PDV : Ochaco Uraraka
Ochaco souriait. Deux jours à suivre ce rythme effréné.
Elle passait la journée à transporter des brouettes d'un point A à un point B pour retirer les gravats sur le lieu de l'explosion de la banque. Si elle n'avait pas le droit d'utiliser son alter, il n'en demeurait pas moins que les entraînements suivis à Yuei et avec Gun Head avait renforcés sa constitution. Elle était plus forte et plus efficace que lorsqu'elle aidait ses parents les week-end au collège. Elle n'avait pas perdu son temps.
Les pré-fabriqués de chantier n'étaient certes pas confortables, mais elle s'y était habituée. Rien à voir avec sa chambre immense à Yuei, avec climatisation, télévision et un lit occidental, mais elle était de toute façon tellement exténuée le soir qu'elle n'y faisait même pas attention. C'était ce qu'elle appelait "de la bonne fatigue" : de la fatigue physique qui s'en allait lorsqu'elle dormait. Ce n'était pas les nuits blanches passées à ressasser les mauvaises décisions, ou la fatigue mentale du poids des responsabilités. Juste son corps qui lui signale après une longue journée de travail qu'il est temps d'aller se reposer.
Ochaco essayait de ne pas penser à sa décision. Aizawa-sensei et le directeur lui avaient accordé cinq jours pour donner une réponse définitive et trois étaient déjà passés. Elle était à la moitié. Et elle n'avait toujours aucune idée de ce qu'elle allait choisir. Rester aider ses parents ou retourner à Yuei ? Pour l'instant, elle s'efforçait de se concentrer sur la tâche qui était la sienne, sur l'étape suivante. Ramasser les débris, les mettre dans la brouette, déplacer la brouette. Cela l'empêchait d'être paralysée par le doute. Elle ne voulait vivre que dans l'immédiat.
"Pause déjeuner ! Merci pour votre dur travail..."
Ochaco déversa les derniers débris puis regarda le ciel. Il faisait si beau. Elle aurait été enfermée à l'intérieur à cette heure-ci... enfin, elle serait tout juste sortie du cours de littérature. Elle serait assise à la cafétéria, probablement avec Iida et Deku. Ils discuteraient des enseignements héroïques qu'ils auraient suivi l'après-midi même, essayant de deviner la situation fictive dans laquelle leurs héros de professeurs les auraient laissés se débrouiller. Enfin, peut-être pas en fait : Tsuyu lui avait écrit que les enseignements héroïques avaient été quelque peu chamboulés par la mobilisation d'une partie de leurs professeurs...
Son regard se perdit dans le contenu de sa boîte repas. La veille, la police était venue prendre sa déposition. L'homme qu'elle avait laissé filer était responsable de cette catastrophe. Rien n'était encore prouvé, mais la coïncidence était trop grande pour qu'elle n'y croit pas. Ochaco balaya du regard le paysage lunaire qui l'entourait. Elle avait fait ça. Ou du moins, elle aurait pu l'empêcher.
Cela revenait au même.
Comment pourrait-elle retourner à Yuei après ça ? Plus elle y pensait et plus elle se sentait honteuse. Elle était allée à l'encontre de tout ce qu'on lui avait appris au lycée : agir, arrêter les vilains, réfléchir ensuite.
Elle essaya de se raccrocher à des pensées positives. Si elle repensait à tout ça... Elle regarda le ciel. Il faisait beau. Peut-être auraient-ils passé la fin de journée dehors, après tout. Le campus de Yuei était agréable par un temps pareil...
"Ochaco ?"
La dénommée releva la tête. Devant elle se tenait son père, et sur son visage elle pouvait y lire de l'incertitude. Cela annonçait une conversation où il prendrait des pincettes. Elle lui sourit pour essayer de le détendre tout en s'efforçant de chercher ce qu'elle avait pu faire de mal pour qu'il soit gêné ainsi.
"Tes... tes amis sont là."
Mes amis ? En un bond, elle se retrouva sur ses deux pieds, sa boîte de repas toujours entre les mains. Elle se retourna et elle les vit.
Deku lui faisait un petit signe de main. Tsuyu, Iida, chacun flanqué à ses côtés. Mais ce n'était pas tout. Momo, Mina, Kaminari, Koda, Sato... Ils étaient tous venus ? Mais... pourquoi ? Elle posa son repas et s'avança lentement vers eux.
