« Ca va faire un peu mal, Santana, mais c'est pour ton bien »

Des larmes dévalaient ses joues, mais les liens qui attachaient ses poignets pour la maintenir assise l'empêchaient de lutter, et elle n'aurait pas pu faire grand-chose pour se libérer de toute façon.

Elle n'était qu'une enfant, et tous ces adultes autour d'elle obéissaient aveuglément à l'homme au costume noir. Tout comme elle.

Elle ne protesta pas quand l'aiguille lui rentra dans la peau, muette par la peur et l'obéissance. L'assistant en blouse blanche s'éloigna vite d'elle, comme si elle était contagieuse, et aussitôt sa voix résonna derrière la vitre.

« Cette fois-ci ça va marcher, tu vas voir »

Elle hocha de la tête, sans rien dire. Elle n'avait jamais protesté, et ce n'était pas aujourd'hui qu'elle commencerait.

« Ouvre ta paume »

Elle tendit lentement les doigts et tourna sa paume vers lui.

« Vas-y »

Elle dut froncer les sourcils, et se concentrer très fortement pour faire apparaître une faible flamme jaune, qui disparut presque aussi vite qu'elle avait été créée.

« Pigmentation irienne quasi absente. Flamme éteinte sans replier le poing. Chaleur corporelle sous la température critique supérieure. » énonça il vers ses assistants, qui prenaient des notes furieusement derrière lui.

« Tu vois, il y en a déjà beaucoup moins » dit-il dans on son micro, dans ce qu'elle pouvait imaginer être un sourire « L'injection a marché. Bientôt, tu seras débarrassée de ça, tu m'entends ? Tu seras normale, comme ta mère, comme moi. »

Elle hocha la tête, et rebaissa les yeux vers ses mains, qui lui semblaient à peine tiède. Alors que la voix dans le micro jetait maintenant des ordres aux assistants en blouse blanche, elle se demanda si la prochaine fois, il viendrait lui faire la piqûre lui-même.


Santana ne se redressa pas dans son lit comme à son habitude, cette fois-ci. Elle avait chaud, beaucoup trop chaud et des flammes de feu semblaient lécher ses paumes et remonter le long de ses avant-bras jusqu'à ses coudes.

Le cauchemar l'avait bien réveillée, mais un poids contre la moitié gauche de son corps l'empêchait complètement de bouger d'un millimètre, et une fois que ses yeux furent assez accommodés à l'obscurité pour qu'elle puisse distinguer les formes, elle devina tout de suite pourquoi.

Elle était dans le lit de Britt. Avec Britt. Avec Britt, qui avait le nez plongé dans son cou et ne portait aucun pyjama, à en croire la peau nue du dos qu'elle pouvait sentir sous ses doigts.

Santana se serait claquée si elle avait pu.

Des souvenirs de la soirée de la veille lui revenaient par bribes, et elle se doutait bien de ce qu'il s'était passé. Elle avait craqué dans un moment de faiblesse, complètement inhibée par l'alcool. Elle avait bu à cause de l'annonce foudroyante d'Holly, bien plus que de raison, et voilà le résultat.

Les regrets brûlaient son ventre aussi ardemment que le feu dévorait ses mains, et elle dut fermer les yeux pour tenter de se calmer. Ce n'était pas le moment d'embraser la chambre par colère.

Il y eut un petit mouvement à côté d'elle, et elle ouvrit à nouveau les yeux pour jeter un coup d'œil à la forme endormie sur sa gauche. Dans son sommeil, Britt avait passé un bras autour de son ventre pour la serrer contre elle et Santana ferma les yeux en retenant un sanglot dans sa gorge.

Elle ne voulait pas de ça, de cette … relation. Elle ne voulait pas de cette attirance que l'alcool trahissait hors de sa cachette, et à laquelle la blonde répondait toujours avec enthousiasme. Elle ne voulait pas de l'envie, du plaisir, des émotions qu'elle ressentait toujours avant, et après. Elle n'en voulait pas plus qu'elle n'avait désiré le rouge de ses yeux et le feu dans ses veines.

Elle voulait être normale. Normale. Pas de flammes qui sortaient de ses paumes, pas d'école pour mutants d'où elle ne sortait jamais et un garçon à son bras. Mais au lieu de ça, elle pouvait allumer des feux en levant le petit doigt, elle était recherchée dans tout le pays et elle se réfugiait dans les bras de Britt dès qu'elle perdait le contrôle de sa raison.

Santana poussa un soupir, et tenta graduellement de décoller la blonde de son côté gauche, ce qui n'était pas facile parceque Britt aimait dormir complètement collée à elle. Une fois défaite de l'étreinte de la blonde, Santana se glissa doucement hors du lit, et atterrit au sol dans un mouvement souple. Ses fringues étaient éparpillées partout sur le sol, et elle les ramassa à l'aveuglette pour les enfiler n'importe comment, avant de marcher vers la pointe des pieds vers la porte.

Ce n'était pas la première fois qu'elle s'évadait de la chambre de Brittany avant que le jour ne se lève, et elle commençait à connaitre par cœur le chemin de la sortie. Elle n'avait pas le courage de rester aujourd'hui, pas plus qu'elle ne l'avait eu toutes les fois auparavant, et elle jeta un dernier regard vers la belle endormie dans son lit avant de refermer la porte sur elle.

