Hermione n'avait pas voulu parler de l'incident avec Ginny, qui avait été mise au courant par ses frères après le départ de la brune. Si la rouquine était d'accord avec son amie sur le principe, elle trouvait néanmoins que l'intention des jumeaux était touchante.
Leur quotidien avait repris, et Hermione s'était excusée auprès de Harry pour ne pas lui avoir dit au revoir. Elle s'en voulait terriblement, mais sur le moment, elle avait été tellement furieuse contre les jumeaux que ses émotions avaient pris le dessus. Le Survivant l'avait rassuré en lui disant qu'il comprenait parfaitement sa réaction, et que même s'il ne l'avait pas exprimé aussi vivement qu'elle, il avait montré son désaccord aux deux Weasley. Dans sa lettre, il lui racontait aussi qu'ils s'étaient excusés, et qu'ils abandonnaient le projet. Hermione avait été rassurée, mais était toujours remontée contre eux. Comment avaient-ils pu avoir une telle idée ? Elle avait tout de même reçu une lettre de leur part deux jours plus tard, où ils s'excusaient, et indiquaient qu'ils tiendraient compte de ce qu'elle leur avait dit. Mais elle avait froissé le parchemin de colère et ne leur avait pas répondu. Elle était sans doute excessive, mais elle voulait qu'ils comprennent qu'elle n'avait pas du tout apprécié.
Elle se consacrait depuis davantage à ses études, passant encore plus de temps -si c'était possible- à la bibliothèque, mais Ginny lui avait imposé une règle : dans le dortoir, aucun cours n'était autorisé. Si bien que la jeune femme trouvait quelques instants de répit le soir avant de se coucher pour répondre à Harry, lire le roman que Ginny lui avait offert, ou écrire à ses parents. Elle leur avait parlé du fameux miroir que les jumeaux lui avaient offert, et elle avait décidé de les appeler en premier pour tester l'invention. Elle avait donc convenu d'un rendez-vous avec eux un samedi matin, compte-tenu du décalage horaire il serait l'après-midi chez eux, et elle avait attendu ce moment avec impatience. Le jour venu, elle avait eu les larmes aux yeux de les voir, et ils avaient été aussi très heureux. Ils avaient fait installer un grand miroir exprès dans leur salon pour voir leur fille en grand, et ils avaient discuté presque deux heures, avant que la jeune fille ne soit obligée d'aller manger.
Elle avait cependant eu peur de reprendre un rêve éveillé. Allait-elle voir Ron dans ses rêves ? Bien qu'elle ne pensait plus autant qu'avant à lui, le rouquin restait toujours dans sa tête. Son premier véritable amour qu'elle n'avait pas vraiment pu connaître pleinement. Elle ne savait pas vraiment où elle en était vis-à-vis de lui. Bien sûr elle ne pourrait jamais l'oublier. Il avait été son meilleur ami pendant des années avant qu'elle ne découvre ses sentiments pour lui. Mais, pouvait-on rester éternellement amoureux d'une personne morte, surtout lorsque l'on avait dix-neuf ans ?
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Les jours défilaient rapidement, se transformant en semaines, puis en mois. Le banquet d'Halloween avait été merveilleux, même si elle avait eu une pensée toute particulière pour son meilleur ami qui avait perdu ses parents à cette date-là.
Les vacances de Noël approchaient rapidement. Les professeurs les surchargeaient de devoirs, et Hermione était bien heureuse de ne pas avoir accepté le poste de Préfète-en-Chef. Elle voyait déjà comment Ginny, simplement préfète, avait du mal à s'en sortir, et n'osait pas imaginer sa charge mentale si elle avait fait comme elle.
Le soir du départ en vacances, il régnait une atmosphère magique qu'Hermione n'avait pas connue à Poudlard depuis des années. Hagrid avait tiré jusque dans la grande salle un sapin encore plus grand que ceux des années précédentes, et le professeur Flitwick l'avait décoré tout de blanc pour symboliser la paix qui régnait à présent sur le monde des sorciers. Tous les élèves étaient d'une humeur joyeuse et légère, malgré les nombreux travaux à rendre, et tout le monde souriait en permanence. C'était le premier Noël sans la menace de Voldemort depuis des années, et rien ne pouvait rendre plus heureux que cette pensée de réveillonner en famille sans avoir à s'inquiéter.
