Bonjour à tous !

Changement de programme ! Ce chapitre n'est pas le dernier ! Après concertation avec ma soeur, (et reviews incroyables de lecteurs ! Merci à tous !) j'ai décidé de rajouter un chapitre épilogue, parce que ça s'arrête vraiment trop abruptement ! Bon par contre il est pas du tout écrit et j'ai pas trop le temps en ce moment mais je pense l'écrire cet été ! Voilà voilà...

Pour ce chapitre, je vous conseille d'écouter la musique Bad dream de Ruelle, à partir du moment qui commence par "Il n'était pas encore sorti de la forêt".

Sur ce, bonne lecture, et hâte de vous revoir !

Merci.


Réponse au Guest (en español) :

¡Hola !

¡Entiendo el español ! ¡Yay ! (Un poco) (bastante para entender, pero no lo hablo muy bien, lo siento por las faltas^^) Tu review era muy bien,¡ lo encanta ! ¡Si quieres mandar otras, no te contengas ! Preguntas las buenas preguntas. Vas a tener tus respuestas en este capítulo. Pero no puedo prometer que Eren deja de sufrir, lo siento…¡Gracias !


Chapitre 6 : La légende

La nuit était calme, le ciel dégagé, laissant la lune diffuser son faible éclat argenté. Eren contemplait les étoiles en silence. Il avait réussi à se déplacer autour du poteau auquel il était attaché pour pouvoir regarder la forêt plutôt que les tentes dressées des Mahrs, et personne n'avait fait de remarque. Miya ne s'était pas manifesté depuis quelques moments déjà, il devait être endormi, et les Mahrs avaient été eux aussi plutôt silencieux cette nuit là. Ils n'avaient pas traîné près du feu très longtemps, souhaitant rapidement bonne nuit pour se diriger vers leurs tentes respectives. Seule une poignée d'hommes était restée pour patrouiller autour du camp, dont deux assis à quelques mètres derrière lui pour le surveiller, échangeant de temps en temps à voix basse.

Il s'était écoulé une journée entière depuis sa tentative de fuite, une journée qu'il avait passé attaché là sous le soleil. Ses bras le lançaient et il avait les jambes ankylosée, mais au moins personne n'avait essayé de lui faire plus que lui jeter un regard haineux. Pas de coups, seules quelques injures marmonnées. Quelques regards moins hostiles aussi : un rempli de pitié de la part de Pétra, un autre plus doux venant d'Eld, un autre encore simplement curieux de la part de la jeune femme de Runsken. Personne ne lui adressa la parole, chacun vaquait à ses occupations l'air débordé, courant ici et là en portant des caisses pleines d'épées ou d'outils divers. Heureusement, Miya avait été là pour lui tenir compagnie.

Plus que trois mois, pensa-t-il sombrement.

Dans trois mois il aurait enfin vingt ans. S'il survivait jusque là, au moins Miya serait libre.

Les étoiles se reflétaient dans ses grands yeux émeraudes, et il se demandait si Armin et Mikasa les regardaient eux aussi. S'ils pensaient à lui.

Eren entendit les pas d'un nouvel arrivant derrière lui et jeta un coup d'œil par dessus son épaule. Livai échangeait quelques mots avec les deux sentinelles et celles-ci semblèrent hésiter. Le jeune chef d'Heidan ajouta une phrase à voix basse qu'Eren ne saisit pas et les deux gardes se levèrent, l'un avec un petit sourire, l'autre un air indifférent plaqué sur le visage. Les trois hommes discutèrent encore quelques minutes puis les deux Mahrs souhaitèrent bonne nuit à Livai avant de disparaître et celui-ci vint s'asseoir aux côtés d'Eren sous son regard étonné.

"Comment tu as réussi à les persuader de partir ?" demanda le jeune brun avec curiosité.

Après la scène que Livai avait causé un jour plus tôt, Eren s'étonnait qu'il puisse encore avoir la moindre autorité au sein du clan Mahr.

"Tous les Mahrs ne sont pas forcément d'accord avec la façon de faire de Runsken," répondit-il en regardant la forêt, "Johan, Aksel et Tobias par exemple, ont toujours plus été de mon côté que du sien, Adrian et Søren aussi."

"Hmm," acquiesça Eren en repensant au jeune homme craintif aux tâches de rousseur. Il avait essayé de l'approcher durant la journée, mais s'était enfui bien vite dès qu'il avait été aperçu. "Et qu'est-ce que tu fais là ?"

"Je me suis dit que tu devais avoir soif après une journée passée au soleil," répondit-il en soulevant une gourde, "personne ne t'a rien donné, je me trompe ?"

Eren secoua la tête. Il avait réussi à s'en passer jusque là mais sa gorge toute sèche lui réclamait de l'eau avec insistance. Livai était plus attentionné qu'il n'y paraissait. Mais encore une fois, il y avait beaucoup de choses qu'il était mais dissimulait bien.

Le jeune chef porta la gourde à ses lèvres et Eren faillit tout recracher.

"C'est quoi ça, c'est dégueulasse !"

Le plus âgé esquissa un sourire et Eren le fusilla du regard.

"J'ai juste mélangé avec un peu de vin. T'as jamais goûté d'alcool ? T'es un vrai gamin en fait…" se moqua-t-il gentiment.

Eren fit la grimace et jeta un coup d'oeil méfiant à la gourde.