Elle avait à peine fait quelques pas dans le couloir qu'elle remarqua le problème avec son t-shirt - trop flottant, trop grand, trop rose.

Et merde.

Elle avait enfilé le haut de Brittany au lieu du sien. Elle ne pouvait pas retourner dans la chambre sans risquer de réveiller la blonde maintenant, et il en était absolument hors de question.

Tant pis pour le t-shirt, Santana accéléra le pas vers les escaliers, et monta les marches quatre à quatre jusqu'au cinquième étage. Sa salle lui avait manqué plus qu'elle ne pouvait l'admettre pendant l'absence de Sue, et maintenant qu'elle avait enfin un endroit pour éponger sa colère et sa violence, elle allait l'utiliser à bon escient.

Sa porte était la dernière du couloir, et elle sortit la clef qu'elle gardait toujours sur elle de la poche arrière de son pantalon – heureusement qu'elle avait pris le bon pantalon dans le noir et pas celui de Britt, tiens.

Elle prit bien soin de refermer la porte derrière elle, et sortit son portable pour en allumer l'écran. Trois heures douze du matin. Assez de temps pour brûler l'équivalent de trois matchs de foot entiers de calories avant le petit-déjeuner.

Elle posa le portable au sol, et enleva le t-shirt rose d'un mouvement souple avant d'avancer de quelques pas. La veille, elle avait écarté les deux fauteuils en cuir brun et le vieux pouf que Britt adorait pour faire de la place, et avait placé ses cibles aux différents coins de la pièce pour se créer son propre champ de tir. Le grand mannequin inoxydable trônait au centre, flanqué sur les côtés de plus petites cibles rondes et dans le fond de la pièce, son vieux punching-ball rouge pendait à un crochet vissé au plafond.

Santana s'approcha doucement, comme un chat qui avait repéré sa proie et s'apprêtait à bondir, et tendit une main devant elle pour en ouvrir la paume.

Le mannequin avait été une idée de Sue quand elle était arrivée à McKinley. Sue avait voulu les tester toutes les trois dès leur arrivée à l'école, et si Britt et Quinn avaient l'air d'avoir bien géré l'entretien, Santana était nerveuse à l'idée de devoir montrer ses pouvoirs à la directrice. Elle avait à peine allumé une flammèche que Sue s'était levée de son bureau d'un air très intéressé, et l'avait emmenée dans le grand parc pour qu'elle lui montre l'étendue de ses pouvoirs. Santana avait déclenché des feux qui avait bien faillit embraser tout le parc, et en admirant le brasier, Sue avait hoché la tête d'un air satisfait.

Elle avait beaucoup de potentiel, lui avait dit la directrice, mais il fallait qu'elle apprenne. Elle mettrait tout en œuvre pour que Quinn et elle puissent développer une maitrise parfaite de leur mutation, à la hauteur de leurs dons. Sue avait tenu parole.

Une semaine plus tard, elle leur donnait à chacune la clef de leurs salles respectives, remplies de meubles, de matériel et de gadget adaptés à leur mutation, avec pour seul ordre de toujours se pousser au maximum. Les trois salles se suivaient les unes après les autres, et la sienne – la plus grande - dominait le couloir du cinquième étage.

A vrai dire, Santana n'avait pas très bien compris pourquoi Britt avait eu sa propre salle elle aussi, parceque même si la blonde était la personne la plus géniale à n'avoir jamais marché sur Terre, elle n'avait pas besoin d'une salle entière pour créer des déplacements d'air, mais elle s'était dit que Sue avait sûrement voulait être gentille avec Britt, et lui donner une salle pour qu'elle ne se sente pas délaissée. Il s'était avéré plus tard que Sue n'était gentille avec personne. Il y avait sûrement une raison bien précise pour que Britt ait sa propre salle, mais personne n'avait réussi à déterminer laquelle.

Quand elle était entrée dans sa salle, Santana avait découvert une immense pièce vide aux murs blancs, où elle aurait toute la place qu'elle voulait pour lancer des flammes de l'enfer, contenant seulement plusieurs cibles rondes, qui ressemblaient à celles utilisées en tir à l'arc.

Il faut que tu apprennes à viser juste – atteindre ce qui doit l'être et éviter ce qui doit être protégé, lui avait dit Sue quand elle avait assisté à son premier entraînement.

Quelques jours plus tard, Sue avait monté dans sa salle un mannequin de cuir noir de la taille d'un homme adulte, à forme humaine, accompagné d'un extincteur dont elle ne s'était jamais servi. Un mot de Sue punaisé dessus confirmait que le mannequin était inoxydable, et que Santana devait s'entraîner à viser la tête et les parties vitales seulement.

Les autres meubles étaient venus avec les années sous forme de cadeaux de Mr Shue ou de Beiste, et à Noël dernier, Holly lui avait offert le punching-ball rouge pour qu'elle puisse se défouler dessus à foison. C'était le seul objet à ne pas être anti-feu de la salle, en témoignait quelques traces de brûlures noircies sur son cuir rouge usé, et elle irait sûrement aller boxer dessus un moment, après qu'elle ait déchaîné son irritation sur le mannequin inflammable.

