CHAPITRE 02

Le temps s'écoulait avec une lenteur folle, et le jeune homme ne savait plus quoi faire dans sa cellule. Après avoir fait de nombreuses fois le tour de la pièce obscure, après avoir fait les cent pas à plusieurs reprises, il s'assit sur le sol sale, repliant ses jambes contre son torse. Il ne voulait pas en discuter avec sa camarade, lorsqu'elle était encore présente avec lui dans cette cage à pokémon, mais il s'inquiétait, et cette inquiétude ne cessait de s'accroître depuis qu'il savait sa collègue face à la police. Il avait une confiance aveugle en elle et il la savait capable de gérer la pression que ces flics allaient lui faire subir, mais malgré cela, il était incapable de s'empêcher d'imaginer le pire. Et s'il la torturait comme les policiers font dans les films ? Non, il savait que les agents de police, aussi sadiques et puissants soient-ils, n'avaient l'interdiction absolue de toucher aux incriminés. De plus, il lui était impossible d'imaginer une policière telle que l'étaient les Jenny, torturer qui que se soit, et ce, même dans le but de soutirer des informations, aussi cruelles et importantes pouvaient-elles être.

Dans un soupir d'ennui couplé à l'exaspération, il laissa sa tête tomber sur ses genoux, ses bras enveloppant ses mollets. Il tenta de fermer ses yeux l'espace d'un instant, croyant qu'il lui était capable de dormir un peu, au moins de faire une légère sieste d'une quinzaine de minutes. Seulement, les images de ce vol raté tournaient en boucle dans sa tête, créant une confusion dans son esprit : que c'était-il passé pour que celui-ci vire à l'arrestation de sa coéquipière et lui-même ? Fermant davantage ses yeux jusqu'à ce que ses paupières finissent par se froisser en de fines rides, il voulut éclaircir les images de cette journée, qui pourtant, avait bien commencé.

Doucement, les images se figeaient dans ses souvenirs : il se revit grimper dans l'hélicoptère de la Team Rocket, aux commandes de celui-ci pendant que sa jeune collègue aux cheveux blonds montait à ses côtés. Ils mirent leur casque, abaissèrent le micro devant leur bouche et une fois qu'ils furent prêts, Butch fit décoller l'engin. Pendant que Cassidy cherchait la propriété indiquée par leur chef de mission grâce au GPS et aux jumelles dont elle s'était munie, le jeune homme songeait tout en restant attentif à la moindre perturbation météorologique. Lorsque sa collègue eut repéré la propriété, elle chercha rapidement un lieu pour se poser. Tout semblait parfait, puisque l'hélicoptère se posa tranquillement, et après avoir camouflé leur appareil, ils partirent en direction du grand bâtiment. Leur vol obtenait des conditions idéales : pas de pluie, pas de vent, personnes aux alentours de la propriété. La pièce dans laquelle se trouvaient toutes les pokéballs était placée au rez-de-chaussée, de quoi leur faciliter la tâche. Le jeune homme aux cheveux verts se souvint qu'il avait échangé un sourire satisfait avec son amie, puis, à deux, ils se chargèrent de découper une partie de la fenêtre. À partir de là, ils entrèrent dans le bâtiment, sans peine, prirent les pokéballs et ils ont rapidement déguerpi. Il n'y avait personne, ce qui, à y repenser, lui paraissait étrange. Comment se faisait-il que la police puisse les arrêter aussi rapidement, si personne ne les avait vu ? Peut-être avait-elle repéré leur engin volant via des capteurs ? Non, cela ne lui paraissait pas cohérent.

Tout ce qu'il savait désormais, c'est qu'il se retrouvait enfermer dans un endroit plus minuscule qu'une chambre de dernière classe au Quartier Général de la Team Rocket. Dans cet endroit du commissariat, il n'y avait personne à part lui, et Dieu sait qu'en plus d'être prisonnier de la police nationale, il paraissait être prisonnier du temps en lui-même. Il ne pouvait rien faire à part penser, remettre en question sa misérable vie de voleur, ses sentiments à l'égard de diverses personnes et surtout… Prier pour que sa collègue revienne saine et sauve, avec un sourire en lui annonçant qu'ils sont libres. Prier, bien entendu, était un bien grand mot pour le jeune détenu : il n'était pas croyant, au contraire, il ne pouvait plus croire qu'un homme supérieur vivait et surveillait le moindre faits et gestes des hommes et des femmes. Son monde était si catastrophique que pour lui, il n'y avait personne d'autres sur terres que les humains, aucune force surnaturelle n'existait : Dieu n'était qu'un mythe duquel il s'était toujours moqué. Une seule chose pouvait le faire changer d'avis à propos du grand monsieur avec une toge blanche et de longs cheveux bruns : sa rencontre avec sa collègue.