"Il n'y a que très peu d'alcool dedans" ajouta Livai en voyant son hésitation, "c'est juste pour masquer le goût de l'eau. Bois si tu ne veux pas finir déshydraté".

Le plus jeune accepta avec réticence mais finit par tout boire d'une traite avec une grimace. Livai rangea la gourde avec un petit sourire et s'installa plus confortablement, son regard dérivant vers les étoiles. Voyant qu'il n'avait pas l'air de vouloir partir, Eren reporta lui aussi son attention sur le ciel.

Un silence paisible s'installa, tous deux plongés dans leurs pensées.

Lorsqu'il était petit, il détestait la nuit. Il ne voulait vivre qu'avec le soleil, sentir les rayons sur sa peau, sentir Miya plus vivant que jamais. La nuit avait toujours été synonyme d'impuissance et de vulnérabilité. Mais en ce moment même, le calme qu'elle répandait sur la forêt, loin de la guerre et la folie des hommes, avait quelque chose d'apaisant.

"Je n'aurais jamais dû venir ici", murmura finalement Livai en gardant les yeux fixés sur la forêt devant lui.

Eren détourna son regard du paysage pour observer avec curiosité le profil tourné vers les étoiles de l'homme à côté de lui.

"J'aurais dû rester chez moi" ajouta-t-il.

"C'est où chez toi ?" demanda simplement Eren en guise de réponse.

"Quelque part à l'Est," répondit-il avec un vague geste de la main, "loin des Mahrs et d'Ymir. Du moins c'est que je croyais. Il a fallut que mon mentor parte à sa recherche…" murmura Livai, et Eren ne l'avait jamais vu avoir l'air aussi abattu.

"Ton mentor, c'était quel genre de personne ?"

Livai lui jeta un regard étrange du coin de l'œil.

"Je croyais que ce n'était pas ton genre de sympathiser avec l'ennemi ?"

"Je ne sympathise pas," se défendit le jeune captif, "j'essaie de comprendre tes raisons pour mieux te dissuader d'attaquer Eldia."

Livai leva les yeux au ciel avec un petit sourire.

"C'était quelqu'un de très doux mais intransigeant en même temps. C'est elle qui m'a pratiquement tout appris alors qu'elle n'avait que douze ans de plus que moi. C'était la guerrière la plus incroyable que je n'ai jamais vu."

"Pourquoi est-elle partie ?" demanda doucement Eren.

"Je ne sais pas. Elle a commencé à prendre ses distances avec le reste du village quand ils ont refusé de la laisser se marier avec un étranger. Je crois qu'elle n'en avait rien à faire de leur avis," ajouta-t-il après une courte pause, "mais il a été tué par une tribu voisine peu de temps après. Elle est partie sans prévenir personne trois mois plus tard, et quand je suis parti à sa recherche, je n'ai retrouvé que son cadavre décomposé, des traces de magie noire tout autour."

Livai se tourna enfin vers lui.

"C'était à moins de quelques kilomètres d'Eldia. Tu comprends pourquoi je suis persuadé que c'est l'oeuvre d'Ymir ?"

Eren évita son regard, ne sachant pas quoi répondre. Il aurait fait la même conclusion que Livai.

"Ça veut dire que tu ne changeras pas d'avis, j'imagine ?"

Le jeune chef baissa les yeux, fixant la terre comme si elle pouvait répondre à sa place et Eren poussa un soupir résigné.

"Tu comptes toujours m'utiliser comme otage ?"

Livai changea de position.

"Ça c'est ce que voudrait Runsken".

"Mais pas toi ?" s'enquit Eren.

"Je ne pense pas qu'Ymir puisse avoir un fils humain. Regarde-toi, tu es loin de faire peur," répliqua Livai et Eren ouvrit la bouche d'un air faussement indigné.

"Les apparences sont trompeuses !"

"C'est vrai," reconnut Livai. "Tu es loin d'être inoffensif," ajouta-t-il en se tapotant le bras avec un petit sourire.

Eren répondit à son sourire mais celui de Livai disparut rapidement.

"Le problème, c'est que même si tu n'es pas le fils d'Ymir, tu restes un otage contre les Eldiens. C'est pour ça que Runsken veut qu'on t'amène. Personnellement, je suis contre. Comme la plupart du temps lorsqu'il s'agit de cet abruti."

"J'aimerais savoir une chose," fit remarquer Eren, " Pourquoi, si tu t'entends si mal avec Runsken, fais-tu encore équipe avec lui ?"

"J'ai besoin de lui pour tuer Ymir."

Eren allait protester mais Livai fut plus rapide.

"Les dieux n'appartiennent plus à notre monde, Eren. Notre ère est celle des hommes, et Ymir n'est désormais plus qu'une menace. Il faut la renvoyer là d'où elle vient, et si je ne m'en débarrasse pas, qui le fera ? Ce n'est plus qu'une question de vengeance, mais d'équilibre dans notre monde."

Eren resta silencieux. Il ne savait pas s'il était convaincu, mais même si la mort d'Ymir n'avait été qu'une vendetta personnelle, il ne pouvait pas condamner Livai, ce serait totalement hypocrite de sa part. Après tout, ne serait-il pas prêt à sacrifier des innocents pour tuer Runsken lui aussi ? Il savait ce que ça faisait de perdre un être cher. Il connaissait la rage, la haine qui vous ronge de l'intérieur, vous pousse à aller de l'avant pour détruire à votre tour. Faire payer. Alors Eren se tut et laissa le silence s'installer.

