PDV: Izuku Midoriya

Quand le réveil avait sonné le matin même, Izuku était réveillé depuis longtemps. Pourtant, il l'avait laissé retentir. Il avait besoin de l'entendre. Il avait besoin de croire que c'était un jour différent, et besoin d'espérer que la tragédie de Musutafu n'ait été qu'un rêve.

Puis il s'était redressé, péniblement. Il était resté un moment, assis dans le lit, le regard rivé sur les différents bilans des morts et des dégâts qu'affichait son portable. Un faible rayon de soleil traversait le voile du rideau. Même avec ce simple rayon, Izuku en avait déduit qu'il faisait un temps magnifique dehors. Il n'avait pas beaucoup dormi.

Après un passage express dans la salle de bain commune, il s'était rendu dans le salon. Les voix erraillées de ses camarades lui annonçaient qu'ils n'avaient pas dormi davantage que lui. Sa chambre était au deuxième étage et il avait entendu la télévision dans la salle commune tourner jusqu'à près de 3 heures du matin. Alors qu'il s'asseyait et prenait son petit-déjeuner avec Tokiomi, Todoroki, Kaminari, Jirou et Yaoyorozu, il réalisa que quelque chose était différent.

L'air était clair, et il percevait tout ce qui se passait dehors. Il entendait les voitures passer, les avions dans le ciel, le vent qui soufflait par la fenêtre ouverte, et tous ces pas qui s'affairaient au dessus d'eux. Le soleil cognait contre les vitres comme s'il voulait entrer. Tout était engourdi, mais terriblement paisible. Tout était trop calme.

"Littérature et mathématiques, souffla Kaminari. Une belle matinée en perspective... est-ce qu'on sait si les enseignements héroïques sont maintenus cet après-midi ?

- On en saura plus à midi." répondit Jirou

Kaminari connaissait l'emploi du temps. Jirou lui répondait sans lui lancer de pique. Une autre preuve que le monde ne tournait pas exactement rond ce matin là. Izuku attrapa la télécommande et alluma la télévision.

"Une enquête a été ouverte pour déterminer dans quelles circonstances les trois bombes artisanales ont pu être placées et déclenchées. Un des trois buildings était le lieu de résidence du chef de la police de Hosu, Kenji Tsuragamae..."

La police était donc visée ? Si la police est visée, ce sont les forces de maintien de l'ordre qui le sont... et par conséquent, les héros aussi. Izuku regarda son petit-déjeuner. Il n'avait plus très faim, tout à coup.

La matinée de cours passa normalement. La classe 2-A était à peine plus calme que d'habitude. Toutes les conversations étaient centrées sur la destruction du quartier est de leur ville. Les dégâts étaient beaucoup plus clairs à présent. La reconstruction prendrait du temps et serait à une toute autre échelle que d'habitude. Et eux, apprentis héros, ne pouvaient que suivre fébrilement les avancées de l'enquête.

Les stages étaient suspendus le temps de s'assurer que les patrouilles puissent se faire en toute sécurité. Cela semblait étrange à Izuku. Une patrouille qui se ferait 'en sécurité'. C'était comme si on ne laissait les héros patrouiller que dans la mesure où ils pouvaient arrêter des voleurs de sac à main. Une bombe, c'était trop. Mais en un sens, il comprenait : leur classe avait déjà subi des attaques traumatisantes et été la cible de plusieurs organisations de vilains. Yuei avait dû répondre du manque de sécurité, et le directeur n'était pas prêt à devoir expliquer qu'il n'avait pas pris toutes les mesures nécessaires pour assurer que les apprentis héros allaient survivre à leur première année d'études à Yuei. Pour la meilleure école du pays, ce n'aurait pas été un bilan terrible.

Assis à la cafétéria avec Iida et Uraraka, Izuku réalisait que l'ambiance était lourde, un peu trop silencieuse. Tout en jouant avec un brocolis, il se concentrait sur la conversation qui avait lieu une table derrière lui entre les lycéens qui devaient être de la filière assistance, puisqu'il était question de thermo-dynamique et de moteurs en tout genre. Une sombre question d'ergonomie de casques de héros vint également sur la table. Iida les abandonna assez rapidement, signalant qu'il devait aller faire une demande pour son costume (il devait avoir été rappelé de cela par la conversation sur les moteurs) et il ne resta soudain plus qu'eux deux à table.

Le silence d'Uraraka était inhabituel.

