Il était huit heure du matin et dans le hall d'entrée du Ministère de la magie, les fonctionnaires arrivaient en masse pour commencer leur journée l'air apeurés. Déjà qu'on avait dû essuyer une chasse aux nés-moldus, on était maintenant en pleine chasse aux mangemorts. Tout sorcier non-né-moldu qui n'était pas blanc comme neige était impitoyablement arrêté et questionné. L'ambiance était à la paranoïa et chacun regardait son voisin avec un fond de suspicion.

Comme des dizaines d'autres, Severus se matérialisa dans une flamme verte et sortit de la cheminée du ministère mais son accueil différa quelque peu de l'ordinaire. Aussitôt qu'il descendit la marche de la cheminée, il fut reconnu par un ancien élève à qui il avait fait la vie dure.

- C'est Severus Rogue le mangemort ! SÉCURITÉ ! SÉCURITÉ ! cria le poufsouffle.

Avant d'avoir pu faire un geste, Rogue fut tout à la fois stupéfixé, expéliarmé, jambe-encotonné et saucissonné par divers sortilèges qui jaillirent de la foule avec un bel ensemble. Avec un grand BANG ! il fut violemment projeté dans le fond de la cheminée d'où il venait de sortir et s'écrasa par terre avec un bruit sourd.

- Poussez-vous ! Poussez-vous !

Deux agentes de sécurité se précipitaient sur les lieux du drame, baguettes levées. De peine et de misère, elles réussirent à se faufiler dans la foule des curieux agglutinés.

Des « C'est Severus Rogue ! » « C'est un mangemort ! » « Il a tué Albus Dumbledore ! » retentirent sur leur passage. Enfin elles arrivèrent à atteindre la cheminée et contemplèrent le désastre.

- Va vérifier ça avec Huxley, dit la plus âgée des deux.

Tandis que sa collègue repartait en courant, l'agente se positionna devant la cheminée et croisa les bras pour empêcher la foule de faire un mauvais parti au sorcier pétrifié. La jeune femme revint après quelques minutes, essoufflée.

- C'est bon. Tout est en ordre. Il a une autorisation A4, haleta-t-elle en montrant une passe avec la photo.

La plus vieille hocha la tête.

- Circulez ! Circulez ! Il n'y a plus rien à voir ! cria-t-elle.

- Mais vous n'allez pas le laisser entrer comme ça ! dit un sorcier insulté.

- Ce monsieur a une autorisation ministérielle ! dit l'agente d'un ton abrupt. Si vous voulez vous plaindre, demandez une audience au bureau du ministre.

Après un moment d'hésitation, la foule se défit avec des murmures de désapprobation tandis que la jeune agente tentait de libérer Rogue des nombreux maléfices qu'il avait reçus.

- Bon sang ! Ils n'y sont pas allé de main morte … Édith …

Malgré l'aide de sa collègue, il fallu bien dix minutes à la jeune femme pour le libérer de tous les sortilèges. Finalement Severus se releva de peine et de misère en lui lançant un regard noir.

- Guère surprenant que vous ayez échoué presque tous vos ASPICS mademoiselle Hervé, gronda-t-il.

La jeune femme rougit devant le professeur de potion tandis qu'il se dépoussiérait d'un coup de baguette furieux.

- Je vous accompagne, dit Édith en lui tendant la passe. Je vous suggère de la mettre bien en évidence.

Tandis qu'on les dévisageait de loin, Rogue épingla la carte sur sa poitrine et insulté, suivit l'agente jusqu'aux ascenseurs. Des murmures paniqués s'élevèrent parmi les gens qui attendaient déjà. Ils regardèrent le mage avec frayeur en s'éloignant rapidement si bien qu'un grand cercle se forma autour de lui. Les portes s'ouvrirent mais accompagné de son escorte, il fut le seul à entrer dans le petit cubicule mobile. Ils descendirent jusqu'au quatrième et se trouvèrent dans un couloir garni de cadres et de riches boiseries. D'un côté le couloir s'allongeait sans qu'on puisse en voir la fin, de l'autre une grande porte sculptée était ouverte, donnant accès aux locaux du premier ministre.