Ses pensées dérivèrent vers Mikasa et Armin, sa mère massacrée, vers cet homme assis sur la terre brute à côté de lui, cet homme qu'il ne parvenait toujours pas à cerner. Il repensa à Miya, à Ymir, à toutes ces questions auxquelles il avait déjà pensé mille fois, mais n'avait toujours pas de réponse. Ses paupières se fermèrent sans qu'il ne s'en aperçoive, et sa tête vint reposer sur sa poitrine.

Livai le regarda sombrer dans le sommeil, étudiant pensivement son profil avant de se lever une fois sûr que le jeune prisonnier était bien endormi, sa respiration lente et profonde. Il s'éloignait quand une voix le rappela :

"Tu pars déjà ?"

Livai s'arrêta net et se retourna. Eren avait les yeux bel et bien ouverts, mais ils étaient bien plus brillants que d'habitude, presque luminescents dans le noir. Le jeune capitaine hésita, et finit par revenir dans ses pas.

"Qu'est-ce que t'as mis dans l'eau ?" demanda le plus jeune en faisant la grimace lorsqu'il fut revenu à sa hauteur, "des somnifères ?"

Livai fronça les sourcils. Il y avait quelque chose qui clochait. Sa voix avait beau être là même, son ton avait changé et sa posture était elle aussi différente. Il voyait enfin la face cachée d'Eren.

"Qui es-tu ?"

"Hin hin, perspicace," ricana le jeune homme avec un clin d'œil, "pas Eren en tout cas."

Livai pencha la tête sur le côté. Ça confirmait son hypothèse.

"Ça ne me dit toujours pas qui tu es."

Les lèvres du corps d'Eren s'étirèrent en un petit sourire.

"Moi c'est Yamiya."

o O o

Eren ouvrit brusquement les yeux, mais il ne put rien voir. Il se sentait à l'étroit, avait du mal à respirer et ne sentait plus ses bras, toujours attachés dans son dos. La seule source de lumière venait d'une faible interstice à sa gauche et Eren comprit rapidement qu'il était allongé dans une sorte de grand coffre en bois. Ses seuls souvenirs remontaient à sa discussion avec Livai la nuit précédente. Eren tendit l'oreille mais seuls les piaillements joyeux des oiseaux lui parvinrent. Tout était anormalement calme. Aucun bruit d'armes qu'on aiguise, d'ordres braillés, de discussions en demi-teinte. Eren ne savait pas où il était mais une chose était sûre, il n'avait pas l'intention d'y rester.

Le jeune prisonnier donna de grands coups de pieds dans la paroi dure du coffre, mais le bois ne céda pas, et il ne parvint qu'à provoquer une douleur aiguë qui remonta tout le long de sa jambe.

"Changement de tactique…"

Il essaya cette fois de basculer tout son poids d'un côté du coffre, et celui-ci se souleva légèrement avant de retomber sur le sol dans un claquement sourd.

-Miya, ce serait bien de me prêter un peu de ta super force là…

-Impossible, je n'ai pas assez de lumière. Tu vas devoir te débrouiller par toi-même.

Eren jura avant de réessayer, encore et encore de faire basculer sa prison de bois. La boîte parvint enfin à un point de déséquilibre et le jeune homme pesa de tout son poids pour la faire chuter. Le coffre se renversa sur le sol et Eren se cogna la tête contre l'armature métallique en grognant.

Malheureusement, le choc n'avait pas suffi à faire céder le couvercle et Eren retenta quelques coups de pieds, mais la paroi de bois ne fléchit pas d'un pouce, inébranlable.

"BORDEL !"

"Eren ?" lui parvint une petite voix hésitante, et celui-ci n'avait jamais été aussi heureux de l'entendre.

"Noora ! Noora c'est toi ? Aide-moi à sortir de là !"

Des pas précipités se firent entendre, jusqu'à ce qu'ils soient à moins d'un mètre de lui.

"Eren ! Mais je croyais que tu… Bouge pas, je vais chercher de quoi te libérer !" s'exclama la jeune femme avant de repartir.

Eren hocha la tête, oubliant qu'elle ne pouvait pas voir et attendit. Ce n'était pas comme s'il pouvait aller quelque part de toute façon. Il n'eut pas à attendre bien longtemps, bientôt la jeune prisonnière était de retour et lui ordonnait de se plaquer contre le fond du coffre.

"Attend, qu'est-ce que tu comptes…"

Eren sursauta quand une lame s'abattit à une dizaine de centimètres de son visage, faisant voler le bois en éclat. Quand Noora disait aller chercher de quoi le faire sortir, il avait pensé à une clé, pas une hache ! Mais bon, tant que le résultat était le même.. Un autre coup puis un autre et Eren put finir de dégager une ouverture suffisamment large avec son pied.

Il s'extirpa difficilement de sa cage en bois et Noora s'empressa de couper la corde qui lui liait toujours les mains dans le dos.

Eren regarda autour de lui, découvrant la tente dans laquelle il se trouvait. Des tonneaux étaient alignés au fond, à côté de grands sacs de farine et des caisses en bois s'empilaient jusqu'au plafond le long de la toile. On aurait dit une sorte de tente où les Mahrs stockeraient leur nourriture.