Une immense flamme bleue sortir de sa paume pour aller attaquer le mannequin et elle ouvrit aussitôt l'autre main pour en lancer une autre, tout aussi forte. Santana passa deux bonnes heures à lancer flamme après flamme sur le mannequin, puis à boxer sur le punching-ball jusqu'à en violacer les jointures de ses poings.

Quand elle en eut assez, elle laissa enfin ses poings retomber à ses côtés, et finit par se poser contre le mur du fond de la salle, complètement éreintée. Ses pupilles devaient être complètement rouges, elle le savait, et du punching-ball rouge s'émanait une légère fumée qu'elle ne prit pas la peine d'éteindre.

Elle était fatiguée. Tout ça était à cause du vaccin. Il avait réussi, alors. Après tant d'années, de recherches, de cobayes … Il avait mis son projet fou à exécution.

Santana réprima un haut-le-cœur. Combien il y en avait eu dans le labo, après elle ? Combien d'injections, combien de gamins attachés à des chaises ? Combien de vies brisées ?

Par réflexe, elle alla frotter l'intérieur de son bras gauche, où pendant des années les stigmates des injections avait marqué sa peau. La première chose qu'elle avait fait en réchappant du labo avait été de frotter sa peau jusqu'à sang pour faire disparaitre les ronds des aiguilles, elle s'en rappelait encore. Les marques avaient disparu, mais les souvenirs étaient encore là, et la hanteraient toujours.

Des larmes s'étaient mises à couler sans qu'elle s'en soit rendue compte, et elle les balaya du plat de la main avec rage. Elle ne se laisserait pas abattre – pas par le labo, pas par lui. Plus jamais par lui. Elle se releva d'un bond pour aller enfiler le t-shirt de Britt – ne pas penser à Britt, pas maintenant – et ramassa son portable au sol.

Quatre heures quarante-cinq.

Il n'y avait qu'un seul endroit où Puck pouvait être à cette heure-ci, et elle ne prit pas la peine de lui envoyer un message avant de sortir de sa salle en claquant la porte derrière elle pour se diriger vers celle à l'autre bout du couloir. Elle frappa trois fois. Il y eut un drôle de bruit à l'intérieur, et la porte s'ouvrit sur Puck, torse nu et couvert de sueur. Le grand brun fronça des sourcils devant son t-shirt rose mais ne dit rien. Santana haussa des épaules et poussa légèrement Puck pour rentrer vite.

La salle de Puck était beaucoup plus petite que la sienne, mais bien plus remplie – à tel point qu'il n'avait pas un espace de libre. Sue en avait fait un véritable parcours du combattant – avec des cordes à nœuds au plafond, des murs d'escalades, des poutres en béton et tout un tas de matériel militaire à la provenance inconnue et franchement douteuse.

Santana alla se jeter sur le grand matelas de gym qui servait de réception à un obstacle de hauteur, et Puck la rejoint en grognant.

Être amie avec Puck, c'était facile. Ils avaient le même caractère, les mêmes goûts, les mêmes aversions, et surtout, la même conception des choses. Puck et elle ne parlaient pas du passé ensemble. Il ne posait pas de questions, parcequ'il connaissait son histoire, et elle n'en posait pas parcequ'il lui avait raconté la sienne. Puck avait une carapace bien construite lui aussi, et de tous les ados ici, son histoire était celle qui ressemblait le plus à la sienne.

Être amie avec Quinn pouvait être facile, mais pas quand on s'appelait Santana Lopez. Parceque Quinn savait, elle aussi. Quinn connaissait tous ses secrets les plus sombres, et était la seule à avoir vu de ses yeux son passé, mais contrairement à Puck, Quinn en parlait. Quinn n'avait pas peur de son propre passé, et des cauchemars qui la hantaient. Quinn la poussait dans tous ses retranchements, et parfois Santana explosait. Elle savait pertinemment que Q ne lui en voudrait pas, et qu'elles se retrouveraient tout à l'heure comme si rien ne s'était passé.

Puck ne lui demanda pas ce que Quinn et elle s'étaient dit quand elle était partie de la classe d'Holly, ni pourquoi elles s'étaient engueulées ou pourquoi elle portait le t-shirt de Britt. Il se contenta de passer son bras autour de ses épaules et de pousser un grognement sonore.

« Putain ça fait du bien de retrouver sa salle, mais ça claque »

« Et dans cinq minutes t'auras récupéré complètement » rétorqua Santana en enlevant le bras de son épaule « Fais pas comme si tu savais ce que c'est, la fatigue »

Puck lui jeta un sourire amusé et leva le bras qu'il avait passé autour de ses épaules pour l'étirer au-dessus de sa tête.

« J'ai pas dormi depuis huit ans »

Santana roula des yeux.

« J'ai même pas envie de savoir ce que tu fais toutes ces nuits où tu dors pas »

« Tu le sais déjà » sourit Puck, une étincelle s'allumant dans ses yeux « Rappelles toi quand on était ensemble … »

La latina répondit d'une grimace dégoutée, et Puck éclata de rire.

