Avant-propos : Merci à Léa pour m'avoir aidé à contourner le problème de la langue française et trouver une sorte d'équivalence à " smart boy " qui ne sonne pas parfaitement meh.
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Brave, are you brave enough to see
The desires that you seek
The Devil's Playground – The Rigs
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Draco Malefoy était beaucoup de chose.
Il était le manipulateur au beau visage qui maniait ses charmes et ses manières pour conduire exactement les personnes là où il voulait qu'elles soient afin de les utiliser pour son bon plaisir. Il était le garçon arrogant qui n'avait aucun scrupule à tirer sur les fils que ses ancêtres avaient tissés à sa place, jouant entre chantage relationnel et abus de pouvoir comme un pianiste confirmé. Et pour de très – très – rares personnes, il était un ami loyal et féroce. Un « enfoiré de première » qui n'avait aucun scrupule à frapper un adversaire dans le dos, et pire, désarmé et affaiblit au sol.
Mais parmi toute ces choses, Draco Malefoy était loin, très loin d'être un idiot.
Et c'est exactement pour cela, qu'il avait peur de Tom Riddle.
Ce qu'il ressentait n'était pas le genre de frayeur qui paralysait un corps, empêchant l'air d'entrer dans les poumons, et qui pouvait entrainer la mort aux niveaux les plus extrêmes. Mais plutôt une appréhension qui le poussait à être constamment sur ses gardes lorsqu'ils se retrouvaient dans la même pièce. Ce qui, arrivait presque constamment depuis le soir où Tom avait franchi le bas de la porte de la maison accompagné de son père, et qu'il n'en était jamais reparti.
Draco aurait pu être jaloux, de la soudaine attention que son père portait à une personne qui n'était pas lui ,il aurait pu ressentir de l'indignation en constatant que son propre géniteur passait un temps considérable après le travail à inculquer tout ce qu'il lui avait appris durant son éducation, y compris la politique et les arts oratoires.
Mais le blond avait rapidement appris qui était Tom Riddle, et ce qu'il deviendrait à terme.
Il se chuchotait dans les couloirs du septième étages qu'un jour, il deviendrait Premier Ministre.
Et Draco riait, riait, riait, sans pouvoir s'en empêcher.
-Il y a quelque chose de drôle ?, Demanda Tom en arquant un sourcil dans sa direction sans pour autant fermer le livre qu'il tenait dans ses mains.
-Je trouve ça drôle qu'il ait fallu autant de temps pour qu'on retrouve un cadavre dans cette maison., Répondit le blond sans vraiment mentir.
Il trouvait effectivement cela plutôt causasse.
-Cependant, je doute que mes parents repartent en vacances à l'autre bout du monde de sitôt., Il ajouta avec un soupire de regret.
-Je ferais en sorte que cela ne se reproduise pas., Répondit Tom, le coin de ses lèvres se soulevant en une expression amusée.
-Au moins, son cas n'a pas nécessité de refaire l'intégralité de la peinture.
-Il n'avait encore rien fait qui méritait un tel… Traitement., Dit le brun en tournant la page de son livre.
Draco laissa son regard se poser sur le garçon assit en face de lui, et s'offrit le temps de trois inspirations et deux expirations pour élaborer la formulation de sa prochaine question avec la plus grande minutie.
-Pourquoi Harry Potter ?
Pourquoi est-ce qu'il a attiré ton attention ? Pourquoi est-ce que tu sembles fasciné par lui ? Pourquoi est-ce que tu as tué pour lui ? Pourquoi est-ce que tu sembles prêt à le refaire ?
-Pourquoi ?, Dit Tom en se reculant dans son fauteuil, fermant son livre en y plaçant un marque-page., Que penses-tu de Harry ?, Il continua en croisant son regard et Draco retint de justesse le soupire agacé qui voulait franchir ses lèvres.
Harry., Nota le blond., Pas Potter.
-Je pense que c'est le fils de ses parents., Commença Draco, contrôlant le froncement de ses sourcils sous le regard impénétrable de Tom., Il fera probablement un très bon défenseur des pauvres et des opprimés, comme sa mère.