Édith lui indiqua la porte et repartit. Severus entra dans la pièce vaste et imposante tandis que les portraits des anciens ministres en poste le dévisageaient gravement.

- Monsieur Rogue, assoyez-vous, dit la secrétaire qui ne semblait pas surprise de le voir.

Plusieurs canapés confortables garnissaient la pièce aux murs de bois foncé. Le sorcier prit place pour attendre. Presque une heure plus tard, il attendait toujours et commençait à se sentir de plus en plus furieux. Finalement, on l'appela.

- Monsieur Rogue, le premier ministre va vous recevoir.

Il se leva l'air crispé et ouvrit la porte lambrissé que l'assistante lui indiquait. Habillé de violet, un petit chapeau rond de même couleur posé sur la tête et des anneaux scintillants aux oreilles, Kinsley Shakelbolt griffonnait assis à son bureau. Il leva la tête pour dévisager le nouvel arrivant et Severus fut aussitôt persuadé qu'il l'avait fait attendre aussi longtemps juste pour l'insulter.

Severus Rogue…, dit Kinsley en le regardant d'un air assez peu amical.

- Kinsley Shakelbolt, dit Rogue en lui rendant la pareille.

Le nouveau ministre intérim releva le menton pour le toiser. Pendant plus d'un an Rogue avait été à ses yeux le plus méprisable des traitres et un ignoble meurtrier. Malgré que Potter ait juré qu'il n'en était rien, le considérer soudain comme un collègue n'allait vraiment pas de soi.

- Vous savez vous faire attendre Severus, dit-il d'un ton acerbe.

- Je ne pouvais pas venir plus tôt, répondit sèchement le sorcier.

- Il ne saurait être question de venir quand cela vous arrange. Nous avons des aveux à faire vérifier qui ne souffrent aucun délai !

- Je sortais de l'hôpital et votre messager n'était pas prévu. Il n'y a rien de surprenant à ce que j'ai eu un empêchement, argumenta le sorcier en le dévisageant sombrement.

- Imprévu ou non, vous vous êtes engagé à porter assistance au ministère ! Je ne tolérerai pas que vous nous fassiez faux bond !

- Vous semblez sous pression Kingsley, dit Rogue faussement compatissant.

- Qu'est-ce que vous croyez !? Nous sommes en plein cauchemar !

- Puis-je vous rappeler que le Seigneur des ténèbres est mort, dit-il froidement.

- Ses mangemorts sont encore partout et je sais pertinemment que vous étiez chez-vous ! dit-il sévèrement.

- Il vous suffit de savoir que j'ai été retenu pour des raisons d'ordre privées, dit Severus d'un ton tranchant.

- Rien ne peut être plus important que votre tâche ! répliqua Kingsley hors de lui.C'est une question de sécurité nationale. J'exige une explication !

Rogue le fixa comme s'il allait le pulvériser.

- Puisque c'est une question de sécurité nationale, je suppose que je n'ai pas le choix de vous informer que je faisais l'amour pour la première fois avec une femme que j'étais certain d'avoir perdue à jamais, dit-il glacial.

Shacklebolt sembla se pétrifier. Un silence affreusement gênant s'en suivit puis réalisant à quel point ses questions étaient non seulement déplacées mais trahissaient son mépris, il baissa les yeux.

Rogue le fusilla du regard.

- J'ai payé extrêmement cher pour que ce soit vous plutôt qu'un mangemort qui soit assis à ce bureau, cracha-t-il. Ne l'oubliez pas Shacklebolt !

- Non. Bien sûr que non, dit Kingsley qui dans les faits y avait plus ou moins pensé.

Il s'éclaircit la gorge d'un air contrit mais le sorcier ne semblait pas disposé à le mettre à l'aise.

