Trois vieilles dames tricotent les chaussettes de la mort

J'avais l'habitude de vivres des choses bizarres. Ce n'était pas la première fois qu'on m'attaquait, pas le premier changement d'entourage du jour au lendemain sans que personne ne s'en aperçoive. Pourtant, cette fois, c'était différent. Déjà, c'était la première fois que une de mes profs ( ou maîtresse ) s'avérait être un monstre voulant me bouffer et ce n'était pas si facile de faire comme si elle n'avait jamais existé. Les lapsus pendant les cours de maths étaient compliqués à gérer. Mme Kerr était tout l'inverse de Mme Dobbs, mais je me trompais toujours dans les noms. Elle ne m'en tenait pas rigueur, mais toute la classe me regardait comme une extraterrestre à chaque erreur. Ils n'avaient pas l'habitude de m'entendre me tromper !

Le pire c'était sans doute Grover. À chaque fois que je me trompais de nom, je le sentais se raidir sur sa chaise puis me regarder intensément.

Il savait.

Je ne savais pas comment mais il savait ce qui c'était passé, il savait que Mme Dobbs avait été notre prof de maths et qu'elle avait mystérieusement disparu pour que Mme Kerr prenne sa place. Pourtant je ne lui en ai jamais parlé. J'attendais. J'attendais qu'il m'explique ce qu'il savait. J'avais confiance en lui après tout. C'était le premier, le seul pour lequel mon instinct m'avait laissé tranquille, mon premier, meilleur et seul ami.

Le temps continuait de se détraquer au fur et à mesure de l'année scolaire. Un orage a fait éclater la fenêtre de mon dortoir, et si je ne l'avais pas senti j'aurais pu être blessée. Quelques jours plus tard une énorme tornade est passée à seulement quatre-vingt kilomètres de Yancy. Les phénomènes d'actualités que nous étudions en cours portaient sur le nombre inhabituel d'avion qui s'étaient abimés dans l'Atlantique au cours de cette année.

J'ai fini par en avoir marre de ce temps, et je devenais encore plus facilement irritable. Malgré mes notes impeccables, j'étais de plus en plus violente avec les gens qui m'entouraient. Les filles de mon dortoir n'osaient plus m'approcher sous peine d'avoir les cheveux mouillés toute la journée. Même les dragueurs les plus têtus ne venaient plus m'embêter depuis que l'un d'eux était passé par la fenêtre du premier étage, entrainant mon renvoi définitif à la fin de l'année scolaire. Le directeur avait envoyé une lettre de renvoi à ma mère qui m'avait appelée. Elle était au moins d'accord avec moi sur une chose : il n'avait pas à essayer de me toucher les fesses !

J'en avais marre. Je voulais juste être ma mère dans notre appartement, même si ça m'obligeait à aller à une école publique et à supporter mon enfoiré de beau-père.

Pourtant, certaines choses à Yancy me manqueraient. La vue sur la forêt de ma chambre, les balades dans le parc de l'internat avec Grover, les soirées passées à côté du Lac... Grover me manquerait. Il était mon seul ami, et j'espérais qu'il n'aurait pas trop d'ennuis l'année prochaine, sans moi pour le protéger.

Les cours de Latin de Mr Brunner me manqueraient aussi. Les longues heures à discuter des mythes et légendes, les tournois organisés dans sa classe, sa foi en moi...

A l'approche des examens, je ne prenais même plus la peine de réviser, ou d'écouter en cours. Seul Mr Brunner m'arrachait des réponses et il était le seul prof qui ne me mettait pas dehors pour "insolence manifeste envers un professeur". J'étais déjà virée, pourquoi faire des efforts pour des profs qui se fichaient royalement de moi tant que j'avais des bonnes notes aux contrôles ?

La veille des examens, mon humeur était aussi sombre que le ciel orageux qui annonçait un déluge pour le lendemain. Avant que je ne me décide à briser un des murs de ma chambre avec un coup de poing rageur, je décidai de descendre parler Mr Brunner avec en salle des professeurs. Il était toujours calme et gentil avec moi.

Je me déplaçait silencieusement dans les couloirs. Pas question de me faire interpeller par un surveillant quelconque avant d'avoir atteint mon objectif.

La porte du bureaux de Mr Brunner était entrebâillée ; la lumière de sa fenêtre s'étirait sur le sol du couloir plongé dans le noir.

Je m'apprêtait à ouvrir la porte lorsque j'entendis des voix. Mr Brunner a posé une question. Une voix qui était indiscutablement celle de Grover a répondu :

-... du souci pour Edith, monsieur.