-Hm., Fut la seule chose que Tom fournit comme simple forme de réponse et la plus grande surprise de Draco, un sourire se forma sur ses lèvres.
Pas l'un des rictus qu'il offrait en société, ni l'une des contorsions contrôlées qu'il abordait lorsque son père le présentait à des personnages importants de la société londonienne, non. Un véritable sourire, qui n'avait aucune autre signification que son sens premier. Draco en fit presque tomber la cigarette neuve avec laquelle il jouait.
Presque.
-Est-ce que tu veux parier avec moi, Draco ?
La voix de Tom le fit ciller, et cette fois-ci, il ne put empêcher ses sourcils de se froncer.
-Je ne paris plus contre toi depuis des années, tu le sais., Répondit le blond mécaniquement.
Son père lui avait toujours répété qu'il fallait apprendre de ses erreurs, et il avait fallu plus de trois échecs cuisants – et la perte d'une somme importante d'argent – pour qu'il comprenne que si Tom n'était pas certain de gagner, alors, il ne pariait pas.
Le brun balaya son refus d'un geste de la main.
-Que crois-tu que feras Harry, lorsqu'il apprendra la vérité ? Est-ce qu'il fuira à l'autre bout du monde pour se terrer dans un trou, où est-ce qu'il avertira les autorités compétentes ?
-J'espère pour sa durée de vie, que cela ne sera aucune de ces deux options., Répondit Draco, parce que même si Tom semblait ressentir toute cette fascination incompréhensible à ses yeux, le blond n'était pas sûr que cela suffise pour garder le brun en vie, s'il venait à faire quelque chose qui aurait le malheur de lui déplaire ou de le contrarier.
-Je tends à penser qu'il se dressera à mes côtés., Répondit doucement Tom, tout en ouvrant de nouveau son livre.
La question fusa sans qu'il puisse la retenir :
-Pourquoi ?
-Parce que, mon cher Draco, je peux être extrêmement persuasif, parfois.
Et le blond ne pouvait qu'être d'accord avec cette affirmation. Peu importe ce que Potter avait fait – ou ne pas fait – pour attirer l'attention de Tom Riddle, il n'était pas absolument certain que le brun s'en sorte sans une ou deux égratignures.
Enfin., Supposa Draco., Ce n'est pas comme si c'était mon problème.
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Harry aurait menti s'il avait affirmé que ses mains ne tremblaient pas, alors qu'il attendait appuyé contre un couloir de Hogwarts, non-loin de la porte qui menait au cachot, là où le professeur Snape donnait la quasi-totalité de ses travaux dirigés. Harry n'avait eu à supporter ce professeur que deux années, mais il lui semblait que cela était amplement suffisant pour toute une vie entière.
Heureusement, ce n'était pas pour lui, que le brun attendait devant sa salle.
Le lendemain matin de l'enterrement de Seamus Finnigan, Harry s'était lavé, séché, habillé, puis s'était rendu en cours, s'excusant pour son absence des jours précédents, et ignorant le regard que lui portait la moitié des élèves qu'il croisait.
A midi, il avait rejoint Hermione et Pansy qui débattaient vivement d'un sujet dont il ne se souvenait même plus. Il les avait regarder enchaîner argument sur argument, ne se quittant pas du regard comme si elles s'affrontaient déjà dans une Cour d'Assises, tout en mangeant une à une les carottes vichyssoises de son assiette. Puis une silhouette sombre était passé devant leur table, et Harry avait su qu'il s'agissait de Tom avant même que ses yeux ne se posent sur son dos, le suivant alors qu'il s'en allait rejoindre une table où Blaise Zabini était assis seul.
Chut., Souffla une voix près de lui, et des lèvres effleurèrent ses tempes.
-Je veux parler à Vous-Savez-Qui., Il avait alors annoncé, dans un calme qui l'avait surpris.
-Tu veux quoi ?, Avait demandé Pansy, quittant ainsi le débat qui l'animait toujours avec Hermione.
