Un verre vite fait

Arthur se sentait extrêmement nerveux à l'idée de rencontrer Francis en tête à tête. Tout d'abord, il venait de comprendre que le français nourrissait des sentiments amoureux à son égard depuis très longtemps sans oser franchir le pas. Ensuite, il tenait l'information de Feliciano, le petit ami de Francis. Finalement, Arthur en voulait énormément à Francis n'avoir jamais assumé ses sentiments le concernant.

Un cocktail dangereux. Arthur savait qu'il suffisait d'une étincelle entre eux pour provoquer une dispute assez violente. Maintenant, il mettait tout ceci sur le compte des sentiments refoulés de Francis et sur sa frustration séculaire de ne pas être avec lui.

Arthur soupira face à son miroir. Tout allait bien se passer, chantonna-t-il dans une vaine tentative de se rassurer.

Quand il arriva à leur rendez-vous, Francis semblait très colérique. Ça commençait déjà très mal.

« On prend juste un verre. Je n'ai pas envie de te supporter plus longtemps que nécessaire. »

Arthur savait par expérience qu'il ne fallait pas le mettre au comptoir en présence de Francis. Il avait plutôt tendance à enchaîner les verres en sa présence.

« Je comprends que la situation ne te plaise pas…

- Oh ! ça m'énerve plus que tout que tu tournes autour de mon petit ami, râla Francis.

- Et autour de toi ?

- Je suis immunisé contre toi. Je ne crains pas grand-chose.

- Et qu'est-ce qui te fait croire que Feliciano va me tomber dans les bras ? », demanda Arthur avec malice.

Il devrait arrêter de le taquiner, pour leur bien à tous. Mais c'était une envie irrépressible.

« Justement, discutons-en, se lança Francis. Feliciano peut te rouler dans la farine, sans que tu ne t'aperçoives de rien.

- Je connais suffisamment Feliciano pour faire attention quand je m'adresse à lui, riposta immédiatement Arthur. Qu'est-ce qui te fait penser cela ? »

Francis sembla hésiter. Il commanda pour eux deux un whisky assez fort. Si la soirée commençait de cette manière, il allait finir torché et ramené dans un taxi.

« Nous sommes deux omégas en couple. Et malheureusement, nous ne pouvons pas avoir d'enfants. Alors, ta proposition fait naitre des idées mauvaises dans la tête de Feliciano.

- Je n'ai pas proposé ce genre de choses », contra immédiatement Arthur, déboussolé que le sujet soit abordé.

Mince. Il n'avait jamais vu les choses sous cet angle. Bien sûr, il ne serait pas contre un de ces jours d'avoir des enfants avec eux. Ce n'était pas le but premier de son approche. Arthur espérait de tout son cœur que Feliciano n'avait pas que ça en tête en lui permettant de se rapprocher de lui.

« Tu es un alpha, abordant deux omégas. Je ne serais pas étonné que tu veuilles construire une famille avec nous. Tu m'as déjà embarqué dans l'éducation d'Alfred et Matthew…

- Tu ne t'es jamais plaint de mes enfants naturels. »

Une lueur de tristesse passa rapidement dans les yeux de Francis. Si Francis était amoureux de lui à l'époque, peut-être aurait-il voulu que les enfants soient de lui. Arthur frissonna à cette idée, mais préféra ne pas en faire part à Francis. Feliciano ne lui avait certainement pas dit qu'il avait cafté sur ses sentiments.

Francis entama son whisky, cherchant à rassembler ses idées.

« Non. Jamais. Je suis très heureux d'être leur « papa ». C'est juste que ce n'est pas une situation très saine.

- On ne peut rien y changer maintenant. A moins que tu te mettes avec moi…

- Ne parlons pas de malheur, en rit Francis. D'ailleurs…

- Oui…

- … Je ne veux pas que tu te serves de ce baiser contre moi. Il ne signifiait rien. »

Arthur respira un bon coup et prit une rasade de sa boisson. Francis pouvait être de mauvaise foi, quand il le souhaitait vraiment.