Je me suis figée, et me suis entourée de Brume afin d'être sure de ne pas me faire repérer.

Je n'aimais pas écouter aux portes. Si je voulais savoir quelque chose, j'allais directement demander à la personne concernée, et si jamais quelqu'un essayait de m'espionner, il était sûr de passer un sale quart d'heure. Pourtant, je décidai d'espionner cette conversation. En même temps je vous met au défi de vous retenir d'écouter lorsque vous apprenez que votre meilleur ami parle de vous à un des seuls adultes que vous appréciez. La conversation continuait.

-... seule cet été, disait Grover. Je veux dire, une Bienveillante dans notre école ! Maintenant que nous en avons la certitude et qu'ils le savent eux aussi...

- Nous ne ferions qu'aggraver les choses en la bousculant, a dit Mr Brunner. Il faut qu'elle murisse davantage. Dans l'état actuel des choses, elle ne nous ferait pas confiance et risquerait de se braquer.

-Mais nous n'avons pas le temps ! L'échéance du solstice d'été...

-...devra être résolue sans elle, Grover. Qu'elle profite de son ignorance tant qu'elle le peut encore.

-Mais, elle l'a vue, Monsieur. Même si elle n'en parle pas, elle l'a vue !

- Son imagination, a insisté Mr Brunner. La Brume sur les élèves et sur les enseignants a suffi à la convaincre. De plus, elle semble parfaitement capable de se défendre, vu comment elle se bat.

-Monsieur... je ne peux pas échouer dans mes fonctions. Je ne veux pas la perdre ! ( Grover avait la voix étranglée par l'émotion ) Vous savez ce que cela signifierait.

-Ce n'était pas ta faute Grover. J'aurais du la reconnaitre pour ce qu'elle était vraiment. À présent, soucions-nous plutôt de maintenir Edith en vie jusqu'à l'Automne prochain.

Des bruits de pas ont retenti à l'extrémité du couloir. immédiatement, je me suis glissée dans le bureau d'à côté, tandis qu'une immense ombre s'étirait dans l'entrebâillement de la porte de Mr Brunner.

Une créature bien plus grande que mon prof s'avanca dans le couloir, armée d'un arc. Un clip-clop assourdi a retenti dans le couloir et j'ai senti une présence renifler derrière ma porte. Silencieusement, je me suis mise en position de combats. Pas question de me laisser tuer sans rien faire. Pourtant la Brume semblait faire effet, puisque la voix de Brunner a résonné dans le couloir.

-Rien, a-t-il murmuré. J'ai les nerfs à fleur de peau depuis le solstice d'hiver.

- Moi aussi, a répondu Grover. Pourtant, j'aurais juré...

-Il est temps d'aller se coucher, maintenant, Grover, lui a dit Mr Brunner. La journée sera longue, demain, avec tous les examens.

-Je n'ai pas oublié.

La lumière s'est éteinte dans le bureau de . J'ai baissé ma garde, que j'avais maintenu tout ce temps et j'ai soufflé un bon coup. Visiblement, Grover et mon professeur me cachaient quelque chose, quelque chose d'important. Et ils étaient tous les deux d'accord pour dire que j'étais en danger.

J'attendrais qu'ils m'expliquent. Après tout, cela faisait plus de quatre ans, quatre ans depuis que le premier monstre était apparu. Quatre ans que j'attendais qu'on m'explique. Pour ne pas inquiéter ma mère adorée, je ne lui avais rien dit. Elle n'était pas au courant que je me battais pour ma vie régulièrement. Pour elle, j'étais toujours sa petite fille qui jouait de la musique pour lui faire plaisir, et qui chantait pour lui rendre son sourire. Pas question de l'impliquer dans mes problèmes. Et si Grover et Brunner savaient quelque chose... Et bien j'attendrais encore un peu mes réponses.

Le dernier jour du trimestre, je bouclais ma valise absolument ravie de partir de cet endroit. Je n'avais presque pas parlé à depuis que j'avais entendu cette conversation et Grover n'avait pas décroché un mot en rapport au Latin ou à la mythologie. Si j'étais restée une année supplémentaire, j'aurais surement fais le forcing pour leur tirer les vers du nez. Mais après tout, Mr Brunner me l'avait dit lui-même : je n'étais pas normale. Et les gens différents, ils n'ont aucune importance dans la société.

