Chapitre 3 :

Quoi ?!

Il ouvre son peignoir, révélant son torse parfait, son ventre et ses jambes. Il ne porte qu'un boxer sombre. Ma déesse intérieure entreprend un reemake de flashdance, What a feeling, assise sur sa chaise, trempée par une averse d'eau.

Il me tend une main hésitante.

_ Tu viens?

Je lui donne la mienne, qu'il presse avant de m'entraîner à sa suite. Ma conscience me foudroie d'un regard sévère, avant de tourner le dos pour s'enfoncer dans un vieux fauteuil.

La salle de bain est odieusement grande. Elle doit bien faire la taille du salon de l'appartement de Kate… Je jette un coup d'œil aux doubles vasques qui percent un meuble en bois sombre interminable, surmonté d'un miroir entouré d'un cadre de cuir. Il y a une douche italienne, délimitée par une faïence en ardoise et aussi une baignoire (un jacuzzi à la réflexion faite) sur la gauche. Christian ferme la porte derrière lui à clef, s'arrête avant de se tourner vers moi.

_ Que préfères-tu ? Un bain ou une douche.

Il défait doucement la ceinture de mon peignoir. Ces yeux me dévisagent un moment, avant de descendre le long de mon corps, qu'il découvre en ouvrant les pants du vêtement. L'anticipation me fait frissonner alors que le tissu tombe sur le sol. Son souffle devient rauque :

_ Oh, Ana…

Il me fixe, un moment, ses yeux mangeant presque ma peau. Je déglutis et bredouille :

_ Un bain.

Il gagne aussitôt cette espèce de baignoire démesurée pour ouvrir les robinets. Je retire mes bas, mes doigts tremblants filent le nylon et je peste entre mes dents. Je suis gênée de cette brusque intimité, de sa présence. Je brûle d'envie qu'il me touche, mais j'ai peur de voir ressurgir des discutions qui nous mèneraient à un affrontement armé…

L'eau coule, remplie la cuve en faïence qui disparait peu à peu sous une épaisse mousse. Je viens juste d'en finir avec mes bas. Je baisse les yeux, retirant mes sous-vêtements à la hâte, avant de les déposer sur le sol. Je plonge presque littéralement dans la baignoire, me calant contre le rebord, je pose ma tête contre le petit coussin prévu à cet effet. La mousse cache tout juste mes seins et je le vois m'observer, du coin de l'œil avant de venir me rejoindre à son tour, de l'autre côté. Il fait la moue, visiblement mécontent.

_ Qu'il a-t-il ?

Il semble déçu.

_ J'espérais être du même côté que toi…

Sous l'eau, son pied effleure mon genou puis ma cuisse. Je frissonne alors qu'il ajoute :

_ J'ai l'impression que tu veux retarder les choses. Que tu cherches à gagner du temps. Pourquoi ? Tu n'en as pas envie ?

Ma déesse intérieure arbore une auréole innocente tout en cachant un trident diabolique derrière son dos.

_ Viens, m'invite-t-il en tapotant l'eau devant lui s'il te plaît.

Je frissonne sous la mousse, dévorée par l'envie. Que dois-je faire ? Céder tout de suite, pauvre créature livrée à mes hormones en ébullition.

Je n'ai pas la force de refuser son invitation. Je déplace mes fesses et ma mousse près de lui, et me cale finalement contre son torse. L'odeur de son corps et la chaleur de l'eau, presque brûlante, me font fermer les yeux. Ma tête s'appuie contre lui et ses bras m'enserrent, m'empêchant tout mouvement de retraite.

_ Il faut que tu manges Ana, je ne plaisante pas.

Pourquoi doit-il en rajouter une louche maintenant ? Ses mains qui glissent le long de bras pour poursuivre leurs caresses sous l'eau, m'empêchent de lui réponde quelque chose. Il les pose alors sur mes hanches :

_ Je sens les os de ton coccyx.

_ Moi c'est autre chose que je sens en ce moment, Monsieur Grey.

Un rire malicieux et franc secoue sa cage thoracique, et moi par la même occasion.

_ Pardonnez-moi d'avoir certaines pensées devant ce corps dénudé.

Ses lèvres taquinent mon oreille et je frémis.

_ Pour quelqu'un adepte de la discipline, vous semblez bien émotif, Monsieur…

Ses dents mordillent aussitôt le lobe de mon oreille.

_ Vilaine.

