Salutations !

Un grand merci à Camiro, Jasmineetaladin et Mikho10A de s'être jointes à l'aventure ! Je salue encore une fois Swangranger et Flamby pour leurs adorables reviews ainsi que drou pour sa review plus qu'encourageante ! Comme précédemment, les réponses aux reviews seront en bas. Je vous souhaite à toutes et à tous une excellente lecture.


CHAPITRE II


Alors qu'elle se faisait coiffer devant sa remarquable coiffeuse en merisier, Lady Hermione ne cessait de repenser aux paroles qu'avait prononcées son époux la veille.

Il fallait sans doute avoir perdue la vue pour ne pas noter que la décision du marquis — quant à l'annonce d'un bal, avait provoqué un certain désarroi chez la marquise. Certes, étant la femme d'un homme appartenant à une famille des plus influentes de Grande-Bretagne, Hermione avait eu le temps de perfectionner l'art de la conversation ainsi que de l'hypocrisie aristocratique qui définissait ce peuple auquel elle appartenait depuis sa naissance. Vraisemblablement, elle aurait davantage dû prendre exemple sur sa mère étant plus jeune — elle qui excellait tant dans ce noble art qu'était le pharisaïsme.

Jamais Hermione — candide Hermione, ne s'était doutée de la médisance de tant de personnes réunies en un même endroit. Toutes leurs vilenies reflétaient leurs médiocrités et le manque considérable de véritable occupation dans leurs vies maussades. Assurément, être constamment seules dans un immense manoir témoignait d'une immense lassitude, et, il fallait donc trouver une certaine activité.

Ainsi, éventuellement, la marquise saurait un jour trouver sa place parmi les vipères de ce monde doré.

Quelques mèches bouclées aux reflets cuivrés venaient caresser ses tempes tandis que sa camériste* brossait doucement sa longue chevelure. Si le bouffant était à la mode, Hermione n'en raffolait guère. Elle demandait sans cesse à sa femme de chambre d'atténuer le plus possible la voluminosité de sa coiffure — et à chaque fois, comme un ange, la jeune fille aux cheveux de feu travaillait ces cheveux comme la marquise le désirait au préjudice de la baronne.

Bien que la jeune camériste ne soit entrée au service des Nott récemment, au vu de son jeune âge, Hermione avait développé une certaine compassion pour la jeune fille et c'est tout naturellement vers elle que la marquise se tournait lorsqu'elle avait des questions ou un besoin de confession.

« Connaissez-vous un certain Lord Malfoy ? »

« De nom seulement, Madame. » répondit poliment la camériste. « Cependant, ma mère l'a déjà rencontré. » ajouta-t-elle tandis qu'elle bouclait, à l'aide de ses doigts, quelques mèches.

« Que dit votre mère sur cet homme ? » interrogea Hermione en contemplant le travail de la femme de chambre à travers le miroir de la coiffeuse.

Le regard, rappelant l'océan que la marquise aimait tant, croisa celui ambré de Hermione.

« Elle dit que c'est un très bel homme, Madame. » confia la domestique. « Plus grand que Monsieur, des cheveux d'une blondeur semblable à de la neige. Maman dit qu'il est d'une grande amabilité quoiqu'un peu taciturne. C'est un homme profondément réservé et doté d'une immense fortune ! L'on dit qu'il possède la moitié du Wiltshire*. » ajouta-t-elle sur le ton de la confidence. « Il a hérité de toute la fortune à la mort de son père qui était fils unique et se retrouve ainsi à la tête de plusieurs propriétés ainsi que d'un titre dont il ne sait quoi faire… Paraît-il qu'il s'est engagé dans cette guerre* dès qu'il eut vingt-trois ans… »

La marquise n'entendit pas la suite de l'histoire, pensant à la confidence que venait de lui faire la jeune fille. Ainsi donc, Lord Malfoy était seul. Hermione n'osait imaginer l'effroi qu'il avait dû vivre en combattant en Amérique sans quelconque gage qu'il reviendrait un jour. Son nom aurait disparu avec lui et la jeune femme se mit alors à songer que le même acabit se produirait sans doute si elle n'arrivait pas à mettre au monde un garçon. De toute évidence, Hermione ne pouvait se résoudre à lui faire cela.