Pratiquement personne n'aimait Cassidy, la trouvant hautaine, manipulatrice, égocentrique, prétentieuse et orgueilleuse. Au départ, lorsqu'il apprit qu'il devait faire équipe avec elle pour les ultimes épreuves de l'école d'entraînements de la Team Rocket, il se dit qu'elle n'était pas si terrible. Pourtant, le regard que la blondinette lui lança au moment où les équipes furent constituées était assassin. Celle-ci l'avait toujours considéré comme étant inférieur à elle, bien moins intelligent et elle se voyait déjà perdre face à sa rivale de toujours, Jessie, à cause de l'empoté qu'elle disait que Butch était. Elle n'avait rien d'attachant, et le nombre de fois où le jeune homme voulut changer d'équipière n'était pas possible à compter. Cassidy, se sachant naturellement obstinée et manipulatrice, n'hésitait jamais à faire plier son collègue, et cela pour n'importe quelle raison. Butch n'ignorait pas sa propre crédulité à l'égard de son équipière, mais il avait fini par se prendre d'amitié pour cette garce si détestée par les autres Rockets, mais en même temps jalousée de tous pour son incroyable beauté et son intelligence machiavélique hors normes.

Il pouvait le dire sans avoir peur de se faire réprimander : il était fier de devoir l'accompagner dans chacune de ses missions, de partager sa chambre avec elle et même d'être son larbin de service. Il n'avait plus de honte à être avec elle, car il la connaissait mieux que personne. Derrière son caractère extrêmement fort se cachait une sensibilité qui avait de multiple fois touché le jeune homme. Combien de fois l'avait-il entendue pleurer au beau milieu de la nuit ? Il était incapable de compter. Mais toujours, le lendemain matin, il se taisait sur ce qu'il avait entendu, laissant croire à sa collègue qu'elle était forte, que rien ne pouvait jamais l'atteindre. Ainsi était-elle : fière et supérieure de l'extérieure, brisée de l'intérieure.

Après plusieurs années passées ensemble, tous les jours de toutes les semaines du calendrier, elle n'avait pratiquement plus de secrets pour lui : il la connaissait par cœur, comme elle le connaissait parfaitement bien. Malgré de fréquentes et violentes disputes avec la blondinette, leur amitié avait survécu et leur duo avait très rapidement franchi les échelons des meilleurs Rockets, étant devenus les « chouchous » du Boss et d'un professeur complètement tapé. Leurs casses, à chaque fois, étaient fomentés avec rigueur, intelligence et malice, et tous leurs échecs étaient attribués à leur rencontre avec le trio de rigolos, vêtus de blanc et incapable de ramener un seul pokémon au quartier général. Jessie, James et Miaouss n'étaient que les pitres, les clowns, les incapables et une véritable honte pour la Team Rocket, mais Giovanni, le grand maître de l'organisation, ne souhaitait pas s'en débarrasser. Pour quelle raison ? Il ne le savait pas. En revanche, ce que Butch n'ignorait pas, c'était l'atroce perte financière que ses bouffons créaient. Dès le début, ces imbéciles étaient une tache sur le tableau parfait des voleurs de la Team Rocket : insupportables, inutiles, glandeurs. Trois mots qui, selon le jeune homme, les décrivaient à la perfection.

À l'image de ce trio d'incapables, Butch eut un sourire en coin, avec un léger rire. Ils avaient au moins le mérite de le détendre, ils ne pouvaient être fiers que de cela, puisque le reste n'était que du néant. Seulement, son rictus disparut aussi rapidement qu'il était apparu, songeant à nouveau à sa coéquipière qui subissait un interrogatoire surprise de la police. La peur lui prit au ventre à la simple idée qu'il allait lui aussi vivre ce cauchemar. Peut-être ne sera-t-il pas à la hauteur de sa camarade ? Peut-être la mettra-t-il dans le pétrin plus que de la sauver ? Si elle avait à aller en prison, c'est hors de question pour lui de l'abandonner. Cassidy n'était pas la seule dans le coup, mais le fait qu'elle fut le cerveau dans ce vol pouvait alourdir sa peine de prison.