"Qu'est-ce qui se passe Noora ? Et qu'est-ce que tu fais ici ?"

"Les Mahrs sont partis attaquer Eldia ! Je ne comprends pas, je croyais qu'ils devaient t'emmener en otage ?"

Eren sentit la surprise l'envahir au même titre que la panique. Noora avait raison, pourquoi ne l'avaient-ils pas pris avec eux ?

"C'est Livai…" réalisa-t-il dans un souffle.

"Quoi ?"

"Allez viens, on a pas le temps, il faut partir d'ici !" s'exclama Eren en saisissant la main de Noora et l'entraînant vers la sortie de la tente, "Combien de soldats ont-ils laissé ici ?"

"Seulement trois, mais ils sont occupés à jouer aux cartes à l'autre bout du camp".

Eren hocha la tête et entreprit de se faufiler entre les tentes, Noora à sa suite. Il reconnut celle de Livai et s'y engouffra au dernier moment, entraînant Noora avec lui.

"Qu'est-ce que tu fais ?!" s'exclama Noora en le voyant ouvrir un coffre.

"On en aura besoin," répondit simplement Eren en sortant deux épées soigneusement rangées et en lançant l'une d'elle à Noora qui l'attrapa habilement.

La jeune femme acquiesça et les deux fugitifs repartirent jusqu'à atteindre la forêt. Là, sous le couvert des arbres, ils ralentirent un peu, reprenant leur souffle.

"On peut encore les rattraper," affirma Noora, "ils n'ont qu'une heure d'avance".

"On arrivera pas avant eux, mais on peut y être avant qu'ils ne réussissent à venir à bout d'Eldia. On doit se dépêcher, je ne sais pas combien de temps ils tiendront sans nous… Il doit y avoir beaucoup de blessés."

-Vu notre état, même avec nous je ne sais pas s'ils tiendront beaucoup plus longtemps, souffla Miya, et Eren feignit de ne pas l'avoir entendu.

"Lorsqu'on arrivera, il faudra que tu fasses le tour pour te frayer un chemin jusqu'à Eldia. Il faut absolument que tu récupères un arc, tu seras beaucoup plus efficace qu'avec une épée."

Noora hocha la tête.

"Par là," indiqua Eren.

Ils étaient maintenant presque arrivés, et la clameur s'intensifiait au fur et à mesure qu'ils se rapprochaient du village. La bataille avait déjà commencé.

"On se sépare ici," déclara soudain Eren, "il faut que j'aille les aider. Continue par là et tu arriveras à l'arrière du village, au niveau de la maison de Tessa. Ça va le faire ?"

"Ne t'inquiètes pas pour moi, je vais me débrouiller. Va vite les aider."

Eren acquiesça et chacun partit de son côté. Il arriva rapidement à la lisière de la forêt et s'arrêta derrière un arbre pour analyser la situation.

La bataille semblait avoir commencé depuis quelques temps déjà. Son regard s'arrêta sur un premier cadavre, le torse baignant dans le ruisseau à quelques mètres de lui et son cœur se serra. L'eau se teintait de pourpre autour du corps de Jean, du sang continuant de s'échapper de la plaie béante à sa gorge. Ses yeux étaient vides, dépourvus de cette lueur joueuse qu'il arborait toujours, même dans les pires moments.

Eren détourna le regard à contre cœur et ne vit que des combats faisant rage ici et là, jusqu'au village. Les Mahrs avaient réussi à pénétrer à l'intérieur et massacraient tous ceux qui ne pouvaient pas se défendre, le reste des Eldiens essayant de les en empêcher en vain. Les Mahrs étaient bien plus nombreux et les barricades n'avaient pas tenu bien longtemps.

Eren compta une dizaine de morts gisant dans la poussière, et au moins une vingtaine de blessés. Il cherchait Mikasa du regard quand ses yeux se posèrent sur un combat en particulier. Livai affrontait seul deux Mahrs, Runsken et Lars, et un troisième était étendu sur l'herbe derrière lui, ne donnant aucun signe de vie. Quelques villageois les regardaient de loin, se demandant sans doute pourquoi leurs ennemis se battaient entre eux, mais ils étaient eux-mêmes trop occupés à repousser les assauts d'autres guerriers Mahrs pour essayer d'intervenir.

Une entaille sur le biceps et une autre plus profonde au côté droit, Livai semblait commencer à avoir des difficultés à résister aux assauts répétés de ses assaillants. Lars le crut sans doute plus fatigué qu'il ne l'était réellement car il plongea vers lui et réussit à lui égratigner le cou. Sa victoire fut courte cependant ; une des lames de Livai avait servi à dévier l'épée visant sa gorge mais la seconde s'enfonça dans le flanc du Mahr, lui assénant un coup fatal.

Runsken en profita pour attaquer à son tour mais Livai esquiva habilement, et s'il n'avait pas reculé, le chef des Mahrs aurait rejoint ses deux camarades dans la poussière. Eren le vit tenter de multiples attaques auquel Livai répondait d'un rythme plus saccadé. Ce dernier commençait définitivement à fatiguer, et Runsken n'hésitait pas à en profiter.