« Je sais très bien ce qu'il signifiait pour nous deux. Tu es amoureux de moi. Et tu te caches derrière des faux semblants. Je t'en veux énormément de ne pas assumer tes sentiments. Ne dis pas que ça ne signifie rien.

- Il n'y a pas d'amour sans confiance, se défendit Francis avec véhémence. Je ne veux pas être avec toi. Et ça ne changera jamais !

- J'en doute. Tu ne peux pas garder tout ceci au fond de toi, sans jamais y succomber.

- Je suis très heureux avec Feliciano. Je ne veux pas tu viennes foutre le bordel dans mon couple !

- Je ne me laisserai pas mettre de côté pour des raisons aussi stupides que ta fierté mal placée !

- Ecoute bien ce que je vais te dire ! C'est toi qui proposes qu'on forme un trio, quelque chose de pas banal du tout. Je suis tout à fait contre. De plus, tu donnes une certaine forme d'espoir à Feliciano avec ton histoire d'âme sœur. Je ne veux pas que tu profites du désir d'enfant de mon petit ami.

- Je n'en profiterai pas. Tu crois vraiment que j'ai envie d'être père du jour au lendemain !

- Avec toi, on ne sait jamais ce que tu serais prêt à faire pour réaliser tes projets !

- Tu me connais mal !

- Au contraire, je sais très bien comment tu te comportes quand tu es amoureux. Tu fais n'importe quoi. Devrais-je te rappeler la guerre de cent ans ? »

Arthur vit rouge. De honte. Et de colère. Il s'était très mal comporté durant cette période historique avec Francis, voulant à tout prix se marier avec lui, quitte à envahir son pays.

« J'étais jeune et stupide ! Tu ne vas pas me réduire à cette époque de ma vie.

- N'oublions pas la période pirate où tu as tenté à plusieurs reprises de m'enlever pour me convaincre de ton amour en étant à moitié bourré. »

Francis marquait un point. Il fallait dire qu'il avait été un amoureux souvent éconduit par Francis durant sa période pirate. Arthur n'avait jamais abusé de son prisonnier, mais lui avait servi des discours enflammés qu'il préférait oublier.

« J'étais adolescent.

- Et maintenant, tu vas me faire croire que tu as atteint l'âge de la raison en nous proposant un trouple. Tu es prêt à tout pour tes sentiments. Je ne suis même pas sûr que tu sois amoureux de Feliciano…

- Tu m'insultes. Tu me traites de menteur. J'ai essayé de rester loin de vous pour votre bonheur. Seulement, ça me rend extrêmement malheureux. Je ne peux pas rester dans cette situation, Francis !

- Ça te concerne, pas nous. Trouve-toi quelqu'un d'autre. Je suis sûr que tout le monde ne finit pas avec son âme sœur et trouve quand même le bonheur. Cesse de nous importuner.

- Je ne peux pas laisser tomber. Je vous aime trop pour renoncer.

- Alors, attends-toi à ce que je m'y oppose de toutes mes forces. J'ai déjà demandé à Feliciano d'arrêter de te voir.

- Et tu l'as menacé de quoi ?

- De rompre. Alors, maintenant, tu vas retourner sagement dans ton coin et nous foutre la paix. »

Arthur avala cul sec le reste de sa boisson et commanda un autre verre. La tristesse l'envahissait tout entier. Il pensait avoir une ouverture avec Feliciano. Et tout venait de partir en fumée à cause de sa Némésis amoureuse. Francis lui gâchait réellement la vie. Et pourtant, il l'aimait, il l'adorait comme la toute première fois où ils s'étaient rencontrés.

Il se sentait maudit.

« C'est ça, picole pour oublier. »

Ce fut la provocation de trop. Ils rentrèrent tous les deux avec un cocard sous l'œil inquiet de Feliciano.