Bonjour !

Voici le chapitre 3 ! (Décidément je n'arriverais jamais à poster très tôt !^^)

Merci à tous pour le soutien, je ne pourrais jamais dire assez à quel point la moindre review illumine une journée et motive pour la suite ! Alors si vous avez quelques minutes devant vous pour dire ce que vous en pensez (même si ça ne vous paraît pas intéressant, je vous assure que ce l'est pour un auteur !), n'hésitez pas ! Le titre du chapitre est le nom d'une chanson de Ruelle que j'aime beaucoup !

Sur ce, bonne lecture !


Chapitre 3 : Game of survival

Les cordes lui entaillaient les poignets, son dos le brûlait là où Runsken avait appliqué le fer rouge, pile entre les deux épaules, et pire que tout, un bandeau avait été placé devant ses yeux, l'empêchant d'utiliser sa vue, et son pouvoir. Eren se sentait vulnérable.

Il ne voyait rien, et il avait peur.

Trop souvent on oubliait que derrière cette légende de meilleur guerrier d'Eldia, de fils d'Ymir, Eren n'était qu'un garçon de dix-neuf ans.

À première vue, il n'était qu'un jeune homme souriant, possédant une détermination hors du commun et de grands yeux verts légèrement dérangeants. Derrière cette apparence, ses ennemis découvraient qu'il était aussi un guerrier redoutable aux réflexes surhumains, capable de tuer un homme sans même cligner des yeux.

Mais derrière cette image de combattant sanguinaire se cachait un jeune homme plein de doutes et de peurs, qui s'était retrouvé sur le champ de bataille dès ses quatorze, qui souffrait lorsqu'on le regardait avec crainte, comme un demi-dieu ou un monstre. Mais lui aussi était humain. Et là, attaché à un poteau, sans défense face à des hommes qui voulaient le torturer avant de le tuer, il était terrifié.

Miya n'avait pas donné de signe de vie depuis la nuit dernière, creusant encore son inquiétude. Pas seulement parce qu'il constituait une source de pouvoir, mais aussi parce que même s'il était parfois insupportable, il était son ami.

Eren était réveillé depuis quelques heures maintenant. Deux, peut-être trois, il ne savait pas. Il s'était évanoui à cause de la douleur et devait être resté inconscient un petit moment. Il était presque sûr qu'il faisait jour, grâce aux chants des oiseaux et de la lueur qui filtrait à travers le bandeau.

Personne ne l'avait approché depuis son réveil mais il avait entendu des murmures non loin de lui, quelques rires moqueurs et des chuchotements concernés. Il avait peur pour Noora. La dernière fois qu'il l'avait vue, elle avait l'air en très mauvaise posture. Il ne l'avait pas réaperçue après avoir attiré l'attention sur lui. Il savait très bien ce qu'elle risquait et espérait de tout son cœur qu'elle ait réussi à profiter de la diversion pour s'enfuir.

- Tu devrais d'abord te préoccuper de tes propres fesses avant de penser à celles des autres, tu crois pas ? retentit soudain une petite voix nassillarde.

- Miya ! s'exclama Eren, soulagé d'enfin entendre le petit démon se manifester. Ça va ?

- Ça peut aller, mais ça irait mieux si j'avais un peu de lumière, se plaignit celui-ci.

- Je sais, mais je ne peux pas y faire grand chose, répondit le jeune homme en sentant un bourdonnement désagréable monter en lui.

La peur l'enserrait dans son étau, refermant lentement ses griffes autour de lui, accélérant son rythme cardiaque et comprimant ses voies respiratoires. Il allait suffoquer s'il ne faisait rien.

Miya grogna faiblement.

-T'es dans la merde Eren, et moi avec.

- Je sais…, rit-il nerveusement, Pour être honnête je crois que je panique là.

- Quoi ? répondit Miya, confus, avant de se rendre compte que la façade d'Eren essayant de se persuader que tout allait bien venait de voler en éclat.

Sa respiration devenait de plus en plus saccadée, et il eut envie de hurler alors qu'un torrent de larmes se formait de manière incontrôlé.

-Hé ho tu me fais quoi là ? Eren ?!

