Voici le premier chapitre. J'espère qu'il vous plaira! Bonne lecture!


CHAPITRE 01

Menottée à une chaise dans une salle insonorisée, la jeune femme attendait dans le silence. La pièce était éclairée par un plafonnier et la blancheur des murs la rendait éblouissante à ses yeux améthyste qui s'étaient habitués à l'obscurité de la cellule. En face d'elle se trouvait une table avec une chaise vide, sur laquelle un officier de police, sans doute une nouvelle Jenny, allait se positionner, tandis qu'à ses côtés était placée une caméra. Tournant la tête face à l'objectif, son reflet témoignait du mal qui la rongeait : ses yeux bouffis et son maquillage qui avait coulé montraient qu'elle avait pleuré, ses cheveux en bataille et dont les étoiles en couettes s'étaient détachées, étaient significatifs de sa lutte pour rester libre. Elle pouvait également apercevoir son sourire, qui l'effrayait elle-même : celui-ci se trouvait à mi-chemin entre une colère noire et une peur intense. Ses yeux améthyste prouvaient sa détermination profonde à vouloir se battre pour la liberté, pour pouvoir revoir un jour le soleil se lever et de pouvoir respirer le bon air frais.

Patientant calmement, elle songeait à son partenaire qui était resté seul dans sa cellule, et qui avait reçu une menace intense de la part de l'agent Jenny : qu'est-ce qu'elles les détestaient, ces greluches qui pensaient obtenir tous les pouvoirs uniquement avec leur grade de l'ordre public ! Les policières, pensa-t-elle, sont pire que les policiers : une femme est tout de suite plus manipulatrice, prête à obtenir tout ce qu'elle veut quitte à jouer avec les sentiments des potentiels accusés. Elle n'avait pas eu besoin d'aller à l'école de la Team Rocket pour savoir cela, étant elle-même une femme, il n'était pas difficile de savoir comment une policière pouvait réagir. À cela s'ajoutait le fait que les agents Jenny étaient des fouineuses malignes, qui, derrière leurs airs de bienveillance, cachaient un tout autre visage beaucoup plus sombre : les dossiers qu'elles avaient en main, elles les avaient étudiés en long, en large, en travers et en profondeur afin de parvenir à leur fin, soit, des aveux, parfois avérés, parfois totalement faux. La jeune femme qualifiait ce genre d'agissement de la manipulation psychologique, et elle était bien déterminée à ne pas tomber les deux pieds joints dedans.

Le regard sombre et immergée dans ses pensées, la jeune blonde ne remarqua pas l'arrivée de la jeune policière aux cheveux bleus. Le match allait débuter, et l'accusée était bien décidée à mener la partie jusqu'au bout. Croisant sa jambe droite sur sa gauche, elle releva la tête avec une allure fière, cherchant par tous les moyens à confronter l'agent féminin, plongeant son regard dans le sien. Un air de défiance régnait dans la petite pièce confinée, qui, celui-ci, s'alourdit d'un seul coup lorsque la caméra fut allumée. L'agent Jenny s'installa à la table, s'asseyant face à plusieurs dossiers. Cassidy fronça les sourcils en voyant cette pile de dossiers, ne s'attendant à en voir qu'un seul : le sien. La policière en prit un et fit glisser les autres sur le côté de la table blanche, avant de déposer sa possession sur la paillasse. Elle défit lentement le cordon qui le fermait, ce qui avait tendance à agacer la jeune femme blonde de part cette technique. La voleuse au teint blanc se souvenait de ses cours de préparation à la Team Rocket, cours qu'elle trouvait très intéressant.

« Si par malheur, disait son professeur, vous vous faites arrêter et que vous finissez en salle d'interrogatoire, les policiers qui vous feront face chercheront rapidement à vous mettre dans leur filet. Pour se faire, leur première technique consiste à faire preuve d'une incroyable lenteur. Savez-vous pour quelle raison ils font cela ? Juste pour faire augmenter la pression : si vous vous retrouvez dans cette situation d'intimidation intense, vous craquerez plus facilement. Pour cela, il vous suffira juste de faire un travail sur vous, chacun sa façon de gérer, je n'ai pas de secret pour vous. »

La phase une était enclenchée, la blondinette le savait, ce qui lui permit de garder la tête haute et une assurance irréprochable. Certes, elle s'énervait intérieurement de cette manière de faire de la « fliquette », mais elle se sentait capable de garder un semblant de calme et d'ignorance vis-à-vis de l'agent qui se trouvait en face d'elle. La voleuse sentait que son visage était fermé, que ses sourcils étaient froncés et que son regard était sombre, cela était un indice de sa volonté de combattre, telle une candidate entrant dans l'arène de la ligue pokémon, prête à tout mettre en œuvre pour ressortir avec le badge.

