Bon... Disons que "rapidement" c'est pas trop ça. J'ai quasiment arrêter d'écrire pendant longtemps, d'où le temps exagéré que j'ai mis pour publier ce deuxième chapitre. Maintenant que j'ai décidé de m'y remettre sérieusement, j'espère pouvoir proposer un troisième chapitre dans des délais acceptables.

Comme je l'ai expliqué au début du premier chapitre, j'écris notamment pour m'entraîner je suis donc plus que preneur si vous avez des suggestions et/ou des critiques.

En espérant que vous apprécierez cette suite :)


~ 2 ~

Le Chemin de Traverse dégageait toujours cette sensation d'effervescence constante qui rappelait à Harry ses premières années dans le monde des sorciers. Pendant la guerre contre Voldemort, il était vrai que les nombreuses boutiques fermées et la méfiance qui se lisait sur les visages ne rendait pas le même effet d'heureux marché. Parcourant à nouveau cette rue qui avait été son premier contact avec le monde de la magie, Harry était rassuré de voir à nouveau les commerçants ouvrir aux aurores, prêts à faire face aux nombreux clients désireux d'acquérir une nouvelle plume ou le dernier chaudron.

S'il n'avait pas eu l'occasion de le constater de ses propres yeux, Harry avait reçu plusieurs rapports sur l'état d'allégresse qui avait suivi la chute des mages noirs. Le nouveau Ministère avait rapidement agi contre les règlements de compte qui survinrent à cette nouvelle. On accusait son voisin d'avoir aidé les mages noirs aussi rapidement que l'on coupait des légumes – ce qui avec une baguette magique est assez fulgurant. Les commissions d'enquête et de recherche avaient pris le relais, et les gens s'étaient finalement concentrés sur la célébration de la fin de cet âge sombre. Cela avait facilité la reprise du commerce et des relations sociales normales.

Harry n'était pas là pour s'émerveiller devant les nouveaux articles, et sa redécouverte du Chemin de Traverse était une excuse pour ne pas penser à la fille qui marchait en silence à côté de lui. Finalement, puisqu'il savait qu'il n'y échapperait pas, et parce qu'il avait fait face – en tout cas il espérait - à de pire dangers que celui-là, il se retourna vers Ginny.

- Belle journée, n'est-ce pas ? hésita Harry.

Ginny le foudroya du regard si intensément qui balbutia une excuse peu convaincante. Un peu honteuse, ou par pitié peut être, elle lui répondit, glaciale :

- Magnifique.

Le garçon se sentait écrasé par cette tension. Traquer les derniers mangemorts, il n'y a aucun problème. Mais discuter avec Ginny... Il n'avait pas oublié la puissance de ses sortilèges et espérait ne pas avoir à les subir. La conversation en elle-même l'inquiétait, mais son issue était encore plus effrayante. Il n'en avait que partiellement conscience, mais si cet entrevue tournait au désastre, il ne lui resterait plus rien. Vraiment plus rien. Même plus l'espoir.

- Arrêtons nous ici, ordonna Ginny.

Harry hocha de la tête en contemplant la devanture d'un étrange restaurant. Sur la pancarte, on pouvait lire en gros : « NE PROPOSE QUE DES ENTRÉES ET DES DESSERTS ». Cela tombait bien, le ventre du garçon était bien trop agité pour digérer un plat.

- J'ai beaucoup voyagé, répondit Harry en grignotant sa brioche. Le Ministère m'a envoyé dans de nombreux pays en tant que diplomate. J'ai fait ce que j'ai pu, mais je n'ai jamais été formé à graviter dans les salons politiques. Serrer des mains, remercier des gouvernements pour un soutien qu'il n'ont jamais proposé, accepter en souriant les critiques sur notre manière de gérer la crise,... Ce n'était vraiment pas évident, et puis quand je n'étais pas en déplacement, je devais travailler avec le nouveau Ministère. Kingsley m'a expliqué à quel point ma présence était nécessaire pour mettre en place de nouvelles institutions légitimes. Et puis il arrivait aussi que l'on m'attribue à une équipe d'aurors chargés de traquer les derniers mangemorts, même si je n'en possède pas la formation. Peu de temps libre et des horaires de travail difficiles en somme. Je suis content d'aider mais je dois avouer que j'ai souvent envisagé de les laisser se débrouiller tous seuls.

Ginny le regardait dans les yeux, sans que son regard ne s'adoucisse. Elle avait absorbé toutes ces informations et pris quelques instants pour les digérer, avant d'avancer avec un ton de reproche assumé :

-Tu veux dire qu'en neuf mois, tu n'as pas eu un seul jour de repos ? Je veux bien reconnaître que Kingsley ne lésine pas, on le devine quand on constate la rapidité avec laquelle tout s'est remis en place, mais il n'est pas un tyran.

Harry se gratta la tête, gêné.

- Eh bien... J'en ai effectivement eu un... Il y a trois mois... Mais...

- Un seul ! Bon un peu un tyran quand même, sourit-elle légèrement, avant de reprendre froidement. Et qu'en as-tu fais ?

Le garçon était hésitant, il avait honte de sa réponse.

- Ah... Oui... En réalité j'ai... Enfin disons que j'ai...

Devant les signes d'impatience de la jeune fille, Harry prit une grande inspiration et déclara :

- Je suis allé voir les Dursley.

Ginny ne dit rien. Elle ne bougea même pas. Seul son visage exprima son étonnement mêlé de méfiance devant cette annonce. Elle fronça les sourcils en regardant Harry, comme si elle ne pouvait croire qu'elle avait devant elle la personne qu'elle connaissait.