- Vous avez raison. Vous ne méritiez pas cet accueil. Je vous présente mes excuses.

Rogue le fixa comme un vautour du haut d'un gibet.

- À quel sujet vouliez-vous me voir ? dit-il avec dédain.

Reprenant contenance, Kingsley fouilla sur son bureau et sortit une liasse de parchemins ficelés dans un dossier de cuir.

- Le plus important est la déposition de Lucius Malefoy. Nous venons tout juste de l'obtenir. Il passera devant le conseil dans deux jours. Les gens doivent voir que nous agissons sinon ... C'est pourquoi c'est aussi pressé. Vous comprenez …

L'air fort peu compréhensif Rogue lui arracha presque le dossier des mains.

- Mon assistante vous a réservé la dernière salle au bout du couloir, l'informa Kinsley qui ne savait plus trop où se mettre.

Rogue fit demi-tour pour se diriger vers la porte mais il se ravisa.

- Si vous tenez tellement à ma présence, dit-il en se retournant, je vous suggère d'annoncer officiellement que je suis un allié avant que je me fasse déchiqueter par vos fonctionnaires.

Severus lui jeta un regard méprisant, tourna les talons et sortit en faisant voler sa robe derrière lui. D'un pas furibond, il se rendit au fond de l'interminable passage en ignorant les regards méfiants et stupéfaits des employés qu'il croisa. Il atteignit enfin son bureau, y entra et ferma la porte en plaignant d'avance le premier qui oserait venir le déranger.

Il ouvrit le dossier et se plongea dans la déclaration de Lucius. Il ajouta quelques notes, clarifia quelques détails puis le referma en se disant que son ancien préfet devrait s'en sortir. Il passa ensuite aux aveux d'autres mangemorts qui attendaient leur audience. Il devait vérifier les déclarations, les recouper avec ce qu'il savait et débusquer les mensonges.

Ce n'était pas facile mais ce le devint encore moins car à mesure que les jours passaient et surtout que les nuits avec Liz s'accumulaient, le sorcier expérimenta des difficultés imprévues.

Alors qu'il tentait de séparer le vrai du faux, il était déconcentré par des images troublantes et complètement hors de propos. Par exemple, au beau milieu des pires aveux, il se surprenait à songer à l'appétissant derrière de la jeune femme ou à penser à sa douce poitrine, d'autant plus obsédante lorsqu'il la revoyait tressauter joliment devant son nez.

Évidemment, il se secouait et revenait à ses papiers mais plus il découvrait l'amour charnel, plus il éprouvait de difficulté à maîtriser ces divagations involontaires qui devenaient de plus en plus élaborées au fil des semaines. Il en ressentait même une certaine culpabilité tant ces rêveries délicieuses étaient mal assorties aux lectures malsaines qu'il devait éplucher.

Il s'appliquait avec la plus grande concentration, tentait à toute force de se discipliner, s'en voulait et finissait même se vouer au diable, rien n'y faisait.

Recoupant la destruction de toute une famille, ses lèvres se nichaient dans son cou, couraient sur son ventre, le saisissait tout entier. Alors qu'une jeune fille était déchiquetée par un loup-garou, il revoyait son sexe satiné qui lui faisait penser à une pêche dont on aurait enlevé une tranche, un fruit dont il s'était régalé avec une gourmandise qu'il ne se connaissait pas. Tandis qu'on torturait un innocent, il entendait ses plaintes et ses cris sous ses coups de reins passionnés. Au moment où on pendait un sorcier né-moldu, ses jambes s'enroulaient autour sa taille et sa chair se serrait délicieusement autour de lui …

- Severus.

Le sorcier sortit de sa rêverie pour dévisager Kinsley qui était entré, un parchemin à la main.

- La grande chancelière a eu un malaise et toutes les audiences de demain sont suspendues, dit-il en lui montrant le parchemin garni d'un sceau officiel.

