Santana n'arrivait pas à dormir.

D'ordinaire, après une journée comme celle qu'elle venait de passer, il lui fallait à peine dix minutes pour que Morphée ne vienne l'encercler de ses bras, mais elle avait beau tourner et retourner dans son lit, le sommeil ne venait pas aujourd'hui. Ça valait bien le coup d'avoir fait un cauchemar hier …

Elle avait tout essayé – avec et sans couette, la fenêtre ouverte, le masque et les boules Quies, et même le lait chaud qu'elle était descendue sur la pointe des pieds se faire à la cuisine, parceque personne ne devait savoir que Santana Lopez buvait du lait chaud pour bien dormir – mais pourtant rien.

Et maintenant, plusieurs choix s'offraient à elle ; rester regarder les lézardes au plafond, envoyer des textos à Puck, aller se coucher dans le lit de Britt, réveiller Q, ou sortir de sa chambre en laissant les autres dormir.

Elle se sentait d'humeur assez généreuse pour ne pas aller réveiller aucune des deux blondes, mais quand même pas assez pour ne pas allumer la lumière dans le couloir qui menait aux escaliers de l'aile est en sortant de sa chambre, ce que Rachel lui avait demandé à maintes reprises d'arrêter de faire. De toute façon, Berry allait se réveiller dans quelques heures pour aller inonder la salle de bain et faire ses vocalises sous la douche, alors autant avancer un peu son heure de réveil tant qu'on y était. Et puis si Santana n'était pas exilée loin de Britt et de Q dans son aile est, elle n'aurait pas besoin de faire le mur les nuits où elle n'arrivait pas à dormir. Foutue Sue, qui avait tout de suite repéré la fauteuse de troubles parmi les trois quand elles étaient arrivées au château, et qui l'avait exilée loin des deux blondes.

Elle avait l'habitude de franchir les quelques pas qui séparait sa chambre de l'aile ouest, mais aujourd'hui, elle préféra descendre les marches en bois du grand escalier, et sortir discrètement par la porte dérobée derrière un des piliers de marbre que Puck avait découverte il y a des mois. Elle donnait directement sur un ancien couloir de service qui ne servait plus depuis des décennies à en juger les toiles d'araignées et les couches crasseuses de poussières accumulées, et quelques mètres après, Santana était dehors.

Les jardins de l'école étaient beaux, la nuit. Les quelques réverbères du parc éclairaient juste assez les grandes étendues d'herbe verte pour qu'on y puisse s'y promener, et Santana y sortait souvent les nuits où un cauchemar la tenait debout, et où elle ne voulait réveiller personne d'autre.

Bien sûr, personne ne l'avait jamais vu en train de se promener comme une petite grand-mère dans les allées du parc, et elle aurait sûrement trouvé une excuse bidon si on l'y avait surpris, mais elle adorait ça.

Il y avait quelque chose de rassurant à se balader dans les allées vides, à regarder la rosée perler au bout des brins d'herbe et à se poser sous ces grands pins dont seul le vent pouvait atteindre les cimes. Seul le vent, et l'ombre qu'elle venait d'apercevoir.

Merde, elle ne venait pas de rêver. Une ombre était dehors, à voler au-dessus d'elle, presque d'arbre en arbre, et venait tout juste de s'agripper au sommet d'un des plus grands pins du jardin.

Un vent de panique l'envahit d'un seul coup – le labo. Ils l'avaient retrouvée, ils allaient la récupérer et il allait remettre la main sur elle. Elle pouvait déjà sentir la chaleur familière se répandre depuis les paumes de ses mains jusque dans ses bras, et elle était déjà prête à étendre son bras vers le haut de l'arbre pour l'embraser, quand l'ombre vola à nouveau pour aller cette fois-ci descendre un peu plus bas sur son tronc, la tête en bas, et dévoiler son visage.

Le nouvel élève.

Elle replia aussitôt ses doigts sur ses paumes pour couper l'élan de brûlure, et freiner la rage qui s'emparait toujours d'elle quand elle se préparait à lancer des flammes.

Sam – tiens, elle avait retenu son prénom – Sam l'avait aperçu, et depuis le haut de son arbre, elle pouvait voir qu'il lui souriait.

