Bonjour, bonsoir.

Je salue jane9699, katymyny et BrunasseLucile d'avoir rejoint l'aventure ! Mille merci à Swangranger et Flamby pour leurs reviews, vous ne savez pas à quel point cela me fait plaisir. Les réponses aux reviews sont en bas, je vous laisse avec le chapitre trois, bonne lecture à toutes et à tous.


CHAPITRE III

une semaine plus tard


Cela faisait bien longtemps que le domaine des marquis de Lothian n'avait pas été autant en effervescence qu'en ce jour.

Des cuisinières entièrement dévouées au mets qu'elles préparaient, en passant par les palefreniers qui s'inquiétaient du bien-être des illustres pur-sangs, aux nombreux domestiques qui, en compagnie de l'épineuse Lady Regina-Louise Nott, veillaient à ce que tout soit incontestablement parfait pour l'arrivée du comte de Pembroke*.

L'argenterie venait d'être lustrée, l'immense table en bois venait d'être recouverte d'une nappe de soie blanche qui offrait un côté presque céleste à la bien triste pièce. Devant le regard inquisiteur de la baronne, aucuns des domestiques n'osaient bouger le moindre orteil. C'était à peine s'ils osaient respirer, craignant, que par un excès d'agacement, la baronne ne décide de les renvoyer.

Le bois craquait sous les pas gracieux qu'exerçait la baronne, son regard assombri par le temps scrutant attentivement l'argenterie qui venait d'être posé. Il fallait que tout soit absolument grandiose. Si Melbourne Hall n'avait pas connu une telle attention depuis le mariage de Lord et Lady Theodore Nott, le printemps venait tendrement chatouiller l'extérieur de la demeure, aidant ainsi Lady Regina dans sa tâche, à présent, le domaine revivait enfin.

Une chose était sûre, Lady Regina-Louise — baronne Christineck, savait mener d'une main de fer les humbles domestiques entièrement à son service. Depuis son arrivée dans le Derbyshire, la jeune lady — alors âgée de dix-neuf printemps à l'époque, dirigeait d'une main de maître le très respectable manoir, laissant peu de place à son nouvel époux pour démontrer toute sa grandeur et ses aptitudes en tant que maître de maison.

Qu'il était loin le temps où elle observait la future impératrice de toutes les Russies* au palais d'Hiver* à Saint-Pétersbourg tandis qu'elle espérait encore épouser l'héritier de l'Empire*.

Elle avait tant appris au sein même de la capitale de l'Empire*. L'art de la conversation, de l'hypocrisie impériale ainsi que de l'observation. Oui, bien qu'elle ne fut la fille que d'un simple baron, la jeune Irina Christineck avait réussi, malgré son jeune âge, à se façonner une réputation au cœur de l'Empire.

Fine observatrice, prêtant toujours attention aux conversations qui se tenaient tout autour d'elle, elle était devenue la petite protégée de la Clémente Elisabeth* qui lui promit un digne avenir. Quittant ainsi la modeste maison dans laquelle elle vivait pour séjourner au palais impérial, Irina obtenu enfin ce dont elle rêvait. La gloire, la grandeur, la promesse d'un avenir radieux. Durant sa courte vie, la jeune fille s'était préparée à l'instant où elle épouserait un homme influent, un homme qui lui offrirait le titre qu'elle méritait. Celui de tsarine.

Quelle humiliation ce fut lorsqu'elle préféra marier une princesse allemande née en Prusse plutôt que la fille dont le père avait participé à la grandeur de la Russie. Jamais la jeune femme n'avait oublié cette trahison qui lui avait coûté son fameux avenir ainsi que sa place au sein de la cour impériale.

C'est donc à l'âge de quatorze ans que la jeune Irina Christineck quitta les vastes terres de l'Est pour les brumes d'Angleterre, désireuse d'édifier elle-même le destin qu'elle voulait. Manifestement, la Grande-Bretagne lui offrit plus que ce qu'elle aurait pu aspirer. À peine était-elle arrivée sur le territoire, que, dans les nombreux salons, on ne parlait que d'elle. Elle était jeune, d'une beauté à la fois étrangère et si intrigante, avec une dot plus conséquente que les jeunes filles de Londres et son étroit lien avec la tsarine avait bien évidemment fait le tour des commérages. Pour une fois que les ragots servaient à quelques choses… Car grâce à eux, elle était arrivée là où elle le voulait.