-Je veux lui parler., Avait patiemment répété Harry., Je ne lui ai pas à proprement parlé depuis la fête de chez Zabini et je –
Je veux savoir quel est le sens du souvenir qui me vient à chaque fois que je pense à lui.
-Je veux le remercier d'avoir pris soin de moi.
Pansy et Hermione avaient alors échangé un regard, et son amie avait pincé les lèvres.
-Je suppose que cela est la moindre des choses, après tout…
-Je peux te passer son numéro, si tu veux., Avait alors proposé Pansy en ignorant parfaitement les sourcils froncés de sa petite-amie dans sa direction.
Le brun avait souri :
-Non merci, je crois qu'il appréciait plus que je prenne mon courage à deux mains pour oser l'aborder., Une pause., J'irai le voir demain.
Harry espérait à présent avoir fait le bon choix.
Son cœur chuta dans sa poitrine lorsque la cloche raisonna, marquant le début du week-end. Les premiers étudiants à sortir de la promotion de Tom lui lancèrent des regards étranges, et Harry garda ses yeux rivés au sol, focalisé sur un point imaginaire, ne daignant pas montrer qu'il était mal-à-l'aise en devinant aisément ce qu'ils pouvaient penser.
Harry Potter attend la sortie de son petit-ami.
De ce que Pansy savait – et de ce que Draco avait bien voulu lui dire – Tom n'avait apparemment pas prit la peine de démentir les rumeurs qui couraient sur eux. Soit parce qu'il n'en voyait pas la peine, soit parce que cela viendrait à s'abaisser à des enfantillages dont ils avaient tous passé l'âge depuis longtemps.
Quoiqu'il en soit, puisque Tom n'avait fait aucun geste pour les faire taire, Harry n'avait rien fait non-plus.
Officiellement, il se disait que c'était parce qu'il ne voulait pas être celui qui s'attarderait sur ses ragots en premier.
Officieusement, il ne voulait pas donner à Tom l'illusion d'avoir honte que ce genre de chuchotis les lies d'une façon ou d'une autre.
Et s'il était parfaitement honnête avec lui-même, il –
-Harry.
Le brun cligna des yeux, sortant brutalement de ses pensées, et redressa la tête pour croiser les orbes onyx de Tom Riddle, qui le dévisageait avec un mélange de surprise et de satisfaction.
-Bonjour., Et ce n'est que grâce à ses entrainements pour parlerdevant un public qu'il arriva à prononcer ce simple mot sans bégayer lamentablement, ainsi que tout les autres qui suivirent., Est-ce qu'on peut parler ?
Tom tourna la tête pour observer les deux silhouettes qui l'attendaient un peu plus loin. Une fille serrant des livres contre sa poitrine, ses longs cheveux noirs bouclants dans un désordre organisé, et un homme qui consultait l'écran de son téléphone. Harry ne comprit pas ce que la fille avait lu dans la gestuelle de Tom, mais elle hocha la tête et donna un coup de pieds dans le tibia de la personne à ses côtés pour la faire avancer.
-Si tu es occupé ça peut –
-Non., Le coupa Tom en reportant son regard sur lui., Ce n'est rien qui ne peux être reporté à plus tard.
Le brun l'observa un instant, tentant de déterminer si Tom disait la vérité, mais rien n'était lisible sur les traits impassibles de son visage. Alors il finit par hocher la tête et laissa le Préfet l'entrainer dans les couloirs presque vides de Hogwarts. Harry sentait ses joues rougir à chaque fois qu'il surprenait le regard et le sourire entendu de certains étudiants sur eux. Lorsqu'ils sortirent sous les rayons du soleil dans le parc de l'école, Harry accueillit l'air frais comme une bénédiction.
-Je voulais te remercier., Commença Harry alors qu'ils atteignaient le vieux saule pleureur dont les branches étaient assez longues pour former un rideau de verdure, et donner l'illusion d'entrer dans un autre monde.
-Me remercier ?, Demanda Tom en laissant tomber doucement son sac de son épaule, avant de s'appuyer contre l'arbre.
-D'avoir pris soin de moi., Il marqua une pause., De m'avoir raccompagné chez moi après la soirée de Malefoy.