Mais Eren ne répondait pas. Il était clairement en train de faire une crise de panique. Miya savait que la peur accentuée par l'obscurité en était la cause, mais il ne savait pas comment réagir face à la détresse évidente de son propriétaire. Alors il fit la seule chose qui lui vint à l'esprit : prendre le contrôle.

Vu son état cela ne dura qu'à peine une seconde mais cela suffit à assomer Eren.

o O o

"Moi c'est Yamiya".

La jeune femme écarquilla les yeux et brandit son épée un peu plus.

"Ne m'approche pas," prévint-elle, menaçante, "je sais qui tu es."

"Tu cherches Ymir ?" répondit le démon, pas impressionné.

La femme semblait au bout de sa vie, en pregardant bien on pouvait discerner des tâches sombres sur le devant de sa tunique, aux commissures de ses lèvres et sous son menton. L'épée était un peu tremblante elle aussi, et même dans sa forme la plus faible, scellé dans cette grotte à l'égard du moindre rayon de soleil, Miya était persuadé de pouvoir la vaincre. Mais il pouvait faire mieux que ça.

La jeune femme fronça les sourcils, l'air suspicieuse.

"Pourquoi ?"

"Je pourrais peut-être t'aider… Si tu veux lui prendre son cœur c'est impossible, j'ai déjà essayé, pas moyen que tu y arrives. Par contre je peux passer des pactes moi… J'en ai un peu marre de rester coincé dans ce trou. Je suis de bonne humeur, je veux bien te sauver la vie."

La jeune femme secoua la tête.

"Ce n'est pas pour moi".

o O o

Cela faisait plus de vingt-quatre heures qu'il était là désormais. Il n'avait pas refait de crise de panique mais il restait anxieux. Un homme lui avait apporté de l'eau, et bien qu'Eren avait été méfiant au départ il était rapidement devenu reconnaissant. Il ne s'était pas rendu compte à quel point il était déshydraté avant de boire sa première gorgée.

Depuis, plus rien. Jusque là.

Eren les entendit arriver et se poster devant lui. Cinq peut-être ? Il pouvait cependant sentir que beaucoup d'autres se tenaient non loin, un peu en retrait.

"Comment ça va ?"

Les paroles paraissaient gentilles mais le ton était méprisant. Eren reconnut Runsken et ne répondit rien.

Celui-ci ne devait même pas s'attendre à une réponse, aussi enchaîna-t-il.

"J'ai beaucoup entendu parler de toi, fils d'Ymir. On dit que tu peux prédire l'avenir et que tu t'en sert pour le combat, c'est vrai ?"

Eren resta muet, mais cette fois Runsken attendait une réponse.

"Répond moi quand je te cause," s'impatienta le chef des Mahrs en saisissant Eren par les cheveux.

"Non ce n'est pas vrai," grinça le jeune homme entre ses dents.

Techniquement, ce n'était pas un mensonge. Il pouvait revenir dans le passé et non pas prédire l'avenir.

"Ah ? Et tu vas aussi me dire que tu n'es pas le fils d'Ymir?"

"Je ne suis pas son fils".

Ce n'était pas un mensonge, du moins d'après Miya, et ses deux parents étaient bel et bien humains. La seule raison pour laquelle on le surnommait ainsi était à cause de ses pouvoirs.

Mais ça Runsken ne le savait pas.

"Vraiment ? J'aimerais bien vérifier. On va faire un petit jeu, ça te dit ?"

Eren mourut d'envie de lui crier un grand non au visage, mais se retint. Il n'aurait pas tenu compte de son avis de toute façon, pensa-t-il en se sentant mis debout après que ses liens aient été tranchés. Des hommes se dépêchèrent de lui lier à nouveau les mains, devant lui cette fois, et Eren se sentit traîné loin de son poteau. Runsken le poussa contre une surface dure, une palissade en bois peut-être et on lui enleva le bandeau lui obstruant la vue.

Eren plissa les yeux, s'habituant à la soudaine clarté. Ils étaient en fin d'après-midi et le soleil se coucherait d'ici quelques heures. Autour de lui s'était formé un cercle, attendant avec avidité la suite des événements, les regards alternant entre lui et Runsken, qui sortait une panoplie de petites lames à double tranchant.