"Deku, tu viens sur le toit ? J'ai quelque chose à te dire..."

La phrase crama les quelque neurones qui lui restaient. Il ne parvint qu'à hocher la tête lentement.

Sur le toit ? Qu'avait elle à lui dire ? Certainement pas... enfin... pas... Il la suivit dans les escaliers, monta lentement les marches, le coeur battant à tout rompre. Elle poussa la porte qui permettait d'accéder au toit et l'air frais envahit les narines d'Izuku. Il faisait sacrément froid, mais au moins, le toit était vide.

Ils étaient seuls. Seuls.

"Oui ?" parvint il à articuler

Quelle éloquence. Il se mit une gifle mentale. Quand il osa à nouveau relever les yeux vers elle, il comprit qu'il s'était fait des films. Elle était nerveuse, oui, mais certainement pas comme elle l'aurait été si... enfin... enfin.

"Deku... je vais quitter Yuei."

Le vent souffla et l'espace d'un instant, Izuku se demanda s'il n'avait pas mal entendu. Il l'espéra en fait. Il lui demanda de répéter. Parce qu'il ne pouvait pas avoir bien entendu.

"Je vais quitter Yuei, répéta-t-elle. Pas indéfiniment, se hâta-t-elle de préciser, enfin, peut-être pas... J'ai vu avec Aizawa-sensei et ma demande a été acceptée. Ça s'est fait très vite..."

Izuku fit un pas en avant mais se résigna. Elle avait l'air déterminée. Triste, mais déterminée.

"Pourquoi ? demanda-t-il"

Elle sembla hésiter.

"Tu as vu les dégâts dans le quartier est. Mes parents... leur compagnie de construction... ils vont pitcher pour obtenir un chantier, mais pour ça il leur faut un certain nombre d'employés enregistrés... qu'ils n'ont pas. Il ne manque qu'une personne. Je vais aller les aider, le temps qu'ils puissent au moins obtenir un contrat. Ils auront moins de mal à trouver quelqu'un pour reprendre ma place par la suite si..."

Elle s'interrompit.

"Mais et... et les cours, et les enseignements héroïques... comment..."

Il s'interrompit alors que le visage d'Uraraka s'obscurcit.

"Comment pourrais-je devenir un héros si je ne suis pas capable d'aider mes propres parents ?"

Izuku baissa la tête. Il n'avait aucune envie qu'elle parte. Comment Aizawa avait-il pu accepter ça ? Comment le directeur avait-il pu accepter ça ? Et comment Uraraka avait-elle pu décider ça ? Après tout ce qu'ils avaient vécu, tout ce qu'ils avaient fait, toutes les péripéties auxquelles ils avaient survécus ensemble... elle laissait tomber ?

"Je voulais te le dire avant de l'annoncer aux autres, dit elle faiblement. C'est ma dernière après-midi à Yuei, je pars ce soir."

Quelque chose dans sa voix lui fit comprendre que c'était définitif. Mais c'était impossible. Impossible. Izuku devait dire quelque chose. Faire quelque chose. Dire quelque chose, n'importe quoi, mais il ne fallait pas qu'elle parte. Comment il ferait, lui ? Et elle ne pouvait pas laisser tomber ! Il devait dire quelque chose. La supplier, essayer de lui faire entendre raison, essayer de lui rappeler pourquoi elle voulait devenir un hér... Il le réalisa alors. C'était ça, la raison pour laquelle elle voulait devenir un héros. Pour ses parents. Pour les aider. Pour atteindre cet objectif, elle renonçait à sa carrière d'héroïne. Elle sacrifiait toutes ces années d'entraînement.

Ses épaules s'affaissèrent et il releva lentement les yeux. Il ne voulait pas qu'elle parte. Mais c'était son choix. Elle avait dû le mûrir pendant des semaines. L'attaque de la veille avait dû la décider. Des semaines qu'elle était bizarre. Tout prenait sens maintenant.

Il s'en voulait de ne rien avoir vu venir. Il se sentait minable.

"Promets moi simplement qu'on restera en contact."

Sa gorge se noua et il ne put rien ajouter sans craindre que ses émotions ne le trahissent. En face de lui, à quelque mètres, se tenait une Uraraka fatiguée aux yeux humides qu'il n'avait jamais vue. Il vit un sourire factice se dessiner sur ses lèvres alors qu'une larme coulait silencieusement sur sa joue.

"Promis."