Ses yeux n'avaient pas quitté le visage de Tom. Un sourire se dessina sur ses lèvres et Harry sentit son cœur battre plus vite.
-Je ne pensais pas que tu t'en souviendrais., Répondit le plus vieux., Tu m'avais l'air d'être plutôt alcoolisé.
-Je n'étais pas saoul., Il répliqua d'une façon un peu plus sèche qu'il ne l'aurait voulu, et il se força à prendre une inspiration avant de continuer., Mon amie Hermione m'a accompagné à l'hôpital le lendemain, parce que je ne me souvenais de rien, et après ce qu'il s'est passé avec Finnigan…, Il laissa sa phrase en suspens., Il y avait des traces de GHB dans mon sang.
A ses mots, Tom se figea.
-Je te demande pardon ?, Il dit, mais Harry savait que son vis-à-vis l'avait parfaitement entendu et compris.
-Heureusement, tout va bien., Il enchaîna en basculant sur ses talons d'avant en arrière., Je n'ai rien, et j'ai l'impression que c'est grâce à toi. Alors, s'il y a quelque chose que je puisse faire pour te remercier, fait le moi savoir.
Un ange passa entre eux.
-Tu devrais faire attention avec les mots que tu prononces, Harry., Souffla Tom, et le brun cligna des yeux, lentement.
Il ouvrit la bouche pour répondre, mais la referma rapidement lorsqu'il vit le plus vieux se rapprocher de lui, et ce n'est qu'alors qu'il se rendit compte qu'il avait laissé Tom les isoler à la vue du reste du monde. Et Harry aurait de nouveau mentit, s'il avait affirmé qu'il ne ressentait pas de la peur en cet instant.
Mais, il en aurait également fait autant, s'il avait déclaré n'avoir ressenti uniquement que de la peur.
-Vois-tu., Continua Tom, sans remarquer son trouble – ou sans daigner y faire attention., Je pensais que tu voulais me voir pour parler des rumeurs qu'il y a sur nous pour que j'y mette un terme.
-Ce ne sont que des rumeurs., Répondit Harry en trouvant le courage de ne pas reculer, même lorsque le plus vieux tendit la main pour dégager son front des mèches noirs rebelles qui tombaient devant ses yeux.
-Cela ne te dérange pas ? Que tout le monde chuchote sur ton passage que tu es impliqué dans une relation avec moi ?
Il y avait, songerait plus tard Harry dans son lit, un millier de façon différente d'évoquer le sujet. Mais parmi tous les termes qui existaient, Tom avait choisi ceux-là. « Impliqué dans une relation ». Et le brun aurait beau de toute ses forces chercher à comprendre pourquoi le plus vieux avait utilisé un mot qui donnait un côté péjoratif à la chose, il n'y arriverait pas, et finirait par s'endormir sur ce nouveau mystère.
-Non., Répondit Harry, choisissant la carte de l'honnêteté.
Si Tom semblait le genre de personne à répondre à une question par une autre, le brun avait l'impression qu'il n'appréciait pas quand les autres utilisaient cette méthode sur lui.
-Bien., Répondit Tom, et avec un sourire il ajouta., Tu m'as demandé ce que tu pouvais faire pour me remercier ? Alors, je souhaiterais que la situation reste comme elle, et que tu continues de ne pas démentir ce qu'il se passe ou pas entre nous.
Harry cilla :
-Pourquoi ? Qu'est-ce que cela t'apporte ?, Il ne put s'empêcher de demander, confus.
-Une certaine forme de tranquillité, dirons-nous.
Et dans l'intonation de sa voix, dans l'inclinaison de sa tête, dans l'intensité de son regard, Harry comprit que Tom ne parlait pas seulement du répit hypothétique que ce consensus lui apporterait vis-à-vis de toutes les personnes qui lui courraient après. Comme pour toute les choses qui semblaient le concerner, il devait forcément y avoir autre chose. Le brun avait suffisamment observé le Préfet pour savoir que celui-ci était passé maitre dans l'Art subtile de rejeter les personnes sans les froisser. Des pas sur le côté pour éviter que des doigts s'enroulent autour de son bras, aux répliques acerbes enroulés dans un sourire doux, le plus vieux avait peaufiné et affiné sa technique jusqu'à la rendre imparable.