Abruti.

Sam étendit ses grandes ailes et atterrit doucement au sol à quelques mètres d'elle. Il était torse nu, et visiblement avait volé assez longtemps, à croire l'état de ses cheveux et le rouge de ses joues que laissait apercevoir la faible lumière du réverbère le plus proche.

« Qu'est-ce que tu fous dehors, putain ? »

Elle n'allait certainement pas lui avouer qu'il lui avait fichu une trouille bleue, même si à voir son expression intriguée, il l'avait sûrement devinée. Elle avait encore les pupilles rouges, elle le savait. C'est ce qui mettait toujours le plus de temps à disparaitre.

« Je voulais juste détendre mes ailes » répondit Sam d'un ton calme, comme si elle ne le dévisageait toujours pas furieusement avec ses yeux écarlates « Et toi tu dors pas ? »

Santana poussa un ricanement.

« Sans blague, Sherlock. »

Elle ne rajouta rien, et alla s'adosser contre l'arbre duquel il venait de descendre.

Sam avait l'air de vouloir lui demander pourquoi ses yeux étaient rouges, et pourquoi elle était là, et tout un tas d'autres questions auxquelles elle n'aurait jamais répondu de toute façon, mais au lieu de ça, il se contenta de replier ses ailes contre son dos, et d'aller s'asseoir à côté d'elle contre le tronc d'arbre.

Santana le regarda faire d'un air dédaigneux, et quand sa seule réponse fut un autre de ses sourires bon enfant, elle tourna la tête loin de lui, les yeux rivés vers le château en face d'eux. Il allait la lâcher ou quoi ?

Aucun des deux ne dit rien pendant un instant, et Santana se demanda même si Sam s'était endormi, quand le garçon à côté d'elle parla d'une voix tranquille.

« Quand j'étais petit, j'attendais que la maison soit complètement endormie pour sortir par la fenêtre, et aller voler »

« Qu'est-ce que ça peut me foutre ? » grogna Santana, et Sam sourit avant de continuer

« La nuit, personne pouvait me voir voler, et je pouvais aller toucher la cime des arbre sans craindre de me faire arrêter par la Milice. »

« Passionnant. »

« Personne pouvait me voir pleurer non plus »

Santana ne dit rien, et tourna la tête loin de lui. Sam ne savait rien.

« La nuit, je pouvais être moi. Il y avait pas de Milice, et pas de Traque, juste mes ailes et le ciel »

Wow, il avait vraiment envie de parler apparemment.

« Ça fera cent balles pour la consultation de psy gratos, Trouty » lança Santana

« Trouty ? »

« On t'a jamais dit que t'avais une bouche de mérou, Trouty Mouth ? »

Sam regarda Santana un instant avec des yeux ronds, et éclata de rire d'un coup. La brune ne s'y attendait pas, et le regarda avec un air dépité. Il rigolait quand on l'insultait, celui-là. Complètement gelé.

« Si tu pouvais arrête de ricaner dans mon oreille, Trouty, ça m'arrangerait » gronda elle

Sam arrêta de rire, et tourna la tête vers elle, l'œil brillant.

« Je peux te demander quelque chose ? »

« Non »

« Pourquoi tu te sers pas de tes pouvoirs pour allumer une flamme et voir dans la nuit ? »

« Pourquoi tu te sers pas de tes ailes de piaf pour voler loin de moi ? »

Sam sourit à nouveau.

« Je suis bien où je suis. »

Santana poussa un grognement, et laissa retomber son dos contre le tronc de l'arbre. Sam l'énervait grandement, et pourtant, elle n'avait pas vraiment envie de partir. Peut-être parcequ'elle était arrivée avant, et que si Sam avait été correctement éduqué par ses parents, il aurait su que c'était à lui de partir.

« J'ai répondu à ta question, tu vas répondre à la mienne ? »

La latina lui lança un regard noir, et pointa vers le réverbère le plus proche.

« Les lumières du parc suffisent. Imbécile. »

Sam sourit à nouveau, et Santana regretta immédiatement de lui avoir donné satisfaction en répondant à sa question.