Un air méfiant se peignit sur les traits de l'ancien mangemort qui trouvait plutôt étrange que le premier ministre vienne le voir en personne pour si peu.

- Rien ne presse plus alors prenez le reste de la journée, dit Kinsley un peu trop jovial. J'imagine que vous avez sûrement … une amie à voir.

Severus lui jeta un regard noir.

- Rassurez-vous, je n'ai rien dit à personne, dit-il l'air innocent.

Il haussa les épaules avec un zeste d'ironie

- Malgré que par les temps qui courent, j'ai presque l'impression d'être votre gardien du secret alors sachez que si jamais vous voulez informer la population vous pouvez compter sur mon appui, dit-il taquin.

Rogue pinça les narines et contrôla avec peine une puissante envie de le métamorphoser en cabinet de toilette.

- Vous comprenez, à force, tout ça prend les dimensions d'une affaire d'état, dit-il en ignorant sciemment les œillades assassines du sorcier. C'est au point où on reçoit tellement de courrier à votre sujet qu'on ne sait plus quoi en faire.

- Je vous ai déjà dit que vous pouviez tout brûler, rappela Rogue avec un air d'outre-tombe.

- Allons Severus, ne le prenez pas comme ça. Si vous voulez je peux accorder une entrevue à votre magasine préféré. Après tout, les membres de l'Ordre du phœnix doivent se serrer les coudes.

Furieux, Rogue blêmit de rage et Kingsley jugea qu'il était temps de battre en retraite. Il s'éclipsa en riant dans sa barbe et disparut dans le couloir d'un pas guilleret.

Le sorcier ferma la porte d'un coup de baguette rageur.

Très décevant.

Dire qu'il avait cru que Kingsley était un sorcier sérieux. Mais évidemment, tout le monde ne gagnait pas à être connu.

Severus marqua la page d'un geste de baguette, ferma le grimoire et se leva pour prendre son sac. Il saisit la poignée de la porte puis resta immobile un moment comme pour se préparer à l'épreuve qui allait suivre. Finalement, n'ayant guère d'autre choix, il prit son courage à deux mains et sortit dans le couloir.

Il marcha d'un pas pressé en tentant de ne regarder personne mais il croisa au moins cinq employés de bureau qu'il ne connaissait pas mais qui le saluèrent avec des sourires éclatant auxquels il fut bien obligé de répondre par des signes de tête indifférents.

- Monsieur Rogue !

Il tenta d'ignorer l'impertinent mais le petit sorcier à moitié chauve arriva en courant avec un sourire fendu jusqu'aux oreilles.

- Excusez-moi de vous déranger mais mon fils veut absolument avoir votre autographe. Ça lui ferait vraiment très plaisir, dit le petit homme en lui tendant une photo et une plume.

C'était la sempiternelle photo du magasine Sorcière d'aujourd'hui, celle qu'il détestait le plus au monde. Il n'avait qu'une seule envie, refuser. Cependant, après que la fille d'une employée se soit mise à sangloter en plein milieu de l'entrée du ministère et que sa mère enragée lui ait lancé un sort de chauve furie, il avait comprit. Signer était la seule option.

- Mon fils s'appelle Samy, avec un seul M. Merci pour tout ce que vous avez fait monsieur Rogue. Nous vous sommes tous infiniment reconnaissants. Mon fils vous vénère, vous êtes son héro ! Il gardera cette photo à jamais !

C'était loin d'être une bonne nouvelle et Severus gribouilla de mauvaise grâce en maîtrisant une intense envie de lui faire avaler la plume.

- Dites, Voldemort vous l'avez connu en personne pas vrai ? Il était vraiment aussi effrayant qu'on le dit ? demanda le sorcier avec curiosité.