-Nous dirons également que je te crois., Répondit Harry, sentant malgré-lui, un sourire se dessiner sur ses lèvres en réponse au sien.
-Sage, sage décision., Dit simplement Tom, et le brun pouvait entendre le « bon garçon » qu'il n'avait pas prononcé, mais qu'il avait assurément pensé.
Harry s'attendait à se sentir vexé – honteux – que quelqu'un emploie ce ton presque infantilisant pour s'adresser à lui, ces inflexions que même ses propres parents n'utilisaient plus avec lui depuis longtemps, mais il n'éprouva rien de tout cela.
Et le brun se demanda ce que cela démontrait de sa personne.
-Hm., Il commença en s'humectant les lèvres., Eh bien, je crois que j'ai dit tout ce que j'avais à dire alors…
-Est-ce que tu veux que je te dépose ?, Le coupa Tom en se baissant pour récupérer son sac.
-Tu habites littéralement dans la direction diamétralement opposée à la mienne., Refusa Harry en secouant la tête., J'ai l'habitude de marcher.
-Dois-je te rappeler que j'ai de bonne grâce fait un aller-retour à deux heures du matin pour te reconduire chez toi ?, Demanda de façon totalement rhétorique le plus vieux sans lui accorder un seul regard, se contentant de sortir les clés de sa voiture de sa poche et de quitter la protection du saule pleureur, forçant Harry à allonger le pas pour le rattraper.
-La situation était différente !
Mais à tous les arguments que Harry s'efforçait de lui présenter, Tom avait déjà deux contre-arguments de prêts.
-Au lieu de vouloir devenir Premier Ministre, tu devrais devenir avocat., Commenta Harry, alors qu'ils arrivaient devant la voiture du plus vieux.
-Tu penses que je veux être Premier Ministre ?, Lança Tom en ouvrant la portière conducteur, attendant que Harry fasse de même avec celle passager.
Ils s'affrontèrent quelques instants du regard, et Harry finit par capituler dans un soupire, faisant docilement le tour du véhicule.
-Tout le monde le pense, Tom., Il répondit une fois la portière claquée et sa ceinture bouclée., Tu ne peux décidemment ne pas être au courant de cela.
-Effectivement, je le suis., Il dit, les yeux rivés sur la circulation., Mais je t'ai demandé si toi tu pensais que je voulais être Premier Ministre.
La tête appuyée contre la vitre, Harry laissa son regard circuler librement sur le plus vieux. Du trait de sa mâchoire franche, de la clavicule qu'il pouvait entrevoir grâce au col de sa chemise qu'il avait déboutonné de trois boutons lorsqu'ils étaient sortis de l'école, à la paume de sa main qui était fermement posé contre le levier de vitesse.
-Tu aimes le contrôle., Il dit après quelques instants de silence, et ce n'était pas une question., Tu supporterais mal d'être à la tête d'un système dont chacune de tes décisions seraient décortiqués, épluchés, votés, et finalement rejetés.
-Est-ce que tu viens juste de m'appeler un dictateur ?
Harry ne manqua pas le rictus qui était apparu au coin de ses lèvres.
-Est-ce que j'ai tord ?, Il enchaîna, dérogeant à la règle qu'il s'était de lui-même imposé plus tôt.
-Non., Répondit le Préfet avec un soupire qui n'exprimait pas de lassitude.
Harry se mordit la langue pour se retenir de lui demander si cette obsession du contrôle venait du fait qu'il n'avait jamais eu le moindre choix dans son enfance, ni aucune maîtrise sur son destin et sa vie.
Ce n'est qu'une dizaine de minute plus tard, lorsque Tom se gara devant chez Harry, qu'il reprit la parole :
-Que crois-tu que je deviendrais, alors ?
Le brun détacha lentement sa ceinture de sécurité.
