Bonjour à vous, j'espère que vous allez bien et que (pour certains) vous profitez de vos vacances ou que vous n'êtes pas trop en galère niveau boulot, études ou vie perso.
On fait notre petit bonhomme de chemin et voilà qu'on est déjà au troisième chapitre, et qu'on a déjà entamé une bonne portion du jeu, mine de rien ! Surtout qu'il s'agit d'une de mes parties préférées de Shattered Memories, autant dans la partie exploration que la partie horreur, donc j'ai essayé d'y apporter un soin tout particulier.
Mais l'histoire est évidemment loin d'être terminée, et j'espère que la suite vous plaira tout autant, voire plus, que les deux précédents chapitres. En attendant, je vous souhaite une bonne lecture et merci d'avance !
Troisième session. Plus le temps passe, et plus Cheryl a l'impression d'être tiraillée par les rendez-vous avec le docteur Kaufman. Ils avancent, elle s'en rend bien compte, et c'est pour ça qu'elle a décidé de continuer – d'autant plus que sa mère l'encourage. Mais la première fois, il y a eu l'accident de voiture de son père, et la deuxième, son plus gros bad trip. Plus que jamais, elle doit se rendre dans des endroits où elle n'a pas envie d'aller. Et même si ce sont déjà des parties intenses de sa vie, elle a très peur de ce qui peut arriver si elle va chercher trop souvent ces mauvais souvenirs. Elle a l'impression que ça va la détruire encore plus. Parler a un effet thérapeutique, elle le sait, mais elle ne saurait pas vraiment dire si ça lui fait du bien, pour le moment. Contrairement aux précédents spécialistes qu'elle a pu consulter.
Mais peut-être que la différence est bel et bien là. Avec les autres, elle a obtenu du réconfort au mieux, et une absence d'émotion au pire, parfois à cause des médicaments qu'elle a dû prendre, et qui la rendaient amorphe. Cette fois, elle a l'impression que ce psychiatre lui fait affronter son passé. Néanmoins, si sur le papier, c'est une bonne chose, dans les faits, elle n'a pas l'impression d'arriver à gagner ce combat contre elle-même. Peut-être faut-il simplement faire confiance à Kaufman ? Elle l'espère, vraiment.
« Bonsoir, Cheryl. » la salua le médecin, qui, comme a son habitude, se sert un verre de whisky. « Vous voulez quelque chose à boire ? »
« Juste un verre d'eau, merci. » répond-elle. « Je n'ai pas vraiment envie de prendre de l'alcool, en ce moment. »
Elle frissonne rien qu'en s'imaginant siroter une canette de bière. Se souvenir de la fois où on l'a droguée à Cadelcotte Woods l'a suffi à arrêter de boire depuis leur dernière session, ce qu'elle précise au psychiatre.
« C'est drôle que vous abordiez le sujet de cette façon. » commente Kaufman en s'installant sur son fauteuil. « En fait, ça rejoint une hypothèse que j'ai pu vérifier après de nombreuses années de pratiques. »
Il se redresse légèrement, s'approchant davantage de Cheryl. Elle sait qu'il fait ça dans le but de la mettre en confiance, mais son sourire la met un peu mal à l'aise. Il lui fait penser à un chat qui s'amuse avec sa proie avant de la tuer.
« J'entends une bonne partie de mes confrères dire que c'est l'éducation des parents qui perturbe une personne. » poursuit-il. « Mais je ne suis pas d'accord. A mon avis, si vous voulez vraiment détraquer quelqu'un, mieux vaut l'envoyer au collège et au lycée. Vous êtes d'accord ? »
Un rire nerveux s'échappe d'elle. Bien sûr qu'elle est d'accord. Elle est certaine qu'il a abordé le sujet suite à leur dernier entretien, en réalité. La Mason est, visiblement, l'exemple vivant de sa théorie, et il entend bien la vérifier une fois de plus avec elle. Pourtant, elle doit bien se rendre à l'évidence. Jusqu'ici, la formule du docteur Kaufman marche à la perfection avec elle. Elle ne dirait pas forcément qu'il lit en elle comme dans un livre ouvert, mais c'est assez dérangeant de voir à quel point il parvient à poser les bonnes questions, à aborder les bons sujets, ceux qui la forcent à sortir de sa zone de confort. Et cela n'est sûrement pas prêt de s'arrêter là.