« Il est beau le parc la nuit, pas vrai ? Ça me rappelle les grandes étendues d'herbe près de chez moi » lança Sam d'un drôle de ton mélancolique « Il y avait des forêts aussi, remplies de pins comme ceux qu'il y a ici »

Et maintenant, il lui causait botanique. Tout pour plaire décidemment.

« Trouty, je t'interromps tout de suite, tu peux aller carrer tes pins au chaud à l'endroit où le soleil ne brille pas pour ce que j'en ai à foutre, tu comprends ? » grogna Santana en se relevant « Sur ce je me tire avant que quelqu'un arrive et croie que je suis en train de te parler »

Sam leva la tête vers elle, et put voir que le reflet de ses pupilles brillaient encore légèrement d'une couleur rougeâtre. Elle détourna la tête avant qu'il ait vraiment pu les observer, et ne rajouta rien d'autre avant de s'éloigner de l'arbre, et de lui.

« J'ai été ravi de discuter avec toi, Santana ! » appela Sam au loin.

Santana ne jugea même pas digne de se retourner pour lui faire un geste obscène de la main, et Sam la regarda disparaître dans la nuit en souriant. Cette fille était décidément un cas à part.

Depuis les trois jours qu'il était arrivé à Mc Kinley, Sam avait réussi à cerner à peu près tous les autres élèves, mais Santana restait un mystère complet. Elle n'avait rien laissé transparaître, rien montré, et d'ailleurs ne lui avait pas dit grand-chose depuis son arrivée, mais Sam ne s'en était pas formalisé. Il aurait tout le temps pour la connaitre plus tard – si il arrivait à l'approcher.

En attendant, il essayait de se fondre dans le groupe déjà formé comme il le pouvait, et d'en apprendre le plus possible sur les autres. Il était facile de se connaitre avec une petite classe, et au bout de deux jours, il connaissait peut-être déjà plus d'histoires sur l'enfance de Rachel que sur la sienne, la petite brune étant comme Puck l'avait élégamment présenté ravie de trouver une nouvelle victime qui n'ait pas entendu mille fois ses histoires.

Puck était son ami le plus proche de l'école, même si l'appeler ami après trois jours à le connaitre seulement était peut-être un peu précoce. En tous cas, Puck laissait toujours la place à côté de lui libre pendant les repas ou les cours, et Sam avait pris ça comme un signe d'amitié.

Mike aussi avait été sympa avec lui, et Finn pareil, même si le grand gaillard avait de drôle de manière de vouloir être un tout petit trop amical, avec tout le monde.

Artie et lui avaient parlé de comics et de rappeurs pendant deux bonnes heures au dîner hier soir, et Sam trouvait Kurt absolument génial.

Quant aux filles, elles l'avaient toutes accueillies à leur manière, et il en avait appris sur chacune d'entre elle. Il aimait beaucoup Mercedes, qui le faisait beaucoup rire et avait toujours quelque chose à lui dire.

Tina ne parlait pas beaucoup mais le peu qu'il avait échangé avec elle lui avait bien plu, et Brittany avait décrété qu'ils étaient frères et sœurs jumeaux de coupe de cheveux, et donc qu'ils allaient forcément bien s'entendre. Même si la logique était un peu étrange, elle avait eu raison, ils s'entendaient sur tout – mêmes goûts musicaux, même envie d'apprendre le na'vi pour en faire une langue internationale, même passion pour Britney Spears. Brittany était déjà l'une des filles dont il était le plus proche ici.

Et Quinn … Sam avait essayé de de parler à Quinn, une, deux, quinze fois, mais la blonde passait toute la journée avec Brittany et Santana - le Unholy Trinity comme les appelaient les autres – et c'était à se demander si elles se séparaient de temps en temps.

Oui, il était capable de dire un truc sur chacun d'entre eux, même sur Mr Shue, sur tout le monde sauf sur Santana, qui ne lui adressait la parole que pour lui dire de dégager de sa place ou pour lui conseiller de mettre des barrettes dans ses mèches. La conversation qu'il venait d'avoir avec elle était sans aucun doute la plus longue qu'ils aient eu tous les deux, et peut-être qu'ils n'auraient jamais.

