PDV : Izuku Midoriya

Yuei n'était pas pareil. Entre les absences répétées de leurs professeurs (seuls Aizawa et All Might étaient présents en permanence, numéro Treize et Cementos par exemple aidaient respectivement à la recherche de survivants et au déblaiement) et le vide dû à l'absence d'une d'entre eux, la classe 1-A semblait avoir perdu l'énergie qui les caractérisait.

Cela n'avait fait qu'une journée. Mais quelle longue journée.

Izuku soupira et jeta un oeil à son portable. Il était pourtant certain de l'avoir senti vibrer. Il le remit dans sa poche. Imbécile. Elle n'est partie qu'hier. Elle a d'autres chats à fouetter. Il entendait le ronron de la télévision dans la salle commune. Il avait le choix entre étudier, s'entraîner, broyer du noir, ou essayer de se changer les idées. Il choisit la dernière option et sortit de sa chambre.

Arrivé dans le salon, il tomba sur Tsuyu qui regardait les informations. Son index penchait contre sa bouche, un tic qu'elle avait souvent. Elle était seule, comme absorbée par l'écran. Izuku s'assit sur le canapé à côté d'elle. Il n'était pas certain qu'elle ait remarqué sa présence.

Les images de débris emplissaient l'écran. Numéro Treize pointait une direction.

"Tu savais qu'elle voulait abandonner, croa ?"

Izuku sursauta. Il ne s'était pas attendu à ce qu'elle aborde le sujet de but en blanc, mais après tout, c'était à Tsuyu qu'il avait à faire. Il se détendit.

"Elle me l'a dit hier midi.

- A moi aussi, croa. Tu ne le savais pas avant ?"

Il secoua négativement la tête. Sans le vouloir, ses phalanges s'étaient crispées contre ses genoux.

"Moi non plus, souffla-t-elle. Elle ne m'avait rien dit..."

Ils ne parlèrent pas pendant un instant. Les images défilaient à la télévision.

"C'est la banque où nous sommes intervenues avec Ryukyu, croa. Un des trois bâtiments qui ont explosé.

- C'est vrai ?

- Oui, croa. La police est en train de faire des recoupements. Il se pourrait que le trio interpelé ce jour-là soit responsable. Un seven-eleven avait aussi été braqué le même jour... c'est celui qui a explosé. Le dernier building est la résidence du chef de la police. Ils pensent que cela pourrait avoir un lien."

Izuku fronça les sourcils, puis entre-ouvrit la bouche.

"Le dernier est en fuite, non ?

- Oui, souffla Tsuyu, c'est de notre faute. A Ochaco et moi. On n'a pas réussi à le rattraper, croa..."

C'était donc ça. L'apprenti héros tourna la tête vers elle, chercha à sonder son expression, mais comme toujours, elle demeurait impassible.

"Je pense que c'est ça qui l'a décidée, croa."

Izuku sentit ses épaules s'affaisser. Ce n'était qu'une erreur, une petite erreur. Certainement, ce n'était pas suffisant pour mettre un terme à ses études en parcours héroïque... Mais ce n'était pas ça qui lui faisait mal. Ce qui faisait mal, c'est qu'elle ne le lui ait pas dit, qu'elle ait fait comme si tout allait bien, qu'elle ne lui ait pas fait confiance.

Il y eut un concert de vibration et Izuku et Tsuyu sortirent d'un même geste leur portable de leur poche. Un sms groupé.

"On a eu le contrat ! \o/"

La main d'Izuku se crispa contre son smartphone alors que son coeur se serrait. Il aurait dû être heureux pour elle. Certainement. Mais les mots qu'elle avait choisi étaient lourds de sens. Elle était incluse dans ce "on". Ce n'était pas un "ils" ou un "mes parents". Déjà, Tsuyu, lui, la classe 2-A, les professeurs, Yuei... ils étaient un autre. Ils étaient un "vous".

"Croa, Deku ?"

Il baissa la tête et laissa son smartphone retomber sur ses genoux.

"J'avais l'impression que c'était définitif quand elle me l'a annoncé. J'ai cru que je me faisais des films. Mais... tu le sens toi aussi, non ? Elle ne reviendra pas à Yuei ?"

L'espoir dans sa voix. Il y eut un silence.

"Je ne pense pas."

Il revit Uraraka l'empêcher de s'étaler le jour de l'examen d'entrée à Yuei. Il la revit coincée sous les débris. Le robot à 0 points, l'activation de son alter. Il se revit faire une chute libre de plusieurs centaines de mètres, les membres en compote, certain que tout allait s'arrêter ici : ses rêves, ses espoirs, sa vie, jusqu'à ce qu'elle ne le sauve. Il revit la vidéo d'All Might dans sa lettre d'acceptation à Yuei. Il la revit supplier Present Mic de lui donner ses propres points. Il la revit dans la salle de classe à la rentrée. Le soulagement quand il avait vu qu'elle était dans sa classe, qu'il y avait au moins quelqu'un de son côté, peut-être pour la première fois de sa scolarité. Ils avaient toujours pu compter l'un sur l'autre. La seule à ne pas l'avoir abandonné lors du festival des sports et à avoir eu confiance en lui. Elle qui l'avait encouragé alors qu'elle souffrait de sa défaite contre Bakugo. C'était à elle qu'il devait l'acceptation de son surnom, et grâce à elle qu'il l'avait adopté comme nom de héros. Il était Deku, fier et qui n'abandonne jamais. Il avait toujours été convaincu qu'ils sortiraient de Yuei ensemble, leurs licences de héros en main, et qu'ils deviendraient ce qu'ils avaient toujours rêvé d'être.

Mais ça n'arriverait pas.

Il éclata en sanglots. Ses larmes dévalaient son visage, des larmes qu'il avait tout fait pour contenir lorsqu'elle le lui avait annoncé, lorsqu'elle l'avait avoué à la classe, lorsqu'elle leur avait dit au revoir et qu'elle pleurait à chaudes larmes, lorsqu'ils l'avaient accompagnée jusqu'à la station de métro et sur le chemin du retour, lorsqu'il avait compris qu'elle était bel et bien partie. Secoué par ses sanglots, il en oubliait où il était, au beau milieu des parties communes du dortoir de sa classe. N'importe qui pouvait le voir. N'importe qui, mais il n'y avait que Tsuyu.

"Deku, croa..."

Il entendait l'émotion dans sa voix, la plainte dans son croassement. Il lui faisait de la peine. Il voulait arrêter, mais il n'y parvenait plus. Tout ce qu'il avait enfoui, sa peine, sa déception, ses rêves, tout déferlait dans un torrent de larmes qu'il essayait de ponctuer de phrases, sans succès. Il voulait s'expliquer. Il voulait que Tsuyu comprenne. Que ce n'était rien, que tout allait bien, qu'elle lui manquait seulement et qu'elle lui manquerait. Il aurait voulu prendre une pose à la All Might et sourire, la rassurer elle, dont la meilleure amie et collègue venait de partir, lui dire que tout irait bien. Mais à chaque fois, il n'arrivait qu'à penser à ce qu'ils ne pourraient plus jamais faire.

Quand il parvint à se calmer, il vit que Tsuyu aussi pleurait. Il avait si honte. Il fallait... il fallait qu'ils agissent. Qu'est ce qu'ils pourraient bien pouvoir faire ?

Une idée germa dans son esprit et il essaya d'accrocher le regard humide de Tsuyu.

"Suis moi."