Horace Slughorn posa le dernier journal sur la pile imposante qui trônait sur la table. Il soupira plus ou moins satisfait. Ce n'était pas la meilleure des journées. Son nom n'avait été mentionné que quatre fois dans les journaux et magazines du pays et ce, dans des articles assez mineurs. Il prit les quatre papiers qu'il avait découpé et mit de côté.

Le premier mentionnait simplement son nom parmi les professeurs ayant pris part à la grande bataille, le second …

Des coups retentirent. Horace fronça les sourcils. Pourtant il n'attendait personne. Il se leva, sortit de son bureau, traversa le délicieux petit hall d'entré croulant sous les trophées, les médailles et les photos encadrées et ouvrit la porte. Il se figea devant la mine patibulaire du visiteur

- Severus ? dit-il étonné. Heu … Je ne vous attendais pas. Est-ce que quelque chose de grave s'est passé ?

- Je peux entrer ? demanda le sorcier légèrement agacé.

- Mais oui ! Mais oui ! Bien sûr ! Je vous en prie ! dit Horace faussement enchanté.

Severus entra, un air méfiant peint sur le visage.

Horace lui sourit mal à l'aise. Une visite de ce directeur là n'augurait certes rien de bon.

- Pouvons-nous parler ?

Le gros sorcier resta interloqué un instant puis approuva de la tête.

- Mais … heu. Oui. Évidemment. J'ai toujours du temps pour vous, dit-il de plus en plus inquiet. Assoyez-vous voyons ! Vous prendrez bien quelque chose à boire.

Le sorcier hocha la tête puis s'assit mal à l'aise dans le petit salon surchargé de décoration tandis qu'Horace apportait une bouteille et des verres, s'attendant au pire.

- Alors, que me vaut l'honneur de votre visite mon cher ami, dit le gros professeur en s'asseyant à son tour.

Severus tapota le bras du fauteuil comme s'il ne savait pas par où commencer.

- Je viens vous voir en raison de votre … disons, connaissance générale du genre humain, dit Rogue lentement.

- Vraiment ? dit Horace qui ne voyait pas du tout où il voulait en venir.

- Les femmes, résuma Severus.

Malgré que tout cela soit fort imprévu, Horace ressentit un immense soulagement. Si ce n'était pas plus grave que cela …. Et puis il n'avait jamais été avare de conseils ; quel que soit le domaine.

- Ah ! Bien sûr, bien sûr. Enfin, je ne suis pas un tombeur loin de là mais évidemment au cours de ma vie j'ai rencontré de nombreuses dames qui ma fois n'ont pas eu à se plaindre de moi. Suzette Horny par exemple, la chanteuse irlandaise qui …

- Épargnez-moi vos vantardises Slughorn, dit Rogue déjà excédé.

Horace s'éclaircit la gorge plus ou moins insulté.

- Que puis-je pour vous Severus ?

Le sorcier le regarda d'un air méfiant. Il avait terriblement besoin de conseils et avait envisagé tous les hommes avec qui il pouvait aborder le sujet. La vaste majorité n'étaient pas assez proches et les autres étaient morts ou emprisonnés. Restait Arthur et Horace. Considérant qu'il avait affaire à une sorcière de rue tapageuse et aventurière, le choix tombait sous le sens. Mais en regardant le sorcier replet et suffisant, il n'en était plus si sûr.

- Veuillez m'excuser, c'était une erreur de venir ici, dit-il en se levant.

Horace resta figé un moment puis son instinct de chasseur lui souffla qu'il allait manquer une belle prise. Le plus célèbre, le plus mystérieux, le plus adulé des héros de guerre se trouvait chez lui et qui plus est, en veine de confidences sur sa vie privée.

Il se leva débonnaire.

- Severus, allons, allons ! Vous avez bien fait de venir me voir. Assoyez-vous voyons. Il s'agit d'une personne de votre connaissance j'imagine ? demanda-t-il habilement.

Severus eut l'air indécis un moment puis il se rassit en approuvant. Horace reprit sa place et se pencha vers lui comme le meilleur des confidents.

- Puis-je demander si vous êtes déjà engagé dans une relation ou bien … ?

- En quelque sorte, dit Rogue de mauvaise grâce.

Horace lui sourit engageant mais le sorcier garda le silence.