J'entendais dans l'autre chambre les filles discuter de ce qu'elles allaient faire de leurs vacances. C'était des enfants à problèmes, elle aussi. Mais elles étaient riches. C'était là notre plus grosse différence. Moi, j'étais rien du tout, juste une enfant trop différente issue d'une famille de la plèbe. Ne vous méprenez pas. J'aimais ma mère plus que tout et elle me le rendait bien. Je savais que ce n'était pas sa faute si j'allais passer l'été à faire des petits boulots pour me faire de l'argent de poche. Qui sait, cette année je pourrais peut-être remplacer mon vieux violon bien trop usé ?

La seule personne dont je redoutais d'être séparée était Grover. Même si je savais qu'il me cachait des choses, il restait mon seul ami et m'aidait beaucoup à me calmer. En fin de compte, les adieux tant redoutés furent repoussés. Etonnement, Grover avait pris un billet pour New York par le même autocar que moi et nous nous sommes donc retrouvés côte à côte une fois de plus.

Pendant tout le trajet, Grover n'a pas arrêté de se trémousser tout en jetant des coups d'oeil inquiet et méfiants à tous les passagers. Il était toujours nerveux lorsque nous quittions Yancy. Jusqu'à présent je le pensais juste stressé, mais si il était chargé de me protéger, il y avait effectivement plus de risques à l'extérieur d'un pensionnat super sélectif. Visiblement Mme Dobbs n'était pas au courant.

Finalement j'ai craqué. J'en avais marre qu'il dégage des ondes de méfiance pendant que je réfléchissais tant bien que mal à la façon de lui faire mes adieux. Je lui lançais d'un ton agacé :

- Si tu chercher des Bienveillantes, ce n'est pas la peine, il n'y a que des humains dans ce bus.

Grover sursauta tellement fort qu'il faillit en tomber de son siège.

- Qu'est-ce que... Qu'est-ce que tu veux dire ?

- J'ai écouté ta conversation de l'autre jour avec . D'ailleurs Mme Dobbs était beaucoup de choses mais certainement pas bienveillante.

Sa mâchoire en tomba au sol sous la surprise.

- Qu'as-tu entendu ? m'a-t-il demandé.

Je lui répondais d'un ton blasé au possible.

- Pas grand chose. C'est quoi l'échéance du solstice d'été ?

Il a grimacé d'inconfort. Visiblement, faire des cachotteries c'était bien plus simple que d'expliquer.

- Ecoute Edith... je m'inquiétais pour toi, c'est tout, tu comprends ? Comme trouvais que tu n'étais pas attentive pendant ses cours, j'essayais seulement-

- Grover, tu est un très très mauvais menteur.

Ses oreilles se sont tentées d'un joli rose vif me faisant doucement rigoler. Finalement, il a tiré de sa poche de chemise une carte de visite en mauvais état et me l'a tendue.

- Prends ça d'accord ? Au cas où tu aies besoin de moi cet été.

Je regardais distraitement la carte tout en le charriant un bon coup.

- Grover tu es tout de même au courant que c'est moi qui passe mon temps à te défendre ?

Je redirigeais mon attention sur l'étrange adresse qu'il m'avait donné. Colline des Sang-Mêlé ? Sérieusement ? Jusqu'à quel point fallait-il être bizarre pour appeler une résidence comme ça ?

Grover me regardait en se tordant nerveusement les mains.

- C'est, euh... mon adresse d'été.

Je le regardais avec un petit sourire triste. Je n'aurais jamais pensé qu'il puisse venir d'une famille riche.

-D'accord, ai-je dit d'un ton maîtrisé. Si je veux venir voir ton manoir je t'appelle, c'est ça ?

Il a hoché la tête, tout en continuant de maltraiter ses pauvres mains qui n'avaient rien demandé.

- Ou...ou si tu as besoin de moi.

- C'est retenu. La prochaine fois qu'une Furie m'attaque, je te donnerais un coup de fil.

J'ai dit ça un peu plus sarcastiquement que je le voulais. Il n'était pas responsable de ce qui m'était arrivé les dernières années.

- Ecoute, Edith, c'est très sérieux tu sais. C'est la vérité, je suis censé te protéger en quelque sorte.

Devant mon regard noir il agita les mains en signe de paix.

- Pas que tu en aies besoin bien sur mais c'est que-

Je le coupais en levant la main et en me reconcentrant sur la route qui défilait à travers la fenêtre. J'avais passé toute l'année à foutre des raclées à des brutes de troisième qui le considéraient comme une proie facile à cause de son handicap. Je n'avais pas besoin d'une quelconque défense de sa part, j'étais après tout bien plus forte que lui.