Rogue serra les mâchoires. Cette détestable habitude de le prononcer ce nom sans la moindre gêne lui donnait envie de hurler. Sans se soucier de répondre, il rendit le portrait abhorré au petit homme qui se confondit en remerciements puis il s'éloigna au plus vite. Par quelque miracle, il réussi à atteindre l'ascenseur sans autres mésaventures. Il l'appela et les portes s'ouvrirent. Des mémos multicolores et deux jeunes femmes s'y trouvaient déjà. La première baissa la tête et rougit furieusement tandis que la seconde beaucoup moins timide, lui souriait de toutes ses dents.

Il entra en prenant soin de ne regarder personne.

- Severus Rogue … justement je me demandais si vous étiez disponible pour dîner, dit la jeune femme souriante.

L'air exaspéré du sorcier n'eut pas l'air de la démonter.

- J'étais à ma dernière année quand vous êtes devenu professeur. J'ai étudié à Serpentard. Astrid vous vous souvenez ?

Le peu dont il se souvenait, c'était surtout que cette gourde était incapable de touiller convenablement le moindre bouillon.

- Êtes-vous libre ce soir ?

- Non, dit-il brusquement.

- Un autre soir peut-être ?

- Je ne suis pas intéressé, grogna-t-il.

- Vous êtes sûr ? demanda-t-elle en glissant un doigt dans son col pour faire admirer ses rondeurs.

Il la dévisagea dégoûté puis soupira d'un air furieux. Encore chanceux que son bureau soit au quatrième et que ces folles furieuses ne puissent pas le coincer plus que trois étages dans l'ascenseur. Il en était rendu au point où il envisageait de leur coller des plaintes pour harcèlement.

L'ascenseur s'ouvrit et il sortit d'un pas pressé, abandonnant l'admiratrice à sa déception. Tandis que les portes se fermaient derrière lui, il examina le terrain. Il n'y avait qu'une foule clairsemée dans le vaste atrium d'entrée. C'était sa chance.

- Monsieur Rogue …

La jeune femme rougissante était sortie en même temps que lui. Il retint un soupir d'exaspération.

- Vous vous souvenez peut-être de moi ? dit-elle d'une petite voix. Alice Joly j'étais à Serdaigle.

Il afficha un rictus ennuyé à partir duquel il était difficile de savoir s'il avait gardé le moindre souvenir.

- Je voulais vous remercier pour tout ce que vous avez fait pour nous monsieur. Merci, du fond du cœur, dit-elle les larmes aux yeux.

Il lui adressa un signe de tête bourru et elle s'éloigna écarlate.

Enfin débarrassé, il longea la fontaine discrètement en songeant que personne ne l'attendrait à cette heure mais il se trompait lourdement.

- Il est là !

Un flash de lumière lui sauta à la figure et il se protégea avec la main. Un silhouette bleue poudre se dessina devant ses pupilles éblouies.

Ses lunettes scintillantes perchées sur le nez, Rita Starker lui bloquait le passage avec un sourire carnassier.

- L'insaisissable Severus Rogue. Enfin, dit-elle comme si elle se pourléchait les babines.

- Je n'ai rien à vous dire, grogna-t-il aveuglé.

- Severus, le monde a le droit de savoir qui vous êtes. Vous ne voudriez tout de même pas que j'écrive votre biographie sans vous, menaça-t-elle subtilement.

Il lui jeta un regard haineux, la contourna brusquement et fonça en direction des cheminées. Aussitôt Rita se lança à sa poursuite.

- Severus comment se passe votre retour à la vie normale ?

- Pas de commentaires, dit-il en louvoyant entre les gens qui se retournaient pour le regarder avec un étonnement admiratif.

- Allons Severus, ne soyez pas timide. Dites-moi tout. Vous sentez-vous libéré du poids de devoir mentir à tout le monde ? dit-elle en courant habilement à sa hauteur.

Il l'ignora de son mieux et accéléra le pas.

- Nous savons maintenant que votre vie n'était qu'un tissu de mensonge. Aviez-vous l'impression d'être un hypocrite ?