Eren fit un pas en avant, prêt à se joindre aux combats quand il captura le regard de Livai. Celui-ci se figea pendant deux précieuses secondes, deux secondes qui permirent à Runsken d'avoir le dessus. Sa lame fendit l'air, transperça la maigre protection de Livai de l'épaule jusqu'aux côtes.

"Livai… " s'étrangla Eren avec stupeur.

- Invoque-moi ! s'exclama Miya en voyant qu'Eren ne réagissait pas.

Le jeune homme n'attendit pas qu'on le lui dise deux fois. Il appela aussitôt le démon et revint cinq secondes en arrière, mais la seule chose qu'il put faire pour essayer de prévenir Livai fut de crier son nom. Le regard de celui-ci fut attiré par l'exclamation, et la même scène se déroula avant qu'il ne s'écroule au sol sous les yeux horrifiés d'Eren.

-Ça ne sert à rien, la seule chose que je puisse faire maintenant c'est empêcher Runsken de l'achever, affirma-t-il en sautant par dessus un tronc d'arbre, se précipitant vers la sortie du bois.

Il n'était pas encore sorti de la forêt qu'un grondement semblant provenir des entrailles de la terre ébranla toute la montagne, et tous les guerriers s'arrêtèrent dans leur mouvement, regardant autour d'eux d'un air inquiet. On entendit des oiseaux s'envoler au loin avant qu'un silence pesant ne s'abatte sur le village, comme si le temps s'était figé.

Livai releva la tête et croisa à nouveau le regard d'Eren quand le sol se mit à trembler avec une violence inouïe et il dut s'accrocher aux branches pour ne pas tomber. Une dernière secousse l'envoya par terre et lorsqu'il releva la tête il n'en crut pas ses yeux.

Une gigantesque figure s'érigeait lentement, jusqu'à dépasser la taille de la montagne voisine. On pouvait vaguement discerner la forme de deux bras, deux jambes et une tête mais ça s'arrêtait là. Petit à petit, la matière gluante et transparente composant le corps de l'énorme créature se précisa et les bras se dotèrent de mains puis de doigts, les jambes s'ajustèrent pour soutenir son poids et un visage de femme se dessinait, mais loin d'être doux et amical, il semblait plutôt vide et dénué d'émotions.

-Oh mon dieu

Des cris de panique fusèrent de partout alors que la créature étendait son bras, faisant tomber des gouttes transparentes de la même matière que son corps sur le sol, et l'herbe qui se trouvait à cet emplacement pourrit en un instant, ne laissant derrière elle que des traces fumantes. Le Mahr à côté subit le même sort. Des marques brunes apparurent sur son torse, là où il avait été touché, se propagèrent le long de ses membres, et l'homme se décomposa dans un cri d'agonie.

-C'est Ymir, confirma Miya, la peur palpable dans sa voix.

-Elle vient nous aider ! s'exclama Eren en reprenant espoir, avec elle on a toutes nos chances !

-Non Eren, il faut qu'on parte d'ici le plus vite possible !

Eren allait protester quand une exclamation attira son attention :

"Oh Ymir notre sauveuse !"

C'était Aegen, le chef du village, qui s'avançait vers elle les bras tendu et les traits emplis de vénération.

"Protège-nous ! Élimine cette vermine qui nous menace !"

Ymir ouvrit la main, paume tournée vers la terre, et Eren comprit ce qui allait se passer juste avant que ça n'arrive. De nouvelles gouttes s'écrasèrent au sol, sur Aegen et sur deux Mahrs qui se tenaient non loin.

Eren écarquilla les yeux, regardant avec horreur le chef de son village se transformer en cadavre rempli de pourriture. Une nouvelle vague d'effroi parcourut le village. Ymir n'était pas là pour les défendre, mais pour attaquer tous ceux qui avaient osé troubler son sommeil. Mahrs ou Eldiens, il n'y avait plus de différence : tous ceux dans son champ de vision se définissaient comme des ennemis.

-On doit pas rester là, Eren ! Elle va tout détruire sur son passage !

Le jeune homme fit un pas en arrière, revenant brutalement à la réalité. Miya avait raison. Ils devaient fuir. Personne n'était capable de vaincre ce monstre.

-Qu'est-ce que tu fais ?! s'écria le démon alors qu'Eren sortait de la forêt au lieu de s'y enfoncer.

-Il faut aller aider les autres !

Miya jura mais ne tenta pas de le retenir.

Eren vérifia que personne n'avait besoin de son aide avant de se précipiter auprès de Livai. Runsken avait disparu de son champ de vision depuis la première manifestation d'Ymir et le jeune homme put facilement se frayer un chemin jusqu'au blessé. La plaie n'était pas si profonde qu'il l'avait d'abord cru, mais elle devait être rapidement traitée où Livai allait y passer. Eren ferma brièvement les yeux. Vu la situation, il était improbable qu'il reçoive des soins à temps. Le jeune homme posa son épée sur le sol et le retourna avec précaution sur le dos, constatant avec soulagement que Livai n'avait pas perdu connaissance.

"Eren, tu es fou," pantela celui-ci avec un gémissement de douleur quand celui-ci essaya de le soulever, "qu'est-ce que tu fais ?"

"Ymir va tout raser sur son passage, il faut partir !" répondit Eren en grinçant des dents sous l'effort.

Livai grogna alors qu'Eren prenait son bras et le passait sur son épaule.

"Pourquoi tu m'aides ?" souffla-t-il, "c'est à cause de moi qu'on en est là."