Hermione se demanda si Lord Malfoy avait choisi cette solitude ou si elle était arrivée sans qu'il ne puisse s'en détourner. Car la marquise savait — sans doute mieux que quiconque, que la solitude était une douce complaisance qui pouvait se révéler amer au fil du temps.

Il était seul. Tout comme elle. Soudain, le désarroi que Hermione avait auparavant ressenti s'évapora aussitôt, laissant place à une certaine sympathie envers cet étranger qui semblait en réalité si familier.

« Cela vous plaît-il, Madame ? » interrompit la camériste qui esquissait un sourire poli au coin des lèvres.

Passant son regard des yeux azur de la rousse à son reflet dans le miroir nacré, la marquise se sentit doucement rougir, ayant l'effroyable impression que sa camériste avait pu lire dans ses pensées. Que penserait le monde s'il savait qu'elle pensait à un autre homme qu'elle ne connaissait point ?

« C'est parfait. » répondit finalement Hermione en prenant une légère inspiration. « Merci Ginevra. »


« Miss Caroline, pour l'amour du ciel ! Tenez-vous convenablement. »

Si lorsque Lady Regina-Louise était dans les parages, Miss Minerva pouvait être assurée que l'aînée des filles Nott se tiendrait parfaitement — comme une parfaite lady, semblait lui souffler la voix de la baronne, dès lors qu'elle disparaissait, Mademoiselle Caroline ne tenait plus en place.

Dans la salle d'étude des enfants, Miss Minerva — gouvernante, s'efforçait à faire la lecture à la jeune fille depuis une bonne vingtaine de minutes. Cette enfant était pire que Pandora, interrompant la lecture à chaque instant pour poser des questions qui n'avaient — bien évidemment, rien à voir avec l'Émile*. Et quand elle n'intervenait pas entre chaque mot, Mademoiselle Caroline se levait de son siège, lasse d'écouter la rencontre entre Émile et la jeune Sophie...

« Pourquoi n'aurai-je pas le droit d'assister à ce bal ? » demanda-t-elle soudainement.

Jouant distraitement avec une des pages de l'ouvrage, Miss Minerva, l'air pincé, intima la jeune fille de se rasseoir à ses côtés avant de répondre, sa robe anthracite contrastant avec la soie fleurie.

« Car vous êtes encore bien trop jeune pour cela. » rétorqua la gouvernante d'un ton las.

« Quel âge dois-je avoir pour m'y rendre ? »

« L'âge de savoir se tenir convenablement. » asséna Miss Minerva tandis que la jeune fille s'installa de nouveau à son siège, retenant un profond soupir d'ennuie. « Reprenons, voulez-vous ? »

Alors que Miss Caroline haussa seulement les épaules en guise de réponse, la jeune lady fut instantanément intéressée par un rayon de soleil qui venait traverser la fenêtre dont elle pouvait percevoir au travers, les jardins aquatiques — l'endroit préféré de sa mère, après la bibliothèque. Le faisceau de lumière semblait chaud et agréable ainsi, Caroline n'eut qu'une envie : sortir dehors. Sans doute Miss Minerva la maudirait une fois de plus mais la sollicitation de l'air chaud était beaucoup plus fort que les phrases beaucoup trop longues de ce cher Rousseau.

« Sommes-nous obligés de continuer ? Il fait un temps magnifique dehors. Je suis sûre que Lucy aimerait s'y promener. » mentionna Caroline.

« Votre soeur fait la sieste, Mademoiselle. » informa la gouvernante qui était à présent désespérée par l'attitude de la jeune fille. Devant la mine déconfite de la lady, Miss Minerva s'autorisa à fermer le livre et soupira. « Mais vous avez raison, pourquoi rester enfermées à l'intérieur alors qu'il fait si beau dehors ? Nous reprendrons plus tard. »

Sous le véritable sourire que lui offrit alors Miss Caroline, Minerva McGonagall ne pouvait s'empêcher de retenir le sien. Cette enfant avait beau n'en faire qu'à sa tête, la gouvernante — bien qu'un peu stricte et pénible, donnerait tout pour la faire sourire et lui faire plaisir. Miss Caroline était le petit rayon de soleil qui éclairait le bien morose Melbourne Hall.