Cinq années plus tard, les portes de Melbourne Hall s'était ouvert à elle, lui offrant l'avenir qu'elle aurait dû avoir quelques années auparavant. Cependant, rien ne s'était passé comme prévu…

« Miss Brown. » nomma la baronne sans quitter des yeux la table. « Je souhaiterais m'entretenir avec vous dans mes appartements. »


Tout était irréprochable. Chaque domestique arborait une tenue immaculée et un visage d'une propreté déconcertante tandis qu'ils attendaient patiemment l'arrivée de l'hôte du marquis de Lothian. Lady Regina-Louise, corsetée dans une robe de velours amarante, se tenait à droite de son fils, agitant lentement son éventail d'un geste las. Lord Nott, guindé dans son somptueux costume bleu roi, souriait d'impatience à l'idée de revoir son vieil ami. Lady Hermione, quant à elle… Revêtue d'une simple robe en percale crème, tenait dans chacune de ses deux mains celles de Mademoiselle Caroline et Miss Lucy.

Les deux enfants ne bougèrent pas d'un pouce, effrayées à l'idée des réprimandes que pourrait leur offrir leur grand-mère et il fallait reconnaître que les sombres regards qu'elle leur accordait de temps à autre n'arrangeait nullement la situation.

Situation qui se détériorait à mesure que le temps passait. Si Hermione en avait plus qu'assez de rester assise, cette fois-ci, elle ne pouvait plus rester une seconde de plus debout. Son dos lui faisait atrocement souffrir et la douce brise de printemps avait laissé place à une odieuse chaleur qui semblait se moquer d'elle. Ainsi, tout semblait être contre la marquise.

Grâce au ciel, le bruit d'une voiture se fit entendre au loin, preuve que Lord Malfoy, 11e comte de Pembroke, arrivait enfin à Melbourne Hall. Hermione remarqua, avec un amusement dissimulé, l'agitation que cela avait suscité chez Mademoiselle Caroline, Miss Lucy ainsi que tous les domestiques présents dans l'assemblée.

Un seul regard suffit à dissiper l'émoi.

Vint enfin le moment tant attendu. L'élégante diligence semblait presque avoir été fabriquée par des mains célestes tant elle démontrait au monde l'importance qu'elle cachait en son antre.

Une fois arrêtée, la marquise de Lothian dû retenir son impatience quant à la découverte de cet étranger sur ses terres.

Lorsque Lord Malfoy descendit de sa berline, Hermione constata avec ravissement que sa camériste n'avait guère menti.

L'étonnante blondeur renvoyait toute la grandeur que le comte de Pembroke représentait par ce front hautain, ce menton relevé, ces riches habits et cet étrange regard voilé de fantômes.

« Lord Nott. » prononça-t-il en esquissant un léger signe de tête.

Le marquis contempla longuement l'homme qu'il connaissait depuis son enfance. L'homme qu'il n'avait plus vu depuis presque sept ans. La marquise eut du mal à croire que ces deux hommes avaient grandi ensemble lorsqu'elle les vit se dévisager. Assurément, son époux avait eu une épouvantable idée.

Puis, le silence se brisa enfin. La cour de Melbourne Hall revivait enfin sous les rires du marquis de Lothian et du comte de Pembroke. La chaleureuse accolade qu'ils s'autorisaient suffisait à convaincre la marquise, qu'en définitive, ils étaient amis.

« Mon vieil ami ! » s'exclama Theodore en tapotant légèrement le dos du comte. « Que vous a fait l'Amérique pour être encore plus blanc que votre chevelure ? »

« Que vous a fait l'Angleterre pour être aussi fatigué ? » rétorqua le comte sur un ton malicieux.

« Bien des choses, Draco. Bien des choses. » convint le marquis évasivement. « Il faut impérativement que je vous présente quelqu'un. » Theodore s'approcha de son épouse pour attraper avec une délicatesse présumée la main de la marquise, lui offrant par la suite un tendre sourire. « Cher ami, voici Lady Hermione Granger, mon épouse. »

Si tant est que Hermione fût plus observatrice que cela, elle aurait sans doute remarqué le trouble qu'avait provoqué l'évocation de son nom de jeune fille.

