avait daigné remettre un pied dans la demeure. Dans toute la résidence, aucun portrait du fils n'était affiché mais d'après les nombreux commérages des domestiques, Lord Nott n'était pas doté d'une grande beauté. On disait même qu'il arborait une monstrueuse cicatrice sur le visage et qu'il était toujours vêtu de noir, ce qui lui donnait un air d'âme perdue, errant dans le monde comme une âme en peine. Hermione avait entendu d'affreuse rumeurs sur lui et même si elle savait qu'elle ne devait pas prêter une grande attention aux commérages, la jeune femme ne pouvait s'empêcher d'éprouver une certaine réticence quant à sa venu à Melbourne Hall.
Le silence régnait dans la pièce. Seul le crépitement des flammes au milieu des nombreuses bûches de bois dans la cheminée régentait le mutisme dans lequel s'étaient plongées les deux femmes. Le corps encore chaud de Lord Nott était toujours installé dans le lit conjugal. Son teint était plus blanc que d'accoutumé, ses yeux, autrefois illuminés par une certaine lueur de malice et de jeunesse, étaient à présent clos pour l'éternité. Le lord était accoutré de son plus bel habit et Lady Hermione aurait juré qu'en cet instant, il était beau. Le marquis semblait être finalement en paix, son visage n'était plus crispé et il semblait si bien à présent, il ne souffrait plus.
Un soupir vint couper ce silence pesant qui commençait à rendre la situation encore plus tragique qu'elle ne l'était déjà. Lady Irina posa sa plume sur son secrétaire en merisier puis remonta distraitement son châle en cachemire noir sur ses épaules. Lady Hermione n'avait jamais vu la maîtresse de maison porter de telles sombres couleurs et préférait finalement lorsqu'elle portait ces coûteuses robes aux couleurs chatoyantes. Lady Nott releva le visage vers celui de la jeune femme et déposa une main qui se voulait réconfortante sur son épaule.
« Vous devez vous douter qu'il est impossible pour vous de rester ici maintenant que mon fils ait hérité du manoir. » commença Lady Irina d'un ton qui glaça le sang de la jeune femme. « Au retour de Theodore, il nous faudra impérativement vous marier comme le souhaitait le marquis ainsi que votre mère. »
Voilà. Elle avait enfin prononcé les mots que la candide Hermione craignait. Bien qu'elle n'avait jamais douté que sa venue à Melbourne Hall — sans remettre en doute la sincérité du marquis, n'avait été que politique. Si elle fut soulagée de constater que l'unique fils des Nott n'était pas rentré au manoir, elle déchanta très vite lorsque sa mère, la comtesse Anne Louise, rabâchait constamment aux oreilles de Madame — pour son plus grand désespoir, qu'un mariage devait avoir lieu alors que le corps de son mari était encore chaud. Lady Irina avait fini par accepter cette proposition alors que Hermione venait tout juste d'avoir dix ans. Elle se souvenait encore s'être enfuie dans les jardins aquatiques, pleurant pour la première fois depuis la disparition de son cher père. Jamais elle ne s'était sentie comme une vulgaire marchandise que l'on avait rapporté d'un pays étranger. Il lui fallut encore plus de courage aujourd'hui pour s'abstenir de courir vers les jardins.
« Sachez, très chère, que cette situation m'est tout aussi pénible qu'elle ne l'est pour vous. »
Et pour un bref instant, aussi éphémère fut-il, Lady Hermione sentit une légère sympathie émanant de Irina. Jamais elle n'avait eu un mot agréable à l'égard de la jeune femme et encore moins avait-elle osé la toucher comme elle venait de le faire. Ce n'était qu'une simple main sur une épaule, une simple tentative de consolation et cela suffisait à Hermione pour penser que Irina Nott s'autorisait enfin à lui donner une chance après toutes ces années.
Lady Regina-Louise n'attendit pas le retour de son fils pour planifier les noces au milieu de ce drame. Le temps était compté pour les Nott et il fallait formellement marier au plus vite l'héritier et engendrer un fils par la suite.
Concernant le mariage, tout ce dont Hermione était au courant était que la cérémonie aurait lieu ici même, à Melbourne Hall le 9 août 1777. La future marquise n'avait aucun mot à dire sur les festivités puisque Irina Nott avait déjà tout prévu. L'épousé porterait la robe qui avait servi la baronne lors de ses noces en 1755 ayant eu lieu dans les grandioses jardins à la française. Quant au jeune Theodore, ne pouvant porter l'habit de son père, il avait à disposition un magnifique costume de couleur beige ayant appartenu au Très Honorable, Arthur Nott — son grand-père.
Une semaine plus tard, Theodore Arthur Nott — à présent sixième marquis de Lothian, arrivait enfin à Melbourne Hall le coeur lourd. Il n'avait pas eu l'occasion de dire adieu à son père et cela le rongeait de l'intérieur. Alors qu'il enlaçait sa mère pour la première fois depuis un long moment, lorsqu'il posa les yeux sur Hermione, il lui offrit le plus beau et le plus sincère des sourires.
À la vue de cet homme en face d'elle, Hermione fut frappée par deux choses : il n'avait pas de monstrueuse cicatrice qui lorgnait son visage et il n'était pas laid. Le marquis ressemblait à un enfant — bien qu'il était de deux ans son aîné, sa redingote était bien trop grande pour lui, quant à sa pâleur, elle aurait pu effrayer n'importe qui dans la demeure. Il n'était pas très grand et semblait être assez candide. Pourtant, se tenant face à son futur époux, Lady Hermione ne pouvait s'empêcher d'éprouver un sentiment de soulagement. Il avait l'air d'être le plus gentil des hommes, avait-elle pensé. Assurément, elle pouvait s'autoriser à l'apprécier.
*Melbourne Hall est un manoir de campagne géorgien existant réellement à Melbourne dans le Derbyshire. C'était l'une des nombreuses propriétés qui appartenaient aux marquis de Lothian, la famille Kerr.
*Marquis de Lothian est un titre fondé en 1701 existant toujours aujourd'hui. Ici, Ebenezer Nott est le 5e marquis de Lothian.
*Ville de Lumière fait — comme vous l'aurez déjà deviné — référence à Paris, qui fut surnommé ainsi par les anglais depuis le XVIIIe siècle.
*Lady Regina-Louise 'Irina' Christineck (1735 - 1821) née à St Petersburg, était une baronne russe ayant épousé le baron Ivan von Freedricksz (1723 - 1779). Fictivement, Lady Regina-Louise épouse le Très Honorable Ebenezer Arthur Nott, 5e marquis de Lothian et garde le titre de baronne.
*Les trois tintements de cloches retentissent pour annoncer le décès. C'est au curé de le faire — trois coups pour les hommes, deux coups pour les femmes et un seul pour les enfants.
note de l'auteure
J'espère que ce prologue vous a plu et j'attends avec grande impatience vos premiers avis le concernant. J'espère de tout cœur que vous apprécierez. À bientôt pour le premier chapitre.
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