Bonjour à tous !

Le revoilà avec le second chapitre de The Devil is Back ! Celui-ci est beaucoup plus long que les autres et on commence enfin à rentrer un peu dans l'histoire ! Je vous laisse le découvrir !

Réponse review : Akane : Merci ! Oui moi aussi j'aime beaucoup cet univers ! Par contre il n'y aura que 6 chapitres ^^'


Chapitre 2 : Battlecry

Eren sortit une flèche de son carquois alors que Mikasa tuait un guerrier en lui transperçant le ventre avec son épée, en assomma un autre et coupa les articulations d'un troisième d'un mouvement fluide, le faisant lâcher son arme. Cette scène, il y avait déjà assisté moins de cinq secondes auparavant, mais cette fois il savait ce qui allait se passer et il n'allait pas le laisser se reproduire.

Eren vit l'homme s'approcher de l'angle mort de Mikasa. Il fit quelques pas en avant et tendit son arc. C'était bon, à cette distance il pouvait le faire. Mais il n'aurait pas de deuxième chance.

Il relâcha sa flèche et celle-ci atteint le guerrier dans le cou, l'empêchant de finir son geste, qu'Eren savait fatal.

Le jeune homme ne put retenir un soupir de soulagement alors qu'il constatait son succès. Ce n'était pas la première fois qu'il voyait un compagnon mourir sous ses yeux. Bien sûr, il utilisait son pouvoir pour le sauver dès qu'il le pouvait mais Eren ne pouvait revenir que cinq secondes dans le temps, et cinq secondes c'est affreusement court.

Un coup d'épaule le fit vaciller et un homme le dépassa en courant. Eren lui aurait planté un poignard dans la cuisse s'il n'avait pas reconnu Jean Kirschtein. Son "meilleur ami". Il ne l'avait pas entendu et avait cru qu'il s'agissait d'un Mahr.

"T'aurais du me laisser faire, Eren !" cria celui-ci par dessus son épaule, "c'est mon devoir de protéger Mikasa !"

Eren haussa un sourcil. Ben voyons. Il savait parfaitement ce qui se serait passé s'il n'était pas intervenu. Jean ne serait pas arrivé à temps. Et Mikasa serait morte. Il l'avait vu.

Il allait prendre une autre flèche quand un cri retentit :

"Le fils d'Ymir !"

Eren se crispa : il était repéré.

Les Eldiens s'étaient rapidement rendu compte de ses pouvoirs et s'en servaient pour effrayer les potentiels assaillants en quête de richesse. D'abord sceptiques, puis témoins des réflexes surhumains d'Eren, les différentes tribus contre qui il s'était battu l'avait surnommé ainsi et apparemment le nom avait circulé car cela faisait bien quelques années qu'on l'appelait ainsi.

Eren aurait aimé passer inaperçu un peu plus longtemps mais il n'avait pas cette chance. Les Mahrs avaient un avantage par rapport à leur autres ennemis, ils les avaient déjà affrontés. Cette fois, leurs adversaires savaient comment ils agissaient, et surtout, quelles étaient les cibles à abattre en priorité. Et malheureusement, il était au sommet de la liste, au même niveau que Mikasa.

Eren s'enfuit en courant. Il ne devait pas, ne pouvait pas combattre tous les hommes qui se ruaient sur lui en même temps. Il devait les séparer et éviter au maximum le combat rapproché. Eren prenait de l'avance en s'éloignant du centre de la bataille. Il savait où il allait, et contrairement à ses poursuivants, il ne portait pas de lourde armure pour le freiner dans sa course.

Il arriva rapidement à la lisière de la forêt et se réfugia derrière un arbre alors qu'une flèche passait à quelques centimètres de son oreille droite. Là, il sortit à son tour un projectile de son carquois, et tua son poursuivant le plus proche, l'atteignant avec une précision redoutable entre les deux yeux. Ce qui était bien avec les Mahrs, c'était qu'ils ne réfléchissaient pas trop. On leur avait dit de s'occuper de lui, ils le faisaient. Eren fuyait, ils le poursuivaient.

Et de deux, pensa Eren lorsque sa flèche atteint celui avec un arc au niveau du cou. Trois, quatre, cinq.

Les quatre hommes restant n'étaient qu'à quelques mètres et avançaient en groupe, sans décélérer, l'épée brandie devant eux.

"Six et sept" marmonna Eren avant de ranger son arc dans son dos et de sortir son poignard.

Ils étaient trop proches pour qu'il utilise son arc, le combat allait tourner au corps à corps. Eren s'accroupit. Pas besoin d'avoir un super pouvoir pour savoir ce qui allait se passer. Ses adversaires savaient derrière quel arbre il se cachait, et ils étaient deux aux dernières nouvelles. À lui de se montrer plus malin.

Comme prévu, les deux hommes surgirent chacun d'un côté et plantèrent leur épée dans le tronc de l'arbre tandis qu'Eren sectionnait les tendons de l'homme à sa droite. L'homme s'affala avec un cri de douleur et Eren l'assoma d'un coup de poignard.

L'autre homme avait dégagé son épée de l'arbre et essaya de lui trancher la gorge avant qu'il ne puisse reculer mais Eren réussit à parer le coup avec la petite lame et à remettre un peu de distance entre lui et son adversaire.

Une épée contre un poignard c'est pas fair-play, pensa Eren en essayant d'évaluer la situation.

- Tu peux parler, t'es le roi de la triche, répondit Miya alors que personne ne lui avait rien demandé. Si tu veux te battre à la loyale, commence déjà par arrêter d'utiliser ton pouvoir.

Le jeune homme haussa les épaules sans pour autant quitter son adversaire des yeux, ce qui eu la particularité d'énerver celui-ci. L'homme se rua d'un coup sur lui, et Eren esquiva habilement le coup d'épée visant sa tête, ce qui lui offrit une ouverture plus grande que l'égo de Kirschtein au niveau du côté gauche du soldat.
Eren ne gâcha pas cette occasion et enfonça la courte lame dans le flanc de son adversaire. Alors que l'homme s'effondrait au sol, Eren sentit soudain une douleur cuisante dans son avant-bras, le faisant lâcher son poignard toujours enfoncé jusqu'à la garde dans le ventre de son ennemi. Une flèche y était profondement logée, du sang s'échappant déjà de la blessure.
"Je l'ai eu !" s'exclama un nouvel arrivant une dizaine de mètre plus loin.