L'agent Jenny prit une feuille, que Cassidy reconnue aussitôt. La feuille était mise en page avec son identité et de nombreuses informations personnelles, avant d'être suivies par une photo d'elle. Ce cliché, se rappela-t-elle, avait été pris après une arrestation provoquée par ces imbéciles de Jessie, James et Miaouss, lors d'une mission dans laquelle ils avaient fourré leur nez. C'était la première fois que Butch et elle se faisaient arrêter, et cela avait fait éclater de colère le Boss, Giovanni. Jessie, James et Miaouss, selon le patron de l'équipe de voleurs de pokémons, avaient payé un lourd tribut pour leur comportement enfantin, mais cela n'égalait pas la punition que son coéquipier aux cheveux verts et elle-même avaient payée : leur amende était considérable et ils n'avaient plus eu aucune mission, étant jugés d'incapables. Ce souvenir énerva davantage la blondinette aux yeux pétillants, que l'agent Jenny elle-même.

— Cassidy Evans, 23 ans, née dans l'archipel Orange, membre de la Team Rocket depuis quelques années et connue des services de police internationaux… commença la policière.

« Ouais, ouais, ouais… C'est ça, madame la policière, amuse-toi à énumérer mon identité, cela ne me fait rien de méchant. Au contraire ! Cela m'excite. » songea Cassidy, faisant naître un rictus sur sa figure.

— Vous êtes accusés de vol à main armée, d'effraction et d'homicide sur la personne de Daniel Stevens, propriétaire et patron de la propriété « S.O.S Pokémons abandonnés ».

« Attendez… QUOI ?! Homicide ?! Mais pas du tout, vous faites fausse route, agent de mes deux. Y'a des choses à l'extérieur, faut l'avouer. En revanche, à l'intérieur ça semble vide. »

— Pour cela, il est de notre devoir de vous interroger sur ce fait, pour que vous puissiez nous expliquer ce qu'il s'est passé. Donc, vous étiez, vous et votre acolyte, sur la propriété privée de Daniel Stevens au matin du 23 mai dans l'objectif de voler de nombreux Pokémons. Est-ce exact ?

— Ouais, pas de doute là-dessus.

— Bien. Vous êtes donc entrés par effraction chez ce monsieur, fervent défenseur des pokémons. Votre vol aurait pu être parfait si Monsieur Stevens ne vous avait pas pris en flagrant délit de vol.

— Je crois que vous êtes sur le mauvais aiguillage, M'dame.

— Ne m'interrompez pas. Je ne suis pas votre copine, d'accord ?! Taisez-vous sinon je rajoute « outrage à agent » sur votre liste d'accusation.

« Tient… Encore cette menace « d'outrage à agent ». Ne connait-elle que cela ? En tout cas, elle n'est vraiment pas fine celle-ci, ça ne va pas être simple. »

— Je disais donc, reprit l'agent Jenny, que Monsieur Stevens vous avait surpris en train de voler ses pokéballs. Il a donc tenté de vous arrêter et vous, voyant qu'il ne se laissait pas faire, l'avez lâchement abattu avec une arme à feu. Par la suite, vous avez fuis, laissant le pauvre homme dans un bain de sang, avec toutes les pokéballs afin de rejoindre le plus rapidement votre hélicoptère, qui était caché à plusieurs kilomètres de la propriété.

L'agent Jenny marqua une pause, fixant la jeune accusée, voulant déceler le moindre indice de mal être à ce déploiement des faits. Cassidy, pressentant le coup venir, ne se laissa pas abattre par la première balle envoyée : elle maîtrisait la situation et ce, avec une perfection dont elle se savait maîtresse.

« Après que les policiers vous aient étalés les faits, bien gentiment et gaiement sur un plateau doré, ils chercheront à créer une instabilité émotionnelle chez vous via leurs regards. Ils essaieront de trouver dans votre comportement la moindre faille, et si vous faites ne serait-ce qu'un seul faux pas prouvant votre culpabilité, ils sauteront sur l'occasion pour vous démolir. Ils feront d'une pierre, deux coups, expliquait leur instructeur de l'école de la Team Rocket avant de poursuivre. Je vous accorde que cet exercice ne sera pas simple, car perdre ses moyens face à un regard réprobateur est facile, et cela, les flics le savent. C'est pourquoi il faut encore une fois, travailler sur vous. »

La policière soupira d'exaspération en voyant que Cassidy ne se souciait pas de ce qu'elle lui racontait. Elle feuilleta le dossier sous son nez, mettant de côté des papiers qui lui paraissaient sans intérêt. Connaissant le dossier de l'incriminée sur le bout des doigts, elle ne se laissa pas démonter par leur caractère impénétrable de celle qui l'affrontait. Elle ouvrit la bouche, puis la referma en déposant un de ses doigts gantés sur son menton. Un sourire vint illuminer le visage de la policière, qui avança son buste au-dessus de la table, en direction de la prévenue.