Eren ne put retenir un mouvement de recul et se heurta à la palissade derrière lui. Il ne pouvait pas fuir.

"Je t'explique la règle du jeu, c'est très simple. Tu dois juste éviter les couteaux. À cette distance là, on verra bien si tu utilises un pouvoir magique" annonça Runsken avec un petit sourire en coin.

Eren écarquilla les yeux.

- Ce mec est malade ! s'exclama Miya et Eren ne put qu'approuver.

- Qu'est-ce que je fais ? Je ne peux pas utiliser mon pouvoir à l'infini ! Combien de retours en arrière tu me donnes ?

- Dans mon état, je dirais quatre pas plus.

Eren grimaça. Ça ne faisait pas beaucoup mais il s'y attendait. Runsken était bien trop proche pour qu'il puisse esquiver sans invoquer Miya.

- Il ne va pas te laisser t'en tirer indemne, ajouta le démon, inquiet.

- Je me doute bien, mais je ne pense pas qu'il veuille me tuer. Du moins j'espère. Il ne devrait pas viser les organes vitaux au cas où je n'utiliserais pas mes pouvoirs.

Eren n'enregistra la douleur que lorsqu'il vit le sang couler le long de son bras.

"Concentre-toi petit Ymir, ou c'est tes membres qui vont y passer" avertit Runsken acclamé par la foule.

Eren lui lança un regard noir. La lame n'avait fait que l'égratigner, la blessure n'était pas assez grave pour qu'il utilise son pouvoir.

Runsken s'empara d'une nouvelle lame et tout le monde retint son souffle.

- Épaule droite.

Eren esquiva juste à temps et le couteau se figea dans le panneau derrière lui. Il n'avait pas eu besoin de l'avertissement de Miya, il avait lui aussi vu le regard de Runsken s'attarder sur cette zone une seconde de trop. S'il pouvait continuer comme ça qu…

- ATTENTION !

Eren essaya d'éviter le coup mais la lame se planta dans sa cuisse le faisant hurler de douleur.

"Pourquoi tu n'as pas utilisé ton pouvoir ? Je sais qu…"

-Miya ! invoqua Eren alors que la douleur lancinante remontait le long de sa jambe.

La souffrance disparut d'un coup et Eren bougea juste assez pour que le couteau n'érafle que la toile de son pantalon. C'était juste pour cette fois.

"Voilà, c'est ça que je veux. Dis nous comment tu fais sinon je vise la tête et on verra si ton pouvoir pourra te sauver" menaça le chef des Mahrs et Eren prit peur.

Si Runsken le tuait sur le coup, il ne pourrait pas revenir dans le temps. Il ne pouvait cependant pas le lui dire. S'ils apprenaient qu'il pouvait voyager dans le temps, il y avait de grandes chances qu'ils essaient de l'obliger à modifier des événements pour eux. Ce qui en soit n'était pas faisable en cinq secondes.

"Je ne contrôle pas mes visions" mentit-il, " parfois j'en ai et parfois je n'en ai pas".

Runsken abaisssa son couteau en fronçant les sourcils.

"C'est embêtant ça. J'avais envie de jouer moi" dit-il, et sa déclaration fut accueillie par de nouvelles acclamations. "On a qu'à faire un marché. Je ne vise pas les points vitaux et on compte combien de fois tu as des visions. Ça vous va ?" demanda-t-il et bien sûr, la majorité des hommes présents crièrent leur approbation.

Évidemment, Runsken ne le laisserait jamais s'en tirer comme ça, il voulait du spectacle. Il était plus que temps d'agir.

La lame suivante lui ouvrit l'oreille et Eren serra les dents. C'était le moment ou jamais.

-Miya

Eren revit Runsken lancer le couteau, mais cette fois il était prêt. La lame se figea dans le bois, Eren se décala d'un pas et s'en servir pour trancher ses liens.

Cet enfoiré avait tué Carla.

Les guerriers ne réagirent pas immédiatement alors qu'Eren arrachait le couteau de la palissade et se ruait sur leur chef. S'il ne pouvait pas s'enfuir, au moins il empêcherait Runsken de tuer à nouveau.