Dis papa, je me demandais, pourquoi est-ce que toi et Sirius tenez tant à ce que je reste éloigné de Tom Riddle ? Est-ce qu'il fait partie de la mafia de Londres ou quelque chose dans le genre ?
Sous le regard attentif de Tom, Harry avait l'impression que la moindre de ses pensées s'inscrivaient dans le soudain tressaillement de ses doigts, dans l'inspiration un peu plus longue qu'il venait de prendre, et même dans le pincement de ses lèvres.
-Je ne sais pas s'il est prudent que je réponde à cette question., Il murmura, ne s'autorisant pas à détourner le regard., Mon père m'a mis en garde contre toi, tu sais., Il s'entendit ajouter, comme pour justifier son comportement.
-Ah, vraiment ?, Demanda Tom, et l'éclat qui s'alluma dans ses yeux ne promettait rien de bon, malgré le sourire nonchalant sur ses lèvres., Et est-ce que tu as l'intention de l'écouter ?
Harry repensa aux recherches qu'il avait déjà effectués, et toute celles qu'ils comptaient faire encore, et la réponse s'imposa d'elle-même dans son esprit.
-Non., Il répondit.
Peu-importe comment tout ceci se finirait, Harry Potter n'était pas prêt à renoncer. Et peut-être qu'Hermione avait raison en appelant sa fascination une obsession malsaine et pas juste une curiosité passagère.
La vérité était que Harry avait attendu patiemment pendant des années que le sort lui fournisse une excuse pour assouvir sa soif de connaissance sur Tom Riddle.
-Bien., Conclu Tom, et le brun eu l'impression qu'un nouvel accord venait d'être celé entre eux.
Un pacte qui n'avait encore ni nom ni forme, et dont Harry ne pouvait pour le moment pas en deviner les enjeux ni les limites, ni même son dessein final. Le brun n'avait toute sa vie que connu l'ordre quasi-militaire de sa mère, l'impulsivité courageuse de son parrain et de son père, et la rigueur ferme d'Hermione. Il n'avait jamais été confronté à quelqu'un qui ressemblait de près ou de loin au plus vieux.
Et Tom Riddle était un océan.
Le mouvement de ses actions mi-passives mi-agressives, n'avaient pas tout le temps pour but de faire couler les personnes qui s'aventuraient dans ses eaux troubles. Mais le seul moyen de découvrir ce qu'il y avait réellement à perte de vue, était de tenter une traversée.
Heureusement pour Harry, son père lui avait appris très tôt à naviguer. Il n'avait plus qu'à espérer que le temps serait clément avec lui.
Lorsqu'il sortit de la voiture et qu'il resta un instant sur le trottoir pour contempler la voiture de Tom qui s'éloignait, et que son regard tomba sur la plaque d'immatriculation, il comprit que son voyage serait tout, sauf un long fleuve tranquille.
Et il avait oublié de lui parler de son souvenir.
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-Hermione, je suis mort., Prononça Harry à la seconde où sa meilleure amie daigna décrocher son téléphone au bout de la quatrième sonnerie., Souviens-toi, je veux des anémones sur ma tombe, pas des roses blanches, je déteste les roses blanches. Et je veux que tout le monde chante The Show Must Go On pendant que mon cercueil remontera l'allée de l'église.
-Si tu veux des anémones arrange toi pour mourir au printemps ou en automne, pas en plein hiver., Fut la seule chose que la brune répondit.
Harry étouffa une plainte dans son oreiller.
-Il ne faudra pas faire la surprise lorsque je disparaitrais de la surface de la terre parce que mon corps sera trop bien caché, ou que les restes de mon cadavre seront dissous dans de l'acide.
-D'accord., Dit Hermione et Harry l'entendit fermer un livre., Spoil moi ta mort, qui est le tueur.
-Tom Riddle., Répondit Harry en se retournant sur le dos pour contempler son plafond., Je crois qu'il sait que j'enquête sur son passé et que je me suis rendu à son ancien orphelinat. Non, en fait j'en suis sûre. Parce qu'il n'y a aucun moyen que cela soit une coïncidence., Il continua, réfléchissant à voix haute.