« Bien. Je pense qu'on va faire comme la dernière fois, vous aviez l'air à l'aise quand il s'agissait juste de secouer ou hocher la tête. Je vais vous énoncer plusieurs mots, et vous allez me dire si vous pensez que cela vous correspond d'une façon ou d'une autre. Nous verrons en quoi plus en détail pourquoi plus tard. Cela vous va ? »
« Et si je ne m'identifie pas à ce mot, mais que d'autres le pensent, je fais quoi ? » préfère demander Cheryl.
Elle a un mauvais pressentiment. Quelque chose lui dit qu'elle commence à savoir vers où la discussion s'oriente, et que cela risque d'évoquer de très mauvais souvenirs. Son bad trip à Caldecotte Woods, passe encore, mais là… Cela lui tient beaucoup plus à cœur, et elle ne sait pas vraiment comment elle va réagir si elle en parle. Il y a le cas Steve, évidemment, et ça, elle sait qu'elle pourra en parler. Son harcèlement, éventuellement. Elle pourra toujours évoquer son passage à la douche. Mais…
« On verra au cas par cas. » décide Kaufman. « Mais je pense qu'il va falloir qu'on en parle. Pas maintenant, mais plus tard dans la séance. Comme ça, ça vous laisse le temps de vous « préparer psychologiquement », comme on dit. »
Il dit ça avec un certain cynisme, et en même temps, son sourire aux lèvres ne lui donne vraiment pas envie d'aborder ce sujet. Mais il va bien falloir, au bout d'un moment. Si elle veut s'en sortir, il va falloir donner tous les détails. C'est juste que ce genre de réaction lui donne le sentiment d'avoir affaire à une sorte de voyeur. Ou bien est-ce juste un moyen pour lui de vérifier sa théorie ? Mieux vaut ne pas y penser.
« Commençons par quelque chose de simple, alors. » fait le psychiatre en se réinstallant confortablement sur son fauteuil. « Sportif. »
Elle secoue la tête à la seconde où il en parle. S'il y a bien un mot qui ne qualifie pas Cheryl Heather Mason, c'est bien tout ce qui a à voir avec le sport. Même cheerleader. Bien sûr, parfois, elle regardait certains joueurs sur le terrain pour participer un peu aux activités de Midwich High School, et parce qu'il y avait parfois des physiques agréables, mais ce n'est jamais allé plus loin que ça. Pour le coup, c'est un non catégorique, il ne peut pas être plus loin de la réalité. Mais bon, c'est quelque chose d'assez simple, pour le coup.
« Pute. »
Le visage de Cheryl se décompose. Elle ne sait pas quoi dire, ni quoi faire. Elle aurait envie de secouer la tête de toutes ses forces, et c'est vrai. Si on regarde son parcours d'un point de vue entièrement neutre et extérieur, la jeune femme est loin de correspondre à cette description. Elle ne s'est jamais habillée de façon provocatrice, cela aurait plutôt été le propre de sa mère, Dahlia Mason, avant de rencontrer Harry, son père. Sa génitrice a toujours eu ce mélange entre punk et séductrice, que ce soit avec des fringues aux couleurs flashy, ou quand elle a fini par se teindre les cheveux pour adopter un look plus « emo », avec son vernis noir et son eye-liner prononcé. Sauf que Cheryl n'a jamais été comme ça. Elle a toujours eu un style plutôt décontracté, et qui ne laisse pas vraiment voir ses formes. Sans être une frigide – de son point de vue en tout cas – elle n'aime juste pas s'habiller d'une façon qu'elle considère comme vulgaire.
Mais ça, c'est ce qu'elle pense d'elle-même. Si on doit poser la question à ses camarades de classe, elle sait très bien quelle serait leur réponse, et l'explication qu'ils donneraient. Alors elle hoche la tête, bien qu'à contrecœur. Ce que le psychiatre voit instantanément, mais il ne fait aucune remarque. Comme il l'a spécifié, ils en parleront sans doute plus tard.
