De : Christian Grey

Objet : Menaces

Date : 14 Juin 2011 21:28

A : Anastasia Steele

Taylor risque le licenciement à cause de vous. Je vais devoir réfléchir.

Christian Grey

P-DG, Grey Entreprises Holdings, Inc.

Christian n'a accepté que je sorte de la suite qu'à l'unique condition de récupérer le BlackBerry. Conséquence face à la tentation de sa minuscule serviette blanche, de son torse dénudé et du combat à mort mené entre ma déesse intérieure et ma conscience… J'ai plié.

De : Anastasia Steele

Objet : Abus de pouvoir

Date : 14 Juin 2011 21 :32

A : Christian Grey P-DG Mégalo

Je vous déconseille fortement de renvoyez Taylor. Il vous est trop précieux. Je n'aurais pas cédé, même s'il n'était pas intervenu, il est donc inutile de vous acharner sur lui.

Anastasia Steele

J'ai à peine reposée le téléphone qu'il se met déjà à vibrer :

De : Christian Grey

Objet : Moi, mégalo ?

Date : 14 Juin 2011 21 :34

A : Anastasia Steele

Mon sens de la persuasion s'avère souvent payant. Je suis sûr que vous auriez cédé, Mademoiselle Steele.

Christian Grey

P-DG, Grey Entreprises Holdings, Inc.

Quelle arrogance! Je n'en reviens pas.

Rageusement, je jette le BlackBerry sur mon lit avant de partir chercher quelque chose à la cuisine. Je me sens fatiguée -encore- et ce malgré mon interminable nuit de sommeil. Le frigo est remplit des Tupperwares de Mme Jones. J'opte pour sa salade de pâtes. J'en verse la moitié dans un bol, que je mange lentement.

Kate me manque, l'appartement semble tellement vide sans elle. Le silence est assourdissant, je n'entends que mes molaires mastiquant les pâtes, les déglutis de ma gorge, le raclement de la fourchette contre le bol…Je débarrasse mollement, me met en pyjama, et repart dans ma chambre.

Sous les draps, sans un mot, une étrange sensation m'envahis. J'ai la poitrine serrée et le moral dans les chaussettes. Je me surprends à céder aussi vite en regardant le BlackBerry :

De : Christian Grey

Objet : Silence

Date : 14 Juin 2011 21 :45

A : Anastasia Steele

Dois-je voir ton silence comme une approbation ?

Christian Grey

P-DG, Grey Entreprises Holdings, Inc.

Sa réponse m'énerve autant que la précédente. Je compte bien le faire mariner dans son jus. Il veut du silence il va en avoir !

Lundi au bureau, je reprends mon régime latte. Jack est cloitré dans son bureau, et la masse de travail n'est pas alarmante aujourd'hui. Je tiens le silence depuis samedi soir, et ce malgré ses cinq mails reçus depuis. Ma conscience approuve, ma déesse intérieure par contre, fait une pyramide avec ses mouchoirs, le regard larmoyant. J'avoue que je n'en mène pas large quand même. C'est dur de résister, de lui résister… Mais ma fierté en a plus qu'assez de prendre des bâtons dans les roues. En même temps, le contraste entre ma nuit réparatrice à l'hôtel en sa compagnie et la solitude de mon appartement est douloureusement difficile…

Je n'ai même pas la paix lorsque je dors, c'est intolérable. On dirait qu'il le fait exprès ! Ses mains reviennent toutes les nuits, me hanter, troublantes et pressées. Je me suis réveillée en sueur ce matin, complètement désorientée et la moitié des draps gisant sur le sol. Je vais devenir cinglée…

Je profite de la pause déjeuné pour sortir prendre un peu l'air. Je reviens, après m'avoir acheté une bouteille d'eau. J'ouvre le Tupperware de Mme. Jones, contenant le reste de la salade de pâtes que je déguste lentement, sans grande envie. Un « ping » sonore, me sort de ma léthargie, et j'ouvre nerveusement ma boîte mail :

De : Christian Grey

Objet : Silence persistant

Date : 16 Juin 2011 13 :10

A : Anastasia Steele

Dois-je passer aux menaces pour obtenir une réponse ?

Ton silence m'est intolérable, pardonne-moi si j'ai dit quelque chose qui t'aie déplu. Je le regrette, sincèrement, mais parles moi c'est un ordre.

Tu me manques…

Christian Grey

P-DG inquiet, Grey Entreprises Holdings, Inc.

Je cède, et lui réponds aussitôt :

De : Anastasia Steele

Objet : Réponse

Date : 16 Juin 2011 13 :12

A : Christian Grey

Pas de menaces dès le début de la semaine s'il te plait. Je suis toujours en vie, pas de panique.