Sam se laissa retomber contre le tronc de l'arbre, et poussa un long soupir. Il n'avait rien à se reprocher – il avait tenté de se rapprocher de tout le monde depuis son arrivée à McKinely, et si Santana ne voulait pas de son amitié … Qu'est-ce qu'il y pouvait ?

Il avait des regrets plus forts que de ne pas réussir à se faire apprécier de la latina. Comme par exemple le fait que quatre jours auparavant, il avait décidé de partir loin de tous ceux qu'il aimait sans les prévenir pour venir au manoir.


Il devait partir. Depuis la visite du professeur Holliday, il avait tourné le problème dans tous les sens, et n'avait pas trouvé d'autre solutions qu'accepter sa proposition. Partir à McKinley, et laisser derrière lui sa famille et sa vie passée.

Alors Sam avait rassemblé ses maigres affaires, préparé son sac à dos, et écrit une lettre à ses parents pour leur expliquer son choix. Ils ne comprendraient pas, il le savait. S'il avait discuté avec eux, ils l'auraient supplié de rester avec eux, et l'auraient convaincu qu'il pourrait rester cacher comme il l'avait fait toute sa vie. Mais les mutants étaient plus que jamais traqués par la Milice, et il ne mettrait jamais volontairement sa famille en danger.

Il venait juste de déposer la lettre d'adieu sur son bureau, et s'apprêtait à enjamber sa fenêtre quand la petite voix depuis le pas de sa porte l'en avait empêché.

« Sammy ? »

Sam avait sursauté, surpris, et avait évité de peu de tomber complètement en arrière et de subir une chute violente, ce que ses ailes auraient heureusement empêchés.

« Stevie, tu dors pas mon grand ? »

« Tu vas où Sammy ? »

Sam baissa les yeux vers son sac plein à ses pieds, puis vers son petit frère, qui le regardait avec de grands yeux endormis.

« Mmh … viens on va aller se recoucher »

Le petit garçon accepta la main de son grand frère dans la sienne sans protester, et Sam l'entraîna vers sa chambre, où Stacey dormait profondément dans le lit jumeau superposé en-dessous du sien.

« Aller hop ! » sourit Sam en prenant son petit frère dans ses bras pour le déposer dans son lit.

« Sammy ? » bailla le petit garçon

« Oui, Stevie »

« Demain, on ira voir les canards ? »

Sam arrêta un instant de border son petit frère pour le regarder. Le petit blond le regardait avec de petits yeux mi-clos plein d'espoir, et Sam soupira doucement.

« Oui, on ira »

« Et on leur donnera à manger ? »

Sam sourit.

« Si tu te rendors vite, et que t'es sage demain »

« D'accord ! »

Sam se pencha vers son petit frère pour embrasser son front, et s'abaissa vers le lit du dessous pour rabattre la jambe de Stacey sous sa couverture, et la reborder correctement.

« Bonne nuit Sammy » soupira une dernière fois son petit frère alors qu'il était arrivé au pas de la porte.

« Bonne nuit, Stevie »

Sam regarda une dernière fois son petit frère et sa petite sœur, paisiblement endormis dans leur lit, et prit soin d'enregistrer chaque détail de l'image sous ses yeux.

C'était la dernière fois qu'il les voyait.

Sam ferma doucement la porte de leur chambre, et s'éloigna à pas de loup dans le couloir. La maison était silencieuse, et il n'y avait pas un bruit quand il passa devant la porte fermée de ses parents. Il faillit s'arrêter, et retourner sur ses pas pour aller toquer contre leur porte, les voir, leur parler une dernière fois mais il ne le fit pas.

Il jeta son sac sur son épaule, et ouvrit la fenêtre pour sauter à travers. Ses grandes ailes le portèrent sans problème jusqu'au sol, et il se retourna une dernière fois vers la maison où il avait grandi. Une photo d'eux tous les cinq dans la poche, c'est tout ce qu'il avait désormais comme souvenir de sa famille.

Sam se releva, et s'éloigna à grands pas en direction de McKinley.


Le jour était presque levé maintenant, mais Sam était toujours adossé à son arbre, les yeux tournés vers la grande étendue d'herbe devant lui. Sa maison lui manquait.

