PDV: Izuku Midoriya

Ils avaient passé l'après-midi et le début de la soirée à travailler aux côtés des ouvriers de la compagnie de construction. Grâce au renforcement musculaire qu'il avait enduré afin de pouvoir hériter de One for All, il avait pu travailler tout du long et ne s'était accordé aucune pause. Mais son esprit avait été ailleurs. Alors qu'il soulevait des gravats, il cherchait la meilleure manière de formuler ses arguments, il cherchait les meilleurs questions à poser. Il voulait convaincre Uraraka, mais surtout comprendre.

Lorsque la nuit avait commencé à tomber, le père d'Uraraka les avait tous invités à rester pour dîner (chips et grillades). Comme toujours, les 1-A en avaient profité pour transformer l'occasion en fête. Ils avaient utilisé l'électricité de Kaminari (qui était à présent dans cet état bizarre de béatitude inquiétante) et l'enceinte portable que Jirou avait toujours sur elle (pour des raisons obscures) pour diffuser de la musique.

"Vous n'aviez pas à tous venir..."

Izuku s'assit à côté d'Uraraka sur les marches qui menaient aux préfabriqués. Au loin, ils pouvaient voir le reste des 1-A danser sur un tube particulièrement mauvais. Les ouvriers étaient déjà tous partis mais la classe, profitant du fait qu'ils étaient en week-end et qu'Aizawa était occupé, ne semblaient pas pressés de rentrer malgré le couvre-feu.

"Bien sûr que si. Tu aurais fait la même chose pour n'importe lequel d'entre nous."

Il la sentit se crisper.

"Parce que c'est le genre d'héroïne que tu es, Uraraka. Je sais que tu ne veux pas simplement devenir un héros pour tes parents. Tu veux aussi aider le plus de gens possible.

- Deku, regarde autour de toi. Tout ça, toute cette destruction, c'est de ma faute. Je n'ai aidé personne."

Il laissa passer un temps. Mina essayait d'apprendre à Kirishima quelque mouvements de breakdance. Ce n'était pas très concluant.

"Dis moi ce qu'il s'est passé lors de cette patrouille. Pourquoi est ce que tu l'as laissé filer ? Je te connais, si tu le tenais, il n'aurait pas pu se dégager."

Elle inspira un grand coup. Il hésita un instant à lui dire que ce n'était pas grave, qu'il n'avait pas besoin de savoir. Y repenser avait plongé son visage habituellement si joyeux dans un sérieux qui ne lui ressemblait pas.

"C'est son regard, souffla-t-elle. Il me suppliait de l'arrêter. Il avait l'air tellement... perdu. Comme je l'étais... je n'ai juste pas pu... et l'instant d'après il avait disparu. J'ai dû relâcher ma prise ou bien il a utilisé son alter... je ne sais pas. Mais quand je me suis ressaisie il était introuvable."

Izuku ne répondit rien. Il savait qu'il devait trouver les mots justes. Il les cherchait. Mais rien ne lui venait.

"Comment est-ce que je pourrais prétendre devenir un héros maintenant ?"

Il hésita.

"J'ai une théorie. Tu l'as laissé partir parce qu'il t'a paru qu'il te fallait le sauver. Et je sais que tu as l'impression d'être responsable de ces bombes... ce n'est pas de ta faute. Tu as fait ce qui te paraissait juste. Tu as pris une décision et il n'y avait aucun moyen que tu saches ce qui allait se passer. Tu veux sauver les gens, tu veux les aider. Et quand tu as vu cet homme... tu as vu son bon côté, ses émotions...

- Il avait l'air terrifié, Deku. Je n'arrive pas à croire qu'il ait voulu tuer..."

Il y eut un lourd silence.

"Tu sais..."

Izuku s'interrompit. Il n'avait pas cessé d'y penser, ces derniers jours. Pour tout dire, il aurait pu rejoindre les forces de police qui enquêtaient sur l'affaire tant il avait creusé les détails et appris le cas par coeur. Et il avait sa petite idée sur le déroulement des événements... Il soupira, puis se décida à poursuivre.