Remercie Madame Jones pour moi : ces petits plats sont délicieux.

Anastasia Steele

Assistante de Jack Hyde, Editeur, SIP

De : Christian Grey

Objet : Alléluia !

Date : 16 Juin 2011 13 :15

A : Anastasia Steele

Content de voir que cette salade de pâtes vous convient Mademoiselle Steele…

Christian Grey

P-DG, Grey Entreprises Holdings, Inc.

J'en lâche ma fourchette. Elle ricoche sur le bureau et tombe au sol dans un fracas métallique. Merde, il est ici !?

Mon premier réflexe est de regarder par la fenêtre qui donne sur la rue. Je n'y vois rien de particulier, hormis la circulation habituelle des voitures, toujours dense en ce début d'après-midi. Pas d'Audi R8 ou de monstrueux 4x4 noir… Rien d'anormale. Je souffle un coup, et regagne mon bureau pour ramasser mon couvert et refermer ma boîte : la nervosité me coupe l'appétit. Où est-il planqué ? Mon cœur bat à une allure désordonnée et j'ai les mains qui tremblent. Le BlackBerry vibre alors dans la poche de mon jean, plusieurs fois, avant que je n'ose le sortir. Un appel de lui.

Je décroche, nerveuse :

_ Tu es livide Ana, je t'en prie ne soit pas aussi tendue.

Je hoquète de surprise et regagne la fenêtre. Où est-il ? Ce n'est pas possible, il doit être forcément là, quelque part dans la rue. Mes yeux scrutent le trottoir sur lequel un groupe d'hommes en costume, venu prendre un verre au café d'en face discutent. Il n'est pas parmi eux.

_ Pourquoi t'arrêtes-tu de manger ? Reprend-t-il à l'autre bout du fil.

_ Tu dépasses les bornes Christian ! Où es-tu ? Qu'est-ce que tu veux ? Mon ton frôle l'hystérie.

_ Je voulais juste t'entendre Ana, souffle sa voix doucement.

Je frissonne, en l'imaginant.

_ Continue de manger, s'il te plait, tu es encore bien trop maigre.

_ Je n'aie plus faim.

J'entends qu'il soupire, visiblement agacé. Nous restons un moment sans parler, alors que je m'évertue à le localiser. Il doit être seul, je suppose, sans Taylor.

_ A quelle heure termines-tu le travail ?

_ Pourquoi cette question ?

_ Tu es trop sur la défensive ces derniers temps…

_ A qui la faute ? Je rétorque, mauvaise.

Nouveau silence.

_ Je vois que je te dérange. Excuses-moi, bonne journée.

Il raccroche. Ma déesse intérieure fond en sanglots et enfonce sa tête dans la pile de mouchoirs devant elle. Je range mon téléphone, mal à l'aise. Est-il vexé ? Est-ce qu'il m'en veut ? Je n'aurais peut-être pas dû être aussi sèche avec lui ? Une bile monte depuis mon estomac, nouant ma gorge. Il me manque, oh qu'est-ce qu'il me manque.

J'ai les larmes au bord des yeux cette après-midi là. Confuse, je lis les scripts sans les voir ou les comprendre.

L'appartement vide m'accueille froidement. Le temps est exécrable dehors, il pleut, et le ciel est bouché de nuages d'un gris orageux. Je m'enfonce dans le canapé, les jambes enroulées dans le plaid et mon BlackBerry à la main. Il ne m'a pas renvoyé de message depuis. J'hésite un moment, mais fini par céder :

De : Anastasia Steele

Objet : Excuses

Date : 16 Juin 2011 18 :22

A : Christian Grey

Je suis désolée d'avoir été aussi abrupte tout à l'heure mais, pourquoi es-tu venue m'observer ? Tu sais que je n'aime pas quand tu veux tout contrôler. Ça m'a rendue nerveuse. Pardon.

Anastasia Steele

Les minutes s'égrainent avec une lenteur insupportable. Il ne me répond pas. J'ai beau vérifier mon BlackBerry en espérant un miracle, rien ne se produit… Je décide de faire ma vaisselle, histoire de m'occuper un peu l'esprit. Je passe ensuite l'aspirateur, puis fait mon lit. Je sors du frigo la poêlée de légumes de Mme. Jones, que je vide dans une poêle. L'odeur des herbes et des épices embaume la cuisine.

Il est 22h, je suis couchée dans mon lit, un oreiller serré contre ma poitrine, le portable posé à côté de moi. Je commence sérieusement à croire qu'il se venge… Il n'est pas fairplay, pas du tout. Je décide alors de ne pas l'être, moi aussi et compose son numéro. Il décroche, dès la deuxième sonnerie :

_ Ana.

_ Christian.

Silence.

_ Qu'est-ce que tu veux ?