Alors que le soleil caressait les joues de la jeune Caroline, confortablement installée sur l'un des fauteuils de la bibliothèque, Lady Regina-Louise fixait longuement sa belle-fille.

Corsetée dans une robe de brocart, la marquise de Lothian semblait intensément intéressée par son livre. Si tant est que la baronne pouvait lire le français, elle aurait sans aucun doute été intriguée par Les Liaisons dangereuses*.

« Comment vous sentez-vous aujourd'hui, ma chère ? »

Légèrement surprise par la voix traînante de sa belle-mère, la marquise releva rapidement la tête vers son interlocutrice, faisant — par mégarde, craquer doucement son cou.

« Il me faut avouer que mes douleurs au dos s'intensifie. Il me tarde de donner naissance. » avoua Hermione en refermant son livre après avoir mémorisé la page.

Si pendant tout le long de ses deux premières grossesses la marquise n'avait ressentie aucune douleur, celle-ci en offrit son flot. Entre le manque considérable de sommeil, les quelques gonflements et les souffrances de son dos, Lady Hermione était royalement servi.

« Il nous tarde aussi d'enfin voir notre petit héritier. » confessa la baronne. « Prenez-vous les potions convenablement ? »

'Les potions' était sans doute la chose la plus répugnante que la marquise avait eu à prendre de sa vie. Désespérant davantage quant au manque d'un héritier, Lady Regina-Louise avait fait venir d'Espagne des remèdes miracles — c'est ainsi qu'elle les avait présenté, destinés à aider le destin quant à la conception d'un garçon. Depuis l'annonce de sa troisième grossesse, la baronne avait pour ainsi dire insisté pour que Hermione en prenne tous les jours.

« Chaque matin et chaque soir, Madame. »

« Bien. Vous n'êtes pas sans savoir que les temps sont comptés... » piaffa la baronne.

« Je le sais... »

« Alors espérons que votre corps s'efforce de nous faciliter la tâche cette fois-ci. » assena Lady Regina-Louise.

Cela aurait été excessivement merveilleux si Lady Regina-Louise Nott, baronne Christineck, n'avait cette fois-ci nullement rejeté la faute sur sa belle-fille. Sans cesse, la baronne éprouvait le plaisir de rappeler à la marquise qu'elle avait échouée quant à la tâche qui lui avait été attribué. Si la situation n'avait été aussi alarmante à l'époque, nul doute que la baronne aurait choisis une autre personne pour remplir cette tâche.

C'était à croire qu'elle était maudite ! Dans son entourage, tout le monde arrivait à donner naissance à un garçon. Sa sœur avait donné naissance, un an plus tôt, à un fils. Sept ans plus tôt, sa belle-sœur donna naissance à un garçon également. Seule Hermione éprouvait des difficultés comme si la Providence refusait de lui accorder le repos dans son rôle d'épouse car la marquise savait que jamais Lady Regina-Louise ne laisserait Hermione tranquille tant que Theodore respirait.

« Lord Malfoy est-il réellement un grand ami de Theodore ? » s'entendit-elle demander pour éviter les médisances de la baronne.

« Il est même plus que cela ! » s'exclama théâtralement Irina. « Lord Malfoy et mon fils étaient comme des frères. Je suis enchantée de le savoir rentrer au pays après tant d'années. »

« Pourquoi ne l'ai-je jamais vu ici ? » s'enquit la marquise.

« Que les Dieux soient loués ! » fit la baronne. « Pourquoi aurait-il fallu qu'il vous voit ? Voyons, Lord Malfoy est un homme très occupé. Pensiez-vous que nous allions l'inviter ici juste pour vous rencontrer alors que mon fils était ailleurs ? Vous êtes si naïve, très chère. »

La marquise baissa machinalement la tête, honteuse que sa curiosité ait dépassé ses limites. Un jour, Hermione aurait la force d'être aussi acerbe que sa belle-mère.