Son silence ne découragea en rien la redoutable journaliste.

- Aimez-vous toujours Lily Evans, la mère d'Harry Potter ?

Severus la dévisagea avec des envies d'assassinat dans les yeux.

Rita sourit ravie.

- Vous l'aimez donc encore ?

Rogue reprit sa marche furieuse, en se maudissant de cet instant de faiblesse.

- Allons vous pouvez bien me le dire, dit-elle en le poursuivant de plus belle.

Un commis arrivait en sens inverse, photo à la main, bien décidé lui aussi à avoir sa part d'attention.

- Monsieur Rogue ! Puis-je vous demander un …

Le jeune homme reçu un bloque-jambe et il s'écrasa en pleine figure. Rita l'enjamba avec une facilité qui laissait deviner une longue habitude.

- Severus ! Le magasine Sorcière d'aujourd'hui vous a déclaré le sorcier le plus sexy de la dernière guerre, qu'en pensez-vous ?

Il soupira avec irritation. Ce fichu magasine lui avait empoisonné la vie. Depuis la publication de cet article, des hordes de sorcières enragées le poursuivaient où qu'il aille, tout le monde voulait qu'il signe cette détestable photo et Kinsley se croyait même autorisé à le narguer.

- Ce titre est-il mérité selon vous ?

Le mérite revenait sans conteste au fait que « l'Élu » s'était mis à chanter ses louanges sur toutes les tribunes. Comme son père, il adorait se pavaner et était persuadé que tout le monde aspirait à être adulé par une bande d'idiots crédules. Pire, en plein duel avec Voldemort il n'avait pas pu s'empêcher de déballer son histoire avec Lily devant tout le monde. Évidemment ça s'était su et soudain, l'ensemble des torchons anglais s'étaient embrasés à ce sujet.

Potter … C'était à lui qu'il devait ce cauchemar quotidien et une chose était sûre, il n'avait jamais eu autant envie de l'étrangler.

- Êtes-vous toujours célibataire ? Severus !

Il réussit enfin à atteindre la cheminée dans laquelle il s'engouffra.

- Severus !

Il disparut dans les flammes vertes pour réapparaître chez-lui.

Il resta immobile un instant puis sortit de la cheminée, posa son sac par terre et s'assit lourdement dans le fauteuil élimé où il se massa le front comme s'il était au prise avec un vilain mal de tête.

C'était un cauchemar, rien de moins.

Et dire qu'au début il s'était imaginé que la reconnaissance publique valait mieux qu'être détesté … Sauf que cette notoriété avait vite dégénéré en folie furieuse, tellement qu'il était pratiquement au bord d'en devenir fou. Il n'y avait pas d'issue. Peu importe à quel point il les fuyait, ces imbéciles réussissaient toujours à le coincer pour tenter de lui aspirer la moelle des os.

Leurs regards suintaient tous la même admiration, la même reconnaissance, la même affection. Toutes leurs questions étaient insignifiantes, tous leurs commentaires étaient stupides et leurs explications niaises le rendaient malade. Ils étaient tous là à quémender son attention comme si ça allait changer leur vie. C'était d'un pathétique … De tout son cœur il méprisait leur irrépressible besoin de venir lui lécher les bottes.

Pour être honnête, il regrettait le temps du Seigneur des ténèbres.

Les mangemorts connaissaient le respect. Lorsqu'il était le premier lieutenant du mage le plus puissant du monde, personne n'aurait eu l'idée de venir lui faire signer des photographies idiotes. On se poussait sur son passage et on espérait être ignoré par lui. Il y avait de la grandeur dans cette façon de faire.

Rien à voir avec cette foule de cinglés vagissants qui lui criaient dessus en espérant lui arracher quelque chose à chérir ou a publier.

Albus avait raison, l'amour était plus fort que la haine. D'ailleurs, il allait certainement finir écrasé sous son ignoble puissance.