"Tu m'as aidé quand j'en avais besoin, toi aussi. Je ne vais pas te laisser là".

Livai ne sembla pas convaincu par l'explication.

"Va-t-en," souffla-t-il en essayant de le repousser faiblement, "sauve-toi avant qu'il ne soit trop tard."

Le jeune homme ouvrit la bouche pour objecter mais Ymir lança son venin au même moment sur trois Mahrs qui tentaient de s'enfuir. Deux furent tués sur le coup et troisième hurla à pleins poumons alors que tout son côté droit fondait sous ses yeux.

Les deux hommes assistèrent au spectacle, impuissants et emplis d'effroi.

"J'ai été stupide de croire que je pourrais la tuer…" marmonna Livai dans un souffle.

Eren commença à marcher, essayant péniblement de les éloigner d'Ymir, se dirigeant vers la forêt à l'autre bout de la plaine.

"Pourquoi te battais-tu contre Runsken ?" demanda-t-il au lieu d'économiser son souffle.

"Yamiya m'a tout raconté, Ymir ne s'est jamais réveillée…"

"Miya…?" s'étonna Eren.

Miya avait parlé à Livai ?

-Elle vient par là, avertit justement celui-ci alors qu'Ymir faisait un pas dans leur direction, et toute la végétation mourut sous son pied, ne laissant qu'une empreinte de terre sale.

Eren tenta tant bien que mal d'accélérer la cadence, manquant de tomber sur un rocher. Il aperçut Mikasa courir vers eux en contournant Ymir avant même qu'il ne l'entende crier son nom.

"Mais alors, qui a tué ton mentor ?" s'enquit-il en raffermissant sa prise sur la taille de Livai.

Une maison non loin s'effondra alors que ses murs étaient atteints par une attaque d'Ymir et des débris volèrent dans tous les sens.

-Attention ! s'exclama Miya alors qu'il esquivait un morceau de bois.

Ymir venait encore de s'approcher, et bien qu'elle fut lente, chacun de ses pas équivalait à cent d'Eren.

"Il m'a dit… ta mère…" toussa Livai, grimaçant quand du sang vint tâcher les commissures de ses lèvres, "ça va pas… pas le faire.. Tire-toi tant qu'il en est encore temps, je ne vais pas survivre de toute façon."

-Il a raison, déclara sombrement Miya, on ne pourra pas le sauver.

"Ma mère ? Qu'est-ce qu'elle a à voir là-dedans ?" répondit Eren, ignorant totalement la dernière partie.

Livai s'apprêtait à répondre quand le cri perçant de Mikasa lui parvint :

"EREN, DERRIÈRE-TOI !"

Le jeune homme se sentit happé par une grande main qui lui empoigna le bras, le séparant de Livai et de son arme, et une autre vint plaquer la lame froide d'une épée contre sa gorge. La pression sur son bras disparut et fut remplacée avant qu'il ne puisse réagir par de larges doigts devant ses yeux, lui obstruant la vue et le privant de lumière.

Ces doigts, il savait à qui ils appartenaient avant même d'entendre Mikasa gronder :

"Runsken… lâche-le."

Eren n'attendit pas que le chef des Mahrs s'exécute et lui asséna un violent coup de coude dans le ventre mais il fut rattrapé par les cheveux avant de pouvoir s'enfuir et la main revint immédiatement devant ses yeux, l'empêchant de faire appel à Miya.

"Qu'est-ce que tu crois pouvoir faire petit con ?" fulmina Runsken en appuyant légèrement le fil de son épée contre la chair tendre du cou de son captif.

Eren regagna la vue alors que le chef des Mahrs se servait de sa main gauche pour lui tordre un bras dans le dos, mais cinq secondes s'étaient déjà écoulées. Le jeune Eldien essaya de se débattre, s'égratignant au passage avant de s'arrêter net quand il remarqua qu'Ymir n'était plus qu'à une centaine de mètres, semant derrière elle une traînée de cadavres encore fumants, Eldiens et Mahrs confondus.

Derrière lui, Runsken avait le visage déformé par la peur.

"Tu es son fils, dis-lui de s'arrêter là où elle est !" aboya-t-il en continuant de reculer, emportant Eren avec lui.

-On est trop prêt, s'alarma Miya, elle va nous encercler !

Le jeune homme sentit la peur de Miya le contaminer alors qu'il regardait Ymir porter sa main devant sa bouche et souffler sur sa paume. Une gerbe d'étincelles bleutées s'en envola pour venir se déposer sur le feuillage des arbres qui s'embrasèrent aussitôt.

Toute la forêt derrière eux se faisait consumer par les flammes, et devant se dressait l'imposante déesse, rendant toute fuite impossible. Le seul moyen était de lui passer entre les jambes, et même Eren n'était pas assez fou pour espérer s'en tirer vivant. Le jeune homme pâlit en réalisant la situation dans laquelle ils étaient. Les dieux vraiment appartenaient à un autre monde.

Runsken, lui, était livide.

"Fais-nous sortir de là !" exigea-t-il en le secouant et Eren grimaça.

"Je ne peux rien faire, je ne suis pas son fils !" s'exclama-t-il.

"Tu as des pouvoirs magiques, utilise-les !"

"Je ne peux rien faire !" répéta Eren en serrant les dents, et pour une fois il aurait aimé donner raison à Runsken.