Rapidement, elle se reprit :

- Tu as préféré voir des gens qui te méprisent et que tu détestes alors qu'une maison pleine de personnes qui t'aiment et qui s'inquiètent pour toi t'était ouverte ?

Harry nia rapidement de la tête, espérant que la discussion ne déraperait pas à cause de ce jour de congé.

- Ce n'est pas ça. Il restent, malgré toutes les... toutes les horreurs, la dernière famille que je possède. Et depuis que je n'habite plus au 4 Privet Drive, ils se sont un peu... adouçis. Du moment que je ne parle pas de notre monde, tout...

Le sorcier s'interrompit, constatant le visage décomposé de Ginny qui faisait tristement tourner sa cuillère dans son verre vide.

- Que se passe-t-il ? Il demanda, inquiet. Je suis sincèrement désolé de ne pas être venu vous voir, mais avec Fred et...

- Tais-toi ! cria la fille. Tu n'as pas le droit, tu n'as simplement pas le droit de parler de mon frère, de te cacher derrière sa mort pour justifier ton égocentrisme. Je t'interdis d'utiliser cette excuse devant moi, alors que tu nous as abandonné !

Quelques clients retournèrent la tête en direction des deux jeunes gens, mais personne ne fit de remarque et rapidement ils se concentrèrent sur leur repas. Même si la guerre était fini, les dommages collatéraux étaient nombreux et ce genre de scène était monnaie courante.

Ginny, un peu essoufflée, ne s'arrêta pas pour autant :

- Et sérieusement ? Les Dursley sont ta famille ? Je pensais... Nous pensions que tu considérais notre famille comme la tienne. Et nous nous trompions, tu nous l'as bien fait comprendre ! Malgré les aventures, malgré la joie et l'amour, malgré l'accueil que tu as reçu au Terrier, tu ne nous envisages pas comme ta famille. C'est dommage Harry, vraiment dommage ! Je suis désolé que nous ne possédions pas cette place dans ton cœur, parce que nous t'avons accepté dans notre famille depuis bien longtemps ! Mes parents ont veillé sur toi comme sur leur propre fils, Ron et les autres garçons t'ont accepté comme leur frère et moi j'ai...

Les mots de la jeune fille s'étranglèrent dans sa gorge. Après un léger silence, elle reprit d'une voix un peu brisée et beaucoup plus basse :

- Et moi j'ai cru que tu reviendrais. Que tu serais là pour moi comme je l'ai été pour toi. Devant la nécessité de faire tomber Voldemort, j'ai accepté de te laisser partir, parce que je savais que tu cherchais à me protéger. Mais jamais je n'aurai cru que tu partirais sans rien dire après notre victoire. Il y a eu tellement de morts, tellement de tristesse et de désespoir, la seule chose qui m'importait c'était d'être entouré des gens que j'aime pour survivre à toute cette histoire. Et après un strict minimum de condoléances, tu t'es enfui avec Kingsley, et depuis il est presque impossible de prendre de tes nouvelles.

- Ginny... commença Harry

- Je n'ai pas fini ! Éclata la sorcière. Tant de fois j'ai commencé à t'écrire, et à chaque fois je finissais par ressentir de la colère devant ton silence. Je ne comprenais pas, et c'est pour moi toujours un mystère, comment tu pouvais rester si loin de nous. Nous avions besoin de toi. J'avais besoin de toi. Et tu en avais besoin aussi, on peut le voir sur ton visage. Tu n'as jamais eu aussi mauvaise mine.

Elle prit une bouchée de sa part de tarte à la citrouille pour se calmer. Harry, lui, avait du mal à réfléchir. Il n'avait jamais pensé à mal et avait préféré s'éloigner pour laisser aux Weasley le temps de faire leur deuil. Il avait oublié qu'il en était un lui-même, pas par le sang mais par le cœur. Et par son absence il avait bafoué ce lien.

- Reprends-toi, avait soudainement lâché Ginny en finissant son assiette et en se levant. Arrête de fuir les gens qui t'aiment et arrête surtout de t'infliger une telle punition. Personne ne te tient responsable, alors reprends-toi et continue de sauver le monde des sorciers, mais sans oublier ceux qui ont besoin de Harry, et pas de l'Élu.

En regardant Ginny sortir, il sentit une larme couler le long de sa joue. Il avait tout fait à l'envers. Après cette échange, il ne pouvait trouver aucune justification à ses actes. Il s'était trompé sur tout la ligne, et cela avait provoqué beaucoup de souffrances. Maintenant, il voulait tout annuler. Revenir en arrière. Ou au moins réparer ses erreurs. Il se prit même à imaginer le bonheur qu'il ressentirait en passant une soirée au Terrier, avec Ron et Hermione, les Weasley, et Ginny.

N'ayant pas de retourneur de temps sous la main, il savait que changer le passé serait impossible. Par contre il pouvait suivre le conseil de Ginny, et reprendre sa vie en main. Doucement, comme quelqu'un qui a peur de se blesser, il se leva, paya son repas et sortit. Il savait quoi faire.


Un chapitre axé sur le dialogue et moins sur la description, mais c'était nécessaire. On retrouve Harry totalement perdu. Il a clairement fait les mauvais choix à la fin de la guerre, mais cela me paraissait plutôt crédible : c'est une réaction que l'on rencontre dans la vie réelle également, et puis Harry sans ses amis ne fait pas toujours les meilleurs choix...

On part sur du moins sombre pour le chapitre 3, qui se passera au nouveau Ministère. On va aussi se concentrer sur les autres relations de Harry qu'il doit maintenant réparer, mais ne vous inquiétez pas Ginny ne sera pas oublié.

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