Eren prit à peine le temps de noter sa position et activa son pouvoir en invoquant Miya. Ses yeux se mirent à briller d'un vert fluorescent avant d'instantanément reprendre leur couleur d'origine. Eren avait de nouveau son poignard en main, et il dut esquiver à nouveau l'homme qui se jetait sur lui. Sauf que cette fois, il ne profita pas de la faiblesse que lui offrait son adversaire pour le poignarder, mais il saisit à la place l'homme par l'arrière du col et le poussa devant lui comme un bouclier. Ce fut donc lui qui se prit la flèche en plein coeur, tiré par son propre camp. Ses yeux s'agrandirent d'horreur alors qu'il comprenait ce qu'il s'était passé et Eren le lâcha sans cérémonie pour lancer son poignard dans la tête de l'archer qui venait de sortir une nouvelle flèche de son carquois.
Eren soupira et récupéra son poignard. Ça n'avait pas été facile, mais il y était parvenu. Il s'était débarassé de dix de ses ennemis pourtant il n'en éprouvait aucune fierté. Contrairement à d'autres, Eren n'aimait pas tuer. Mais il devait protéger Eldia et les siens.

Le jeune homme rangea son poignard dans sa ceinture et rebroussa chemin en direction du village. Alors qu'il s'approchait du cœur du combat, il repéra une petite tête blonde une dizaine de mètres plus loin et se précipita vers elle.

Armin vint à sa rencontre et lui lança une épée qu'Eren rattrapa tant bien que mal.

"Prend ça, tu vas en avoir besoin !"

Le jeune homme brun le remercia d'un hochement de tête et lui tendit son arc en échange. Armin en aurait plus besoin que lui.

"Ils se sont divisés en trois groupes jusque là, et ils ont essayé de nous prendre sur les côtés, mais on a réussi à les éparpiller. Maintenant ils sont totalement désorganisés," expliqua-t-il, "alors ça va se jouer en combat rapproché. Normalement on est plus avantagés sur ce point mais ils sont très nombreux. Les habitants ont commencé à construire des barricades avec ce qu'ils peuvent pour boucher les entrées du village, on se replie dès que possible."

"OK," aquiesça Eren en lui donnant également le carquois plein de flèches, "mais depuis quand les Mahrs sont-ils aussi nombreux ?! Runsken à promis des bonbons à quiconque accepterait de les rejoindre ou quoi ?"

"Ouais bien sûr, je vois très bien Runsken distribuer des bonbons. Non, leurs rangs ont grossi, c'est certain, mais il y a tout un nouveau groupe, un peu moins d'une dizaine de personnes. Je pensent qu'ils ont fait une alliance avec un autre clan. Ils ne sont peut-être pas nombreux, mais ils se battent mieux que tous les Mahrs réunis. Fais gaffe à toi Eren, on affronte du haut niveau cette fois-ci."

"T'en fais pas pour moi !" s'exclama le jeune homme, "Tu sais bien que je m'en sors toujours !"

"Je rigole pas Eren, il y en a un en particulier, c'est un monstre. J'ai jamais vu ça. Il a mis Jean hors d'état de nuire en moins de deux minutes."

"C'est pas difficile de battre Jean sérieux" répondit Eren en haussant les épaules, mais son froncement de sourcil trahit son inquiétude.

"Et Mikasa" lâcha Armin.

Eren écarquilla les yeux et se tourna vers le blond, se demandant s'il avait bien entendu.

"Il a réussit à la blesser au bras mais heureusement il a dû partir aider un des siens

avant de pouvoir l'achever. Sois prudent, Eren," ajouta-t-il avant de s'éloigner pour venir en renfort à un groupe d'habitants quelques mètres plus loin.

Eren quant à lui se mit en tête de trouver le mystérieux homme, qui semblait si fort. Il se moquait de lui, mais même s'il avait du mal à le reconnaître à voix haute, Jean était un de leurs meilleurs soldats, et jamais Mikasa n'avait encore été en difficulté en un contre un. Ce nouveau clan était inquiétant.

Eren repéra la jeune guerrière une vingtaine de mètres plus loin, et malgré sa blessure à la main droite, elle semblait plutôt bien se débrouiller. Ce n'était pas le cas de Marco cependant, qui avait une flèche dans la cuisse et un adversaire l'attaquant à coups de hache. Le jeune brun se précipita pour lui venir en aide mais quelque chose ou plutôt quelqu'un lui barra la route.

"C'est toi le fils d'Ymir."

Ce n'était pas une question mais une affirmation, et la voix lui semblait vaguement familière. Eren leva les yeux vers l'homme qui lui faisait face, découvrant un visage qui ne lui était pas inconnu.

Pour une fois, Miya n'ajouta pas de "je te l'avais bien dit", et Eren lui en fut reconnaissant.

Livai.

"Tu fais partie du clan Mahr ?" demanda-t-il en levant un peu plus son épée.

"Non" répondit simplement l'homme au cheveux noirs.

Ses deux épées étaient sorties, une dans chaque main, toutes deux déjà tachées de liquide rouge sombre. Eren cilla, essayant de ne pas penser à la personne à qui appartenait ce sang.

"Dans ce cas je reformule ma question, est-ce que tu te bats du côté des Mahrs ?"

Livaï hésita quelques secondes avant de répondre.

"On peut dire ça comme ça."

Eren fronça les sourcils. Il était déçu que l'étranger qu'il avait croisé dans les bois ne soit qu'un autre pilleur cupide. Il ne savait pas pourquoi, il avait voulu croire que l'homme était quelqu'un de bien malgré le fait qu'ils ne se connaissaient absolument pas. Peut-être que c'était cette petite chose dans son attitude qui l'avait poussé à lui faire confiance, ou était-ce juste la magie du lieu ? Dans tous les cas, Eren savait maintenant qu'il ne devait jamais se fier à son instinct pour différencier ses ennemis de ses alliés.

"Laisse-moi passer" exigea-t-il en faisant un pas en avant.

Il vit du coin de l'œil Jean abattre l'homme à la hache et soulever Marco pour l'emmener en sécurité.

"Non," répondit Livai avec un regard déterminé, "J'ai pour mission de te mettre hors d'état de nuire.

Eren fronça les sourcils, contrarié.

-Tue-le, conseilla Miya.

Le jeune homme se retint de hausser les épaules. Il aurait essayé.

Livai attaqua en premier et Eren détourna rapidement sa première épée et esquiva la seconde. Il sentit l'inquiétude de Miya se mêler à la sienne : leur adversaire n'était pas un débutant.