« Madame. » salua Lord Malfoy en esquissant une légère révérence. « Je suis navré pour votre frère, Madame. »

Si Hermione parut décontenancée un instant par la mention de son frère, aucuns ne le remarqua. Cela faisait si longtemps qu'une personne autre que sa famille n'avait fait référence à Christopher Granger.

« C'était il y a fort longtemps. » décida de répondre la marquise, refusant de laisser son regard se voiler à la simple mention de son bien aimé frère.

« Votre frère était un homme honorable. » insista le comte.

« Lord Malfoy. » intervint une voix délicieusement chaude. « Quel ravissement de vous revoir enfin. »

C'est avec une lenteur accablante que Lord Malfoy se retourna vers la baronne qui arborait un sourire radieux. Elle semblait être une tout autre personne et Hermione fut surprise de constater qu'elle aimerait la voir ainsi plus souvent si tant est qu'elle ne la haïssait pas autant qu'elle ne l'estimait.


*Comte de Pembroke est un titre existant toujours aujourd'hui, fondé en 1138.

*L'impératrice de toutes les Russies dont il est question ici est la future Catherine II, née Sophie Frédérique Augusta d'Anhalt-Zerbs (1729 - 1796), qui fut impératrice de 1762 à sa mort en 1796.

*Le palais d'Hiver fut la résidence officielle de 1732 à 1917 des monarques russes, située à Saint-Pétersbourg.

*L'héritier de l'Empire est ici Pierre III (1728 - 1762). Durant l'année 1742, la nouvelle impératrice de Russie, Elisabeth Petrovna, sœur de sa mère, le fait mander à Saint-Pétersbourg pour en faire son héritier. Il deviendra empereur le 5 janvier 1762 jusqu'au 9 juillet de la même année à cause d'un coup d'état organisé par sa femme, Catherine II.

*La capitale de l'Empire (1721 - 1917) est Saint-Pétersbourg.

*Elisabeth Ire, dite Elisabeth la Clémente, (1709 - 1762) fut impératrice de Russie de 1741 à 1762.

La famille Christineck : je tenais à faire un point dessus. D'après mes recherches, nous savons peu de choses sur eux. Bien évidemment, je pense qu'elle n'a jamais séjourné au palais d'Hiver ou bien rencontré la tsarine Elisabeth Ire ou le tsar Pierre III. Ce que je sais, cependant, c'est que son mari — le baron Ivan von Freedricksz, était le banquier de l'impératrice Catherine II de Russie. Alors je me suis dit : pourquoi pas modifier légèrement la réalité ? Alors oui, elle est bien née à Saint-Pétersbourg et est devenue baronne en épousant Freedricksz. J'ai décidé de faire de son père un baron et d'en faire un homme 'important' pour l'Empire. Sans doute aurait-il mérité un 'meilleur' titre, mais je ne voulais pas m'éloigner de ce que Lady Regina-Louise était : une baronne.


note de l'auteure

Lord Malfoy est enfin là ! J'espère que son arrivée vous convient. Elle est assez simple et sans doute pas aussi grandiose que vous l'espériez mais le voilà. Un chapitre où vous en apprenez assez sur les années de Lady Regina-Louise, qu'en avez-vous pensé ? Pour ma part, il me faut reconnaître adorer écrire ce personnage, elle a une personnalité très intéressante qui me tarde d'explorer davantage. Ce n'est pas un chapitre plus qu'intéressant et je dois avouer ne pas en être extrêmement fière mais il faut bien passer par des moments guère intéressants avant de passer aux choses sérieuses. En espérant que ce chapitre vous aura un tant soit peu divertit.

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RÉPONSES AUX REVIEWS

Swangranger : Il faut bien qu'elle se renseigne sur qui elle va accueillir sous son toit pendant quelques temps, n'est-ce pas ? Merci encore pour ta review, j'espère que tu apprécieras ce nouveau chapitre. LMDB.

Flamby : Lady Regina est un personnage... disons sympathique à sa manière ? Je suis contente que le personnage de Caroline te plaise, haha, j'ai du mal à écrire les enfants sans les rendre agaçant donc cela me rassure. Merci encore pour ton avis, j'espère te lire bientôt. LMDB.

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