Le jeune homme releva la tête lorsqu'il sentit la lumière s'allumer dans le couloir, dont un spot clignotait sans cesse. Le claquement des talons retentit, et son cœur se serra : peut-être Cassidy était-elle de retour ? Impossible, il ne parvenait à discerner qu'un seul et même bruit de pas, régulier et léger. Une agent Jenny vint se placer face à la grille de la cage, elle paraissait légèrement différente de celle qui était venue chercher son équipière. La jeune femme aux cheveux turquoise resta en silence devant la grille de la cellule, observant le jeune homme recroquevillé dans son coin. Elle finit par rompre le silence qui intoxiquait la cellule jusqu'à l'entrée du couloir.

- Souhaitez-vous manger ou boire quelque chose ? demanda-t-elle au prisonnier.

- Non, merci, lui répondit-il sans lever les yeux sur l'agent.

- Hurm… Bon… si vous désirez quoi que ce soit n'hésitez…

- Où est Cass ?

- Ces informations sont confidentielles.

- Pourtant vous venez de me dire que je ne dois pas hésiter si je souhaite quoi que ce soit. Et je désire savoir où est Cassidy ! commença à s'énerver Butch.

- Jeune homme, calmez-vous ou je me hâte d'appeler mes collègues !

Furibond, le jeune homme après avoir lancé un regard noir à la policière, se leva dans un saut et s'approcha rapidement de la grille, perdant tout son sang-froid. L'agent, n'étant guère assez rapide pour lui échapper, fut empoignée par le col de son uniforme et collée avec violence contre la grille par le voleur. Les dents serrées les unes contre les autres, la respiration haletante, Butch se remit à parler d'un ton menaçant :

- Où est Cassidy ?!

- Je ne peux rien dire et ce ne sera sûrement pas à un être ignoble comme vous que je le dirais, répliqua la jeune policière sans une once de panique.

- Vous êtes des ordures, vous tous, les flics !

- N'interchangez pas les rôles. Nous faisons le bien autour de nous, pendant que vous, vous volez des êtres innocents, agressez des personnes qui en resteront traumatisées à vie, et en plus de cela, je suis convaincue que vous êtes capables de tuer.

- Tuer ? Oh que oui on serait capable de le faire ! Tuer des flics ça doit être amusant.

Butch lâcha subitement la policière en voyant débarquer des hommes armés, qui vinrent au secours de l'agent Jenny. Ses sourcils se froncèrent pendant qu'un sourire en coin respirant la colère vint se positionner sur son visage, ridé de haine. Les regards que l'agent Jenny et lui se rencontrèrent, glaçants et claquants, le dégoût transpirant de chacune de leurs pores. Les hommes baraqués avaient leurs armes pointées sur le jeune homme, qui se recula et retourna dans le fond de sa cellule. Cela ne lui servait plus à rien de provoquer une nouvelle fois une profession si faible, sans courage et qui sentait mauvais à ses propres narines. Se collant au mur, croisant les bras et posant un pied contre la paroi gelée, il se savait observé par la policière, qui affichait un sourire sur son visage.

- Arcanin, sort de ta pokéball.

Le gros pokémon canin obéit immédiatement à sa maîtresse et s'assit à ses côtés, pendant que les deux policiers baraqués s'installaient de part et d'autre de la grille de la cellule.

- Arcanin, tu vas rester bien sagement devant cette grille, d'accord ? Il faut que tu gardes un œil sur ce dangereux prisonnier. S'il y a quoi que ce soit, aboie une fois puis attaque. Je compte sur toi, dit la policière en caressant affectueusement son pokémon.

Celui-ci se tourna instinctivement vers Butch, lui donnant l'impression d'être jugé. Le pokémon lorgna rapidement sur le détenu puis retourna sa tête vers le couloir, tête haute et fier. Butch avait la drôle de sensation d'être inférieur au bel Arcanin, qui était davantage confiant que lui-même.

« Cet Arcanin ressemble à Cassidy : son poil est aussi beau, brillant, soyeux et paraît aussi doux que les cheveux de Cass. Et que dire de l'attitude du pokémon ? Tête haute et fière, le dos bien droit et ce même s'il est assis… » pensa-t-il avec un léger rire, qui attira un regard réprobateur du pokémon fétiche de l'agent Jenny. Il abaissa son menton sur son torse et fixa ses yeux marrons sur le sol. « Même par ce regard, Arcanin te ressemble. Je ne sais combien de fois tu as pu me lancer un tel coup d'œil… Ah, Cass… Tu parviens à rester près de moi-même si tu n'es pas présente. Mais je t'en supplie, fais attention à toi. »