Il l'avait tué et maintenant il allait le payer.

Un des hommes réagit plus vite que les autres et réussit à le tacler au sol, mais Eren n'allait pas le laisser l'entraver.

-Miya !

Eren détacha le couteau à nouveau, avec plus de facilité cette fois, et esquiva l'homme avant de l'assommer d'un violent coup de coude dans la nuque.

-T'as plus qu'un retour possible ! l'avertit Yamiya.

Eren acquiesça et dégagea un homme sur son chemin sans difficulté. Il commençait à sentir la fatigue physique le rattraper mais l'adrénaline jouait son rôle. Runsken s'empressa de sortir un nouveau couteau mais c'était fini pour lui, Eren était trop proche.

- À DROITE ! tenta de l'avertir Miya, un temps trop tard.

Le jeune homme était sur le point d'ouvrir la gorge de cet homme qu'il haïssait tant avec sa propre lame lorsqu'un genou s'enfonça dans son estomac. Eren encaissa avec difficulté, ployant sous le choc.

-Mi…!

Une vive douleur se fit ressentir à l'arrière de son crâne avant qu'il ne puisse invoquer le démon. Et tout fut noir.

o O o

Runsken reprit son souffle. Il mentirait s'il affirmait ne pas avoir eu peur. Le gamin avait failli l'avoir, il ne doutait pas un instant qu'il aurait pu le tuer. Si Livai n'était pas intervenu, il serait déjà en train d'agoniser au sol.

"Je le prends avec moi."

Un murmure parcourut l'assemblée et Runsken se tourna vers le petit homme à la chevelure corbeau.

"Pardon ?"

"Puisque vous êtes incapables de le maîtriser, c'est moi qui vais m'en occuper" répondit-il en faisant passer Eren sur son épaule.

"Qu'est-ce qui te fait croire que tu peux le prendre comme ça ? Il ne t'appartient pas," gronda Runsken entre ses dents.

"J'aurais dû le laisser te tuer, au moins tu ne serais pas en train de me faire chier," rétorqua Livai d'un ton agacé, et une femme rousse posa sa main sur son avant-bras en signe d'avertissement. "S'il est vraiment le fils d'Ymir, j'ai des comptes à régler avec lui, et puis tu me dois bien ça. Sans moi il ne serait pas là en premier lieu," ajouta-t-il avant de tourner les talons.

La foule s'écarta pour le laisser passer, n'osant pas intervenir tant que Runsken n'en donnait pas l'ordre et celui-ci se contenta de lui donner un avertissement, ses yeux lançant des éclairs :

"Si tu le laisses s'échapper, t'es un homme mort !"

Livai s'arrêta un instant et tourna la tête dans sa direction mais ne fit aucun commentaire.

Runsken serra les poings en le regardant s'éloigner. Il ne pouvait pas supporter ce type, il lui donnait des frissons dans le dos. Il avait intérêt à s'en débarrasser avant que ce ne soit le contraire.

o O o

"Tu sais que si tu ne fais rien, tu ne passes pas la nuit ?"

"Sa vie a plus d'importance," répondit la femme en présentant le linge qu'elle tenait dans ses bras, dévoilant un nourrisson encore tout fripé, "Il est tout ce qui me reste de lui."

Yamiya s'approcha et elle ramena immédiatement l'enfant contre son torse dans un geste de protection.

"Peux-tu le sauver ?"

o O o

Eren entendit le bruit d'un coffre qui se ferme, des pas souples mais rapides, un tissu que l'on froisse. C'était assez silencieux, seules quelques voix lui parvenaient, légèrement étouffées. Pourtant il y avait quelqu'un dans la pièce, ou plus probablement dans la tente. Eren retint une grimace quand son dos meurtri au fer rouge frotta contre ce qui lui semblait être une sorte de poteau auquel il était attaché.

La personne, peu importe qui c'était, dû remarquer qu'Eren était revenu à lui, car elle se posta non loin de lui et soupira.

"Qu'est-ce que je vais faire de toi ?"

Eren reconnut la voix de Livai et fut presque soulagé. Tout sauf Runsken.