« Voyons voir… » réfléchit le thérapeute, bien que sa patiente n'ait aucune idée de s'il le fait exprès ou non. « Vierge. »
Est-ce qu'il dit ça parce qu'il a vu son hésitation ? Qu'il a l'air de comprendre où elle veut en venir ? Cheryl n'en sait rien. Mais si elle avait bien envie de hocher la tête, ce serait simplement mentir, pour le coup. Alors elle fait « non ». Elle a eu ses premières expériences sexuelles au lycée, comme beaucoup de gens. Et comme beaucoup de filles de son âge, sa première fois n'était pas vraiment super. Même si l'homme avec qui elle a couché s'était montré bien plus compréhensif que Steve. C'est allé un peu mieux après, mais de là à vraiment prendre du plaisir là-dedans, pas tellement. Et comme elle n'enchaîne pas vraiment les relations amoureuses, elle n'a pas eu beaucoup d'autres partenaires qui lui ont fait changer d'avis à ce sujet.
« Très bien. Dans ce cas, disons « brute », cette fois-ci. »
Elle secoue la tête avec énergie. Elle était la victime. Certainement pas le genre de personne à faire du mal aux autres. Elle pourrait nommer un certain nombre d'individus qui pourraient correspondre à cette description, mais pas elle.
« Et pour finir, je pense que « flemmard » pourrait faire l'affaire. »
Elle sourit poliment, parce qu'elle sait qu'il dit ça pour détendre l'atmosphère. Elle hoche un peu la tête, même si pour être franche, elle élaborerait en précisant que ça dépend des matières. Elle se permet quand même de secouer la main pour laisser sous-entendre qu'il y aurait des choses à mentionner pour donner une réponse plus précise, mais oui, clairement, dans certaines disciplines, elle n'était clairement pas une élève modèle, et elle se fichait pas mal de récolter des mauvaises notes.
« Je suppose que c'est la partie où on va revenir sur les différents mots et qu'il va falloir que j'en parle ? » fait Cheryl, non sans trembler un peu de la voix.
« Pas tout de suite, non. » la corrige Kaufman. « D'abord, j'ai envie qu'on prenne une approche un peu différente. »
Il se lève et va chercher un dossier sur son bureau, celui qui contient toutes les notes et informations qu'il a récolté sur sa patiente. A l'intérieur, il sort une feuille, ainsi que plusieurs petits morceaux de papier, qu'il pose sur la table. La Mason, perplexe, examine attentivement ce qu'il vient d'amener. C'est une sorte de tableau, où plusieurs horaires sont indiqués. Les papiers, eux, correspondent à des matières. Il y en a dix en tout : religion, théâtre, littérature, écriture, géographie, mathématiques, sciences, football, basketball et éducation sexuelle. Dix entrées pour seulement quatre emplacements.
« Je pense que vous voyez où je veux en venir, mais je vais vous expliquer quand même. » lui propose le psychiatre. « Je veux que vous insériez les matières de sorte à créer votre journée d'école idéale. Ne laissez pas de vide, et pour le midi, ne vous inquiétez pas. Vous avez une pause déjeuner assez conséquente. »
« Il y a un ordre de priorité ? » s'enquit la jeune femme. « Ou ça n'a pas d'importance et je peux tout mettre comme je veux ? »
« Ce n'est pas important, contentez-vous de remplir la feuille. »
Dans ce cas, elle n'a pas à beaucoup réfléchir. Elle s'empare de quatre papiers, qu'elle met sur les différents horaires, et les donne ensuite au psychiatre. Littérature, écriture, éducation sexuelle et théâtre en fin de journée, pour bien se vider la tête. Elle a mis éducation sexuelle par dépit, au départ, mais à bien y réfléchir, elle aurait préféré qu'on lui en parle davantage. Pas d'un point de vue scientifique, parce qu'elle a eu tout ce qu'il y avait à savoir sur la reproduction en cours ou la contraception. Elle aurait surtout souhaité avoir une personne rassurante qui lui parle de tout ce qui est psychologique. Qui l'aurait conseillé sur l'amour, et sur faire l'amour. Peut-être qu'avec ça, les événements auraient pris une tournure différente…
« Une littéraire, donc. » constate le thérapeute. « C'est vrai que ce n'est pas forcément les matières qui sont considérées les plus importantes. Mais ç'aurait été beaucoup mieux pour vous, n'est-ce pas ? »
A vrai dire, elle n'en sait rien. En termes de notes, oui, certainement. Et ainsi, sa relation avec sa mère se serait peut-être légèrement améliorée. Mais au sein de l'école en elle-même ? Impossible à dire. De toute façon, il faut croire que la classe 4-D était maudite.