"Euh... bafouilla Deku, on est volontaires pour aider..."
Elle n'en croyait pas ses yeux.
"La classe 1-A a décidé de profiter de l'après-midi chômé pour aider une camarade dans le besoin ! s'empressa d'expliquer Iida.
- Les seuls absents sont Todoroki et Bakugo, ricana Mineta. Ils ont leurs cours de remise à niveau."
Ochaco n'en croyait pas ses yeux. La surprise était trop grande. Son esprit carburait pour essayer de comprendre la situation, ce qu'il se passait, ce qu'ils faisaient là. Pourquoi ils étaient là. Mais surtout, ce qu'elle avait fait pour mériter ça.
"Qu'est ce qu'on peut faire pour aider ?" demanda Deku
Elle le dévisagea comme s'il était un inconnu. Elle allait leur répondre que c'était gentil, mais qu'elle s'en occupait lorsqu'une main se posa sur son épaule. Elle aurait poliment décliné, mais c'était sans compter l'intervention de son contremaître de père qui pointait dans la direction d'une des zones de déblayage.
"Il y a tous ces débris à dégager ! dit il enjoué d'avoir de la main d'oeuvre pas chère.
- Attends ! On ne pas les faire travailler ! protesta Ochaco. Et... et les contrats ?
- Ta mère a vu avec cet homme... Aizawa ? Il a dit que ça faisait partie d'une mission de civisme ou je ne sais quoi... par contre, pas d'alter, les jeunes, c'est compris ?"
Ils acquiescèrent tous.
Ochaco les regarda se disperser, abasourdie. Aizawa. Comment avait-il pu donner son accord ? Mais surtout eux tous. Que faisaient ils là ? Comment avaient-ils pu accepter ? Ils prenait ce qui arrivait comme si c'était... un camp d'entraînement, ou bien des vacances.
Le travail allait infiniment plus vite avec la quinzaine de personnes supplémentaires. Si les perturbateurs habituels ne faisaient que buller ou regarder, la plupart prenait le travail à coeur. Mais l'ancienne apprentie héroïne n'arrivait toujours pas à réaliser.
"C'est une idée de Deku, croa."
Ochaco sursauta et manqua d'activer son alter par inadvertance (certainement, une brouette pleine de débris qui se met à flotter au beau milieu d'un chantier rempli de futurs héros, cela aurait été une scène incroyable). Tsuyu lui prit la brouette des mains et la brune ne protesta pas. Leur présence faisait peser l'atmosphère. La brouette était plus lourde. Tout était plus lourd.
Elle était fatiguée.
"Tu nous manques à tous, tu sais."
Elle aurait voulu pouvoir lui dire qu'ils lui manquaient à elle aussi, terriblement. Mais elle ne put pas le faire. Comment aurait elle pu justifier ça ? Elle était partie de son plein gré. Elle était rentrée dans le bureau d'Aizawa, expliqué ses raisons et il avait accepté. Deux heures après, elle l'annonçait à Deku, Tsuyu et Iida. Cinq heures après, elle l'annonçait à la classe.
Elle n'avait consulté aucun d'entre eux. Elle les avait fui, et ils l'avaient suivie, aveuglément.
"Aizawa-sensei a tout de suite accepté, croa. On pensait qu'il protesterait, mais il a dit que d'être sur un vrai lieu de catastrophe serait sûrement bénéfique."
Ochaco se raidit. Aizawa les avait-il informé de... ses doutes ?
"All Might a dit qu'il y avait plusieurs manières de sauver les gens, croa."
Elle se stoppa. Tsuyu poursuivit sur quelque mètres. La brouette tressautait, faisant voler des milliers de graviers. Puis elle se stoppa et se tourna vers elle.
"Les gens délogés par cette explosion, les commerçants qui ont perdu leur magasin, et puis tes parents... on est plus utiles ici qu'à se tourner les pouces à Yuei, croa."
Ochaco expira lourdement. Aizawa ne leur avait rien dit. Une part d'elle aurait voulu qu'il le fasse. Elle n'était pas à l'aise avec l'idée de leur mentir.
Surtout pas à Tsuyu ou Deku.