Et il le prouva en enfonçant son épée dans l'épaule d'Eren. Celui-ci ne put retenir un cri de douleur et serra les dents.

-Miya !

Aussitôt le nom du démon invoqué, les yeux du plus jeune de mirent à briller, et il se retrouva cinq secondes plus tôt. Eren savait qu'il devait faire attention à ne pas utiliser son pouvoir trop souvent, la fatigue de Yamiya se répercutant rapidement sur lui. Heureusement il faisait beau, et le démon tirant sa force du soleil, il était plutôt en forme ce jour-là. Ce n'était cependant pas une raison pour utiliser son pouvoir à tout va, celui-ci étant à double tranchant. Plus il sollicitait Miya, plus il faiblissait physiquement. Et plus il était faible, plus il faisait d'erreurs, plus il revenait en arrière. C'était un cercle vicieux, voilà pourquoi il devait être très prudent quant à l'utilisation de son pouvoir. Cette fois il en avait besoin pourtant, la blessure n'était pas assez profonde pour laisser des séquelles autres qu'une nouvelle cicatrice, mais la douleur l'empêcherait de se battre plus sûrement qu'un peu de fatigue.

Eren parvint à éviter le coup cette fois et réussit à légèrement entailler le bras de son adversaire. Il devait profiter de l'avantage que lui procurait son pouvoir pour mettre Livai hors d'état de nuire le plus vite possible tant qu'il en avait encore la force. Plus facile à dire qu'à faire. Le guerrier avait des réflexes surhumains, à se demander s'il ne revenait pas dans le temps lui aussi. À chaque fois qu'Eren tirait profit du fait de savoir le mouvement de son adversaire à l'avance pour attaquer, celui-ci se débrouillait pour parer ou esquiver la contre-attaque.

Au final, le combat semblait tourner en rond. Un observateur distrait pourrait croire qu'Eren avait le dessus : il n'avait presque aucune blessure tandis que Livai évitait régulièrement des coups avec difficulté, occasionnant parfois de petites coupures, mais jamais assez importantes pour le faire suffisamment faiblir. Il avait même rangé une de ses épées, celle-ci le gênant plus qu'autre chose. Cependant, en prêtant plus attention, on pouvait remarquer la fatigue d'Eren, toujours plus évidente à chaque utilisation de son pouvoir. Et Livai était assurément quelqu'un d'attentif. Faire durer le combat n'était pas dans l'intérêt du plus jeune, mais il n'arrivait pas à faire autrement. Il était déjà revenu dans le temps une dizaine de fois, et cela s'en ressentait sur sa manière de combattre. Ses gestes étaient plus lents, il parait les coups de Livai avec plus de difficultés. Sa respiration était courte et une goutte de sueur perlait sur son front.

Eren venait de revenir encore une fois en arrière, sous les protestations de Miya. Il n'avait pas été blessé cette fois, mais Livai s'était, en essayant de le frapper au côté gauche, légèrement penché, lui offrant ainsi une ouverture, mais Eren n'avait pas su profiter de ce moment de faiblesse. Il devait rattraper ça et finir ce combat au plus vite.

Le jeune homme se prépara à éviter l'attaque pour ensuite porter le coup final mais rien ne se passa comme prévu. La lame effleura bien ses côtes, bien qu'Eren ait plus de facilité à l'éviter cette fois, mais ce ne fut que lorsqu'il essaya de frapper Livai à son tour qu'il se rendit compte, trop tard, que la position de celui-ci avait légèrement changé par rapport à la fois précédente. C'était presque imperceptible, mais Eren le remarqua au dernier moment, ce qui ne l'empêcha pas de se prendre le coup de poing qui suivit en plein ventre. La violence du coup combinée à la fatigue engendrée par ses multiples retours en arrière le fit tomber à genoux, ponctué par une exclamation de Miya :

- Aie !

Eren ne comprenait pas. Livai s'était adapté alors qu'il avait bien fait attention à ne pas modifier sa position et rien dans sa posture n'avait pu trahir ses intentions. Alors comment Livai avait-il fait pour changer de comportement ? Possédait-il un pouvoir lui aussi ?

- Impossible, je ne connais aucun autre démon qui accepterait de prêter ses pouvoirs à un humain, marmonna Miya.

Comme s'il avait entendu le petit être, ou les interrogations muettes d'Eren, Livai s'avança.

"Ça fait dix fois que tu me fais le coup, tu crois que je n'aurais pas remarqué que tes yeux prennent une couleur bizarre à chaque fois que tu utilises ton pouvoir pour prévoir la suite ?" expliqua-t-il, son épée appuyant légèrement contre le cou d'Eren, au cas où celui-ci essaierait de faire quelque chose de totalement stupide, comme ramasser son épée qui gisait au sol juste à côté.

Miya émit un sifflement admiratif à l'intérieur de la tête d'Eren, ce qui était tout sauf agréable, et marmonna :

- Ce mec est fort.

Sur le coup, Eren ne pouvait qu'approuver. Livai avait repéré le changement de couleur de ses yeux, en avait déduit qu'il utilisait son pouvoir et avait calqué son comportement en fonction de ce changement. Il devait avoir changé d'avis au dernier moment en voyant ses yeux briller, et sa réaction instantanée lui avait assuré la victoire. Enfin, la victoire… Eren ne s'avouait pas vaincu, et bien qu'il n'osait pas bouger de peur de s'auto-trancher la gorge, il ne faisait qu'attendre le moment où il pourrait récupérer son épée.

Eren se maudissait de ne pas avoir eu le réflexe de revenir en arrière lorsqu'il en était encore temps. Maintenant il était trop tard, cinq secondes ne suffiraient plus à changer quoi que ce soit, il avait été trop surpris pour pouvoir faire usage de son pouvoir à temps, et le moins qu'on puisse dire était qu'il se trouvait désormais en mauvaise position.

"Mon pouvoir n'est pas de prévoir l'avenir" marmonna Eren.

Il savait que ce n'était pas une bonne idée de donner des informations sur son pouvoir, mais il devait gagner du temps, et c'était la première chose à laquelle il avait pensé. Heureusement, cela sembla piquer l'intérêt de Livai.