« Pardonnez ma curiosité, Lady Irina… »

« Puis-je vous donner un conseil ? » coupa la baronne.

« … Naturellement, Madame. » accepta Hermione, douteuse.

« Lorsque Lord Malfoy sera présent… Contentez-vous d'être ce que nous attendons de vous : soyez la parfaite femme à la hauteur du titre qui vous a été donné et parlez lorsque l'on s'adresse à vous. » cingla-t-elle d'une voix si douce que cela aurait pu passer pour un compliment. « Nullement besoin d'ennuyer notre invité par vos badinages sans intérêt. Le silence est une vertu que vous ne connaissez guère, ma chère. »

Et elle disparut dans un tourbillon d'or et de soie, laissant Hermione avec ses pensés et ses vieux démons.


*La camériste, ou femme de chambre, est chargée d'habiller sa maîtresse, de prendre soin de ses vêtements, de porter des messages, d'encourager ou discourir ses amants, et accompagner sa maîtresse sur les courses. Dans la 'hiérarchie' des employés de maison, la camériste se trouve juste en dessous des dames de compagnie.

*Le Wiltshire est un comté du Sud-Ouest de l'Angleterre, situé à 165 miles (environ 265 km) du Derbyshire et 91 miles (146 km) de Londres. Dans Harry Potter, le manoir des Malfoy se trouve dans le Wiltshire, c'est donc tout naturellement que j'ai précisément choisis ce comté !

*Cette guerre — je le rappelle, est la guerre d'indépendance des États-Unis (1775 - 1783).

*Le mythe de Pandora ou Pandore : Dans la mythologie grecque, elle est la première femme humaine façonnée dans l'argile par Héphaïstos (dieu de la forge) et animée par Athéna (déesse de la sagesse). Selon le mythe, les dieux de l'Olympe firent chacun cadeaux à Pandora d'une qualité, le dieu Hermès (messager des dieux) lui offrit — entre autre, la curiosité. Les dieux lui confièrent une boîte où Zeus l'interdit de l'ouvrir. Dévorée par la curiosité, Pandore ouvrit la boîte et délivra alors tous les maux qui se répandirent pour la première fois sur terre (la vieillesse, la maladie, la guerre, la famine, la misère, la mort, le vice, la passion, l'orgueil, l'espérance…). Elle est associée au mythe de la boîte de Pandore.

*Émile, ou de l'Éducation est un roman philosophique de Jean-Jacques Rousseau (1712 - 1778) publié en 1762.

*Les Liaisons dangereuses est un roman épistolaire écrit par Laclos (1741 - 1803) et publié en 1782.


note de l'auteure

Je dois reconnaitre que ce n'est pas un chapitre fort intéressant mais il faut bien poser le cadre et présenter un minimum le contexte avant de passer directement à l'aventure. Vous vous doutez bien que je n'allais pas faire apparaître Draco dès le deuxième chapitre d'un claquement de doigt pour qu'au chapitre 5 il y ait de la romance entre la marquise et le comte ! Lord Malfoy arrivera au prochain chapitre (ou au suivant, ce sera la surprise). Qu'avez-vous pensé de ce chapitre ainsi que des nouveaux personnages qui font une brève apparition ? Nous aurons l'occasion de les approfondir très prochainement — j'ai de grands projets. Si vous souhaitez me laisser votre avis, je me ferais une joie de le lire et d'ainsi échanger avec vous — que ce soit dans la section 'review' ou bien par message privé. Bien à vous…

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RÉPONSES AUX REVIEWS

Swangranger : Merci pour ta review ! Bonne déduction haha sauf qu'elle sera sans doute pire que Narcissa ;-). LMDB.

Flamby : Je suis heureuse que tu aies apprécié ce premier chapitre. Merci pour ta review et j'espère que ce chapitre, avec de nouveaux personnages, te plaira tout autant ! LMDB.

drou : Coucou ! Ton commentaire m'a littéralement donné le sourire pendant un long moment, je suis si touchée que cette histoire te plaise. Merci beaucoup de m'avoir lu. Au plaisir de te lire très prochainement ! LMDB.

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