Il soupira, excédé. Son seul espoir était que Skeeter le salisse assez pour décourager ses stupides admirateurs. De toute façon, ils perdaient leur temps. Sur toute la planète, il n'y avait qu'une seule personne qu'il avait envie de voir.

Il se força à oublier tous ces idiots et se leva pour retrouver la personne en question.

Rien.

Il se dit qu'elle était sortie mais un vague malaise l'habitait. Il ouvrit la porte de la bibliothèque et regarda en haut de l'escalier. Étrangement, il avait l'impression qu'un malheur s'était produit. Il s'était déjà trouvé en bas d'un escalier avec cette impression et ce qu'il avait découvert en haut l'avait détruit à jamais.

Certain que quelque chose de grave était arrivé, il se faufila dans le réduit et avec une sourde inquiétude, monta les marches à pas de loup.


Note-

1- Severus le sorcier le plus sexy de Grande Bretagne ... Est-ce bien sérieux ? C'est à vous de décider mais selon moi ce retournement est crédible pour trois raisons.

La première c'est l'exemple du premier ministre canadien Justin Trudeau. Ti-pet comme on l'appelle ici, (prononcer ti-pète). Quand il était député, personne ne l'avait jamais au grand jamais trouvé sexy. Aucun média ne s'était jamais extasié sur lui et aucun magasine n'avait eu l'idée de le faire poser pour quoi que ce soit. On ne l'a même pas trouvé sexy quand il a foutu une raclé à un député conservateur dans un grand combat de boxe. Bref Ti-pet avait toujours été un type au physique quelconque sans rien de bien remarquable. Par contre, à la SECONDE où il a été élu PM tout a changé. PAF ! Il est devenu le prince charmant ultimement sex, une véritable statue grecque, un parangon de beauté virile et rien de moins que le PM le plus sexy du monde selon tous les journaux de la planète. Personne ici ne pouvait le croire. Du jour au lendemain Ti-pet est élu pompier de calendrier ... sans blague... Je vous jure il y a presque eu un traumatisme collectif tellement c'était inattendu. C'est dire à quel point la notoriété peut faire beaucoup pour votre sex-appeal. Il ne serait donc pas impossible que Rogue malgré sa "quelconquitude" connaisse un sort similaire dans le milieu des sorciers en raison de sa renommée.

La seconde raison c'est Adrien Brody, un acteurs qui ressemble étrangement au Severus canonique. Il n'est pas beau du tout selon les critères habituels qui s'appliquent aux mâles sexys, pourtant ses admiratrices se comptent par millions et son sex-appeal est légendaire. On ne va pas se mentir. Si Brody avait été concierge il ne serait qu'un type lambda avec une drôle de tête mais mis en valeur par son métier d'acteur, son faciès unique fait tomber les filles comme des mouches. Comme il ressemble terriblement à Severus, il est facile d'imaginer que le maître des potion puisse lui aussi passer de "type avec une drôle de tête" à "mec craquant entre tous" moyennant une petite mise en valeur ; ce que ne peut manquer de lui valoir son soudain statut de héro et de sauveur.

La troisième raison c'est que son histoire avec Lily est de notoriété publique ce qui aux yeux de tous en fait un héro tout à la fois tragique et romantique. Pour une vaste majorité, cette histoire ne peut que lui donner un lustre sexy absolument irrésistible (et à tout le moins, plus substantiel que celui de Ti-pet, on en conviendra).

Pour toutes ces raisons, il me semble donc probable que Severus puisse être considéré comme le sorcier le plus sexy de Grande-Bretagne malgré le fait que dans les romans, il ait toujours été dépeint comme un homme sans beaucoup d'attraits.

2- La photo du magasine Sorcière d'aujourd'hui est la même que la page couverture de la fic. Je sais pas pour vous mais moi je trouve Sev sérieusement craquant là-dessus.

Pour voir l'original il n'y a qu'à chercher les mots clef Roussal-Snape-Pinterest sur Google image.