Sa famille lui manquait, et ça ne faisait même pas une semaine qu'il était parti. Et pourtant, Sam ne regrettait pas. Il avait fait le bon choix, il le savait maintenant.

Le soleil commençait à briller, et bien qu'il n'ait pas dormi de la nuit, Sam ne se sentait pas fatigué. Il se redressa et leva les épaules pour étirer ses bras, puis ses ailes, et se dirigea d'un pas assuré vers l'école sans savoir qu'à quelques pas de lui, Santana était adossée dans l'ombre du mur et le regardait s'éloigner.

Quand elle fut seule, Santana tira une cigarette de sa poche arrière, et claqua des doigts pour faire apparaître une flamme. Si elle se dépêchait, elle pourrait avoir le temps de changer ses habits avant que Brittany ne puisse sentir l'odeur de cigarette sur elle, et lui faire la tête toute la journée. Elle détestait décevoir Britt.

Elle souffla un rond de fumée, et leva les yeux vers les fenêtres encore fermées de leurs volets. Son portable vibra dans sa poche avant qu'elle ne puisse prendre une autre bouffée de sa cigarette, et après avoir lu le message qui venait de s'afficher sur l'écran, elle écrasa le mégot au sol avant de retourner vers l'école.


« Entrez, entrez ! » sourit le professeur Shuester en ouvrant la porte de sa salle de cours « Comment vous allez aujourd'hui ? »

« Bien » sourit Mercedes en rentrant avec Artie

« Mike ! Comment tu vas ? »

Mike hocha de la tête d'un air gêné et rentra vite dans la salle en tirant Tina derrière lui.

« Et toi Sam, ça va ? » sourit monsieur Shuester de toutes ses dents

« Euh oui, Monsieur Shue, ça va » dit Sam en fronçant légèrement des sourcils

« Il est sous ecstasy ou quoi ? » grogna Santana derrière lui « Avance, Loverboy ! »

Le petit coup de genou discret que Sam reçut dans le bas du dos le fit avancer sans protester, et les trois filles qui le suivaient allèrent tout de suite s'assoir au dernier rang.

« Il est tout joyeux je le sens » chuchota Artie tout bas « C'est extrêmement bizarre, on dirait qu'il vient de gagner au loto »

« Vous êtes de bonne humeur, Monsieur Shue » sourit Kurt « Vous avez reçu une bonne nouvelle peut-être ? »

« Juste un check-up de vos autres professeurs que tout se déroule bien pour les Titans »

« Quand est-ce qu'on reprend les entraînements, Monsieur Shue ? » demanda Mike

« Ouais » rajouta Puck en tombant dans la chaise à côté de Finn « Puckito a besoin d'exercice, M'sieur Shue »

« Quand Sue et les Titans seront rentrés » répondit le professeur en se tournant vers le tableau noir

« Et pourquoi vous nous ouvrez pas le cinquième étage en attendant ? » lança Santana depuis le fond de la salle « On commence à s'engourdir à rien foutre de nos journées là »

« Vous savez parfaitement que Sue laisse le cinquième étage fermé quand elle n'est pas là, tout comme le gymnase » répondit Monsieur Shue, qui avait toujours le dos tourné à ses élèves « D'autres questions avant qu'on commence ? »

Sam voulait demander ce qui se passait avec les « Titans », et ce qui exactement se passait au niveau du cinquième étage, mais jugea qu'il poserait toutes ses questions aux autres à la fin du cours.

« Qu'est-ce qu'on fait de beau aujourd'hui, monsieur Shuester ? » demanda Mercedes

« Et bien un peu de trigonométrie en maths, et on va commencer la révolution Russe en histoire »

« Génial » grogna Puck en lançant son sac au sol « Les gars vous me réveillez quand on commence la Mutation ? »

« Puck … »

« Mais monsieur Shuester, vous n'êtes pas professeur de mathématiques ! » intervint tout de suite Rachel « Est-ce que vous sûr d'être assez qualifié pour nous enseigner un cours aussi capital que la trigonométrie ? »

« Oui Rachel » souffla Mr Shuester, d'un air pas franchement ravi d'être remis en question pas une de ses élèves « Et si vraiment vous jugez mon niveau trop inférieur, Artie me donnera un coup de main, pas vrai Artie ? »

« Bien sûr Mr Shue » sourit Artie

« Alors on est partis ! »

Deux heures atrocement longues de trigonométrie et une heure et demi de révolution Russe plus tard, alors qu'il avait presque assassiné tous ses élèves sauf quelques-uns d'ennui, monsieur Shuester déclara enfin qu'on allait passer au cours de mutation avant le déjeuner, et demanda qu'on réveille Finn qui s'était endormi.