-Attend, Harry, prend une inspiration et recommence plus lentement et me donnant un contexte.
Le brun ferma les yeux, prit une inspiration, et commença à relater les faits, lui racontant la voiture qui était garée non-loin de lui alors qu'il attendait le bus et qui ressemblait au modèle que conduisait Tom, et que dans un élan de paranoïa aigüe, il avait noté le numéro de la plaque dans une note de son téléphone.
-La plaque correspond à celle de Tom., Finit Harry., Je l'ai vu, lorsqu'il est reparti après m'avoir déposé.
Le silence d'Hermione, à l'autre bout de la ligne, était à lui seul révélateur de la gravité de la situation.
-Peut-être qu'il était simplement en visite chez une connaissance à lui ?, Demanda Hermione mais au ton de sa voix Harry pouvait deviner qu'elle n'était pas plus convaincu que lui par théorie.
Il y eut un autre silence.
-Harry., Demanda Hermione d'une voix tendue., Comment Riddle savait-il que tu allais te rendre là-bas ?
Des points de couleur dansèrent devant ses yeux alors qu'il se redressa un peu trop vite dans son lit.
-Est-ce que tu l'as dit à Pansy ?, Il demanda, sans se soucier de paraître brusque.
-Évidemment que non., Répondit Hermione, compréhensive.
-Est-ce qu'un particulier peut mettre quelqu'un sur écoute ?
-Je ne sais pas, Harry., Souffla son ami et le brun pouvait la visualiser en train de se masser les tempes.
Son regard balaya les murs de son appartement, comme s'il s'attendait presque à y trouver des caméras de surveillance. Si Hermione n'avait parlé de personne de ses projets, si son téléphone et la maison de ses parents n'étaient pas sur écoute – et pour la deuxième option il était quasiment certain que c'était le cas – alors, cela voulait dire que Tom l'avait délibérément suivi depuis sa maison à Godric's Hollow et –
Oh.
-Hermione., Il prononça, se sentant au bord d'un rire qui n'exprimerait en rien du bonheur., Je n'habite qu'a une vingtaine de minute à pieds de chez Blaise Zabini.
-Oui, et ?
-Je dois me diriger vers l'est pour y aller., Continua Harry, ses lèvres tremblotant en tentant de contenir son hilarité., Mais du manoir des Malefoy, il faut aller vers l'ouest.
A l'instant où il entendit Hermione une profonde inspiration, il sut qu'elle avait compris.
-Tom n'aurait jamais dû se retrouver sur ton chemin cette nuit-là.
Je savais bien, que ta silhouette ne m'était pas étrangère.
-Il faut que tu en parles à ton père, Harry.
-Non., La coupa Harry en se levant pour se poster devant sa fenêtre.
-Harry, ton père et ton parrain ne semblent pas être des personnes à se méfier des personnes pour rien, et même si ta mère a dit qu'il avait été innocenté, des gens ont affirmés qu'il avait poussé volontairement une fille d'un arbre.
-Des suppositions, Hermione., Contra Harry, en se demandant pourquoi il ressentait le besoin de défendre Tom., C'est ce que McGonagall nous répète tout le temps. On ne peut rien faire en se basant sur des suppositions.
-Renonce alors., Dit son amie sans se laisser démonter., Cela devient beaucoup trop étrange, tu le sais.
Oui, il le savait.
-Je ne peux pas., Il dit doucement., Je ne pense pas que Riddle me laisse faire demi-tour à présent. Il faut que j'aille au bout.
Sage, sage décision.
-Promet-moi que si cela devient dangereux, tu préviendras ton père ou Sirius., Implora Hermione.
-Promis., Il dit avant de raccrocher.
Et de baisser les yeux sur ses doigts croisés.
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Serrant la mâchoire, Harry gardait les yeux résolument fixé sur l'aiguille des secondes de l'horloge murale d'une des nombreuses salles de cours de Hogwarts.