Le Poudlard Express emmena Hermione, Ginny, Luna et Neville jusqu'à la gare de King's Cross, l'ambiance dans leur cabine étant très joyeuse. La brune avait hâte de revoir Harry, qui les attendrait sur le quais pour le serrer dans ses bras, et s'excuser à nouveau de son comportement à Pré-au-Lard. Elle était aussi impatiente de retourner en Australie pour revoir ses parents, et fuir quelque jours le froid glacial de l'Angleterre pour l'été de l'hémisphère sud. Cependant, elle appréhendait un peu de descendre du train. Elle savait que les Weasley viendraient chercher la petite dernière de la famille, et elle se demandait si les jumeaux seraient de la partie.
Elle était terriblement rancunière, surtout lorsque cela concernait Ron, et même s'ils s'étaient excusés maintes fois dans des courriers -auxquels elle n'avait jamais répondu-, elle ne voulait pas les voir. Elle savait qu'elle y serait confrontée pour le repas de Noël le vingt-cinq décembre au Terrier, mais il y aurait du monde, elle pourrait toujours parler avec Harry, Ginny, Bill ou Fleur. Ou même avec Charlie, avec qui elle avait une fois parlé durant de longues minutes de dragons. Elle n'avait cependant pas spécialement d'atomes crochus avec Percy, surtout qu'elle ne lui avait pas vraiment reparlé depuis sa scolarité.
Vers dix-neuf heures, le train s'arrêta dans la gare londonienne, et Neville et Luna les quittèrent pour retrouver leurs familles respectives. Sur le quai, elles repérèrent facilement la seule famille de rouquin présente, à la fois par la couleur de leurs cheveux mais aussi et surtout parce que tout le monde regardait dans leur direction : le célèbre Harry Potter était avec eux.
Molly eut un sourire rayonnant lorsqu'elle vit les deux jeunes femmes arriver avec leurs grosses valises, et les accueillit à bras ouverts. Fred et George encadraient Harry, tels des gardes du corps pour lui éviter les questions trop indiscrètes des passants curieux.
- Papa n'est pas là ? s'enquit Ginny lorsque sa mère l'eut relâchée.
- Oh, il avait un rendez-vous avec le Ministre, je ne sais pas pourquoi.
Molly balaya l'air d'une main en secouant la tête.
- Mais il sera là à l'heure pour le dîner. Tu viens à la maison, ma chérie ?
Hermione jeta un coup d'oeil à son meilleur ami. Ils avaient prévu de passer la soirée tous les deux au square Grimmaurd avant qu'elle ne parte en portoloin le lendemain. Mais Harry lui fit un sourire désolé en cachant sa tête dans ses épaules.
- Oui bien sûr, mais je pars tôt demain matin, je ne voudrais pas déranger pl...
- Oh ne t'en fais pas, tu sais très bien qu'il y a de la place pour toi et que je suis toujours debout aux aurores.
La matriarche les traîna ensuite tous vers un coin de la gare, et elle transplana avec Ginny.
- Désolée Hermione, je n'arrive pas à lui refuser quoi que ce soit... se justifia Harry d'un air penaud.
- Oh ne t'en fais pas, je sais ce que c'est. Je ne suis pas sûre d'arriver à lui dire non non plus.
- Je sais que c'était important pour toi qu'on se retrouve tous les deux...
- On le sera un autre jour ce n'est pas grave. On passera la soirée avec Ginny, du moment que je n'ai pas à tenir la chandelle entre vous deux, plaisanta la brune en tapant doucement dans l'épaule de son meilleur ami.
- Tu ne seras pas la seule à le faire.
- On reste à la maison ce soir.
Hermione se retourna vers les jumeaux en fronçant les sourcils.
- Je ne crois pas qu'on vous ait demandé votre avis.
- Ecoute Hermione, commença George. On sait que tu nous en veux, mais on s'est excusé plusieurs fois, et on a compris pourquoi tu t'es autant énervée. Si tu veux, on peut s'excuser une nouvelle fois de vive voix...