-Sept jours.

-Quoi ?

Ymir fit un nouveau pas dans leur direction, faisant au passage trois nouvelles victimes essayant de la contourner : Johan, une guerrière d'Eldia et un Mahr qu'il ne connaissait pas. Eren vit du coin de l'oeil Livai essayer de se traîner hors de son chemin et Mikasa continuait de les suivre tout en gardant une distance raisonnable avec Runsken.

-Sept jours ça devrait suffire, non ? C'est le maximum que je puisse t'offrir.

-De quoi tu parles ? s'exclama intérieurement Eren en continuant de surveiller les alentours. Son ravisseur avait cessé de reculer et il pouvait le voir chercher un passage entre la fournaise et la déesse dévastatrice. Il était encore loin des arbres enflammés, mais il pouvait sentir une douce chaleur sur sa nuque et dans son dos qui aurait pu être agréable dans d'autres circonstances.

-On va absorber son énergie Eren.

-À qui ? Runsken ?

-À Ymir.

Eren resta bouche-bée quelques secondes avant d'entendre les cris des blessés dans l'incapacité de s'enfuir se faisant piétiner.

-Ça va pas ?! C'est beaucoup trop d'énergie !

-Exactement. Une déesse de ce calibre devrait t'en fournir suffisamment pour revenir une semaine entière dans le temps.

-C'est possible ça ? demanda Eren avant de secouer la tête, Même si ce l'est, tu ne seras pas capable de supporter une telle charge !

Tout brûlait autour d'eux, et Eren eut du mal à entendre la réponse presque inaudible de Miya alors qu'une maison s'effondrait non loin d'eux dans une gerbe d'étincelles :

-... Je sais.

C'était comme si une chape de plomb venait de s'abattre sur ses épaules. Eren oublia tout un court instant. Il ne sentait plus ni la chaleur des flammes, ni la poigne de Runsken lui maintenant le bras dans le dos, ni le vacarme assourdissant dans lequel ils étaient plongés. Il ne comprenait pas, ne voulait pas comprendre ce que Miya insinuait.

-Quand tu seras revenu dans le temps, trouve Livai. Il faut absolument l'empêcher de participer à l'attaque sur Eldia.

-Miya…

"Elle arrive ! Restez pas là !"

Le bruit revint d'un coup, accompagné de la douleur et de l'odeur de bois qui brûle.

"N'approche pas !" cria Runsken à l'intention de la déesse et Eren retint un gémissement en sentant l'acier s'enfoncer dans la chair de son cou, "Si tu fais un pas de plus, je lui tranche la tête !"

-Livai a raison tu sais, les dieux et les démons n'ont plus leur place dans ce monde.

-Et donc c'est une raison pour te sacrifier ? s'insurgea Eren. Carla avait déjà offert sa vie pour lui, il ne voulait pas d'une seconde victime. Il ne voulait pas perdre à nouveau un être cher. Je t'en supplie, Miya, ne fais pas ça…

- A-t-on vraiment le choix ?

Ymir continua d'avancer inexorablement vers eux sans tenir compte de l'avertissement de Runsken ou peut-être était-elle tout simplement incapable de l'entendre.

-Si je ne fais rien, on y passe tous.

-Il doit bien rester un autre moyen !

-Je te propose une solution pour sauver Armin, Mikasa et tous les villageois ! Je t'offre un moyen de revoir Carla, bordel, pourquoi tu hésites ?

Eren déglutit.

-Non, je… je ne veux pas te perdre…

Runsken essaya de reculer en agitant son épée devant lui mais finit par abandonner et s'enfuit en poussant Eren contre le sol. Le jeune homme le regarda s'enfuir en direction des flammes, espérant sûrement y trouver une brèche non-existante, avant de reporter son attention sur la gigantesque déesse devant lui.

- C'est Eldia ou moi. J'ai fait mon choix Eren, et je sais que toi aussi alors arrête de tergiverser et bouge-toi.

Le jeune homme se releva avec difficulté, ramassant au passage l'épée d'un cadavre, et contempla la situation. Le village était détruit, la forêt baignait dans un halo rougeâtre et les corps parsemaient le sol. Le regard empli d'impuissance de Mikasa oscillait entre Ymir et lui et la déesse n'était désormais plus qu'à un pas de Livai qu'Eld était venu soutenir. Des dizaines de guerriers étaient piégés à ses côtés et attendaient avec angoisse que l'étau ne se referme sur eux, n'espérant plus qu'un miracle.

Et ce miracle, Eren était le seul à pouvoir l'apporter.

-Tout ce que tu as à faire c'est d'entrer en contact avec elle et dire mon nom. Je me charge du reste.

Eren inspira un grand coup, la peur et l'indécision lentement remplacées par la détermination.

-Ne meurs pas Eren. Je vais pas te mentir, ça risque de piquer un peu mais je vais essayer d'être rapide.

Le jeune homme hocha la tête et ferma les yeux, inspirant un grand coup avant de faire un pas vers Ymir. Puis deux. Puis trois. Il se débarrassa de l'épée qui le gênait et se mit à courir.

-Je suis désolé Miya.

Il avait fait son choix.

"Eren, qu'est-ce que tu fais ?!" s'écria Livai en le voyant foncer droit vers le danger.

"EREN !" lui parvint la voix de Mikasa, et il ne se retourna pas pour voir son visage déformé par la peur et l'incompréhension.