- Vous êtes donc … intime avec cette dame, le relança Slughorn.

Rogue ne sembla plus savoir où regarder. Il fit un son étrange dont il était difficile de déduire si oui ou non la relation avait été consommée. Horace en prit son parti.

- Si vous venez me voir j'imagine que peut-être vous affrontez certains « problèmes » ? demanda-t-il à la pêche.

Severus détourna les yeux. Il semblait au supplice. Il haussa les épaules.

- D'une certaine façon.

- Très bien, très bien ! Les amis sont faits pour cela ! dit Horace joyeusement. Ne vous en faites pas. Nous vivons tous ce genre de situation. Maintenant, dites-moi tout. De quoi s'agit-il ?

Rogue se ramassa sur lui-même, revêche devant tant de curiosité.

Visiblement, le directeur était à deux doigts de se lever pour s'enfuir et Horace comprit qu'il devait frapper un grand coup s'il voulait arriver à quoi que ce soit. De toute façon, il suffisait de le regarder pour deviner de quoi il retournait. Il lui sourit paternel.

- Severus, je vous connais depuis que vous avez onze ans. Je sais bien que vous n'avez jamais été très … disons, communicatif. Vous savez, en général c'est ce que les femmes nous reprochent, dit-il en connaisseur. Alors est-ce que par hasard la « communication » serait en cause ?

Il resta immobile, affreusement mal à l'aise. Il saisit son verre pour se donner contenance et finalement se lança.

- Je l'aime mais elle ne me croit pas, dit-il si bas et si vite qu'Horace l'entendit avec peine.

- Ah ! dit-il soulagé d'avoir enfin une information. Voilà qui est intéressant.

Slughorn s'enfonça dans son fauteuil et satisfait, bu une gorgée d'hydromel.

- Ça ne me surprend pas, dit-il comme si c'était l'évidence. Les femmes ne nous croient jamais. Si on leur assure qu'on leur est fidèle, elles nous soupçonnent. Si on leur promet qu'on leur donnera ceci ou cela, elles en doutent. Si on leur jure qu'on les aime, elles exigent qu'on les marie pour le prouver. C'est un classique, dit-il en haussant les épaules.

Rogue le fixa impénétrable

- Vous dites que je devrais la demander en mariage ?

- Et bien pas nécessairement. … À moins bien sûr que ce soit dans vos projets ? demanda-t-il l'air de rien mais follement curieux.

- C'est … C'est compliqué, marmonna-t-il.

- AH ! Severus mon cher, c'est toujours –toujours !- compliqué avec les femmes. Il faut vous y faire tout de suite ou sinon, croyez-moi, laissez tomber, dit Horace en faisant de grands yeux.

Severus fit rouler le verre entre ses doigts. Il le porta à ses lèvres, bu lentement puis fixa la liqueur ambrée pensivement. Voyant qu'il ne parlerait pas, Horace haussa les épaules.

- Voyez-vous, les femmes ont une façon de penser différente de la nôtre. Par exemple dans votre cas, sûrement que plus vous l'aimez moins elle vous croit. Je sais c'est complètement illogique mais c'est ainsi. Il ne faut pas chercher à comprendre, c'est un vrai nid de vipère, dit Horace philosophe.

Rogue fronça les sourcils.

- Par contre il y a des moyens qui ont fait leur preuve lorsqu'on souhaite motiver l'intérêt ou l'affection d'une dame. Et dans votre cas, je vous assure que le potentiel est exceptionnel.

Le sorcier le dévisagea incertain.

- Aucune femme ne peut résister à la gloire, à l'héroïsme ou à la célébrité. Et mon cher, à l'heure actuelle, vous êtes le sorcier le plus choyé du monde à ce titre ! Avez-vous seulement pensé à en profiter ? dit Horace comme s'il venait de frapper un grand coup.

Severus l'observa sombrement.

- Vous me conseillez de parader comme un coq ? dit-il avec mépris.

- Mais non ! Qu'allez-vous chercher. Cette gloire est méritée Severus. Méritée ! Vous avez vécu dans l'ombre des années et dans le plus grand danger pour accomplir votre mission. Et vous avez réussi ! Sans vous, tout était perdu. Il ne s'agit pas de vous vanter. Vous êtes réellement un héro.