« Bien, aujourd'hui on va parler des origines de la mutation » dit Mr Shuester « Vous n'êtes pas sans savoir que certains mutants naissent avec leur pouvoir, alors que d'autre les développent plus tard. Pour ma part, je n'étais pas un bébé télépathique, comme vous pouvez vous en doutez, et ma capacité de lire et d'envoyer des messages aux esprits des gens autour de moi est venu plus tard dans ma vie »

« Dommage, ça aurait été pratique pour prévenir votre Maman d'un remplissage de couche » dit Brittany

« Ou pour détecter les moments où vous enmerdez les gens » murmura Santana « Comme maintenant quoi »

« A quel âge c'est venu, Mr Shue ? » demanda Kurt

« Vers mes dix ans, si je me souviens bien » sourit leur professeur « J'ai deviné que ma professeur de l'époque voulait nous poser un contrôle surprise avant qu'elle ne le dise, parceque j'avais lu son esprit »

Santana poussa un soupir désolé alors que Puck murmurait quelque chose qui ressemblait beaucoup à loser, et monsieur Shuester poursuivit.

« Bien, qui peut nous dire qu'il est né avec ses pouvoirs ? »

Sam leva la main immédiatement, suivi de Finn et de quelques autres beaucoup moins passionnés.

« Sam ? » demanda le professeur Shuester

« Je suis né avec mes ailes, qui étaient toutes petites bien sûr » dit Sam « Elles ont grandi avec moi, un peu comme mes autres membres »

« En parlant de membre … » commença Puck, mais la blonde à côté de lui l'interrompit avant qu'il est pu développer sa réflexion graveleuse

« Comme des ailes de poussin ! » lance Britt

« Un peu comme des ailes de poussin » sourit Sam

« Attend, ta mère t'a accouché avec tes ailes ? » demande Puck « Comment t'es passé à travers son … »

« On se passe des détails, merci Noah » dit Kurt

« Si sa bouche de géant a réussi à passer, le reste a dû glisser comme dans du beurre » ricane Santana

« Crasseux, San » dit Quinn

« On peut parler d'autre chose ? » demanda Sam, qui était devenu aussi blanc que ses ailes

« Pourquoi ? » demanda Santana

« Laisse le tranquille » dit Quinn à son amie sans même se retourner vers elle.

La remarque ne plut pas à Santana, qui ronchonna quelque chose tout bas, mais Sam ne l'écoutait pas. C'était bien la première fois qu'il entendait Quinn reprendre Santana sur quoique ce soit, et ça avait été pour le défendre lui. C'était bête, et ce n'était pas grand-chose, mais l'espace d'un instant, Sam sentit son cœur s'emballer dans sa poitrine. Heureusement pour lui, il était en cours, et l'excitation retomba vite.

« Finn ? » lança le professeur Shuester vers le grand adolescent

« Moi aussi je suis né comme ça » sourit Finn

« Sans blague » ricana Santana depuis le fond de la classe

« Ma mutation s'est développé tôt … Mon père avait la même que moi, à ce qu'il parait » poursuivit Finn

« A ce qu'il parait ? » demanda Sam

« Je l'ai pas connu » répondit Finn en haussant des épaules « Je sais juste que ma mère était toute seule pour s'occuper d'un bébé mutant qui était trente fois plus fort qu'elle »

« Elle a eu bien du courage » lança Kurt derrière lui

« C'est vrai » sourit naïvement Finn

« Faut le faire, pour élever Gigantor » lança Santana

Finn se retourna pour lui envoyer un regard noir, mais Santana répondit d'un simple haussement de sourcils complètement désintéressé, et reporta son attention sur ses ongles, et le pot de vernis sur sa table.