Peut-être parce que c'était la classe dans laquelle il faisait le plus froid…
Bryant Overlook. S'il y avait bien un lieu pittoresque que Cheryl aimait bien dans la petite bourgade de Silent Hill et qui devait être près de son école, c'était bien celui-ci. Ce point de vue assez peu fréquenté surplombait le lac de Toluca, et il y avait quelque chose d'apaisant, mais d'en même temps assez romantique à l'idée d'observer le lac depuis cet endroit. C'était la raison pour laquelle c'était un point de rendez-vous assez commun pour les amoureux, malgré la présence du mémorial en l'honneur de Daniel Bryant, un des pionniers de la ville, et dont les jeunes se moquaient bien. L'idée qu'ils étaient là, tous les deux, dans ce lieu si intime, faisait battre son cœur à cent à l'heure. Le seul bémol, c'était que son copain, Steve, avait insisté pour qu'il l'emmène en voiture et qu'ils y restent, prétextant qu'il faisait trop froid pour rester longtemps dehors. Il n'avait pas tort, mais cela enlevait quand même beaucoup de son charme. Ce n'était pas un ciné-parc, après tout. Mais il avait malgré cela fait l'effort de lui proposer de venir là, parce qu'il savait que c'était un endroit qui lui plaisait beaucoup. En plus, cela lui permettait de rester un peu plus longtemps dehors, sans avoir à rentrer chez elle. Et elle était avec lui, c'était tout ce qui comptait. D'ici une heure et demi, les cours allaient reprendre et ils allaient devoir se séparer pendant toute une journée… Et dans la tête d'une ado romantique comme Cheryl Heather Mason, c'était difficilement supportable, et tant pis si cela paraissait stupide aux yeux des autres.
Ils s'aimaient, voilà tout. Elle aimait vraiment quelqu'un, pour une fois, n'était-ce pas merveilleux ? Il parvenait à combler ce manque que son père avait laissé dans sa vie depuis qu'il était parti, quand elle avait sept ans.
« Merci. » fit-elle avant de l'embrasser sur la joue.
« T'inquiète, bébé, ça me fait plaisir. » répondit Steve en enlevant sa ceinture. « Tout pour faire plaisir à la fille que j'aime. »
« Flatteur. »
Il se pencha vers elle pour que leurs lèvres se rejoignent, ce qui fit sourire la jeune femme. Une douce chaleur semblait l'envelopper tandis qu'il caressait sa joue de son pouce. Elle se sentait tellement bien qu'elle aurait voulu que ce moment dure des heures, des jours, une éternité… Elle enroula ses bras autour de son cou, ferma les yeux et se laissa emporter par le frisson de plaisir que son petit ami lui procurait en caressant doucement ses cheveux bruns. Progressivement, la main de celui-ci se glissa vers le siège de la passagère, et il appuya sur le bouton lui permettant d'enlever sa ceinture à elle aussi.
« Viens à l'arrière, on sera plus à l'aise. » proposa-t-il dans un souffle.
Elle hocha la tête sans hésiter. Elle s'en foutait, à vrai dire. Complètement. Tout ce qu'elle voulait, c'était qu'il la prenne dans ses bras et qu'il continue de l'embrasser. Qu'il lui dise qu'il l'aime, ou n'importe quel autre mot doux du genre. Le genre de chose dont elle ne pouvait jamais se lasser.
« Tu sais, quand on aura fini l'année, je pensais emménager à Ashfield pour les études. » lui expliqua-t-il tandis qu'ils se glissaient à l'arrière. « J'ai vu un immeuble sympa à South Ashfield. Le proprio est sympa, il m'a proposé la 302 à un bon prix parce que je viens de Silent Hill et que son fils et sa belle-fille adorent le coin. J'aurais mon propre appart' et tu pourrais passer quand tu veux… »
« Ce serait une super idée. »
Elle s'approcha de lui et lui vola un second baiser. La nouvelle la comblait de joie. Pouvoir avoir un peu d'indépendance, ce serait super. Il lui faudrait conduire pendant un certain temps, parce qu'Ashfield était assez loin de Silent Hill, mais peu importe.
Un troisième baiser, avec la langue cette fois-ci. Elle sentit sa respiration s'accélérer, ivre d'amour pour lui. Les French kisses, c'était ce qu'elle préférait. Explorer la bouche de l'autre, entrelacer sa langue avec celle de l'homme avec qui elle le faisait, et avoir l'impression que chacun de ses sens était décuplé en conséquence… Comment ne pas résister à une telle magie ? Et avec ce que Steve lui avait dit, comment ne pas ressentir autre chose que de l'extase, autant dans son corps que dans son esprit, qui divaguait vers des rêves qui ne demandaient qu'à devenir réalité ?