- Je connais votre affection pour la gloire Slughorn, dit-il en arrivant à peine à cacher son dégoût.

Horace grimaça un sourire. Il fallait vraiment que ce sorcier soit une prise de luxe pour passer par-dessus un aussi vilain caractère.

- Severus, vous ne comprenez pas. Que les gens vous admirent prouve simplement votre réelle valeur. Votre dame en doute peut-être, cela arrive souvent. Et entre vous et moi vous n'êtes pas le plus … affable des sorciers.

- Certains refusent de s'abaisser à faire des ronds de jambes, dit-il plein de sous-entendus.

- Peut-être mais il ne s'agit pas de vous. Il s'agit d'une femme.

Horace se pencha pour le regarder.

- Mais même vous Severus. N'avez-vous pas été impressionné par la réputation de notre cher Albus ? Est-ce que vous n'avez pas pris ces témoignages en considération lorsque vous avez décidé de lui faire confiance ?

Rogue releva la tête et Horace sut qu'il avait enfin marqué un point.

- C'est la même chose ici. Si vous voulez que cette dame vous fasse confiance, laissez les autres témoigner pour vous. Qui plus est, si elle est comme les autres femmes elle adorera vous voir briller en société. Enfin, briller en société, dans votre cas c'est une façon de parler.

Severus se renfrogna et Horace bien décidé à devenir son confident, se pencha d'avantage vers lui.

- Par exemple lorsque vous sortez ensemble comment réagit-elle lorsque les gens vous approchent.

- Je ne sais pas.

Le gros sorcier leva un sourcil incrédule.

- Je ne suis jamais sorti avec elle.

Horace le regarda étonné puis il sourit ravi.

- Voilà ! Nous avons enfin trouvé par où commencer. Pour lui prouver que vous l'aimez, vous pourriez sortir avec elle et lui sacrifier de votre précieux temps. Les femmes sont très sensibles à ce genre de choses.

Rogue entra la tête dans les épaules peu enthousiaste.

- Ce n'est pas si simple.

- Que voulez-vous dire ?

Severus se leva brusquement.

- Que je verrai, grogna-t-il. Bonne soirée.

Aussitôt Horace se leva avec une vivacité surprenante pour un homme de sa taille et le retint par la manche.

- Severus attendez. Attendez voyons ! Que diriez-vous que j'organise une petite soirée ?

Un refus se peignit aussitôt sur les traits de l'ancien mangemort mais en fin renard, Horace ne lui laissa pas le temps de le formuler.

- Je sais de source sûre que René Bellefeuille est en ville. Vous nous avez-vous-même parlé de son ouvrage sur les plantes magiques d'Amérique du sud l'année dernière. Un ouvrage admirable avez-vous dit. N'est-il pas ?

Severus le regarda dubitatif.

- Sans compter sa femme qui est spécialiste des insectes indigènes. Un couple fantastique. Je les connais très bien ! Ils viendront rien de plus certain. Allons, vous ne voudriez pas manquer l'occasion de les rencontrer.

Le sorcier hésita et Horace sourit avec satisfaction.

- Évidemment il y aura très peu de monde. Que des invités triés sur le volet. Allons faites-moi confiance. Vous passerez un excellent moment ! Et votre amie aussi. Vous me connaissez, ma réputation n'est plus à faire.

Severus soupira sombrement. À tout prendre, il valait certainement mieux sortir Liz à une soirée de Slug que d'aller en ville se faire agresser par des admirateurs en furie. … Et puis il était vrai que René Bellefeuille ne comptait pas pour des prunes dans le petit monde des potions.

- Très bien, dit-il d'un ton bourru.

Il se tourna brusquement, sortit en faisant voler sa cape et disparut sans plus de façons. Horace soupira devant de si pauvres manières mais il était néanmoins plus qu'heureux de sa prise. Il avait presque envie d'accrocher la photo de Severus au mur tout de suite mais il n'avait que celle de Sorcière d'aujourd'hui et rien ne valait une photographie originale ; avec lui dessus de préférence.

Satisfait, il se rassit en croisant la jambe et savoura son hydromel non sans avoir une petite pensée de compassion pour la pauvre femme qui avait le malheur d'être aimée par ce diable de sorcier.