"C'est une bonne question ça, que vas-tu faire de moi ?"

Livai ne répondit pas tout de suite et Eren se demanda s'il c'était vraiment à lui qu'il parlait en premier lieu. C'était difficile à dire avec les yeux bandés.

"T'es réveillé toi ?" demanda finalement Livai et Eren inclina sa tête sur le côté.

Visiblement ce n'était pas à lui qu'il parlait.

"On est dans ta tente ?" demanda Eren, légèrement curieux.

"Hmm" acquiesça Livai en s'approchant encore un peu. Eren avait beau ne pas le voir il pouvait sentir sa présence juste devant lui.

Eren hésita à poser plus de questions. D'un côté, Livai semblait plus enclin à la discussion que Runsken, et il voulait vraiment savoir ce qui allait lui arriver, de l'autre Livai était lui aussi un ennemi. Il aurait pu sauver sa mère s'il n'avait pas été là.

Eren sentit soudain le souffle de Livai sur son visage et se tendit alors qu'une main frôlait le haut de sa joue.

"Bouge pas".

Eren retint sa respiration alors que Livrai enlevait le bandeau le privant de sa vue. Le jeune homme cligna des yeux et Livai recula de quelques pas. Une fois ses pupilles habituées au brusque changement de luminosité, Eren put détailler la pièce. La tente était assez grande, la toile retenue en son centre par une grande poutre contre laquelle il était attaché. Eren se demanda si elle pouvait tomber s'il tirait assez fort dessus, mais elle avait l'air fermement ancrée dans le sol. En tout cas cela se voyait que le propriétaire des lieux avait l'habitude de vivre sous tente. Il y avait un lit, deux petits coffres et un plus grand, une petite table, des tapis au sol et un nain au milieu qui le regardait.

"C'est mieux comme ça ?"

Eren hocha brièvement la tête avant de le regretter aussitôt. Il ne devait pas montrer ses faiblesses à son ennemi. Mais il n'y pouvait rien, il détestait ne pas être capable de voir.

"Tu n'as pas peur que j'utilise mon pouvoir ?"

Livai leva un sourcil, l'air pensif, avant de répondre :

"Même si tu l'utilisais, à quoi ça te servirait de savoir l'avenir. Tu ne peux rien faire de toute façon," affirma-t-il avant d'ajouter avec curiosité, "Pourquoi, tu ne peux pas l'utiliser si tu ne vois pas ?"

"Et si c'était le cas ?" rétorqua Eren, défensif. "Tu crois que je te le dirais ?"

- C'est ça, continue avec la provocation, intervint Yamiya. Tu vois pas que t'es pas en position de le défier ? Il peut te défoncer la gueule s'il en a envie.

Eren se mordit la lèvre mais Livai se contenta de hausser les épaules et s'assit sur une chaise face à lui.

Eren attendit qu'il fasse ou dise quelque chose mais l'homme se contenta de le regarder sans bouger. Les secondes passèrent sans qu'aucun des deux n'esquisse un geste.

Le jeune homme aux yeux verts soutint son regard dix minutes avant de craquer :

"Tu comptes me regarder encore longtemps ?"

"Je suis censé te surveiller" répondit Livai d'un ton sec.

Il avait presque l'air fâché en disant ça et cela éveilla la curiosité du plus jeune. Était-ce juste ennuyant de devoir le surveiller, ou y avait-il quelque chose d'autre ?

"Pourquoi toi ?" demanda-t-il finalement.

Livai ne répondit pas tout de suite, semblant hésiter entre lui dire la vérité ou ne pas répondre.

"Tu préfèrerais que ce soit Runsken ?"

Eren plissa les yeux. Il n'avait pas répondu à sa question.

"Non," répondit-il avec précaution.

Cet homme demeurait un mystère. C'était un Mahr, ou un de leurs alliés, il était incroyablement fort et il avait mystérieusement hérité de sa garde. Son calme apparent le rendait mal à l'aise. Il ne savait pas à quoi s'attendre de sa part et ça le dérangeait.