« Qui d'autre est né avec ses pouvoirs ? Mercedes ? »

« Si c'est le cas, je m'en suis pas rendue compte avant un moment » répondit Mercedes « J'ai guéri ma première blessure vers mes huit ans »

« Tina ? »

Tina nia de la tête sans rien dire.

« Santana ? »

Santana releva la tête vers son professeur d'un air de le défier de lui poser à nouveau la question, et Sam, qui regardait vers elle à ce moment, aperçut une étrange lueur rouge briller dans ses yeux. Monsieur Shuester dut le voir aussi, puisqu'il détourna vite la tête de Santana et la reporta sur l'ensemble de sa classe.

« Vous aurez donc compris que certains mutants naissent directement avec leur pouvoir, et avec la capacité de l'utiliser immédiatement. Finn par exemple a su devenir un bébé métal avant de savoir marcher, et Sam est né avec ses ailes - c'est ce qu'on appelle des mutations innées. »

Finn sourit tout grand et se retourna vers Sam pour tendre vers lui sa main ouverte.

« Team mutation innée ! »

Sam rit et alla taper dans la main du grand brun.

« Team connerie innée, ouais » chuchota Santana derrière eux

« Mais attention, ne pas avoir démontré une capacité de guérison pour Mercedes, par exemple, ne veut pas dire qu'elle est née sans, mais qu'elle n'a juste pas eu l'occasion de démontrer qu'elle en possédait l'habilité. Vu le jeune âge auquel son pouvoir est apparu, on peut penser qu'elle est née avec sa mutation, comme la majorité d'entre vous, et que celle-ci s'est développée un peu plus tard, ou n'a juste pas été établie avant un certain temps »

« C'est une mutation innée aussi alors ? » demanda Quinn

« Dans le cas de Mercedes, je dirai oui » dit Mr Shuester « Mais il arrive certains cas un peu plus rares, où un enfant nait sans pouvoir, sans mutation apparente, et grandit normalement jusqu'à ce qu'un évènement particulier fasse apparaître la mutation qui est en lui. C'est ce qu'on appelle une mutation silencieuse – c'est-à-dire que sans l'élément déclencheur, sa mutation serait restée invisible »

« Je comprends pas, Mr Shue » dit Finn « Ça veut dire qu'il y a des gens qui ne savent pas qu'ils sont mutants ? »

« C'est exactement ce que ça veut dire » hocha de la tête le professeur Shuester

« Mais comment ça marche ? » insista le grand garçon

Mr Shuester s'arrêta de tourner autour des tables de ses élèves, et tourna la tête vers le premier rang, son regard visiblement porté sur l'un des élèves qui y était assis.

Sam ne savait pas bien qui il visait réellement, puisqu'ils étaient quatre au premier rang, mais quand Artie poussa un léger soupir, et hocha de la tête, il comprit tout de suite de qui leur professeur attendait une confirmation silencieuse.

« Artie » dit Monsieur Shuester d'une voix beaucoup plus douce que celle qu'il utilisait en cours « Si tu veux bien nous raconter ton histoire »

Artie tourna son fauteuil vers les autres élèves, et remonta nerveusement ses lunettes sur son nez avant de commencer à parler.

« J'ai grandi à Cincinnati, dans le sud de l'Ohio avec mes parents avant qu'on déménage à Lima, sans frère et sœur, et j'avais une vie banale. J'étais un petit garçon normal, sans pouvoir spéciaux, sans histoire » dit-il doucement « L'année de mes huit ans, ma mère et moi avons eu un accident de voiture – un type a brûlé un feu rouge et nous est rentré dedans, du côté passager où j'étais. Ma mère s'en est sortie sans problème, mais moi … moi j'ai perdu l'usage de mes jambes. »

Artie fit une petite pause dans son histoire, et Tina à côté de lui posa une main sur son épaule, comme pour l'encourager à parler.