"C'est ce que tout le monde dit pourtant. J'avoue que je n'y croyais pas à cette histoire de pouvoir, mais j'ai été forcé d'admettre son existence en voyant tes yeux se mettre à briller à chaque fois que tu anticipais mes mouvements. Mais si ton pouvoir ne te permet pas de voir l'avenir, qu'est-ce qu'il fait ?" demanda-t-il, un air intéressé sur le visage.

Tu crois vraiment que je vais te le dire connard ?

Ça c'est ce qu'il aurait voulu répondre, mais il n'était pas totalement fou, s'il disait ça, il était mort.

"Pourquoi ça t'intéresse ? Tu devrais juste me tuer comme ça le problème sera réglé" répondit-il à la place.

- Je te signale que si tu dis ça, t'es aussi mort que si tu lui avais dit "Tu crois vraiment que je vais te le dire connard ?" fit remarquer Miya.

- Mais non, Miya, c'est une question de stratégie.

- C'est sûr que tu es connu pour être le roi des stratèges, nargua le petit démon.

- La ferme, j'ai d'autres problèmes à gérer qu'un démon qui parle dans ma tête.

Miya ne répondit pas, c'était sa façon de montrer qu'il se souciait réellement du sort d'Eren. Ou pas.

Livai, qui n'avait aucune idée de l'existence de la conversation que menait Eren dans sa tête, se pencha légèrement vers lui.

"Tu n'as aucune idée de ta valeur, Eren. Certaines personnes paieraient cher pour t'avoir, que ce soit pour se venger des morts que tu as causé, ou simplement voir ce mystérieux pouvoir. Tu devrais être plus prudent."

"Et alors, tu vas me remettre entre les mains de ces gens ?" demanda Eren en changeant très légèrement de position.

Il ne devait pas céder à la peur, mais une chose était sûre : il allait mal finir s'il ne réussissait pas à attraper cette fichue épée qui n'était désormais qu'à quelques centimètres de ses doigts. Il ne pouvait pas utiliser son poignard, la lame était bien trop courte, et même si ce n'était pas le cas, le laps de temps qu'il lui faudrait pour dégainer suffirait à le faire tuer.

Livai ne répondit pas tout de suite, il semblait plus alerte, mais son attention n'était pas focalisée sur Eren mais plutôt sur les alentours. Les Eldiens commençaient à se retirer derrière des barricades faites à la main. C'était fini pour les Mahrs, ils avaient perdus l'avantage de la surprise, la moitié de leurs guerriers étaient blessés ou morts, leurs rangs en proie à une totale désorganisation. Et bien qu'il y ait également des pertes du côté des guerriers d'Eldia, ils restaient suffisamment nombreux pour défendre leur village avec arcs et flèches tout en restant en sécurité derrière les murs.

Les Mahrs devraient revenir s'ils voulaient remporter la bataille. Mais Eren, lui, n'était toujours pas tiré d'affaire. Cependant, Livai avait détourné son attention de lui et ça lui suffit pour franchir les dix centimètres le séparant de la poignée de son épée.

Il allait finalement s'en emparer quand une voix retentit parmi la clameur assourdissante de la guerre.

"Ne touche pas à mon fils !"

Eren se figea. Cette voix, cette voix ! Mais qu'est-ce qu'elle faisait là ! Elle était totalement inconsciente ! Heureusement, Miya eut la présence d'esprit d'intervenir pour le sortir de son état de paralysie :

- Bouge !

Il n'en fallut pas plus pour qu'Eren raffermisse sa prise sur son épée et se lève d'un coup, repoussant de sa lame l'arme pointée sur lui. Il décida de laisser tomber son combat avec Livai pour aller protèger sa mère. Mais qu'est-ce qu'elle faisait sur le champ de bataille ! Pourquoi n'était-elle pas restée en sécurité à l'intérieur de la ville ? Parce que là, seule et sans arme au beau milieu des combats, c'était la mort assurée.

Malheureusement, Livai ne paraissait pas avoir envie de le laisser partir. Il s'était retourné en direction du cri, mais il se plaça devant lui quand il essaya de rejoindre sa mère.

"Je ne peux pas te laisser t'enfuir".

"Pousse-toi, Livai !" gronda Eren.

Chaque seconde qui passait augmentait les chances qu'il arrive malheur à Carla. Il devait la mettre à l'abri. Livai ne bougea pas, aussi Eren attaqua-t-il. Ses mouvements étaient moins fluides, mais ils avaient une force qu'il ne possèdait pas avant. Toute trace de fatigue s'était envolée devant son désir de protéger la personne la plus chère à ses yeux.

"Laisse-le tranquille !" cria la femme d'un ton qui se voulait menaçant en continuant de courir vers eux.

"Dégage !" Hurla Eren en réponse, "Retourne derrière les murs ! Je n'ai pas besoin de toi !"

Au moment où il prononça ces paroles, il repéra avec horreur l'homme qu'il redoutait le plus : Runsken. Chef des Mahrs, son avidité n'avait d'égale que sa cruauté. Il avait failli périr sous ses coups alors qu'il n'avait que seize ans et seule l'aide de Mikasa l'avait empêché de l'achever. Il avait cependant beaucoup progressé depuis, et ne doutait pas d'être capable de lui faire face. Mais Carla c'était une autre histoire, pensa-t-il alors qu'il réalisait le danger imminent que courait sa mère. Runsken était juste derrière elle, et Eren comprit son intention juste avant qu'il n'abaisse son épée.

"Maman !" cria-t-il, mais il était trop tard.

La lame trancha une profonde entaille dans le dos de sa mère au même moment qu'il se prit un coup de genou dans le ventre rapidement suivi d'un coup de coude en plein visage. Livai avait profité de son moment d'inattention pour frapper.

Eren releva la tête, encore sonné, son regard attiré par le corps de sa mère étendu sur le sol. Il devait agir, et vite.

-Miya !

Cinq secondes, c'est long et c'est court à la fois. Mais pour sauver une mère c'est surtout très court. Comptez-les dans votre tête et vous verrez que cinq secondes, ce n'est pas suffisant. Pour pouvoir faire quelque chose, il aurait fallu revenir immédiatement en arrière, et Eren n'avait pas réagi assez vite à cause des coups que lui avait asséné Livai. Il n'eut même pas le temps de faire un pas en avant que Runsken pourfendait Carla une fois de plus.

Il réussit à éviter les coups de Livai cette fois, mais ça ne servait à rien. Miya ne pouvait utiliser son pouvoir une deuxième fois que lorsque les secondes gagnées étaient à nouveau écoulées. Pas avant. Il ne pouvait pas utiliser son pouvoir en rafale, il ne pouvait pas remonter le temps plus de cinq secondes. Il était parfaitement conscient que tout ce qu'il pourrait tenter ne servirait à rien, mais il refusait de l'admettre.