Faites-moi confiance. Faites-lui confiance, pensa-t-il alors qu'il n'était plus qu'à quelques mètres de la déesse ravageant tout sur son passage.

-Tends ta main vers elle et invoque-moi !

"EREN, NE FAIS PAS ÇA !"

"Miya !" cria-t-il alors que sa main entrait en contact avec la surface destructrice.

Il y eut un éclair, et tout fut noir.

o O o

Tout allait très vite. Des flots d'images défilaient, parfois ponctuées par des brides de conversation dans le plus grand désordre, et Eren mit du temps à se rendre compte que ces souvenirs n'étaient pas tous les siens. Il reconnaissait certaines scènes mais était sûr de n'avoir jamais vécu d'autres. Il se vit ravager une forêt. Il se sentait puissant. Il revit Ymir, mais cette fois il n'y avait pas de trace d'Eldia à proximité. Il vit des flammes, beaucoup plus impressionnantes que celles qui les avaient acculés. Il ressentit la douleur parcourant tout son être et cette faiblesse nouvelle.

"Ton mentor s'appellait Laena n'est-ce pas ?"

Eren reconnut le visage méfiant de Livai dans la pénombre avant que le souvenir ne bascule et tout à coup il ne voyait plus qu'une femme, une torche projetant sa faible lueur sur les parois de la grotte dans laquelle elle semblait s'être réfugiée.

"Comment tu sais ça ?"

Il pouvait sentir la mort guetter. Enfin, c'était peut-être sa chance ! Il se vit approcher, les yeux seulement à quelques centimètres du sol. La femme l'avait entendu et s'était saisi de l'épée à ses côtés, raffermissant sa prise sur le linge qu'elle tenait contre elle de son autre main.

"C'est toi Ymir ?"

"C'était la mère d'Eren".

Le visage incrédule de Livai resurgit un bref instant avant d'être à nouveau remplacé par la jeune femme à la mine épouvantable. Deux yeux dorés le fixait avec méfiance mais courage, une lueur de peur rapidement balayée.

Eren reconnut immédiatement la voix qu'il n'avait jamais entendu que dans sa tête.

"Houla non, moi c'est Yamiya".

Un autre souvenir apparut et Eren reconnut à nouveau Ymir. Elle avait posé un genou à terre et un de ses bras manquait. Il ressentit un étrange sentiment de satisfaction qui s'évanouit rapidement.

"Si tu ne fais rien il ne tiendra pas la nuit. Et toi je te donne à peine un mois. Il ne t'a pas loupé."

La grotte aux parois humides était de retour.

"Je n'ai pas le choix, n'est-ce pas ?"

Eren vit dans un court instant ce que la femme tenait dans ses bras : un bébé aux yeux verts.

"Tu connais le démon Ryugi ? Une vraie plaie si tu veux mon avis. Il a réussi à lui lancer une malédiction avant qu'elle ne l'achève. C'est à cause de lui que Laena est partie, pour sauver l'enfant qui grandissait dans son ventre…"

Livai inclina légèrement la tête.

"Je crois que je commence à comprendre…"

Des doigts faibles détachèrent un morceau de charbon de la paroi rocheuse, mais les gestes traçant les symboles au sol étaient fermes et assurés.

"J'accepte. Veille sur lui Yamiya. Je n'ai pas d'autre choix que de te faire confiance".

"On ne t'a jamais dit de ne pas faire confiance aux démons ?"

La femme sourit faiblement.

"Ce sera la première et la dernière fois."

Eren sentit l'excitation monter alors qu'il réalisait qu'il allait enfin pouvoir sortir de sa prison.

Tout accéléra d'un coup. Un hochement de tête déterminé. Un flash aveuglant. Puis le hurlement d'une femme.

"C'est moi qui l'ai tuée."

Et le noir à nouveau.

o O o

Ça finit avec la pluie. Une goutte, deux gouttes. La pluie et une séparation. C'est elle qui l'a réveillé.

Eren sursauta quand il sentit l'eau couler le long de ses joues.

Le ciel était noir de nuages, les feuilles des arbres vibrantes, secouées par le vent, l'écorce du bois dure contre son dos.

Il savait où il était : il reconnaissait cet arbre. Pendant un instant il crut que rien n'avait changé, que tout était exactement comme avant, que l'attaque n'avait été qu'un mauvais rêve. Que Miya allait se réveiller lui aussi.

Le tonnerre gronda au loin.

Il essaya d'appeler. Dans sa tête d'abord, puis à voix haute. D'obtenir une parole, un son, n'importe quel signe de vie de la part du démon qui avait vécu avec lui ces vingt dernières années, qui ne l'avait jamais quitté. Il cria jusqu'à en perdre la voix, mais seul le silence lui répondit.

Eren ferma les yeux, laissant la pluie ruisseler le long de son corps.

Miya n'était pas endormi quelque part en lui. Il n'allait pas se réveiller. Eren l'avait su dès qu'il avait repris connaissance, mais ne réalisait que maintenant que ce poids qu'il sentait peser dans sa poitrine s'appelait la solitude.

Eren tenta de sourire alors que les larmes continuaient de couler le long de son visage, se mêlant à la pluie. Ils avaient réussi. Il allait pouvoir sauver le village.

Et Yamiya n'était plus qu'une légende.