Elle serait loin d'ici, de sa mère, de cette école à la con, avec l'homme qu'elle aimait. Ils pourraient commencer à faire leur petite vie. Elle viendrait au départ les weekends, puis plusieurs jours à la suite… Pourquoi pas y habiter de façon permanente aussi, une fois que ce serait son tour de rejoindre l'université ? Pour la première fois dans sa vie, il lui semblait que son avenir après l'école était tout tracé. Qu'il se dessinait progressivement devant elle, et qu'il lui paraissait rempli d'espoir. Si seulement son père avait été là pour apprendre la nouvelle. Il aurait été tellement content pour elle…
Leurs baisers se raccourcirent, mais ils étaient également plus intenses. Trop intenses. Si elle adorait sentir ses lèvres sur son cou, son corps se crispa soudainement quand elle sentit ses mains descendre autour de sa taille et caresser des parties qui ne lui convenait pas le moins du monde.
« Attends, qu'est-ce que tu fais ? » s'enquit-elle d'une voix tremblante.
« Chut. » lui susurra son amoureux, toujours pris par le désir qu'il éprouvait envers elle. « Détends-toi, ça va être super, tu verras. »
« Steve… »
Elle s'écarta de lui et se rapprocha de la portière arrière. Au début, le jeune homme avait esquissé un sourire, croyant qu'elle allait enlever son blouson et sa chemise, mais il n'en était rien. Sa mine joyeuse se transforma rapidement en agacement.
« Allez quoi ! » soupira-t-il en se redressant et en cherchant à attraper les mains de Cheryl. « Bébé, t'as dit que tu m'aimais, non ? »
« Oui mais… »
« N'aie pas peur, ça va aller. »
N'ayant pas le succès escompté, il tenta à la place de défaire les boutons du pantalon de sa petite amie, mais celle-ci attrapa ses poignets.
« Ecoute-moi, je t'ai déjà dit non. » trancha Cheryl, d'une voix plus ferme.
« J'y crois pas une seconde, pas avec le regard que tu viens de me lancer. En plus avec ta robe d'hier soir, tu vas quand même pas me dire que tu m'as fait marcher tout ce temps. »
« Mais ça n'a rien à voir, tu imagines des choses ! »
Elle saisit la poignée de la portière et l'ouvrit, puis sortit de la voiture et marcha à un rythme soutenu en direction de Midwich. Aussitôt, Steve fit de même, courut jusqu'à elle et lui attrapa la main pour la faire revenir vers lui.
« Mon cœur, attends une seconde. »
« Lâche-moi ! » s'écria-t-elle.
« Laisse-moi m'expliquer ! »
« Pas besoin, j'ai très bien compris ce que tu veux. »
Elle chercha à se débattre, mais rien n'y fit. Il était tout bonnement trop fort. Tout ce qu'elle pouvait faire, c'était croiser son regard et lui faire comprendre à quel point elle se sentait trahie par ce qui venait de se produire. Elle avait l'impression qu'il n'avait pas été honnête avec lui, qu'il l'avait simplement amené ici pour avoir une récompense : un rapport sexuel avec elle. C'était purement répugnant.
« Tu sais très bien que j'adore ce qu'il y a entre nous. » se justifia Steve. « C'est juste que… je sais pas, je suis humain, quoi. Je vois ce que font les autres filles, je te vois toi et… C'est dur pour moi. Tous les autres mecs sont… »
Il était vraiment en train de lui faire un discours de ce genre ? Comme quoi parce que les autres commençaient déjà à coucher ensemble, il fallait qu'ils le fassent aussi ? C'était une entaille de plus dans son cœur déjà bien fragile.
« Comment tu peux me dire ça ? » s'écria-t-elle, à la fois complètement indignée et détruite par ce qu'il venait de lui dire. « Je te l'ai déjà dit, je ne suis pas prête, Steve. Et c'est pas en me foutant la pression comme tu le fais que… »
« Oui, je sais, j'ai compris, pardon ! »
Non, il ne comprenait pas. Elle avait pensé qu'il n'était pas comme les autres garçons qui lui plaisaient et qui lui avaient tourné autour, mais au final, elle s'était trompée sur son compte. Il ne l'avait vue que comme un morceau de viande, voilà tout. Il voulait avoir son coup, comme ça il ne serait plus puceau avant la fin de l'année, ou un autre pari à la con que les mecs de Midwich se lançaient. De toute façon, dans cette école de merde, il y avait toujours des défis complètement foireux. L'année dernière, c'était le jeu du foulard, et maintenant ça… Ils étaient tous des abrutis, tous autant qu'ils étaient.