Ses mains piquent alors vers le sud, entre mes cuisses qu'il écarte brusquement. Je sursaute et ouvre les yeux

_ Pour quelqu'un d'indécis, vous semblez très réceptive, Mademoiselle Steele…

_ Vos attaques sont tellement cavalières ! Je rétorque.

Je pose mes mains sur les siennes, l'empêchant de monter jusque

_ Ana…

Il souffle dans mes cheveux, comme contrarié. Sa voix est rauque près de mon oreille alors que je sens ces mains frémir contre la peau de mes cuisses.

_ Qu'est-ce que tu as? Pourquoi refuser ?

Il utilise son corps et les réactions prévisibles du miens pour arriver à ses fins. Je ne veux pas me faire avoir, pas une fois de plus.

Tu t'en sors bien dis donc ! A poile avec lui dans la baignoire, quelle victoire ! Raille ma conscience de derrière son fauteuil.

Je l'ignore, me rappelant soudain d'un détail, d'une phrase prononcée par Christian au maître d'hôtel, hier soir.

_ Car tu m'as invité à ce diner dans l'optique que je passerais à la casserole juste après.

Il se fige, surprit.

_ Quoi ?! Je ne t'ai pas invité pour coucher mais pour discuter Ana !

_ Ah oui ?! Je fulmine : alors pourquoi réserver au préalable une chambre dans le même hôtel où tu m'as invité à dîner ?

Ma déesse intérieure boude. L'ambiance est pesante soudain, ma libido à fait une chute monumentale pour retomber dans mes chaussettes.

_ Ana, j'avais une réunion jeudi après-midi ici. Elle s'est terminée tard et s'est poursuivie hier jusque tard dans la matinée. J'ai préféré dormir sur place plutôt que de rentrer chez moi.

Je soupire. Il n'y a qu'un PDG plein aux as pour prendre une chambre d'hôtel hors de prix a quelques pâtés de maison de son propre appartement… Mon sang brûle mes veines et mon visage s'échauffe. Je suis stupide. Comment me sortir de là maintenant ?

_ Bien sûr que tu me fais envie, et crois-moi je suis en train de devenir cinglé de devoir me retenir à ce point mais enfin… Je te savais indécise et réticente, et je ne pouvais pas prévoir que tu ne serais pas en état de retourner chez toi.

Un rire sec lui échappe :

_ A moins que tu ne me soupçonne aussi de t'avoir rendue malade pour pouvoir partager ton lit ?

_ La fameuse soupe… je souligne avec humour.

Ses bras resserrent leur étreinte et il me presse contre lui. Il semble s'être détendu.

_ Et toi alors ? Lâche-t-il soudain.

Ou pas…

_ Quoi ? Qu'est-ce que j'ai fait ?

_ Tu as bien passé la nuit avec ton photographe, mercredi dernier…

La menace couve sous sa voix trop claire, trop calme.

Oups…

_ Je n'ai pas passé la nuit avec lui mais chez lui.

_ Je m'en fou, tu étais chez lui. Ne joue pas sur les mots.

Ses mains se referment sur mes bras.

_ J'attends moi aussi des explications.

Merde, il est vraiment furax.

_ Christian je n'aie absolument rien à expliquer, il ne s'est rien passé.

Son menton s'appuie sur le creux de mon épaule,

_ Vraiment ?

_ Oui, vraiment. Il m'a proposé de dormir dans son lit mais j'ai refusé, j'ai pris le canapé.

Il siffle entre ses dents. Ce son est désagréable près de mon oreille.

_ Pourquoi ne voulais-tu pas que je te paye une chambre ?

_ Parce que.

_ Ce n'est pas une excuse recevable. Alors, pourquoi ?

Son entêtement n'a malheureusement pas diminué en dix jours de temps…

_ Disons que tu n'avais pas vraiment l'air décidé à quitter l'hôtel une fois la chambre payée.

Son étreinte se resserre davantage.

_ Et j'avais une voiture de location, je ne voulais pas que tu m'emmènes à l'autre bout de la ville.

_ Taylor l'aurait ramené pour toi.

_ Arrêtes de toujours vouloir avoir le dernier mot. C'est fait, je ne vois vraiment pas pourquoi tu souhaites revenir là-dessus.

Un silence bref s'installe, qu'il finit par rompre :

_ Ça m'a rendu dingue, de te savoir chez lui. Je ne savais même pas où il habitait.

_ « Savait » ? Car tu le sais maintenant ?! Ne me dis pas que…

Je me retourne et brave son regard gris ardoise. Il passe une main dans ses cheveux.