Il ne restait que très exactement quinze toute petites minutes avant que la cloche ne sonne la douce musique qui le délivrerait de son enfer personnel. Il devait tenir. Cela ne servait vraiment à rien de faire un esclandre maintenant. Quitte à prendre le risque de se faire virer de cours – et Harry savait qu'il prendrait la porte s'il daignait ouvrir la bouche – cela n'avait plus aucun intérêt si proche de la fin.
-Et je suppose que tout le monde ici se souvient de l'effroyable coup d'état qu'ont essayés de commettre le parti adverse avec l'aide de la police, en essayant d'accabler Cornelius Fudge l'année dernière, sous-couverts de fausses preuves de détournement d'argent., Continuait de monologuer la voix affreusement aigüe de Dolores Ombrage sans aucun répit, assommant son auditoire de données erronées.
-Donc vous êtes en train de dire que le rapport rendu au Procureur n'était qu'un tissu de mensonge ?, Harry s'entendit prononcer, avant même de n'avoir pu penser à ravaler ses mots.
Le silence s'abattit dans la classe, et les vingt paires d'yeux que composaient ses camarades de classe, son professeur y comprit, se posèrent sur lui. Harry redressa sa posture.
-Il a été prouvé par les enquêteurs de la police de Londres que Fudge avait bel et bien détourné des centaines de millions de Galions à travers des emplois fictifs surpayés dont bénéficiait sa femme., Il continua en se redressant sur sa chaise, car, maintenant qu'il avait commis l'irréparable, autant aller au fond des choses.
-Et je suppose que c'est votre père qui vous a raconté tout cela, n'est-ce pas ?,Contra Ombrage et son sous-entendu était parfaitement compréhensible de tous.
-Il n'en a pas eu besoin, Professeur. Contrairement à vous, je suis capable de lire des rapports et d'en tirer des conclusions qui ne sont pas près-pensées.
Le brun évita de justesse la craie rouge que la femme avait envoyé dans sa direction. Clignant des yeux, il se retourna lentement pour vérifier s'il ne venait pas d'halluciner. Mais non. La craie était belle et bien là, brisée à présent en plusieurs morceaux sur le sol, reposant dans un halo de poudre rouge.
Harry songea que l'image n'était pas dénuée de charme.
Ne cherchant pas à masquer son sourire, le brun reporta son regard sur Ombrage, dont le visage avait pris cinq teintes.
-Vous viendrez dans mon bureau à la fin des cours, Potter., Elle siffla, et Harry haussa un sourcil.
-Pour quel motif, exactement ?
-Le motif qui me plaira., Répondit la femme.
-Si vous comptez me retenir après la période obligatoire de mon emploi du temps qui, le jeudi, se comprend de dix heures à dix-huit heures quarante-cinq, vous devez me fournir une raison valable et en accord avec le règlement de l'établissement dans le cas contraire, je n'ai aucune obligation de vous obéir.
Le silence s'épaissit, et Harry avait l'impression que ses camarades n'osaient respirer un peu trop fort. La seule personne qui semblait apprécier le spectacle était Draco Malefoy, deux rangés plus en avant que lui, et qui posait sur le brun un regard parfaitement amusé.
-Vous viendrez ce soir, à dix-neuf heure précise, où j'écrirai une lettre d'appréciation si peu glorieuse que je vous garantis que vous n'obtiendrez un stage d'étude nécessaire à la validation de votre diplôme nulle part en Angleterre et ailleurs.
Harry serra la mâchoire.
-Me suis-je bien fait comprendre ?, Continua Ombrage.
Il hocha la tête avec raideur. Quelque part dans l'école, la cloche sonna.
Harry fut le premier à quitter les lieux.
Fillon rend l'argent.
Dans les commentaires on m'a demandé où était Ron, et en réponse à cela je dirais : je n'en sais absolument rien. Il a été évoqué et puis il est reparti, et je ne pense pas qu'il réapparaitra un jour. Ou peut-être que oui, mais je ne garantis pas que l'intégralité de ses membres soient toujours rattachés à son corps.
Merci pour toutes vos petits commentaires et mots gentils, vous ne savez pas à quel point cela me fait plaisir.
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Une review ?