Son copain lui lâcha la main et baissa légèrement la tête, plus pour chercher ses mots que par honte ou véritable sentiment de culpabilité.
« C'est juste… » commença Steve. « Je sais que t'es timide et tout, c'est comme ça. Mais pourquoi tu te comportes comme ça avec moi ? Pourquoi t'arrives pas à te détendre alors que tu devrais ? Au début je croyais que c'était parce que tu voulais pas qu'on le fasse chez toi ou chez moi, mais là… »
Il y eut un silence. Cheryl lui lança son regard le plus noir. Elle voulait qu'il continue, qu'il aille au bout de sa pensée. Quitte à ce qu'elle soit blessée, autant ne pas le faire à moitié, pas vrai ?
« Je comprends pas pourquoi t'es aussi frigide avec moi. »
Frigide ? C'était ça, pour lui ? Alors qu'elle venait de lui montrer qu'elle était complètement amoureuse de lui ? Quelque chose venait de se fissurer, en elle tout comme dans leur relation, maintenant qu'elle était au courant de cela. Ce n'était pourtant pas faute d'en avoir parlé. Elle lui avait déjà expliqué à maintes reprises qu'elle n'était pas une fille facile, qu'elle ne coucherait avec lui que si elle était prête et sûre de le faire avec la bonne personne. Ce n'était même pas une question de rester vierge avant le mariage, ou une connerie du genre. Mais pour Steve, c'était être frigide ? Comment pouvait-on se comporter de cette façon ? Et prendre d'autres filles en exemple pour lui expliquer qu'elle tardait à faire comme elles ? Pour une fois, il lui semblait que sa mère, aussi écœurante qu'elle pouvait être à ses yeux par moments, avait au moins raison sur un point. Boire comme des trous jusqu'à être complètement bourré à chaque soirée organisée, passe encore, mais elle avait l'impression que la notion d'amour était passée à la trappe. Les vieux disaient que c'était l'influence de la pornographie – et c'était peut-être vrai, à vrai dire Cheryl se foutait bien de savoir ce que c'était – mais il était clair que pour certains, le consentement était une notion encore bien vague. De même que les pressions que les gens pouvaient ressentir justement parce que tout le monde jouait avec le feu sur des sujets aussi importants que l'amour.
« Il faut que j'aille en cours. » décida finalement Cheryl. « Merci quand même pour tout à l'heure. »
« Tu veux que je t'accompagne ? »
« Non, ça ira, merci. »
Elle reprit sa route, même si, en réalité, l'école ne commencerait pas avant une bonne demi-heure au moins. Elle avait simplement besoin de partir, de ne plus être avec lui, parce que ça l'oppressait. Elle sentait comme comprimée, avec lui. Il fallait qu'elle respire, qu'elle marche dans une direction, et l'école était juste une bonne excuse.
Mais même en marchant aussi rapidement qu'elle le pouvait, elle ne pouvait pas s'empêcher de trouver son pas bien trop lourd. Le pas d'une personne qui marchait dans la neige, dont l'empreinte disparaitrait aussi vite qu'elle était apparue.
Comme si elle n'avait jamais vraiment existé.
C'est anodin, raconté de cette façon. Et pourtant, c'est assez libérateur d'être parvenu à mettre des mots plus précis sur cette relation. Avec le recul, elle se dit qu'elle a peut-être été un peu dure avec Steve, qu'elle aurait pu choisir d'autres mots pour éviter d'en arriver à leur rupture on ne peut plus brutale.
« Comment ça s'est terminé ? » s'enquit Kaufman.
« Il m'a envoyé un texto quelques semaines après. » répond Cheryl. « Il m'a dit que je ne l'écoutais pas alors qu'il m'expliquait sans arrêt la même chose, que cette histoire de frigide prenait trop d'importance, et que par conséquent on ne pouvait pas rester ensemble. »
« Il a à nouveau essayer d'aller plus loin ? »
Elle secoue la tête. De toute façon, s'il avait essayé, les choses auraient vraiment empiré, pour le coup. Mais Steve n'était pas aussi stupide. Il l'était, assurément. Mais pas à ce point.