Alors il continua à revenir en arrière dès que les cinq secondes étaient écoulées, encore et encore, espérant pouvoir changer quelque chose. Mais chaque fois, la scène qui se déroulait était la même, seulement Eren était un peu plus tremblant à chaque nouvelle tentative. L'attitude de Livai aussi avait changé imperceptiblement. Il avait dû être surpris : voir les yeux de son ennemi encore en bonne santé briller avant qu'il ne tombe brusquement à genoux, l'air épuisé et des larmes coulant le long de ses joues.

Il avait arrêté d'essayer de le frapper dès son cinquième retour dans le temps, remarquant bien qu'il y avait un problème, et désormais son regard suivait celui d'Eren jusqu'à Runsken, ses mâchoires se serrant à sa vue.

Mais c'était trop tard, et Miya s'éteignait rapidement, échouant à raisonner son protégé.

- Arrête Eren, ça ne sert plus à rien, tenta-t-il une dernière fois d'une voix faible.

"Non ! Cette fois ! Cette fois ça va changer !" s'exclama-t-il à voix haute, s'attirant un regard surpris de Livai, avant de revenir une énième fois en arrière.

Miya ne lui répondit pas et Eren sut que c'était fini. Il tomba tête la première dans la poussière, apercevant Carla s'effondrer avec lui au loin, et une dernière larme roula le long de sa joue.

o O o

Une pierre se détacha de la paroi, résonnant dans toute la grotte seulement éclairée par une petite torche. Une femme, le teint pâle et le visage légèrement émacié, était assise, adossée contre la pierre, et tenait dans ses bras un linge enroulé autour de son bien le plus précieux.

"Il y a quelqu'un ?" demanda-t-elle en saisissant l'épée posée à ses côtés, partagée entre l'espoir et la crainte.

Une forme noire de la taille d'un chaton se rapprocha d'elle et la jeune femme eut un mouvement de recul.

Deux yeux verts apparurent alors dans l'obscurité et elle laissa échapper une exclamation de surprise, resserrant un peu plus sa prise sur le linge qu'elle serait contre sa poitrine d'une main, sur son épée de l'autre.

"Qu'est-ce que… ? C'est toi Ymir ?" demanda-t-elle prudemment, s'efforçant de ne pas montrer la peur qui s'était emparée d'elle.

"Houla non, moi c'est Yamiya" marmonna la créature.

o O o

Le réveil fut douloureux.

Un jour, Eren avait roulé sur le côté alors qu'il faisait une sieste en haut de son arbre préféré. Résultat : un bras cassé et un corps couvert d'ecchymoses pendant plusieurs semaines.

Ce qu'il ressentait à ce moment même était comparable.

Tous ses membres protestaient au moindre petit mouvement, les petites coupures récoltées dans la bataille commençaient à se faire sentir, ses poignets le brûlaient et il devait avoir au moins une côte fêlée. Mais le pire c'était ses genoux. Ils ne les sentaient presque plus.

Le jeune homme se força à ouvrir les yeux et les referma aussitôt quand une silhouette passa juste devant lui. Il attendit quelques instants que l'homme se soit éloigné avant d'entrouvrir à nouveau les yeux.

Eren était encore un peu sonné, et il mit une minute entière à comprendre pourquoi ses genoux et ses poignets lui faisaient si mal : il était attaché à un poteau, les mains liées dans le dos, genoux contre le sol aussi dur que la pierre. Il était resté plusieurs heures dans cette position à en juger le ciel d'un noir d'encre.

Réunis tout autour d'un grand feu de camp devant lui étaient assis une trentaine d'hommes qu'il reconnut immédiatement. Pas de doutes, il s'était fait capturé par les Mahrs. Autrement dit, il était mort. Ou pire.

Les guerriers n'avaient pas remarqué qu'il s'était réveillé, trop occupés à regarder quelque chose qu'Eren ne pouvait pas voir. En tout cas ce devait être drôle parce qu'une bonne partie des Mahrs rigolait à gorge déployée. Eren repéra Livai, un peu à l'écart du groupe, debout, bras croisés, adossé à une tente. Lui ne riait pas. Eren ne pouvait pas bien voir, mais il paraissait même plutôt contrarié.

Il balaya les alentours du regard. Derrière lui s'étendait la forêt à perte de vue mais il ne reconnaissait pas la montagne. Sur ses côtés ainsi que devant lui se dressaient de nombreuses tentes militaires, éparpillées sans ordre précis, on avait seulement fait attention à dégager suffisamment de place pour le feu de camp.

Eren reporta son attention sur les hommes devant lui, essayant de voir ce qui attirait leur attention, sans succès, jusqu'à ce que l'un d'eux ne change légèrement de position, lui permettant de voir le centre du cercle et ce qu'il vit l'horrifia.

Une jeune femme, la chemise déchirée, se faisait pousser d'hommes à hommes, chacun la gratifiant d'un baiser, d'une main aux fesses, ou d'un coup en plein visage.

Et le pire, c'était que cette femme, il la connaissait. Elle s'appelait Noora, la meilleure archère d'Eldia et une amie d'enfance. D'une précision redoutable, elle évitait cependant les combats rapprochés, qui pouvaient tourner rapidement en sa défaveur. Il n'avait pas souvenir de l'avoir vue se faire capturer mais il doutait qu'elle fut là par choix.

Eren sentit une vague de colère monter en lui.

Ces porcs n'avaient-ils aucun code de l'honneur ?

Le jeune homme réalisa qu'il devait avoir prononcé cette phrase à voix haute quand tous les hommes se tournèrent vers lui. Les rires s'étaient évanoui et Eren se mordit la langue, regrettant déjà cet éclat de rage.

"Regardez-moi ça, le petit d'Ymir est réveillé !" s'exclama une voix qu'Eren ne tarda pas à reconnaître.

Une voix qui appartenait à la personne qu'il haïssait plus que tout.

Runsken s'était levé et s'approchait désormais de lui avec un sourire, un peu trop grand pour ne pas être inquiétant, plaqué sur le visage. Eren déglutit mais soutint son regard, bien décidé à ne pas se laisser impressionner.