« J'ai dû passer beaucoup de temps à l'hôpital après l'accident, et c'est pendant mes premières séances de rééducation que c'est apparu. Je commençais à pouvoir ressentir ce que les gens pensaient – la pitié des infirmiers, la tristesse de mes parents, je pouvais le sentir comme si ça venait de moi. Au début j'ai eu peur, j'ai cru que j'étais devenu complètement fou à cause de l'accident, et puis je me suis rendu compte que je pouvais ressentir les émotions de tous les gens que je croisais, sans qu'ils le sachent »

« Merci Artie » sourit Mr Shuester « L'histoire d'Artie illustre particulièrement bien ce qu'est une mutation silencieuse. Sa mutation a toujours été là, en lui, mais il a fallu un évènement traumatisant pour la mettre en activation, si je peux dire. »

« Et vous, vous êtes une mutation silencieuse Mr Shue ? » demanda Mercedes

« Et oui, je suis né aussi en mutation silencieuse, et mon élément déclencheur à moi a été tout simplement le stress d'avoir un contrôle surprise que je n'aurai pas préparé » répondit Mr Shuester « Il faut comprendre que l'élément déclencheur peut-être très différent selon les gens, et n'est pas forcément du à un traumatisme, mais juste à une émotion forte ou quelque chose de marquant »

« Attendez, vous avez révélé votre mutation parceque vous aviez peur d'avoir un zéro ? » demanda Puck

« L'épitome de l'intello, quoi »

Monsieur Shuester haussa des épaules dans un petit sourire, et tous ses élèves se lancèrent des regards amusés.

« Alors il y a des gens dans la Milice qui sont mutants et qui le savent pas ? » demanda Mike

« C'est tout à fait probable, oui » répondit Monsieur Shuester « Une mutation silencieuse peut se déclarer à n'importe quel âge, même bien après soixante ans »

« Wow, imaginez un Papi de quatre-vingt balais découvrir qu'il est capable de fuser le métal ou d'être ultra élastique » rit Puck « Le kiff ! »

« Pas sûr que l'élasticité puisse vraiment être utile pour un papi » répondit Brittany

« La rigidité sûrement plus » rajouta Santana

« Dégoûtant, Satan » dit Kurt depuis l'autre bout de la classe

« A quoi ça nous sert de savoir tout ça, Mr Shue ? » demanda Mike

« C'est un cours de génétique que vous nous faites » surenchérit Rachel

« Exactement, et c'est tout le cœur du problème. » répondit Monsieur Shuester « Vous savez que la Milice traque les jeunes mutants, mais ceux qu'ils attrapent font pour la plupart du temps partie du groupe des mutations innées. Il existe dans la population des mutations silencieuses, soit des gens qui ne sont pas au courant qu'ils sont mutants – et la Milice met tout en place pour les trouver eux. La Traque est plus dure pour eux, bien plus dure, parceque la Milice est terrifiée de trouver des mutants parmi ses rangs. »

« Et s'ils en trouvent ? » demanda Sam

Il eut un soudain un silence pesant dans la salle, et plus personne n'osait se regarder dans les yeux. Sam eut l'impression d'avoir posé une bombe. Monsieur Shuester soupira, et parut prendre le temps de réfléchir posément avant de répondre.

« On ne sait pas vraiment ce qui arrive aux mutants attrapés par la Milice, Sam. On sait juste qu'ils sont embarqués dans des centres, et après … on ne sait pas ce qu'ils deviennent. Ils ne retournent pas dans leur famille en tous cas »

« Est-ce qu'ils les … exécutent ? » osa demander Sam, les yeux fixés sur la cravate de son professeur pour éviter de croiser son regard

« C'est possible » dit lentement Mr Shue « C'est possible, oui. »

« Mais pourquoi personne ne fait rien ? Pourquoi personne ne les en empêche ? »

« Parceque les gens ont peur des mutants, Sam »

Sam fronça des sourcils mais ne rajouta rien. Devant lui, Rachel venait de lever la main pour poser une autre question mais il ne l'entendit pas. Il ne pouvait pas oublier ce que Mr Shue leur avait dit.

Les gens ont peur des mutants.

Il pouvait à peine sentir ses ailes dans son dos et pourtant, elles ne lui avaient jamais parues aussi lourdes.