« On va respirer dehors ? »

« Tu veux dire t'encrasser les poumons ? »

« Comme si une petite clope pouvait faire du mal à mes cellules »

« Ah ouais, parceque moi je crains la fumée peut-être ? »

Le grand garçon sauta sur ses pieds, avant de tendre une main vers elle pour l'aider à se relever, que Santana repoussa aussitôt.

« Tu veux pas aérer avant de partir ? Ça sent le fauve ici »

Puck haussa des épaules, la main déjà sur la poignée de la porte, et l'autre en train d'essayer d'enfiler maladroitement sa chemise en jean.

« Pourquoi faire ? A part toi, j'ai pas beaucoup de visites »

Santana soupira d'un air écœuré, et s'éloigna vite de la pièce en grognant tout bas que décidément, les mecs étaient tous repoussants.

Ils se dirigèrent dehors par le passage secret que Puck empruntait toujours la nuit pour éviter de tomber sur Sue, et allèrent s'asseoir sur le perron, à l'abri du porche. Puck sortit vite un paquet de sa poche pour le donner à Santana, avant de se tordre dans tous les sens en tâtant ses poches.

« Qu'est-ce que tu cherches ? »

« Mon briquet »

Santana soupira et pointa son index vers la clope qui pendait aux lèvres de Puck pour l'allumer d'une petite flamme, sous le regard amusé de celui-ci.

« Ça restera toujours cool ça »

Ils restèrent en silence un moment, se contentant griller leur cigarette sans parler, quand Puck interrompit le calme d'une question.

« San, tu crois à ces histoires de Phénix toi ? »

« De phénix … l'oiseau-cheval là ? »

« Non, ça c'est Pégase, andouille. Moi je te parle du phénix, le mutant ultime ! »

« Tu parles du gars dont Berry nous a bassiné les oreilles pendant des mois-là ? Le mutant Phénix ? »

« Celui-là ! ! » lança Puck dans une exclamation « Le mutant qui pourrait se débarrasser de la Milice en levant seulement son petit doigt et rayer toutes les armées de la planète d'un clignement d'yeux ! »

Santana lui jeta un regard trouble.

« Puck t'as fumé quoi avant que j'arrive ? Si Sue arrive à te renifler t'es mal, et elle a le nez d'un chien de chasse »

« Je suis sérieux » grogna Puck « T'y crois ou pas ? Qu'il y a un mutant dehors qui est comme … le dieu de tous les mutants. Le plus fort, qui les surpasse tous, et nous aussi. Finn m'a dit qu'il serait tellement au-dessus qu'il aurait une classe à part, genre … la classe 0 »

Santana souffla un rond de fumée, et reprit une longue bouffée de sa cigarette avant de lui répondre.

« Je sais pas, ça fait un peu légende urbaine toute cette histoire … tu crois à cette connerie toi ? »

« Bien sûr ! Sam m'en as parlé l'autre jour, il l'a lu dans un de ses comics et - »

« Non mais Puck, t'es sérieux ? Tu vas croire le blondinet parcequ'il a lu dans un de ses Superman que le Phénix existait ? Je sais même pas pourquoi je perds mon temps ici, tiens … »

Santana se leva dans un geste brutal, et écrasa son mégot sous son pied. Elle était furieuse à nouveau, sans réellement comprendre pourquoi, et la familière sensation de chaleur chatouillait peu à peu ses paumes.

« Mais San … »

Sans lui jeter un regard, Santana retourna dans le bâtiment, laissant la grande porte d'entrée se refermer sur elle.

« San, attends-moi ! »

Puck écrasa vite sa cigarette, et courut dans le bâtiment derrière la fille qui s'éloignait à grands pas.


Le self était plein quand Sam y entra, le crâne encore sensible de toutes les bières de la veille et des énormes poches sous les yeux. Il n'avait pas entendu sonner son réveil dans son état semi-comateux, et quand il s'était enfin péniblement tiré des bras de Morphée, il était beaucoup trop tard pour aller courir.

Il avait enfilé un vieux polo trop grand pour lui par-dessus ses ailes pour ne pas avoir à trop les plier trop serrés contre son dos, et était descendu au petit-déjeuner en essayant de faire craquer le moins possible les marches du grand escalier.

Les autres avaient toutes une tête d'enterrement, et ne parlaient presque pas, communiquant de temps en temps par de petits grognements ou des signes de la main.

Kurt et Mercedes portaient des lunettes de soleil – à l'intérieur d'une salle avec une seule fenêtre - et Rachel se frottait les temps dans un air de souffrance. Quinn lui lança un petit sourire narquois lorsqu'il s'assit en face d'elle, mais Brittany, elle, avait le nez plongé dans ses corn-flakes dans un air maussade qui ne lui ressemblait pas. Mike et Tina ne mangeaient rien du tout, et Artie avait l'air de s'être endormi sur la table.

Sam s'assit à la table en remarquant vite qu'il en manquait deux. Comme personne ne parlait, il ne demanda rien, et se contenta de remplir silencieusement son assiette.