"Où tu vois qu'on manque d'honneur ?" demanda le chef des Mahrs en s'accroupissant pour se mettre à sa hauteur, "Ça fait partie des règles de la guerre. Quand on fait des prisonniers, on en fait ce qu'on veut."

Le sourire de l'homme lui promettait déjà mille et une tortures. La haine était réciproque ; car même si ce connard avait tué sa mère, Eren aussi avait été la source de la mort de bon nombre de ses hommes. Le temps de la vengeance était arrivé, et malheureusement en sa faveur.

"Tu sais ce qu'on fait de nos prisonniers chez nous ? Des esclaves s'ils sont dociles, de la bouffe pour chiens s'ils ne le sont pas. De nos jours les esclaves se vendent à prix d'or, alors je te laisse imaginer combien ils seraient prêts à payer pour le fils d'Ymir," continua le chef des Mahrs en voyant qu'Eren ne répondait pas.

Le jeune homme serra les poings mais resta muet. Que pouvait-il répondre ? S'il ouvrait la bouche maintenant, il n'était même pas sûr que le moindre son pourrait en sortir. Une chose était sûre cependant, il devait se tirer de là au plus vite.

"Miya ! Miya ?! T'es là ?" appela Eren qui s'inquiétait du silence du petit démon.

"Où veux-tu que je sois…" répondit une voix faible, très faible.

"Ça va ?"

"Je me suis déjà senti mieux… Eren je peux pas t'aider cette fois, il faudrait attendre que je récupère…"

Le jeune homme écarquilla légèrement les yeux, sentant la panique s'instiller lentement dans tout son être, ce que Runsken interpréta comme un signe de peur face à sa dernière déclaration. Déclaration qu'il n'avait pas écoutée mais qui devait être une menace ou autre chose dans le même style. Non, ce qui inquiétait réellement Eren, c'était que Miya n'était pas en état de lui assurer le moindre retour dans le temps, et sans ses pouvoirs, il redevenait un simple guerrier, plutôt bon certes, mais pas assez pour échapper à ce camp grouillant de Mahrs. En admettant qu'il parvienne à trouver une opportunité pour s'enfuir, il serait vite rattrapé.

Eren jura intérieurement. Même si Miya avait été d'aplomb, le soleil lui fournissant sa magie s'était couché depuis longtemps, il devrait attendre minimum le lendemain pour espérer s'échapper. Les prochaines heures, voire les prochains jours risquaient d'être éprouvant, mais il n'avait pas le choix : il allait devoir attendre, tout supporter sans broncher, guettant la moindre faille qui lui permettrait de s'enfuir, en priant pour que Miya se rétablisse.

Runsken retourna près du feu, après avoir déclaré quelque chose qu'Eren n'avait pas saisi, trop préoccupé par l'état du petit démon. Il ferait mieux pourtant de se soucier de son propre sort avant de celui des autres, étant donné la situation critique dans laquelle il se trouvait.

De son côté, Livai fronça légèrement les sourcils. Le gamin avait l'air ailleurs. C'était presque imperceptible, mais il l'avait déjà vu faire ça une autre fois. C'était comme s'il avait un moment d'absence. Était-ce lié à son pouvoir ou avait-il juste des problèmes de concentration ?

Peut-être qu'il aurait dû le tuer tant que c'était encore possible. Ce gamin avait l'air aussi libre que l'air et sauvage qu'un lynx. La captivité le tuerait à petit feu s'il ne succombait pas à la torture et aux petits jeux sadiques de Runsken.

Livai ne connaissait pas très bien le chef des Mahrs mais ce qu'il avait entendu sur lui n'avait jamais été très positif, et il en avait assez vu en trois jours pour se rendre compte que les rumeurs étaient fondées. Il ne s'était allié à lui que parce que leurs intérêts étaient communs, mais il partirait dès que tout ce carnage serait fini, une fois Eldia tombée.

Ça ne faisait que quelques jours qu'ils s'étaient rencontrés, mais Livai ne pouvait déjà plus voir sa sale gueule. Il avait hâte d'en finir.

Livai tourna les talons quand il vit Runsken s'emparer de la tige de fer avec lequel il avait déjà marqué la jeune fille. Il la sortit du feu, l'emblème représentatif des Mahrs rougeoyant à son extrémité. Ça aussi ça faisait partie des sales habitudes de Runsken : marquer au fer rouge tous ses prisonniers.

Personne ne remarqua le départ de Livai, bien trop occupés à regarder avec attention le spectacle morbide de leur chef s'approchant de sa proie terrifiée.

Livai soupira. Il aurait dû rester dans sa tente comme les autres au lieu de venir voir leur petit "divertissement". Ce à quoi il venait d'assister n'avait rien de divertissant selon lui. Voir une jeune fille se faire violenter puis marquer au fer rouge jusqu'à ce qu'elle en perde connaissance n'était pas amusant. Et il était certain que ce n'était que le début. Quand la jeune captive avait repris ses esprits quelques minutes plus tôt, elle s'était immédiatement faite maltraiter par une dizaine de guerriers Mahrs. Seul le réveil d'Eren l'avait empêchée d'être violée, mais il ne s'agissait que d'un contre-temps. À la guerre, les femmes savaient ce qu'il adviendrait d'elles si elles avaient le malheur de se faire capturer. Et si elles n'étaient pas tuées après avoir assouvi les besoins de tout le clan adverse, c'était pour finir vendues.

Malheureusement, l'esclavage était encore une pratique très courante dans la moitié nord du pays. Le commerce d'hommes, femmes et enfants était une réelle source de revenus, motivant les marchands d'esclaves à attaquer des villages entiers. Les rapts étaient de plus en plus fréquents.

Livai slalomait entre les tentes, se guidant avec la lune pour seule source de lumière, quand il entendit un léger bruit de froissement sur sa gauche. Le guerrier se tendit, posant une main sur le manche de sa dague et s'approcha prudemment de la source du bruit. Il scruta la pénombre mais ne vit rien d'inhabituel et s'apprêta à faire demi-tour quand une ombre surgit derrière lui, visant sa nuque. Livai esquiva juste à temps et saisit son agresseur par le bras alors qu'il

tentait de s'enfuir. Des cheveux d'un blond si clair qu'ils semblaient briller sous la lune, des yeux bleus terrifiés et une chemise en lambeaux trahirent l'identité de Noora aux yeux de Livai. Elle devait avoir profité du fait que l'attention générale soit concentrée sur Eren pour s'éclipser doucement.

"Lâchez-m...!"