_ Je voulais juste entendre ta voix.

J'ai un sourire dans l'obscurité de la chambre.

_ Intéressant… Eh bien voilà, c'est chose faite.

Il semble grognon, mais il n'est pas furieux, c'est déjà ça.

_ Qu'est-ce que tu fais ?

_ Je travaille, encore. Et toi que fais-tu ?

_ Je suis dans mon lit. Je tiens compagnie à mes oreillers.

Je l'entends sourire, puis soupirer :

_ Ils en ont de la chance…

_ Je n'ai personne ce soir pour m'étouffer, jusqu'à ce que mort s'en suive, alors je fais comme je peux pour me réchauffer.

_ Je peux être dans ta chambre dans quinze minutes si jamais ils ne te suffisent pas.

Je sers un peu plus l'oreiller contre moi. Sa voix est devenue suave, séductrice.

_ Il faudra d'abord que tu franchisses l'interphone.

_ Ce n'est pas un problème.

Je déglutis, le cœur battant :

_ Ma porte est verrouillée je te rappelle.

_ Ce n'est toujours pas un problème pour moi, ou du moins pour Taylor.

_ Vous forceriez votre employé à entrer par effraction chez moi ?

_ Bien sûr que oui. Si c'est pour prendre la place de tes oreillers, je n'hésiterais pas une seule seconde.

_ Je ne doute pas que vous feriez un oreiller très confortable, mais je préfère ne pas vous voir débarquer chez moi à une heure aussi tardive, Monsieur Grey.

J'entends sa respiration, rauque, dans le combiné :

_ Je sais très bien ce que tu es en train de faire, Ana.

_ Quoi ?

_ Arrête ça tout de suite, où je vais vraiment venir. Tu sais que j'en suis capable.

Je me tais aussitôt, un peu haletante.

_ Ne m'allume pas de la sorte, je vais devenir cinglé. Je le suis déjà, les nuits sont interminables sans toi. Je dors mal à cause des cauchemars et du reste…. Je pourrais juste venir dormir chez toi ?

_ Autant laisser entrer un loup dans une bergerie.

Il a un rire franc :

_ Mais tu n'es pas une brebis sans défenses. Il suffit de négocier avec le loup, de lui parler.

_ Facile à dire, il a une fâcheuse tendance à vouloir tout contrôler… et il me fait peur, parfois.

Nouveau silence, embarrassé cette fois.

_ Je ne veux plus jamais refaire quelque chose qui puisse te déplaire Ana, que tu n'arriverais pas à supporter. Mais pour cela il faut que tu me fasses confiance, que tu me parles. Si tu ne communiques pas avec moi, je ne peux pas savoir comment tu te sens…

Je me recroqueville, dans mon lit.

_ Ana, reviens dormir à l'Escala cette semaine.

_ Christian, non…

_ Alors je viens chez toi demain !

Son ton est ferme, sa détermination me fait frissonner.

_ S'il te plait, accepte. Tu ne m'aurais pas appelé si tu ne voulais pas me revoir toi aussi. Je t'en prie…

Sa voix est suppliante, persuasive.

_ Où étais-tu caché ? Je rétorque alors, pour faire diversion.

_ Quoi ?

_ Ce midi, où étais-tu planqué pour m'observer ?

_ Ana, s'il te plait, laisse-moi venir chez toi…

_ Où étais-tu caché?

Il soupire, rageur.

_ Qu'est-ce que ça peut faire ? Je t'ai déjà observé dans des situations plus compromettantes que ta pause déjeuné de ce midi. Si vraiment ça ne t'as pas plus, je ne recommencerais pas.

_ Tu ne réponds toujours pas à ma question.

_ J'avais une réunion d'affaire dans le quartier. Dans l'immeuble face au tiens pour être plus précis. Il y a des bureaux au-dessus du café.

_ Ah…

_ Je dois y retourner demain. A défaut de pouvoir t'observer derrière les vitres, je pourrais le faire face à face si tu veux bien prendre ta pause déjeuné avec moi?

_ Demain midi ? Je ne sais pas. Jack est sur le point de conclure le projet d'un auteur important, la réunion marketing va avoir lieu dans les prochains jours… Je ne suis pas sûr de pouvoir me libérer.

_ Tu pourras toujours m'envoyer un message s'il y a contre ordre.

_ D'accord, je fini à 12h30. Je te rejoindrais en face.

_ J'en suis très heureux Ana.

Un silence s'épanouie, j'entends sa respiration rauque, lente, dans le combiné. Dans l'obscurité de la chambre, cela fait un drôle d'effet, comme s'il était juste là, sur le lit avec moi.

_ Bon, je vais te laisser travailler, ne te couches pas trop tard.

_ Bonne nuit Ana, et à demain.