Il en était à la moitié de sa deuxième tasse de café quand Puck et Santana entrèrent dans la salle, tous les deux enveloppés dans une odeur âcre de fumée qui lui souleva le cœur. Il ne dit rien, et aucun des autres ne releva non plus, si ce n'est Finn qui leur demanda en riant s'ils avaient fait un barbecue sans l'inviter.

Santana ne prit pas la peine de lui répondre, bien sûr, et alla s'asseoir à côté de Quinn en soupirant. Puck s'assit de l'autre côté de Sam, et lui lança un petit sourire avant de se servir une énorme ration d'œufs au plat.

« On enterre qui aujourd'hui ? » demanda Puck, brisant le silence glacial à la table

Mercedes et Tina sourirent, mais Rachel leva la tête vers lui pour lui jeter un regard enflammé.

« C'est de ta faute si nous sommes tous dans cet état, Noah ! »

« Personne t'a forcé à boire, princesse » répondit Puck en levant les mains « Et vous pouvez pas nier que vous vous êtes amusés hier soir »

« Oui, mais - »

« Il a raison Rachel » intervint Finn, qui n'aurait peut-être pas du puisque c'est vers lui que sa petite amie dirigea sa fureur ensuite

« Et toi tu avais bu plus que raisonnable, Finn ! Tu étais ivre ! »

« Mais Rachel … »

« Ca va Rachel » dit Quinn depuis sa place « On en avait tous besoin, et il ne s'est rien passé de grave »

Rachel était encore furieuse mais ne rajouta rien, se contentant de partir en courant dramatiquement vers les salles de cours quand ils eurent fini de petit déjeuner.

« Tu vas passer une sale journée, mec » rit Puck en tapant sur l'épaule de Finn alors qu'ils quittaient la salle « Une Rachel en gueule de bois en plus … »

Finn répondit d'un grognement, et partit à la suite de la petite brune. Le reste du groupe les suivit en baillant et en trainant des pieds, Mike poussant un Artie à peine réveillé sur son fauteuil, et les trois membres du Unholy Trinity fermant le groupe.

Santana marchait rapidement, les yeux fixés devant elle, et remarqua à peine Quinn la doubler pour aller rejoindre Sam, complètement perdue dans ses pensées.

« Santana ? »

Santana poussa un soupir et s'arrêta de marcher pour se retourner. Britt l'appelait rarement par son prénom entier, et ce n'était pas vraiment annonciateur d'une bonne nouvelle.

« Santana ? » demanda à nouveau Brittany, presque timidement

Santana leva le menton, et prit l'air fier qu'elle avait hérité de son père, et vu sa grand-mère utiliser tant de fois quand elle était gamine pour impressionner la personne en face d'elle. Le meilleur moyen de ne pas montrer ses faiblesses, c'était de mettre le masque.

« San, pourquoi t'es partie ce matin ? »

Santana ne baissa pas les yeux.

« Ce matin je suis allée m'entrainer dans ma salle, toute seule »

« Non, t'étais avec moi … Tu te rappelles ? Hier soir, on était ensemble San … »

« Je sais pas de quoi tu parles. » énonça clairement la brune

« Mais … »

« Brittany, je ne vois pas de quoi tu parles » répéta Santana, et chacun des mots était un coup de poignard qu'elle plantait dans le dos de la blonde « T'as sûrement trop bu hier, et tu t'imagines des choses. On était pas ensemble. On a rien fait. »

Il y eut un éclair de tristesse dans les yeux bleus, et Santana fit semblant de ne pas le voir. C'était mieux comme ça.

« Oh … c'est pas grave alors » soupira Brittany

Santana baissa les yeux. Le regard de chien battu de la blonde était trop douloureux à soutenir, même pour elle et son cœur de pierre.

« Aller viens, Shue doit déjà être assez énervé contre nous comme ça pour en plus arriver en retard » soupira Santana

Brittany hocha de la tête et accéléra le pas dans le couloir pour rejoindre les autres.

Le professeur Shuester les attendait sur le pas de sa porte, les bras croisés et les sourcils froncés quand ils arrivèrent au bout du couloir. Mademoiselle Pillsbury était derrière lui, un énorme pack de petits livrets dans les mains, et les regardait avec ses grands yeux.

« Oh il a mis sa veste rouge, c'est pas bon signe » commenta Brittany

« Il est ultra énervé » chuchota Artie

« Oui je suis très énervé ! » tonna Mr Shue, les faisant tous sursauter d'un coup « Et j'ai des raisons de l'être ! »

Ils rentrèrent tous dans la sale sur la pointe des pieds, et s'installèrent à leur place habituelle. Rachel avait l'air terrorisée d'avoir déçu leur professeur mais les autres étaient plus concernés par le volume sonore employé, et déjà Artie se massait les tempes en grognant.

« Est-ce que vous avez conscience de ce que vous avez fait hier ? » hurla Mr Shue en rentrant dans la pièce, la petite rousse derrière lui « Et du danger dans lequel vous vous êtes mis ? Qui a amené de l'alcool ? »

Personne ne répondit, et de sa place, Sam vit Rachel se mettre à trembler légèrement.