"C'est possible... qu'il n'ait pas voulu le faire. L'alarme incendie avait été déclenchée dans les trois bâtiments, c'est pour ça qu'il y a eu aussi peu de blessés et aucun mort... C'est possible qu'il ait regretté au dernier moment, ou bien qu'il n'ait jamais voulu blesser..."

Il n'ajouta rien. Sa théorie était fumeuse. Et ce n'était certainement pas ça qui allait lui remonter le moral.

"Merci d'être venus. Ca me... ça me fait vraiment plaisir.

- Oh... de rien."

Ils restèrent assis en silence, puis Uraraka pointa le ciel.

"On ne voit pas les étoiles ici.

- Comment ?

- Ici, répéta-t-elle en souriant, en ville. Quand je suis rentrée chez mes parents... ils vivent à la campagne. J'en ai profité pour regarder le ciel. J'avais oublié à quel point les étoiles sont nombreuses..."

Izuku leva la tête vers le ciel. Il avait toujours vécu en ville. Il avait rarement vu un de ces ciels parsemés d'étoiles dont elle lui parlait, mais se souvenait avoir souvent été impressionnés et fascinés quand il avait eu l'occasion d'en observer durant des voyages scolaires.

"Je pensais que tout serait plus clair une fois rentrée, mais c'était faux."

Il ne pouvait pas dire qu'il n'était pas perdu, souvent. Vivre sans sa mère alors qu'elle l'avait toujours soutenu dans tout ce qu'il faisait, c'était comme sauter dans le grand bain. C'est une aventure excitante et on se sent plus grand, mais on en oublie la sécurité que la terre ferme représentait. Si l'on ne s'adapte pas très vite, si l'on n'apprend pas à nager... on peut rapidement perdre pied et être submergé. Il baissa les yeux vers son gobelet.

"Uraraka...

- Ochaco ?"

Ils sursautèrent tous les deux alors que le père d'Uraraka descendait les marches, l'air visiblement inquiet.

"C'est le commissaire de police, dit il. Il dit qu'il a besoin de te parler..."

Izuku la sentit se raidir à ses côtés. Ils se levèrent tous les deux et se retournèrent. Devant eux, quelque marches plus haut, se tenait le chef de la police. On voyait à son visage mal rasé et cerné qu'il n'avait pas passé les trois meilleurs derniers jours de sa vie. Il portait un costume dépareillé, et sa cravate, trop longue, s'était prise dans un passant de son pantalon.

"C'est au sujet de notre homme. Vous avez pu le voir de près. Avait il... un signe distinctif quelconque ?"

Izuku étudia le visage d'Uraraka. Elle fronçait les sourcils, incertaine.

Le chef de la police reprit alors.

"Une cicatrice qui court de son arcade sourcilière jusqu'au commencement de sa barbe."

Le temps se figea. La description était bien trop précise. Izuku étudia la réaction d'Uraraka. Elle avait l'air d'hésiter. Mais comme lui, elle sentait que la question du chef de la police n'était qu'une formalité.

"Je crois avoir vu un début de cicatrice, oui. Mais avec le masque... je ne suis pas sûre."

Le chef de la police baissa la tête.

"Je vois. Merci."

Izuku fit un pas en avant.

"Vous savez de qui il s'agit ?"

L'inspecteur se stoppa. Dans son esprit, Izuku cherchait toutes les descriptions qui correspondaient à ce signe distinctif. Le monde s'écroula soudain alors qu'il revoyait ce visage. Il ne pouvait pas y croire.

"Il était de la police, c'est ça ?"

Le chef de la police tourna la tête vers eux, mais ne les regardait pas. Izuku se gratta la joue, mal à l'aise.

"Suivez moi à l'intérieur, je vous prie. Nous ne pouvons pas en parler ici."

Il leur ouvrit la porte. Izuku jeta un regard à son amie. La musique des 1-A ne leur parvenait aux oreilles que comme un lointain écho, un bruit de fond sourd. L'air picotait.

Ils s'engouffrèrent dans le préfabriqué.