« C'est plutôt que cette histoire est souvent revenue sur le tapis. Après ça, les choses n'ont jamais vraiment été les mêmes… Je n'arrivais plus à m'ouvrir à lui autant qu'avant, et il me l'a reproché, d'ailleurs. Il m'a proposé de rester amis, mais j'ai refusé, alors il m'a envoyé bouler. »
Elle se souvient très bien de son dernier message, d'ailleurs. « Profite de ton petit espace vital. » C'était peut-être un simple texto, mais sa suffisance et sa volonté de blesser étaient bien là. Mais elle ne fonctionne juste pas comme ça. Rester amis après ce genre de relation, et encore plus avec ce qui s'était passé, c'était juste impossible. Même maintenant, elle ne pourrait pas. C'est compliqué de devoir revoir une personne en essayant de faire table rase sur ce qu'on a été avant, surtout quand c'était quelque chose de plus fort.
« Les hormones des garçons… » soliloque le psychiatre, non sans un certain amusement. « Et maintenant, ça se passe comment ? »
« Ça se passe. » fait la jeune Mason en haussant les épaules. « J'ai eu un peu de tout, mais rien de vraiment stable. La plupart du temps, quand c'est pas des coups d'un soir, ils tombent amoureux, et puis ils commencent à me connaître… »
« Vous avez eu des coups d'un soir ? »
« Une fois. Pas la meilleure idée du monde. De toute façon, cette partie-là d'une relation, ça ne m'a jamais vraiment épanouie, je dois dire. »
Il hoche la tête, mais ne réagit pas plus que cela. Elle se sent obligée d'ajouter quelque chose, au cas où il décide de s'arrêter là et de clore complètement le dossier là-dessus.
« Et j'ai été la maîtresse d'un homme plus âgé que moi, aussi. »
Rien de très sain non plus. Mais elle ne se sent pas d'en parler maintenant. Surtout que ça a à voir avec le lycée aussi, et elle a l'impression d'en avoir raconté beaucoup pour une seule session. Elle ne sait pas encore ce que le docteur Kaufman a en tête, mais elle le lui racontera s'il compte revenir dessus un jour. Juste pas aujourd'hui. Tout comme elle n'a pas encore très envie de parler du harcèlement dont elle a été victime, justement à cause de cette relation-là. Mais visiblement, ce n'est pas au programme du thérapeute. Ou alors, a-t-il justement remarqué que Cheryl n'est pas encore tout à fait ouverte à évoquer tous les sujets qui existent autour de ses années lycée ? Ou bien estime-t-il que ce n'est plus vraiment important ?
« On verra ça une autre fois, on a déjà abordé d'un gros sujet. » décide-t-il. « On aura l'occasion d'y revenir plus tard, mais il est vrai que le sexe est quelque chose d'assez intéressant à étudier, dans les cas comme le vôtre. »
Evidemment. C'est bien un truc de psychiatre de répondre ça. Pour tous les thérapeutes d'une manière générale, d'ailleurs. Du moins, c'est ce que la Mason pense. Mais si elle n'est pas encore prête à en parler maintenant, elle croit être en mesure de pouvoir le faire plus tard, assurément. Elle fait des progrès, elle en est certaine. Et quelque part au fond d'elle-même, si elle sait qu'elle fait avant tout ça pour elle, elle sait aussi que son père serait content d'apprendre qu'elle est suivie par un homme comme Kaufman pour tenter d'aller mieux. Juste pour qu'il soit fier d'elle, elle a envie de continuer et de reprendre le contrôle de sa vie.
En bonne petite fille, elle adore son papa, après tout.
Voilà qui conclut donc ce troisième chapitre et j'espère qu'il vous aura plu.
On reste encore un peu en surface pour l'instant sur ce genre de thème, mais vu ce qui se passe dans le jeu, soyez bien sûr que les mésaventures de Cheryl/Heather à Midwich ne sont pas tout à fait terminées. J'essaie juste de bien doser pour ne pas trop vous surcharger avec de gros pavés, mais vous en apprendrez plus sur l'école la plus « sympathique » de Silent Hill très prochainement.
N'hésitez pas à laisser une petite review ou une trace de votre passage, ça fait toujours plaisir de savoir qu'on est lu et que ça intéresse les gens ! En attendant, je vous retrouve très bientôt pour le prochain chapitre.