« Je veux un nom ! » insista leur professeur

Sam se demanda si Rachel allait dénoncer Puck, mais elle n'en fit rien, et personne ne répondit.

« Si Sue l'apprenait … » murmura Mademoiselle Pillsbury d'une petite voix effrayée derrière lui

Shue se tourna vers elle, et avant qu'il n'ait pu lui dire quoique ce soit, elle s'avança vers les tables et se mit à distribuer à tout le monde ses dépliants, qui représentaient une fille en train de vomir sous de grosses écritures rouges « Je bois pour m'amuser et j'ai mal à la tête le lendemain : Guide pour comprendre le Teenage Binge-Drinking »

Santana repoussa le dépliant d'un air agacé, et Puck s'en saisit aussitôt pour en faire un avion, alors que Mr Shuester continuait de leur crier dessus.

« Et je suis extrêmement déçu de votre comportement, et il y aura des sanctions ! »

Mademoiselle Pillsbury finit sa distribution pour se ranger à ses côtés, et alors qu'il se mettait maintenant à lister tous les dangers auxquels ils s'étaient exposés, se mit à le regarder avec des yeux tellement gros que Sam négligea un instant le discours moralisateur de son professeur pour se demander si Will était vraiment psychique, parceque pour ne pas se rendre compte des yeux de biche que lui envoyait amoureusement sa collègue, il fallait vraiment être aveugle.

« Je ne peux pas vous fermer l'accès à vos salles sans en parler à Sue, et il vaut mieux pour tout le monde que j'évite de le faire » soupira Mr Shue « Mais aujourd'hui était mon jour pour diriger votre entraînement collectif, et pour la peine, je le remplace par un cours d'espagnol ! »

Tout le monde se mit à protester, sauf Sam qui de toute façon n'avait pas le droit d'assister aux entraînements, et Artie qui s'était endormi, et leur professeur calma tout le monde en tapant du poing sur la table.

« Et je ne veux rien entendre ! Soyez encore contents que je ne ferme pas à clef la salle de repos jusqu'au weekend prochain ! » rugit Shuester, et tout le monde se tut d'un coup.

Mademoiselle Pillsbury choisit ce moment pour intervenir, et s'avancer doucement devant les rangées de tables.

« Pour certains adolescents, boire beaucoup en peu de temps peut être traumatisant, ou une épreuve éprouvante tout du moins » énonça elle doucement, et Sam se demanda si elle avait appris par cœur son texte avant de leur dire « Si l'un d'entre vous ressent le besoin de venir m'en parler, maintenant ou à l'écart de vos petits camarades, ma porte reste grande ouverte »

Il y eut un silence gênant dans la classe, et la petite rousse poursuivit « Est-ce que quelqu'un souhaite partager quelque chose avec le groupe avant que vous ne passiez au cours ? »

Brittany leva la main très haut, et mademoiselle Pillsbury hocha de la tête vers elle.

« Buvez de façon responsable, les gars » sourit la blonde

Tout le monde s'échangea des regards étonnées, et Puck murmura même un quoi ? tout bas, mais mademoiselle Pillsbury était apparemment contente de l'intervention, peut-être parcequ'elle était meilleure que la sienne, et hocha de la tête consciencieusement.

« Bien. Dans ce cas je vous laisse à vos activités »

La rousse leur lança un petit sourire, et jeta un dernier regard enflammé à Mr Shue avant de partir de la classe.


L'ambiance n'était pas au beau fixe, en cette fin d'après-midi. Après avoir fait des heures d'équations différentielles dans un silence de cimetière, ils étaient tous partis déjeuner au self, talonnées de près par leur professeur. Mr Shue les avait surveillés pendant tout le repas avec la tête d'un faucon qui observait un lapin, et aucun d'entre eux n'avait osé prononcer un mot. Ils étaient ensuite revenus dans la salle de cours pour leur cours d'espagnol obligatoire, et étaient maintenant en train de subir le cours soporifique du professeur Shuester.

« Manuel es mi hermano » écrivait le professeur Shuester, faisant crisser sa craie sur le tableau noir « Ce qui signifie Manuel est mon frère. J'utilise ser ici, et pas estar car il parle de l'existence, tandis que pour parler d'une localisation, j'utiliserai estar, comme dans la phrase mi casa está detrás de este edificio »

L'accent à couper au couteau de Mr Shue résonnait dans la salle, et faisait presque saigner les oreilles de Santana, qui décida soudainement que trop c'était trop, et leva la main bien haut. C'était bien la première fois qu'elle demandait à intervenir en cours – poliment de surcroit – et Monsieur Shue hocha tout de suite la tête vers elle d'un air anxieux.

« Si, Santana ? »

« ¿Cuándo decidirá aprender a hablar español correctamente ? » demanda la latina d'un air satisfait.

« Cuando … » répéta Mr Shue d'une voix blanche, n'ayant clairement pas compris un mot de ce qu'elle venait de dire « Mmh … claro que si »

Santana fronça les sourcils et poussa un soupir désolé.

