PDV : Izuku Midoriya
La télévision fonctionnait comme tous les matins, muette car c'était samedi. Les résidents du deuxième étage avaient fait entendre leur voix (surtout Mineta pour qui la grasse matinée était quasiment une religion) et obtenu cette condition les week-ends. Il avait beau être tôt, Izuku était déjà prêt et assis sur le canapé. Cela faisait une bonne demie heure qu'il regardait l'arrestation qui passait en boucle aux nouvelles du matin.
Shin Tokawa, ancienne figure de proue du mouvement des Alters Libres, avait été interpelé et avoué avoir placé les trois bombes dans le but de faire réagir les autorités qui avaient rédigé le nouveau texte de régulation des alters. Cependant, blessé lors d'une course-poursuite avec les héros de l'Agence Ryukyu, il s'était trouvé dans l'incapacité de revendiquer son acte.
Il avait avoué, face aux caméras, que l'idée avait germé dans sa tête alors qu'il était sous l'emprise de l'alcool, et qu'il ne comprenait plus la logique qu'il avait alors vue derrière toute cette destruction. Personne ne comprenait non plus. Il allait bénéficier d'un suivi psychologique.
Ce que les journalists ignoraient, c'était que le chef de la police de Hosu était lié à l'affaire. Quelque recherches auraient suffies. Izuku pensait donc qu'il leur avait personnellement demandé de garder le secret jusqu'à ce qu'il fasse une déclaration publique, sûrement en échange de futurs scoops.
L'apprenti héros aux cheveux verts soupira et jeta un oeil dehors.
Quelque nuages parsemaient le ciel. Il avait plu une heure plus tôt. Le chantier devait être boueux. A l'heure qu'il était, les débris devaient avoir été débarrassés, les travaux à proprement parler devaient avoir commencé, et Uraraka devait être bien plus occupée que les jours précédents. C'était ainsi qu'il essayait de se convaincre de ne pas aller lui aussi sur le chantier.
La rencontre avec Kenji Tsuragamae deux jours plus tôt avait été intense. Les paroles qu'il avait eues à leur destination... il se les était repassées toute la nuit, et il était certain qu'il n'était pas le seul. Pour elle qui songeait à abandonner la voie héroïque, les mots du chef de la police devaient avoir résonné infiniment plus fort.
Du moins, il l'espérait.
Il étouffa un bâillement et coupa la télévision. Il n'avait plus l'habitude d'avoir ses week-ends de libres. Il était habituellement à l'agence de Sir Nighteye, mais depuis son décès, il n'avait pas retrouvé de contrat avec un héros pour son stage. Il était le seul à ne pas avoir de stage, à présent. Tsuyu était partie il y a une heure, seule et l'expression troublée. Même Bakugo et Todoroki, qui n'avaient pas eu leur licence provisoire, étaient sortis. Quelques uns des 2-A n'avaient pas stage dans la matinée, donc Izuku n'était pas seul. Mais le dortoir semblait tout de même infiniment vide.
Il reposa la télécommande, fourra ses mains dans ses poches, et remonta dans sa chambre.
PDV : Ochaco Uraraka
"C'est le chef de la police... l'homme qui est venu vous voir, hier."
Ochaco sursauta. Sa mère venait de s'asseoir à la table juste derrière elle. Coincée entre elle et la télévision.
"Oui. Ils ont... arrêté le responsable."
Elle se garda de lui avouer la teneur du discours que le chef de la police avait eu envers Deku et elle. Et pourtant. Même sans le lui dire, elle semblait savoir puisqu'elle la vit soupirer. Elle lui tendit une tasse de thé fumante.
"Tu te souviens quand tu nous disais que tu voulais travailler avec nous ?"
Comment oublier ?
"Tu pouvais à peine porter un objet sans le faire floter ! ricana sa mère. Et tu nous disais que tu voulais nous aider... qu'avec ton alter, tu n'aurais même pas besoin d'être grande pour nous aider. Que tu pourrais rendre n'importe laquelle de nos tâches plus faciles."
Ochaco eut du mal à réprimer son sourire. C'était si ridicule à présent. Elle ne contrôlait même pas son alter à l'époque. Elle aurait causé plus de dégâts qu'autre chose...
"Je ne pense pas que tu aies dit ça parce que nous étions tes parents. Et ton père est d'accord avec moi... Tu voulais nous aider. Ton retour parmi nous aujourd'hui nous rend très heureux. Mais nous savons lui et moi que ce n'est pas la voie que tu as choisie ou que tu choisiras.
- Comment...
- Et je ne veux pas être responsable de la perte d'une grande héroïne. Il y a tant de gens que tu pourras sauver. Te limiter à ton père et moi... ce serait criminel. Alors... tiens toi droite, marche la tête haute et fais tout pour nous rendre plus fiers que nous le sommes déjà. Même si ce sera difficile."
Son coeur se serra. Deku. Le chef de la police. Sa mère maintenant. Pourquoi venaient-ils tous confirmer le choix qu'elle redoutait de faire ?
"Et si j'échoue à nouveau ?"
Quand Ochaco osa à nouveau relever les yeux vers sa mère, cette dernière affichait un sourire terriblement chaleureux. Ces derniers jours, elle avait tout fait pour éviter d'en parler. Pour éviter d'envisager la possibilité que les situations précédentes se reproduisent. La mort de Sir Nighteye. Ce villain qu'elle laisse filer. Son impuissance lors de l'attaque à Yuei, puis au camp... à chaque fois que ça en valait la peine. La brunette retint son souffle, fouillant dans le regard de sa mère pour y trouver une prise à laquelle s'accrocher.
"Tes parents t'aideront toujours à te relever, dit elle. Et comme tu as pu le voir hier... tes amis aussi."
Ochaco n'entendait plus les questions des journalistes à la télévision. Elle n'entendait plus les explications. Elle se leva et fonça sur sa mère, se nichant dans une étreinte qui lui avait beaucoup trop manquée.
Rentrer avait du bon.
"Ochaco ?"
Elle releva la tête. Son père avait l'air troublé.
"Il y a deux de tes amis qui sont là... dont un très bruyant."
Bruyant ?
Quand elle sortit et tomba sur Todoroki et Bakugo, elle n'en crut pas ses yeux.
"On n'a pas pu venir hier à cause de nos cours de rattrapage." dit simplement Todoroki. "Où sont les autres ? Je croyais qu'on venait aujourd'hui aussi."
Il tenait Bakugo par le col de son t-shirt.
La scène était surréaliste.
Ochaco éclata de rire.
