Les quelques jours qu'Hermione passa en Australie lui semblèrent bien trop courts. Avoir passé un an loin de ses parents, sans pouvoir leur écrire, avoir de leurs nouvelles, et sans savoir si elle pouvait les revoir un jour avait été particulièrement dur. Même si elle avait passé une partie de son été chez eux, elle avait le sentiment d'avoir du temps à rattraper.

Elle avait passé un réveillon merveilleux avec eux, le premier depuis des années. A vrai dire, depuis sa troisième année à Poudlard. Elle n'était plus rentrée chez elles les années suivantes, et elle devait bien s'avouer que cela lui avait manqué, même si les Noël chez les Weasley ou à Poudlard étaient tout aussi magiques. Mais passer la soirée du vingt-quatre décembre avec ses parents avait une autre saveur : celle de l'enfance et de l'insouciance. Ses parents lui avait préparé leur fameuse dinde aux champignons qu'ils avaient l'habitude de faire, et l'avait obligée à se cacher dans sa chambre pour qu'ils apportent ses cadeaux, comme lorsqu'elle était petite. Et elle les avait surpris en faisait apparaître leurs cadeaux d'un coup de baguette. Ils avaient ri toute la nuit, se remémorant des souvenirs de l'enfance d'Hermione.

La jeune femme avait aussi passé la journée avec eux, profitant un maximum une dernière fois. C'était l'été en Australie, ils étaient donc allés à la plage profiter une dernière fois des rayons du soleil et de l'eau de l'océan. Puis, aux alentours de vingt-deux heures, Hermione était retournée à l'ambassade sorcière pour prendre son portoloin. Il y avait onze heures de décalage horaire, si bien qu'elle avait quitté ses parents durant la nuit, et elle arrivait à Londres à onze heures du matin.

Quelque peu déstabilisée, elle quitta le Ministère pour rejoindre le Square Grimmaurd, où elle savait que Harry l'attendait.

Elle frappa à la porte, et quelques instants plus tard, Kreattur lui ouvrit.

- Maître Harry est dans le bureau du deuxième étage.

- Merci, Kreattur. Et joyeux Noël !

L'elfe de maison grommela quelque chose qui devait être un mélange de merci et d'incompréhension, mais Hermione n'y fit pas attention, et gravit les escaliers en direction de la pièce qu'il lui avait indiquée.

Harry avait laissé la porte ouverte, et semblait ne pas l'avoir entendu arriver. Depuis l'entrée de la pièce, la jeune femme pouvait le voir penché sur ses parchemins, parfaitement concentré. Elle sourit à cette vision. Elle n'avait pas souvent eu l'occasion de le voir travailler de lui-même durant leur scolarité, et elle était à la fois heureuse et fière de voir qu'il s'appliquait dans sa formation d'Auror.

- Joyeux Noël, Harry.

Son meilleur ami sursauta et renversa son encrier sur son bureau, faisant éclater de rire la jeune femme. Elle donna un léger coup de baguette pour tout nettoyer, et le sorcier se leva pour aller la saluer. Ses cheveux étaient encore plus désordonnés qu'à l'accoutumée, et ses lunettes de travers. Il les remonta sur son nez machinalement en souriant.

- Joyeux Noël, Hermione.

Sans attendre plus longtemps, elle lui sauta dans les bras, heureuse de le revoir, même si leur séparation ne datait que de cinq jours.

- Comment tu vas ?

- Oh ça va, ça m'a fait beaucoup de bien d'être avec mes parents. J'avais oublié à quels points c'était important pour moi de passer du temps avec eux. Ca ne m'était pas arrivé depuis longtemps. Mais, et toi ? Ce réveillon avec les Weasley ?

Hermione fixait à présent son ami d'un air inquiet alors qu'ils prenaient place tous les deux dans le canapé qu'il avait installé pour se détendre.

- C'était... dur. Je ne vais pas te mentir. Molly avait même fait un pull pour lui.

Harry ferma un instant les yeux en soupirant, puis secoua la tête.

- Mais Fred et George ont quand même réussi à faire rapidement rire tout le monde, tu les connais.

- Ils se sentent toujours responsables du sourire des autres.

Le sorcier hocha la tête pour approuver.

- Et tu as aussi manqué la surprise de la soirée.

- La surprise de la soirée ?

- Molly et Arthur avaient accepté que j'invite Andromeda et Teddy, pour ne pas les laisser passer Noël seuls. Il a huit mois à présent, et tout le monde était complètement gaga, surtout Molly. Elle avait presque les larmes aux yeux de voir un bébé et s'est mise à en parler. Et à ce moment-là, Bill et Fleur se sont levés, et ils ont annoncé qu'ils allaient avoir un enfant.

- Oh ! Mais c'est génial ! C'est pour quand ?

- Début mai normalement.

La jeune femme avait les yeux brillants par la nouvelle. La venue d'un bébé dans la famille Weasley était la meilleure chose qu'il pouvait leur arriver pour remonter la pente après les traumatismes de la guerre et la mort de Ron.

oOoOoOo

Les deux amis passèrent de longues minutes à discuter, rattrapant le temps perdu. Puis, peu avant midi, ils transplanèrent ensemble pour rejoindre le Terrier pour fêter une seconde fois Noël. Molly accueillit la jeune femme à bras ouvert, la pressant de rejoindre le salon pour que tout le monde puisse ouvrir ses cadeaux. Habituellement, ils les ouvraient à minuit durant le Réveillon, mais en l'absence d'Hermione, ils avaient décidé unanimement de l'attendre le lendemain matin, malgré quelques fausses protestations des jumeaux, qui avaient gardé une attitude enfantine pour Noël.