-Grover, ai-je dit, tu es censé me protéger des Mme Dobbs c'est ça ? Qu'est-ce que cela signifie au juste ?

C'est vrai, comment quelqu'un handicapé comme lui était censé me protéger de tous ces monstres ?

Ma réflexion fut coupé par un grincement strident qui retentit sous nos pieds. Le tableau de bord s'est mis à déverser une épaisse fumée noire et une odeur d'oeuf pourri a envahi le car, me faisant froncer le nez.

Avec un juron bien placé, le chauffeur s'est garé sur la bande d'arrêt d'urgence. Au bout de quelques minutes à trifouiller le capot, il nous a annoncé que nous devions tous descendre pour qu'il puisse faire des manipulations sans nous mettre en danger. Grover et moi sommes sortis avec les autres passagers, respirant avec plaisir l'air à peu près sain du bord d'autoroute.

La panne avait eu lieu en pleine campagne, dans un lieu tellement quelconque qu'à moins de tomber en panne à proximité il était impensable d'y passer plus de 10 minutes sans mourir d'ennui. Avec un soupir je me laissai tomber au sol d'ennui et décidai d'observer le peu de choses présentes dans les environs pour passer le temps et continuer à entretenir mes capacités de concentration que j'avais eu tant de mal à obtenir.

De l'autre côté de la route, les voitures passaient à toute vitesse et la seule chose notable à remarquer était l'étal de fruits à l'ancienne qui se situait juste en face de nous. Malgré une marchandise tellement appétissante que ça en devenait surnaturel -impression renforcée par la présence de la Brume-, il n'y avait que trois vielles dames, qu'on ne pouvait même pas considérer comme des clientes.

Elles étaient assises dans des rocking-chairs à l'ombre d'un immense érable, et tricotaient la plus grande paire de chaussettes que j'aie jamais vu. Ces chaussettes avaient la taille d'un pull que malgré mes douze ans, j'aurais pu enfiler sans problème, si seulement il n'était pas une paire de chaussettes tricotée par une bande de vielles dames flippantes. La dame du milieu tenait corbeille pleine de pelotes de fil bleu électrique tandis que les deux autres en tricotait chacune une chaussette. Vraiment bizarre comme trio.

Elles avaient un air mystérieux et inquiétant, avec leurs visages blêmes et ridés comme de vielles pommes, leurs cheveux argentés retenus par des bandeaux blancs et leurs bras décharnés qui faisaient tache dans leurs robes de coton qui laissaient apparaître des restes de couleur vives. Soudain, je frissonnais d'appréhension.

Elles me regardaient.

Un coup d'oeil vers Grover me suffit pour voir qu'il était devenu livide.

- Grover, tout va bien ?

- Dis-moi qu'elles te regardent pas... elles te regardent n'est-ce-pas ?

Je redirigeais rapidement mes yeux sur les mamies d'en face. Elles me regardaient toujours.

- Il semblerait. Tu crois que je pourrais enfiler une de leurs chaussettes ?

Visiblement ma plaisanterie ne fit pas rire du tout Grover qui paraissait plus terrorisé à chaque seconde qui passait.

- C'est pas drôle, Edith. Pas drôle du tout.

La veille dame du milieu a attrapé une énorme paire de ciseaux — or et argent, à longues lames, comme les cisailles. J'ai entendu Grover retenir sa respiration.

- On remonte dans le car, m'a-t-il dit. Viens.

- Quoi ? Mais Grover on a pas le droit !

- Ne discute pas, dépêche-toi.

Son sifflement impératif me fit lever. C'était la première fois qu'il me parlait sur ce ton-là, et c'était suffisant pour me faire réagir. Il m'attrapa la main et me tira vers le car tandis que je regardais toujours les ciseaux dans les mains de la mamie du milieu. Soudain ma respiration se bloqua. Trois mamies. Des pelote de laine. Des ciseaux. C'était les Parques, les Destins qui décidaient de notre vie et notre mort. Pourtant ce n'était que des légendes, non ?

Visiblement Grover y croyait ferme car il me tirait de plus en plus fort vers le car alors que la vielle dame approchait au ralenti les ciseaux du fil tendu devant elle.

Clic-Clac.

J'étais habituée aux trucs bizarre, donc le fait d'entendre le bruit des ciseaux qui coupaient un fil à plus de vingt mètres de distance de m'a pas surpris outre mesure. Immédiatement, les deux autres ont roulé en boule les chaussettes qu'elles tricotaient et se sont levées, laissant le bout de fil long de 40 centimètres environ sur leurs sièges.