"Je ne crierais pas trop fort si j'étais toi" coupa Livai en resserrant sa prise sur le bras de la jeune fille, "je ne pense pas que tu veuilles que tout le monde se rende compte de ta disparition".

Noora regarda derrière elle d'un air inquiet, là où s'élevait la lumière orangée du feu de camps et les rires gras des guerriers.

"S'il-vous-plaît, laissez-moi partir," supplia-t-elle en essayant de se défaire de son emprise.

Livai ne broncha pas sous les vains efforts de la jeune femme pour se libérer et se contenta de répondre :

"Non. " rapidement suivi d'un "je n'ai pas envie" lorsqu'il vit Noora ouvrir la bouche pour protester.

Bien sûr ce n'était pas la vraie raison mais Livai n'avait pas à se justifier et de toute façon, ça ne le dérangeait pas de passer pour un parfait connard. En réalité, ce n'était pas qu'il ne voulait pas, mais il ne pouvait pas la laisser partir. Si elle réussissait par miracle à rejoindre Eldia saine et sauve, elle les mettrait tous en danger en révélant leur emplacement. Mais le scénario le plus probable était encore qu'elle se fasse bouffer par les loups. Ou les djinns. Ces petites saletés étaient peut-être inoffensives le jour, il n'était pas recommandé d'en croiser un au beau milieu de la nuit. Parce que la nuit, les djinns chassent. Lapins, chevreuils, cerfs, tout ce qui se trouve sur leur chemin.

Il ne pouvait pas la laisser partir, c'était un fait. D'un autre côté, ça ne l'enchantait pas non plus de la ramener à Runsken.

"Tu viens avec moi" marmonna-t-il en la tirant par le bras.

Mais la jeune femme ne se laissa pas faire. Elle restait fermement campée sur ses pieds alors que Livai essayait de la traîner loin des Mahrs mais également loin de la sortie vers la forêt. Livai esquiva de peu le coup de poing visant son nez en se penchant, puis saisit la jeune femme par la taille avant de la jeter sur son épaule comme un sac à patate. Il avait beau ne pas être très grand, Livai était plutôt fort. Noora poussa un petit cri de surprise et se mit à marteler le dos de Livai avec ses poings.

"Reste tranquille, bordel ! Tu préfères être violée par un seul homme ou toute une tribu ? Parce que si tu veux je peux encore te ramener là-bas," menaça Livai.

Et voilà, le parfait connard, ça il savait faire. La guerrière arrêta immédiatement de se débattre. Elle devait avoir compris qu'elle n'avait aucune chance face au noiraud. Des larmes perlèrent à ses yeux et Livai fit semblant de ne pas s'apercevoir des tremblements qui parcouraient le corps de la femme sur son épaule.

À ce moment, un cri de douleur masculin s'élevant à proximité du feu de camp déchira le silence de la nuit, suivi de nombreux rires. Les pleurs de Noora redoublèrent quand elle reconnut la voix d'Eren et Livai se crispa. C'était fait, le fils d'Ymir devait être marqué au fer rouge maintenant.

Le guerrier reprit sa marche, traversa rapidement le camp et s'arrêta devant une tente d'où filtrait des voix.

"J'entre" annonça Livai en écartant la toile de la tente sans attendre la permission.

Il fit enfin descendre Noora de son épaule sous les yeux incrédules de cinq guerriers rassemblés autour d'un jeu de dés, deux femmes et trois hommes. La tente était assez grande : il y avait assez de place pour deux petits lits, ou plutôt matelas posés à même le sol et recouverts de fourrure, une petite table autour de laquelle tout le monde était rassemblé, assis sur des peaux de bête, et enfin un grand coffre trônait au fond de la pièce.

"Pourquoi vous êtes tous là ? Je pensais que ce soir c'était chacun dans sa tente ?" demanda Livai en fronçant légèrement les sourcils.

Un des hommes, avec des cheveux blonds plutôt longs rassemblés en une courte queue de cheval montra sa main dans laquelle reposait deux dés, le regard rivé sur Noora et la bouche légèrement ouverte, son expression faisant écho à celle des quatre autres personnes présentes.

Ce fut une femme avec des cheveux en bataille et des lunettes qui lui donnait un air un peu fou qui parla en premier.

"Apparemment on est pas les seuls à ne pas être restés sagement dans nos tentes. Tu peux nous expliquer pourquoi tu te ramènes dans notre chambre avec une fille en pleurs, à moitié nue, dans tes bras ?"

C'est cet instant que choisit Noora pour courir se réfugier entre la femme qui venait de parler et la deuxième, une petite rousse qui s'était levée entre-temps.

"Aidez-moi je vous en supplie" murmura-t-elle sans quitter Livai des yeux, comme s'il allait se jeter sur elle à tout moment.

La rousse regarda la jeune femme qui se cramponnait à elle comme à une bouée de sauvetage, puis Livai, puis la jeune femme à nouveau.

"Qu'avez-vous fait ?" demanda-t-elle, accusatrice.

Livai haussa un sourcil, ne prenant même pas la peine de répondre, et les commentaires se mirent à fuser.

"On ne vous croyait pas comme ça capitaine !" s'exclama un jeune brun.

"Vous me décevez, martyriser une pauvre femme sans défense est un acte honteux !" renchérit le blond à la queue de cheval.

"T'ES QU'UN GROS DEGUEU LIVAI !" commença à hurler la femme au cheveux en bataille avec un énorme sourire plaqué sur le visage, ce qui la décrédibilisait quelque peu.

Après ça, tout le monde se mit à hurler un peu en même temps et il fallut que Livai hausse la voix à son tour pour que le silence revienne.

"VOUS AVEZ FINI VOS CONNERIES, OUI ? Je n'ai pas touché à cette gamine et vous en êtes parfaitement conscients."

"Techniquement, la porter sur son épaule c'est la toucher..." commenta le blond, prénommé Eld avant de s'arrêter net en voyant le regard noir que lui lançait son capitaine.

"J'ai rien fait, ok ? Par contre..." commença-t-il en s'approchant de Noora et en la saisissant par l'épaule, la retournant sans ménagement avant de soulever sa chemise.

Les cinq membres de son équipe se remirent tous à crier en même temps avec la voix d'Eld dominant celle des autres :

"C'est pas parce que vous n'avez encore rien fait que c'est le moment de le faire !"

Livai ne comprit pas le reste des exclamations mais elles devaient être du même genre.