Hermione salua tout le monde un par un, leur souhaitant un joyeux Noël, et félicitant les futurs parents. Arrivée au niveau de George, elle fut légèrement plus intimidée, mais ce dernier n'en eut cure, et la serra dans ses bras. Fred fut tout de même un peu plus distant, ne la soulevant pas dans les airs comme il en avait l'habitude. Hermione n'y fit pas attention, se sentant toujours un peu mal à l'aise avec le rouquin à la suite de leur différend concernant l'invention des jumeaux.

Mais cette gêne disparut bien vite avec l'ouverture des cadeaux et le repas. Noël était réellement une fête pour réunir les gens, et tout fut rapidement oublié. La bonne humeur ambiante du Terrier semblait inépuisable, et la jeune femme ne vit pas le temps passer, si bien que lorsque la fin du dessert arriva, Hermione sentit brusquement le temps la rattraper.

Avec le décalage horaire, il était trois heures du matin pour elle, et ses paupières lui semblèrent bien lourdes, d'autant plus que Molly, comme à son habitude, avait cuisiné pour un régiment, et la Gryffondor avait bien trop mangé.

- Bah alors Hermione, on a besoin de faire la sieste ? la taquina George, assis face à elle.

- Une nuit complète plutôt.

Elle laissa échapper un bâillement, faisant éclater de rire le rouquin.

- Faut dormir la nuit, je sais bien que tu rêves continuellement de nous, mais il ne faut pas que ça t'empêche de dormir.

Trop fatiguée pour répondre, Hermione haussa simplement un sourcil, le visage mou.

- Idiot, c'est le milieu de la nuit pour elle, laisse-la tranquille, George, intervint Ginny en attrapant la carafe d'eau entre eux.

- Moi c'est Fred.

- Arrête de faire cette blague, l'Oreille-Coupée, elle marche plus maintenant.

- Eh, c'est moi qui l'appelle comme ça !

Fred était intervenu en entendant le surnom qu'il donnait à son jumeau depuis un an et demi, pas vraiment ravi qu'on lui vole sa blague.

- Et alors, j'ai pas le droit ?

- Absolument pas.

Le jumeau croisa ses bras contre son torse avec une moue à la fois hautaine et boudeuse qui fit glousser Hermione.

- Fred, George, arrêtez d'embêter votre sœur et débarrassez-moi cette table !

Ginny leur lança un regard espiègle, et retourna à sa chaise alors que les deux frères se levaient en rouspétant contre leur mère.

- Te laisse pas faire, Mione.

Cette dernière étouffa un nouveau bâillement derrière sa main.

- Oh tu sais, ce n'était pas méchant. Mais je suis trop fatiguée pour leur tenir tête je t'avoue.

- Va t'allonger un moment.

Hermione secoua doucement la tête, agitant ses boucles brunes, avant de se frotter le visage avec ses mains pour se maintenant éveillée.

- Non, il faut que je tienne au moins jusqu'à ce soir, sinon je serais encore plus décalée, rappelle-toi cet été.

- Justement, je pense que si tu essaies de tenir aussi longtemps sans dormir ça ne sera pas bon pour toi. C'est onze heures de décalage je te rappelle. Ce n'est pas rien.

- Il faut simplement que je trouve une activité pour me réveiller.

- Oh, ça on connaît bien !

Les jumeaux avaient fini de débarrasser, et il ne restait à présent autour de la table que les deux jeunes femmes, Harry, et les deux chenapans.

Entendant l'exclamation de ses frères, Charlie passa une tête dans la pièce, curieux.

- Tu nous aides, cher frère ?

- Nous avons une mission capitale.

Leur aîné haussa un sourcil, puis ses lèvres s'étirèrent en un sourire amusé. Fred et George s'étaient placés respectivement à côté de Ginny et d'Hermione, et sans prévenir, transplanèrent. Des cris retentirent immédiatement dans le jardin, et Charlie éclata de rire, attrapant les manteaux de tout le monde, tandis que Harry s'occupait des gants des deux jeunes filles.

A l'extérieur, une bataille de boule de neige éclatait. Sans se concerter, les jumeaux s'étaient retrouvés alliés avec Harry, qui se fit traiter de «lamentable traître» par Ginny, alors que Charlie se joignait à l'équipe formée par les filles. D'un commun accord, ils firent une trêve afin d'ériger des murs de neige et se protéger derrière.

Chaque équipe élaborait en même temps une stratégie. Les jumeaux et Harry avait l'avantage de la malice, et de savoir correctement viser -l'entraînement de batteur dans l'équipe de Gryffondor et la formation d'Auror étaient des atouts majeurs. Ils étaient aussi plutôt rapides, mais leurs adversaires avaient l'intelligence d'Hermione, un dragonnier habile qui savait éviter la plupart des lancés, et la fougue de Ginny, bien décidée à en découdre avec ses frères.

La bataille reprit, sous les cris et les rires des six grands enfants profitant de la neige.

Depuis la fenêtre du salon, Molly et Fleur les regardaient s'amuser en souriant. Voir autant de vie était agréable. La matriarche avait toujours aimé que sa maison soit remplie de joie, ce qui avait été compromis avec l'arrivée de la guerre, puis le décès de son dernier fils. Mais petit à petit, les choses reprenaient leurs places. Après une petite accolade maternelle sur l'épaule de Fleur qui restait à la fenêtre, Molly s'en retourna à sa cuisine. Mais à peine s'était-elle retournée que le française poussait un cri et se précipitait à l'extérieur, sans tenir compte qu'elle ne portait que ses chaussons et qu'elle avait un bébé en route.