Il écrasa le pied de son jumeau qui allait protester et poursuivit.
- Mais il serait temps de faire la paix, tu ne crois pas ?
La jeune femme ne répondit pas tout de suite, mais hocha silencieusement la tête en soupirant. Le rouquin n'avait pas tort. La guerre était finie, les fêtes de fin d'année approchaient, il ne fallait pas faire la tête pour si peu. George eut alors un grand sourire, et la serra dans ses bras comme il savait si bien le faire. Mais ce qu'Hermione ne vit pas, ce fut le regard que les jumeaux échangèrent, et qui fit que Fred imita son jumeau ensuite, avant que les quatre sorciers ne transplanent au Terrier.
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La soirée se déroula finalement plutôt bien, malgré les appréhensions d'Hermione. Son coeur s'était serré en revoyant le Terrier, mais Harry lui avait attrapé la main, et ils étaient entrés ensemble dans la maison bancale. Le seul point négatif du repas avait été évidemment l'absence de Ron. Il n'y avait personne qui reprenait trois fois des plats, personne pour l'ennuyer avec le Quidditch, personne pour lui lancer des regards jaloux dès qu'elle était un peu trop proche d'un de ses frères ou de Harry, personne pour se disputer avec elle ou avec les jumeaux. Et en ce soir de vacances de Noël, il lui manquait terriblement.
Hermione s'était retrouvée pour le repas entre George et Ginny, et elle devait avouer que le rouquin faisait tout pour se faire pardonner, et malgré l'humeur un peu maussade du début du repas, elle avait réussi à terminer son dessert sans s'étouffer avec la nourriture. Face à elle, Fred avait commencé à manger avec une humeur plutôt massacrante, mais s'était rapidement déridé, et faisait lui aussi pas mal de blagues comme son jumeau, mais taquinant davantage le couple que formaient la cadette de la famille et Harry.
Dans une ambiance bonne enfant, Molly congédia tout le monde dans les chambres. Harry devait dormir dans la chambre de Charlie, ne se sentant pas d'aller dans celle de Ron, mais après un bref échange de regard en direction de sa meilleure amie, celle-ci lui céda sa place dans la chambre de Ginny, partant elle dans la chambre du dragonnier. Elle n'était jamais entrée dans la pièce et s'était tout de suite sentie très intimidée. Elle avait l'impression de rentrer dans l'intimité de Charlie sans son accord. La pièce était relativement sobre, les murs étant blancs et le plancher d'un brun sombre. C'était la seule pièce de la maison qui n'avait pas de couleur vive (la chambre de Ron étant orange, celle de Ginny jaune, et celle des jumeaux violette), et Hermione en était particulièrement étonnée. Cependant, en s'approchant un peu plus des murs, elle remarqua des croquis de dragons un peu partout, et elle sourit.
Elle agrandit sa valise et la posa au pied du lit simple pour en sortir son pyjama et se changea rapidement. Elle avait un portoloin à six heures trente du matin, il fallait donc qu'elle se couche tôt si elle espérait avoir une bonne nuit de sommeil. Elle allait s'allonger lorsqu'elle entendit trois coups sur la porte.
La sorcière se figea. Elle n'était pas censée être là, et si c'était Molly ou Arthur, Harry et Ginny risquaient de se prendre un sacré savon. Mais la porte s'entrouvrit, et elle reconnut la voix d'un jumeau.
- Hermione ? Ce n'est que nous, on peut entrer ?
- Oui oui, faîtes vite et fermez la porte.
Les deux frères s'exécutèrent, George ayant un petit sourire en coin.
- Alors comme ça, on est une âme charitable et on laisse les amoureux vivre leur amour sans que personne ne soit au courant ?
Hermione rougit en levant les yeux au ciel.
- Comme si vous ne saviez pas que ça arrive.
- Oh si on le sait, on ne pensait juste pas que tu serais complice.
George la rejoint, s'asseyant avec elle sur le lit alors que Fred restait en retrait, comme s'il n'avait pas vraiment envie d'être là.
- On a fait une nouvelle invention pour Ron.
La jeune femme fronça ses sourcils, méfiante, mais George n'en tint pas compte, et fit un signe à son frère qui s'approcha, et agrandit d'un coup de baguette une boîte, la tendant presque sèchement à Hermione, qui lui lança un regard mi-surpris, mi-agacé.