_ Tu m'as suivit ?!

Je ne vois vraiment pas pourquoi je lui demande. Je connais la réponse, je connais sa tendance au harcèlement. Merde, je ne pensais pas qu'il irait jusque-là ! Jusque chez José ! Je suis à la fois en rogne et oppressée. Jusqu'où est-il capable d'aller pour me surveiller ?

Je me lève et enjambe la baignoire, le corps recouvert de mousse.

_ Ana, j'avais besoin d'être rassuré. Depuis cette soirée, j'avais peur qu'il retente quelque chose avec toi.

Je gagne la douche pour me rincer rapidement avant de m'enrouler à nouveau dans mon peignoir.

_ Tu m'en veux ?

_ Oui !

Je quitte la pièce, désireuse d'instaurer une distance entre nous, mais bien sûr, il me suit aussitôt. Je peste entre mes dents : n'ayant pas d'affaires, je suis condamnée à rester avec lui ici jusqu'au retour de Taylor.

_ Ana tu étais dans un état épouvantable mercredi dernier. J'avais peur qu'il profite de ça.

_ José ne ferait jamais une chose pareille. Ok, il a dérapé lors de cette soirée, mais ce n'est pas un prédateur sexuel comme toi ! Il n'avait pas bu pour le vernissage, il n'y avait donc aucun risque.

Ces accusations me rendent furieuse, j'arpente la chambre nerveusement.

_ Je suis loin d'être un saint Ana, je le conçois tout à fait ! Mais tout de même je ne t'ai pas sauté dessus hier soir !

_ Ah oui ? Et au restaurant, alors ? A quoi est-ce que tu jouais ? Aux chaises musicales ?!

Il contourne le lit et s'approche dangereusement. Il arbore juste une serviette de l'hôtel, enroulée autour de ses hanches, mais laissant apparaître son nombril, et le chemin sombre de poils sur son bas-ventre, menant à…

Je secoue la tête, me détourne de cette vision.

_ Ça n'avait pas l'air de te déplaire tant que ça, il me semble, lance-t-il d'un ton emplis de sous-entendus : Je ne parlais pas du dîner mais de la nuit que j'ai passée avec toi.

_ Tu m'as dit que la nécrophilie n'était pas ta tasse de thé. Je ne suis donc pas surprise que tu n'aies rien tenté !

Ses yeux me foudroient d'un regard volcanique.

_ En parlant de nécrophilie –son ton est menaçant- combien d'heures de sommeil as-tu à ton actif depuis le début de la semaine ?

Il s'est à nouveau avancé, je m'assoie sur le rebord de la fenêtre.

_ Christian ce n'est pas le sujet !

_ Si justement ! tu as dormis plus de dix-sept heures non-stop.

Hein ?! Il se moque de moi, ce n'est pas possible.

_ Il est quatre heures de l'après-midi Ana.

_ Quoi ? C'est une blague.

Sa remarque me déstabilise un bref instant, qui lui permet de réduire encore la distance qui nous sépare. Les effluves de son odeur m'arrivent, en même temps que la vision troublante de son torse.

_ Ta lèvre, souffle-t-il.

Je sursaute et la lâche aussitôt avant de fuir sur le côté rapidement.

_ Tu t'éloignes du sujet ! Je n'arrive pas à croire que tu m'aies suivie jusque chez José. Tu ne me fais pas confiance ?

_ Si bien sûr, mais José en pince sérieusement pour toi et tu le sais. Et tu n'étais pas en état de…

_ La fatigue ne m'empêchait pas de parler ou de me défendre Christian ! Arrête !

_ Oui, j'avais remarqué.

Il pivote vers moi de nouveau, bien décidé à ne pas laisser un espace de plus de cinq mètres entre nous.

On frappe alors à la porte.

_ Monsieur Grey ? J'ai pris la liberté de passer au pressing pour récupérer la robe de Mademoiselle Steele. Elle est posée sur le canapé ainsi que les affaires que vous m'aviez demandé.

Je saisis l'occasion et ouvre aussitôt la porte pour tomber nez à nez avec lui. Il s'écarte aussitôt, surprit, avant de s'incliner respectueusement.

_ Bonjour, Mademoiselle.

_ Bonjour Taylor, merci pour tout.

_ C'est mon travail.