— Maintenant, expliquez-moi votre journée, ce vol, votre plan.

— Eh bien… C'était une belle journée ensoleillée. Je me souviens que ce matin-là, j'avais fait une belle manucure avant de partir au travail. Nous avons longuement cherché une proie pour voler les pokémons, et nous l'avons trouvée par hasard, en nous baladant en hélicoptère. Du coup, nous nous sommes posés à l'abri des regards, dans un bois, puis nous avons camouflé l'appareil. Hurm… Que vous dire d'autre… Ah oui ! Nous avons marché jusqu'à la baraque, et discrètement on a fait le tour de la bâtisse afin de trouver le lieu où les pokéballs étaient préservées. On a utilisé la technique de la découpe du verre, puis nous avons pénétré le bâtiment. En deux temps, trois mouvements, les pokéballs étaient en notre possession et on est partis avant qu'on nous arrête. Voilà, c'est tout.

— Ne croyez-vous pas avoir oublié de me raconter quelque chose de primordial ?

— Quoi ? Qu'aurais-je oublié de vous raconter, Madame l'agent ?

— Le meurtre de Monsieur Stevens, bien entendu. Je vous interroge principalement sur cette affaire.

— On l'a pas tué, ce type. On l'a même pas vu, que voulez-vous que je vous dise d'autre ? On n'a vu personne lorsqu'on a pénétré dans le bâtiment, personne je vous dis.

— Comment se fait-il, alors, que son corps fut retrouvé dans la pièce où était exposée toutes ses pokéballs ?

— Je n'en sais rien, moi ! On a juste pris les pokéballs et on est parti, c'est tout ! Que voulez-vous que je vous dise d'autre ? Des mensonges, c'est ça ?!

— Seulement la vérité.

La policière se leva et s'approcha de la blondinette, avant de s'asseoir sur la paillasse blanche, une jambe repliée en l'air alors que l'autre était tendue, avec le pied posé sur le sol. Elle remit son uniforme correctement et plongea ses iris marron dans ceux améthyste de la voleuse professionnelle. Cassidy sentit son rythme cardiaque s'accélérer suite au dégoût naissant en elle. La fliquette exécutait une nouvelle pratique, qui devait mettre en confiance l'accusé et lui faire dire ce qu'elle voulait entendre. Mais comment ?

« À un moment, si les policiers remarquent que vous n'êtes pas coopératifs du tout, ils voudront vous mettre en confiance en vous faisant une proposition alléchante : dire la vérité, leur vérité imaginée, leur donner des informations cruciales en échange d'une peine moins lourde, voire d'une liberté offerte dès votre sortie de la salle d'interrogatoire. Le maître mot, dans ce cas présenté est : méfiance. Il est important de ne jamais baisser la garde, de rester impassible et d'analyser chacune des paroles dites par les agents. Ne foncez pas tête baissée vers la liberté, car celle-ci est un leurre, un guet-apens que la police aime mettre en place. N'abandonnez pas votre maîtrise de vous-mêmes, ainsi que votre méfiance. Les agents sauront comment vous avoir, à vous d'être plus intelligents qu'eux. » Leur avait confié leur maître de l'académie de voleurs.

La jeune détrousseuse fit face à l'agent qui, désormais, la surplomber d'une bonne tête. Ses yeux améthyste parcoururent chaque zone de son visage, à la recherche d'une ombre, d'une aide afin de savoir ce que l'agent avait en tête. Bien entendu, elle se doutait de ce qui l'attendait, et bien que la peur grandît en elle, elle veilla à ne pas se laisser avoir par la jeune femme aux cheveux bleus qui transpirait la fierté. Celle-ci baissa légèrement sa tête, puis la pencha sur le côté avec l'unique but de saisir le regard de la voleuse.

— Vous savez, Cassidy… Votre peine peut être allégée si vous décidez de coopérer avec la police. Peut-être même que vous pourriez ressortir saine et sauve, sans plus aucune incrimination à votre charge. Mais pour cela, il faut que vous acceptiez de nous parler.

Leur maître de conférences avait vu juste. Cette proposition était si alléchante qu'elle se pensa prise au piège. Souhaitait-elle mentir, incriminer entièrement son collègue et s'en sortir indemne ? Ou souhaitait-elle garder sa version des choses, qu'elle savait être sa vérité, et ne pas abandonner Butch. Il en avait vu de toutes les couleurs avec elle, mais elle ne voulait pas qu'il vive la prison entièrement, pour une chose qu'il n'avait pas commise. La pression qui était sur ses épaules était si puissante, qu'elle eut la sensation, l'espace de quelques instants, de choir sur le sol.