"La ferme et regardez."

Les cinq autres l'observèrent avec méfiance soulever délicatement la chemise de la jeune femme au niveau de son dos, découvrant une peau enflammée à l'endroit où se dessinait maintenant deux épées croisées serties d'une rose, pile entre les deux omoplates.

"C'est pas joli joli" marmonna Auruo, un châtain avec un air concerné sur le visage.

"Je me suis dit que tu devrais avoir de quoi apaiser ça" continua Livai en s'adressant à Hanji, la femme avec les cheveux en pétard.

"Effectivement, je devrais avoir ça dans mes placards" répondit celle-ci avec un sérieux inhabituel avant de se diriger vers le coffre et commencer à fouiller dedans.

"C'est les Mahrs qui ont fait ça ?" demanda Eld.

"Ouais, Runsken" confirma Livai en laissant retomber le tissu de la chemise sur le dos d'une Noora légèrement tremblante.

"L'enfoiré…" grinça Gunther, l'homme au cheveux bruns, entre ses dents.

"Et…le fils d'Ymir ?" s'inquiéta la femme rousse.

Livai secoua la tête, les yeux baissés, et sortit de la tente.

o O o

Mikasa contemplait le paysage baigné dans la douce lueur de la lune, le menton reposant sur ses genoux repliés contre sa poitrine. La plaine s'étendait sur environ cinq cents mètres, avant que la forêt ne prenne le relais. Ce paysage nocturne l'avait toujours rassurée après un cauchemar. Mikasa n'avait pas peur de la nuit, elle s'y sentait en sécurité. À chaque fois qu'elle faisait un de ces rêves glaçant lui faisant revivre des attaques, lui remontrant les morts qu'elle avait occasionnées, celles qu'elles n'avaient pu empêcher, elle venait se réfugier là. Tout le monde pensait qu'elle était invincible, parfois sans-cœur même. Personne ne savait qu'elle aussi, elle se réveillait la nuit en pleurs, quittait sa maison où elle avait l'impression d'étouffer pour aller s'asseoir sur un rocher, juste à l'entrée du village, afin de passer parfois quelques minutes, souvent de longues heures, à simplement regarder l'herbe, les arbres ou la lune en essayant de se vider la tête.

Cette nuit encore, elle avait revu le visage d'une dizaine de guerriers dont elle ne connaissait même pas le nom, et dont elle avait ôté la vie sans hésitation. Elle avait revu Thomas, Nina, Mylius et Carla mourir sous ses yeux. Elle avait revu les cadavres d'une vingtaine d'habitants qu'on avait étendu sur le côté en attendant de les enterrer, puis Eren et Noora se faire enlever sans qu'elle ne puisse rien faire pour l'empêcher. Mikasa détestait se sentir impuissante pourtant c'était exactement ce qu'elle avait ressenti quand elle avait vu ses ennemis emporter celui qu'elle considérait comme un frère. Elle avait essayé de les arrêter, mais n'avait pas pu aller bien loin avec un bras cassé et une profonde entaille à la cuisse. Il avait fallu que Jean la ramène au village après avoir tué un Mahrs qui aurait réussi à définitivement se débarrasser d'elle si le jeune Kirschtein n'était pas intervenu.

Cela faisait maintenant trois heures qu'elle s'était réveillée en sueur dans son lit. La jeune femme avait essayé de se rendormir, sans succès. Elle avait pourtant besoin de ce sommeil si elle voulait être en forme le lendemain. Pour combattre. Parce que les Mahrs reviendraient cette fois. Elle en était certaine.

Ils n'avaient pas l'intention de laisser tomber, et cette fois ils étaient plus proches de leur but que jamais. Cette fois ils avaient un allié. Un allié qui avait vaincu le meilleur guerrier et blessé la meilleure guerrière du village. Sans Eren ni Mikasa, les défenses d'Eldia étaient considérablement affaiblies.

Après s'être tournée et retournée dans son lit pendant plus d'une heure, Mikasa s'était enfin décidée à se lever. Elle avait pris une cape, son épée au cas où, et s'était dirigée vers la sortie du village. Les sentinelles qui l'avaient vue n'avaient fait aucun commentaire sur sa sortie nocturne. La jeune femme avait aisément franchi les pauvres barricades hérissées en urgence par les habitants. Il y avait un peu de tout et n'importe quoi, tables, bancs, tas de pierres et branchages avaient été empilés à la va-vite pour boucher les principales issues du village. Aller couper du bois en forêt n'était pas prudent la nuit.

La jeune femme releva la tête et posa la main sur le manche de son épée à ses côtés. Elle avait cru entendre un bruit mais ce n'était qu'Armin qui s'approchait. Le petit blond s'assit en tailleur à ses côtés et Mikasa resta silencieuse, ne lui demandant pas comment il savait qu'elle n'était pas dans son lit.

Les deux guerriers se contentèrent de regarder droit devant eux, contemplant la forêt noire qui s'étendait à perte de vue. Aucun d'eux n'éprouvait le besoin de parler, aussi le silence s'étirait, mais ce n'était pas un de ces silences gênés, au contraire. Chacun d'eux était perdu dans ses pensées, sans savoir qu'elles se rejoignaient.

"Tu crois qu'il est encore vivant ?" marmonna finalement la jeune guerrière.

"Oui."

Mikasa releva la tête, surprise. Elle s'attendait à un je ne sais pas, j'espère, ou peut-être, mais Armin avait l'air sûr de lui.

"Tu dis ça pour me rassurer" affirma-t-elle en retournant à sa contemplation de la forêt.

Armin secoua la tête.

"Je pense réellement qu'il est vivant. Ils ne se seraient pas donné la peine de l'emporter avec eux s'ils prévoyaient de le tuer immédiatement. Je ne sais pas combien de temps ils l'épargneront, ni dans quel état il est, mais je suis sûr qu'il est en vie."

"Si ça n'en tenait qu'à moi, j'aurais déjà courru récupérer Eren" murmura Mikasa en serrant les poings.

"Et tu te serais faite tuer" rétorqua Armin.

La jeune guerrière ne répondit rien, sachant pertinemment que son ami avait raison. Ça ne la soulageait pas pour autant.

Ils ne pouvaient rien faire et Eren était sans doute en train d'être torturé en ce moment même.

"Ne t'inquiètes pas Eren, on va venir te chercher" murmura-t-elle doucement en cueillant un brin d'herbe.

Armin ne répondit rien.

À suivre….


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