Je déboule dans le salon, attenant à la chambre pour me saisit de la robe, et des sous-vêtements neufs qu'il vient de ramener dans un sac en papier blanc. Je rougi, en songeant que c'est lui qui a dû les choisir.

Je
m'enferme à double tours dans la salle de bain.

Je l'entends frapper contre le battant.

_ Ana, ouvres-moi cette porte !

Je termine de brosser mes cheveux. Mes chaussures sont restées dans la chambre, et il faut bien que je quitter la suite. Je déverrouille, le cœur battant pour le voir juste devant, tel un rempart hostile entre moi et la sortie. Une moue boudeuse déforme sa bouche, mais son regard reste impénétrable.

_ Tu t'en vas ?

_ Oui alors laisse-moi passer.

_ Non.

Il s'adosse lourdement contre le montant en bois, et tend son bras en travers de l'espace vide restant à sa gauche.

_ Je ne veux pas que tu partes. Reste, s'il te plaît.

Ses yeux se vrillent aux miens, avant de descendre sur le reste de ma petite personne. Ma déesse intérieure sort son éventail, que ma conscience saisit aussitôt pour lui coller en plein sur la figure.

_ Non, fais-je sur le même ton que lui précédemment.

Un sourire ironique étire ses lèvres, dévoilant un sourire malicieux.

_ Et bien il va falloir me passer sur le corps, Mademoiselle Steele.

Bordel, il ne peut pas me laisser faire ce que j'entends une fois dans sa vie ?

_ Ok.

Je tente en désespoir de cause un passage en force, sous son bras, qui se solde par un échec lamentable. Ses mains, fermes, me saisissent au vol alors que son corps vient s'appuyer de toute sa force contre le mien. Il m'immobilise contre son bassin et le mur.

Je sens mon corps frémir langoureusement alors qu'il fond sur ma bouche entrouverte. Sa langue m'assaille, implacable et exigeante. J'arrive à lui échapper un bref instant pour reprendre une bouffée d'air et proteste mollement:

_ Christian, arrêtes !

Ses doigts lâchent mes avant-bras et viennent se glisser dans mes cheveux, soudant mon visage au sien en le maintenant immobile. J'ai l'impression d'être un volcan en éruption. Son contact, son parfum, sa chaleur, ses mains sur moi, sa bouche, son souffle rauque… C'est trop après ces jours sans lui.

Hors d'haleine, il me relâche, me laissant respirer moi aussi :

_ Ana, restes, je t'en prie…

Ma conscience tape du pied, les bras croisés sur sa poitrine en me foudroyant du regard lorsqu'il presse un peu plus ces hanches contre les miennes.

_ Non Christian. Je dois y aller.

Il gémit, plaintivement.

_ Tu vas me rendre dingue. Qu'est-ce que je peux faire pour te convaincre de rester ?

_ Rien.

Il grogne cette fois, tente de reprendre ma bouche que je lui refuse, le visage en feu.

_ Qu'est-ce que tu as ? Tu réfléchis trop Ana. Je sens que tu en as envie autant que moi. Qu'est-ce qui te retiens ?

_ Ta conduite !

La surprise le fige.

_ Il va falloir plus que ça pour vous racheter Monsieur Grey ! Maintenant laisse-moi rentrer chez moi.

Son entêtement ou son désir, je ne sais trop, le pousse quand même à poursuivre ses baisers, qui descendent le long de ma gorge, m'arrachant des frissons. Je suis perdue si je ne fais rien maintenant. Je le repousse, oubliant au passage que son torse est une zone interdite. Il se crispe aussitôt, raide, paniqué lorsque mes mains se posent à plat contre ses pectoraux. C'est comme si un courant électrique venait de le traverser. Il me relâche brusquement, avant de s'éloigner. Je reste un moment contre le mur, un peu gauche, et terriblement mal à l'aise.

_ Excuses moi… Je n'y pensais plus, pardon.

Je me mords la lèvre et déguerpis vers le salon après avoir ramassé mes bottines. Taylor n'est plus là. Je panique, ouvre la porte de la suite avant de le voir dans le couloir, attendant debout, près de la porte.

_ Tout va bien Mademoiselle Steele ?

_ Oui, je voulais savoir si vous pouviez me ramener à mon appartement ?

_ Bien sûr. Vous êtes prête ?

_ Pratiquement, attendez moi en bas s'il vous plait, j'arrive d'ici cinq minutes.


Vos impressions et critiques sur ce début de fiction sont importantes pour moi.
Merci de me les communiquer si vous avez le temps ^^

M.