"Ça fait longtemps que tu fais partie des Mahrs ?" demanda-t-il, espérant que l'homme était aussi calme qu'il le paraissait et ne s'énerverait pas à cause de ses interrogations répétées.

"Tu poses beaucoup de questions, toi" fit-il simplement remarquer.

Eren fronça les sourcils. Il avait comme une impression de déjà vu.

"Je n'obtiens pas beaucoup de réponses".

"Je ne fais pas partie des Mahrs," déclara finalement Livai. "Il se trouve qu'on avait juste… des intérêts communs."

Eren pencha légèrement la tête.

"Comme quoi ? Piller Eldia ? Il n'y a rien là-bas. Si vous venez pour le trésor ça ne sert à rien, il n'existe pas," défendit-il.

Livai fronça les sourcils en le dévisageant pendant de longues secondes, scrutant son visage à la recherche de la moindre trace de mensonge, et Eren résista l'urgente envie de détourner le regard.

"Même si je te croyais, tu t'adresses à la mauvaise personne. C'est Runsken qui est là pour le trésor, pas moi."

"Pour quoi alors ?" répondit Eren, sceptique, "il n'y a rien qui attise la convoitise ici…"

"Je veux tuer Ymir".

Eren haussa un sourcil, essayant de déterminer si Livai se moquait de lui, mais il avait l'air parfaitement sérieux.

"C'est ridicule, Ymir n'existe pas".

"Je suis persuadé du contraire".

"C'est n'importe quoi…" marmonna le plus jeune.

Pour lui, Ymir n'était réelle que dans les histoires. Tout comme les démons, lui souffla une petite voix dans sa tête. Pourtant si Ymir existait, il l'aurait déjà vu, ou du moins Miya lui en aurait parlé, n'est-ce pas ?

"Pourquoi ?" demanda-t-il finalement.

Livai haussa les épaules.

"Je n'ai pas de preuves, j'y crois et c'est tout".

Eren secoua la tête.

"Je voulais dire, supposant qu'elle existe, pourquoi vouloir la tuer ?"

Livai n'eut pas l'air de vouloir répondre et Eren n'insista pas. Il y avait peu de chance qu'il obtienne une explication.

Quelques minutes s'écoulèrent avant qu'une voix de femme appelant Livai ne leur parvienne. Celui-ci se leva avec un petit grognement et sortit de la tente.

Eren respira un peu plus librement.

- Eren, si tu tiens à la vie, surveille un peu mieux ta langue. Même moi j'ai appris ça, commença Miya dès qu'il fut sûr que Livai était bel et bien parti. J'essaie de te garder en vie mais tu ne me facilite pas la tâche. Ce type a l'air plus mesuré que Runsken, et tu es dans sa tente. Ce n'est pas le moment de s'en faire un ennemi.

- C'est déjà un ennemi, grinça Eren.

- Si tu veux survivre, mieux vaut t'en faire un allié, que tu le veuilles ou non, conseilla Miya.

- S'il n'avait pas été là, je ne serais pas attaché à un poteau et j'aurais pu sauver ma mère…

- Mais maintenant tu es attaché à ce poteau, et si tu veux sauver le reste du village ainsi que ta propre vie, tu devrais trouver de l'aide…Si tu n'arrives pas à retourner à Eldia ils n'auront aucune chance. Ils ont beau être tous très forts, ils ne font pas le poids contre Livai, tu l'as vu comme moi ! Même avec toi la victoire n'est pas certaine, alors sans toi leurs chances sont quasi nulles. Ils sont trop nombreux, trop bien équipés, et on a déjà beaucoup de blessés dans notre camp.

Eren poussa un soupir. Il haïssait Livai pour l'avoir empêché de sauver sa mère. C'était beaucoup plus facile de haïr, de se concentrer sur la haine pour oublier la peur et la tristesse. Mais ici la haine ne le mènerait nulle part, Miya avait raison : il devait d'abord se concentrer sur comment sortir de là. Livai cependant ne lui paraissait pas le meilleur moyen.

- Il n'y aurait pas une autre façon ? Je n'ai pas envie de mourir maintenant.

Miya poussa un petit ricanement sans méchanceté.