- J'espère pour vous que...
- Tu crois que ta petite crise du mois de septembre ne nous a pas suffit ? coupa Fred avant de recevoir un regard noir de son jumeau.
- Ce qu'il veut dire c'est qu'on a tenu compte de tes remarques. Ouvre.
Hermione s'exécuta, et découvrit alors une sorte de terrain de Quidditch miniature. Il n'y avait cependant que trois anneaux au centre du terrain, et non six répartis aux deux extrémités du terrains, et elle vit un joueur de Gryffondor miniature virevolter autour des buts. En regardant de plus près, le gardien avait des cheveux roux, et elle reconnut immédiatement Ron. Son visage s'éclaira d'un sourire et elle releva ses yeux brillants vers George, puis vers Fred. Ce dernier semblait plus calme face à sa réaction, et il s'empressa alors de lui expliquer.
- C'est un jeu où on a besoin d'un baguette, donc il faut avoir au moins onze ans et quelques notions de magie. Mais le but du jeu est de réussir à faire passer le souafle à travers les buts sans que Ron ne l'intercepte. Essaye.
La jeune femme se saisit de sa baguette, et fit léviter le mini souafle pour tenter de marquer un but. Mais le mini Ron l'intercepta, et aussitôt une petite chanson sortit depuis les gradins.
«Weasley est vraiment très adroit
Il réussit à chaque fois
Voilà pourquoi les Gryffondors chantent avec joie
Weasley est notre roi !»
Une main sur la bouche pour masquer son étonnement, elle laissa tomber sa baguette et enlaça le jumeau le plus proche d'elle. Fred la réceptionna tant bien que mal, surpris, et subitement, il la sentit trembler dans ses bras. Automatiquement, il resserra son emprise autour de son corps, et la laissa se calmer, la tête de la jeune fille dans son cou.
Quelques instants plus tard, elle se détacha, et essuya ses joues du revers de sa manche. Elle jeta un regard désolé au rouquin, et attrapa un mouchoir qu'elle avait gardé près d'elle et essuya doucement son cou qu'elle avait mouillé.
- Merci, murmura-t-elle. C'est merveilleux, il serait tellement fier.
Malgré la rancœur qu'il avait éprouvé vis-à-vis de la jeune femme, Fred lui sourit doucement, touché tout de même qu'elle aime leur nouvelle invention.
- C'était un idiot, mais un idiot qu'on aimait.
Hermione gloussa faiblement, et regarda George pour le remercier lui aussi.
- Tu veux le garder ? proposa-t-il en désigna leur jeu.
- Non, c'est gentil.
La brune secouait la tête doucement, et regarda le petit Ron continuer à faire des tours autour des anneaux.
- Ça me ferait trop mal de le voir, même si ce n'est qu'une figurine.
- Je comprends. On va y aller, il paraît que tu te lèves tôt demain.
George lui embrassa le sommet du crâne et sortit sans attendre son jumeau, qui resta un instant à regarder la Gryffondor.
- Ça va aller ?
Elle hocha faiblement la tête, puis leva timidement son regard vers lui.
- Tu m'en veux, n'est-ce pas ?
Fred se pinça les lèvres et fuit son regard chocolat.
- J'ai été dure avec vous, c'est vrai, mais j'étais tellement en colère... Je suis désolée. J'aurais dû vous parler plus calmement.
- Non.
Hermione le regarda d'un air interrogateur, ne comprenant visiblement pas où il voulait en venir.
- Tu as bien réagi. Si tu avais juste dit les choses calmement, on aurait gardé ces araignées, et c'est vrai que c'était une mauvaise idée. C'est juste que ma fierté a été blessée. On était si fiers de ce projet...
La jeune femme posa une main sur son bras, lui signifiant ainsi que ce n'était rien. Finalement, le rouquin releva les yeux et leurs regards se croisèrent un instant. Sans un mot, il se leva, la prit dans ses bras et, comme son frère quelques instants plus tôt, embrassa son crâne.
- Bonne nuit, Hermione.
Et il sortit de la pièce silencieusement.