« Que tonta … »

Le professeur Shuester rougit d'un coup, mais se tourna vers son tableau sans répondre, imperturbable. Sam n'avait pas compris pas non plus, mais à voir la tête de Kurt, qu'il savait maitriser plutôt correctement le français et espagnol, ce n'était pas une recette de cuisine que venait de lui lancer Santana.

Peut-être qu'avec sa télépathie, Mr Shue pouvait comprendre exactement les mots qu'elle lui adressait, mentalement ou vocalement. Celle-ci avait d'ailleurs décidé de ne plus du tout suivre les cours, ni même de respecter Mr Shuester, puisqu'elle était ouvertement en train de se moquer de lui, en espagnol pour qu'il ne comprenne pas.

Est-ce que sa colère contre eux s'était dissipée, ou qu'il était réellement perturbé par le comportement de la latina, mais en tous cas Mr Shue décida assez rapidement de clôturer son cours pour les laisser partir, en précisant bien qu'il était toujours mécontent d'eux et qu'ils devraient se considérer heureux d'avoir encore accès à leurs salles.

Ils filèrent tous sans demander leur reste, Finn claquant la porte de la classe un peu trop violement en voulant la refermer sur leur professeur, et une fois retournés à la salle commune, allèrent se poser à leurs places habituelles en soupirant.

« N'importe quoi ce cours » grogna Santana, et pour une fois Rachel avait l'air d'accord avec elle

« Je trouve franchement que l'espagnol de Mr Shuester laisse à désirer, et je ne comprends toujours pas pourquoi on suit tous le même cours alors qu'on a pas le même niveau scolaire ! Techniquement, on ne devrait pas tous être dans la même année scolaire, et il nous faudrait suivre des cours adaptés à notre niveau ! Je propose que nous élisions un représentant qui irait exposer le problème à Sue, et ainsi créer des sous-groupes au sein même de notre groupe »

Les autres la regardèrent tous comme si elle venait de pousser une deuxième tête, à part Finn qui faisait sa tête d'incompréhension totale habituelle, et même la discrète Tina se pencha vers Artie pour lui demander tout bas si Rachel était devenue complètement folle.

« Du calme le nain jaune, c'est pas ce que je voulais dire » lança Santana « Pas la peine de créer un syndicat des élèves »

« Rachel, on est pas une école comme les autres au cas où tu ne l'as pas remarqué » rajouta Quinn « On ne va pas séparer une classe d'aussi peu d'élèves en d'autres plus petites pour une question de niveau scolaire »

« En plus on s'en fout complètement des cours d'espagnol, la seule chose qui nous intéresse c'est les cours de mutations et les entrainements ! » dit Puck avec force « C'est pas en sachant quel couillon était roi de Russie pendant la Guerre Froide qu'on va rejoindre les Titans ! »

« Tout le monde ne veut pas rejoindre les Titans ! » cria Rachel d'un ton furieux qui les surprit tous « Et le dernier Tsar de Russie est mort en 1917 ! »

« Ah bon ? »

« Tu le saurai si tu écoutais en cours, Noah ! »

Puck et Rachel continuèrent à se crier dessus un instant, ce qui désintéressa vite les autres qui se scindèrent spontanément en plusieurs groupes pour profiter du reste de leur après-midi avant d'aller diner.

Aucun d'entre eux ne riait comme ils le feraient d'habitude cependant, et la plupart d'entre eux parlaient à voix basse, comme pour ne pas provoquer un peu plus leurs maux de tête.

Sam profita que Puck soit occupé à assaillir Rachel de questions sur la Russie plus stupides les unes que les autres pour s'installer dans le fauteuil en face de celui de Quinn.

« Qu'est-ce qu'elle voulait dire par tout le monde veut pas joindre les Titans ? » demanda Sam en pointant Rachel du pouce « C'est le but de cette école, non ? »

Quinn fit une petite grimace, comme si elle ne savait pas vraiment comment répondre à la question du blond en face d'elle, et poussa un petit soupir.

« Oui, mais non à la fois, c'est compliqué … Dis-toi que l'école est avant tout un moyen de protéger les mutants mineurs comme nous, mais seulement pour l'instant »

« Pour l'instant ? »

« Tant qu'on l'est encore. Mineurs, je veux dire. Quand on sera majeurs, et qu'on aura officiellement gradué d'ici, on pourra aller où on veut. Les Titans si Sue nous accepte, mais aussi une vie normale, ou aussi normale qu'une vie peut être quand on est traqués par la Milice »

« Et ceux que Sue ne prend pas chez les Titans, qu'est-ce qu'il leur arrive ? »

« Je ne pense pas que Sue nous mettrait à la porte, malgré ce qu'elle dit » dit Quinn dans un froncement de sourcils « Tous les mutants d'ici pourraient être utiles aux Titans, même ceux de classe 3 »

Sam poussa un soupir.

« Dans ce cas, dis moi quelque chose. Pourquoi on est les seuls ici ? Ils sont où, les ados qui étudiaient ici avant qu'on arrive ? »

Il y eut un silence, et un drôle d'éclair passa dans les yeux de Quinn, comme si Sam avait mis le point sur une question chose à laquelle elle avait pensé maintes fois par le passé sans trouver de réponse.