- Moi non plus qu'est-ce que tu crois. J'ai pas attendu dix-neuf ans pour clamser à trois mois de ma liberté.

C'était vrai que ça tombait mal pour le petit démon. Eren savait que son contrat avec lui se terminerait à ses vingt ans, mais de quel contrat il s'agissait, Eren l'ignorait. Miya n'était pas très bavard sur ce sujet. Il avait été toujours été là, aussi loin qu'il s'en souvienne. Et dans moins de trois mois, leurs chemins se sépareraient. Enfin, s'ils étaient toujours vivant d'ici là.

Miya lui rappelait souvent à quel point il attendait ce moment où il retrouverait sa liberté, souvent pour plaisanter, parfois sincèrement. Ses pouvoirs mis à part, le petit démon lui manquerait. Il avait beau ne pas être toujours très gentil, on pouvait dire qu'ils s'entendaient bien tous les deux.

- On peut pas rester ici Eren, il faut qu'on dégage.

Eren laissa échapper un petit rire amer.

- Mais comment veux-tu que je dégage ? Je suis attaché à un poteau, dans un camp entouré de soldats Mahrs sûrement à plusieurs lieux du village…

Miya parut hésiter.

-Il y a bien un autre moyen… J'aurais préféré m'en passer mais bon, j'imagine qu'on peut décréter l'état d'urgence.

Eren releva la tête, plein d'espoirs.

-Si je prends le contrôle de ton corps, continua Miya, je pourrais sans doute déchirer la corde.

Eren écarquilla les yeux. Il savait que Miya pouvait prendre le contrôle de son corps, mais pas que cela augmenterait sa force.

- ...mais ? demanda-t-il, parce qu'il y avait forcément un mais.

- Mais... il me faut plus d'énergie. Si j'augmente ma force pour détruire tes liens, je n'en aurais plus assez pour revenir en arrière en cas de problème. Et même si tu n'en as pas besoin, ma fatigue se répercutera sur ton corps et tu ne pourras aller nulle part.

-Autrement dit ? insista Eren.

Il ne comprenait pas où Miya voulait en venir. Ce plan était inutile s'il restait inconscient plusieurs heures après s'être libéré. Quelqu'un s'en rendrait compte et ses liens seraient remplacés et même probablement renforcés. Il devait y avoir autre chose.

- ...autrement dit, j'ai besoin d'énergie en grande quantité. Le seul moyen est de la puiser dans un être vivant.

"QUOI ?!"

-Chuuut putain...

-Tu peux faire ça ?! reprit Eren, Depuis quand ? Et pourquoi tu ne m'en a jamais parlé ?

-Depuis toujours, mais seulement si j'ai le contrôle sur ton corps. Et je ne t'en ai pas parlé parce que ma vie s'en trouve considérablement réduite si je le fais. Mais bon, on a pas d'autre choix n'est-ce pas ?

Eren hocha lentement la tête et déglutit.

- Comment ça marche ? Il faut que je morde une personne où…?

- D'où te viens cette idée sérieux ? Non, il faut juste un contact physique. Par contre il y a de grandes chances que la personne meure, et je suis pour l'instant trop faible pour prendre le contrôle de ton corps de toute façon…

- Combien de temps il te faut ?

- Mmh, d'ici demain soir ça devrait le faire. Repose-toi en attendant, tu auras besoin de toutes tes forces pour t'échapper.

Eren acquiesça. Ça lui semblait un bon plan, du moins le seul possible. Ils devaient tenter le coup, et prier pour que ça marche.

- Je compte sur toi Miya.

Le petit démon sourit faiblement, bien qu'Eren ne puisse pas le voir.

- Fais-moi confiance. Et au fait, une dernière chose… ajouta-t-il et Eren l'encouragea d'un hochement de tête. Ymir existe, et j'espère sincèrement que tu ne croiseras jamais son chemin.

- Quoi ? répondit Eren en fronçant les sourcils, mais Miya s'était déjà retiré dans un coin de sa tête où personne, pas même lui, ne pouvait l'atteindre.

À suivre...


Et voilà ! Un chapitre plutôt court cette fois ! À dans quatre jours j'espère ! (Et n'oubliez pas, une petite review ?)