Au même moment, Grover me tira d'un coup sec le poignet et réussit à trouver suffisamment de force pour me faire grimper dans le bus tandis que le chauffeur faisait redémarrer le moteur d'un air victorieux. Toujours dans un état second, je m'installai à ma place au fond du bus, Grover toujours terrorisé à côté de moi. Alors que les portes se fermaient, je sentis un tiraillement dans les cheveux et tournai mes yeux vers les vielles dames.

Elles avaient disparu sans laisser de traces, pas même le fil bleu que j'avais vu précédemment sur leurs sièges. Alors que nous redémarrions, je commencais à me sentir fiévreuse, chose étonnante vu que je tombais rarement malade.

À mes côtés, Grover semblait fortement éprouvé et n'arrêtait pas de claquer des dents.

- Grover ?

- Ouais ?

- Qu'est-ce que tu me caches ? Non en fait pourquoi tu me le caches ?

Il s'est tamponné le front avec sa manche de chemise.

- Edith, qu'est-ce que tu as vu là-bas à l'étal de fruits ?

- Trois vielles dames en train de tricoter et qui aimaient utiliser des ciseaux de la taille d'une cisaille. Pourquoi ?

Mon ton légèrement cynique ne plu pas du tout à Grover.

- Edith, c'est pas le moment pour tes sarcasmes ! Dis-moi ce que tu as vraiment vu !

- La vieille du milieu a coupé le fil tout en arrêtant pas de me fixer. Ensuite elle l'a posé sur son siège et elles ont disparu.

L'expression de Grover me donnait l'impression que ce qui venait d'arriver était grave, très grave. Si on suivait mon hypothèse sur les Parques, ça voulait dire que j'allais bientôt mourir. Pas très réjouissant comme idée.

Je tripotais nonchalamment ma tresse sous les yeux de Grover toujours plongé dans ses pensées négatives. Il finit par remarquer le truc qui bougeait devant ses yeux et fit un bond monstrueux sur son siège en regardant fixement ma natte. Qu'il m'arracha des mains quelques secondes plus tard d'ailleurs. Je m'indignai :

- Hey, qu'est-ce qu'il te prend ? Ok, les mamies étaient flippantes, mais c'est pas un raison pour s'en prendre à mes cheveux !

Il me coupa d'un ton mortellement sérieux, les yeux toujours fixé sur mes cheveux.

- Edith, depuis quand as-tu un fil bleu dans les cheveux ?

Je sursautai à mon tour, examinant à mon tour ma tresse pour découvrir un fil du même bleu que les chaussettes des vielles dames de la supérette entrelacé dedans. Je me rappelai effectivement avoir senti un tiraillement dans les cheveux au moment de monter dans le bus, mais je ne m'attendais certainement pas à ce que ça aie eu une conséquence. Je lui répondis du même ton sérieux :

- Depuis environ dix minutes Grover. Et ne me demande pas comment il est arrivé là, je n'en sais rien.

J'essayais doucement de le retirer, mais impossible. Je haussais les épaules et abandonnai la partie. Le bleu du fil faisait un assez bel effet dans mes cheveux et il était hors de question de me les couper. À côté de moi, Grover répétait une phrase en boucle tout en se mordillant le pouce.

- Toujours en sixième. Ils ne dépassent pas la sixième. Je refuse que ça se passe comme la dernière fois.

Je le secouai un bon coup histoire qu'il sorte de son délire :

- Grover, mais enfin qu'est-ce qu'il se passe ? Pourquoi tu paniques autant, ce n'est qu'un fil dans mes cheveux après tout.

- Laisse-moi te raccompagner de la gare routière à chez toi. Promets-le-moi.

Je levais les yeux au ciel et devant son insistance, lui donnai ma parole qu'il pourrait me raccompagner chez moi et rencontrer ma mère.

- C'est une superstition ou quoi ? lui ai-je demandé, plutôt agacée qu'il m'ai forcé la main.

Pas de réponse.

- Grover... ce fil tranché ça veut dire que quelqu'un va mourir n'est-ce pas ?

Il m'a regardé tristement, comme s'il choisissait déjà les fleurs qui me plairait pour décorer mon cercueil. Je me détachai immédiatement de son regard et retournai ma tête vers la fenêtre essayant de me concentrer sur autre chose. Pourtant, le regard perceptible de Grover sur moi ainsi que le fil bleu qui scintillait dans mes cheveux étaient des rappels de ce qui venait de se passer.