« Je ne sais pas, Sam. Je ne sais pas »

Sam baissa les yeux, et ne rajouta rien. Il y avait une drôle d'ambiance dans la salle, bien plus froide que d'habitude, et Sam et Quinn n'étaient pas les seuls silencieux.

Santana n'avait pas dit un seul mot depuis dix minutes, et gardait les yeux résolument fixés sur le canapé en face d'elle, visiblement perdue dans ses pensées. Personne n'aurait pensé à la déranger à ce moment-là, personne sauf une.

« San, je peux te parler ? »

Santana allait refuser, par habitude, mais quelque chose dans les yeux de la blonde lui disait que cette fois-ci, elle ne pourrait pas s'en sortir d'une pirouette et qu'elle allait devoir la confronter en face. Elle hocha de la tête rapidement, et sauta sur ses pieds pour s'éloigner dans le fond de la salle commune, bien loin du comptoir et des fauteuils où les autres étaient regroupés.

Santana leva les yeux vers la blonde, qui la regardait avec un air qu'elle n'arrivait pas à déchiffrer, et attendit qu'elle parle, les bras négligemment croisés sur sa poitrine.

« Je sais que tu m'as menti » dit tranquillement Brittany

Une vague de froid parcourut d'un seul coup l'échine de la brune sans qu'elle ne puisse l'en empêcher et elle le cacha comme elle le put.

« De quoi tu parles ? »

Sa voix tremblait légèrement, mais elle se concentrait le plus possible pour ne rien laisser transparaitre sur son visage. Brittany sourit doucement.

« Je sais que tu te rappelles d'hier soir, et de tous les autres soirs San. Je t'ai entendu partir ce matin, et il y avait ton pull sur le sol de ma chambre »

Santana ne répondit pas, et se contenta de baisser les yeux vers le sol. Brittany devant elle ne se laissa pas intimider, et continua du même ton.

« Je sais que tu te lèves à chaque fois qu'on s'endort ensemble, mais je comprends pas. Pourquoi tu pars tout le temps ? Pourquoi tu te réveilles jamais avec moi ? »

Les yeux bruns de Santana se détachèrent du sol pour se fixer dans les bleus, et un éclair de rouge les traversa un instant alors qu'elle tentait comme elle le pouvait de maitriser la soudaine colère qu'elle sentait monter en elle.

« Pourquoi ? Tu me demandes pourquoi ? On est pas censées dormir ensemble Brittany ! On est pas censées … faire ça »

« Pourquoi pas ? Tu sais que je voudrais qu'on soit ensemble toutes les deux, comme Mike et Tina ou comme on était avec Puck, mais sans Puck »

« Arrête de faire semblant de ne pas comprendre, Brittany ! » souffla Santana

Des flammes menaçaient de sortir de ses poings repliés, mais elle les avait rabattus contre ses côtés pour les en empêcher. Si quelqu'un les voyait maintenant … Non, personne ne les verrait. Personne ne saurait, parcequ'il n'y avait rien à savoir.

« Il y a rien de mal à aimer quelqu'un, Santana »

Brittany avait l'air de vouloir rajouter quelque chose, mais le regard fuyant de Santana la coupa dans son élan. Santana ne la regardait plus, mais lançait des regards vers les autres, vérifiant visiblement que personne ne les regardait.

Quand elle daigna à nouveau tourner la tête vers la blonde, ses yeux bruns brillaient d'une lueur rouge que Brittany connaissait bien.

« Tu te fous de moi ? Tu crois qu'on pas qu'on est déjà assez des bêtes de foire comme ça ? » finit elle par grincer entre ses dents « Pas besoin de rajouter ça en plus »

« Mais San … »

« C'était une erreur ! » Sa voix était plus forte qu'elle ne l'aurait voulue mais la colère pulsait dans ses veines tout aussi bien que la vague de chaleur qui la démangeait maintenant, et elle ne pouvait plus la contenir « C'était une erreur, et ça aurait jamais dû arriver. Les filles sortent pas ensemble Brittany, les filles sortent avec des garçons, tu comprends ? Peu importe ce que c'était, ça s'arrête maintenant ! »

La tristesse des yeux de Brittany était si réelle que Santana regretta immédiatement ses mots, mais il était trop tard.

« C'est vraiment ce que tu veux ? »

Santana ne répondit rien.

« Comme tu voudras » soupira la blonde

Avant que la brune n'ait pu rajouter quoique ce soit, Brittany s'était redressée sur ses pieds, et s'éloigna rapidement. Santana la regarda quitter la zone en fermant doucement la porte derrière elle, le cœur battant la chamade dans sa poitrine.

Brittany était partie sans hurler, sans haine ni violence. Elle ne s'était pas battue avec elle, pour elle, et même si fierté lui hurlait qu'elle avait eu raison de casser ce qu'il y avait entre elles, c'était peut-être le silence calme de la blonde qui faisait le plus mal.

Les poings de Santana brûlaient, mais c'était bien la seule partie de son corps à avoir encore chaud. La porte était restée fermée, et elle la regardait fixement, avec l'espoir et le crainte peut-être qu'elle finisse par se rouvrir. Pour la première fois depuis des années, Santana avait froid.