Damoiselles et damoiseaux, veuillez prendre note que ce chapitre mérite son rating 18+. Si vous lisez malgré tout, je dirais que vos parents ont tout à fait raison de s'inquiéter de vos choix de lectures …. ou à tout le moins, ils le devraient ;)

Pour ceux et celles qui voudraient continuer à suivre l'histoire sans pour autant mettre leur âme en péril, je vous fais un petit résumé tout-public à la fin. :)


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Severus apparu sur la Rue du trésor, juste à côté du Haut-pavé. Il était revêtu d'une cape noire et il s'assura que le transplanage n'avait pas relevé sa capuche en la redescendant bas sur sa tête.

Il était de notoriété publique que transplaner directement sur la Rue des soupirs n'était pas la meilleure des idées. La faune bigarrée de ce haut lieu de débauche pouvait parfois se montrer nerveuse et se ramasser un maléfice de biteaufront en arrivant pouvait vous gâcher sérieusement une soirée.

Severus remonta la petite allée et tourna sur la Rue des soupirs. En ce triste lundi d'avril, le Haut-pavé n'était pas très animé. Severus, loin de s'en plaindre, descendit la sulfureuse avenue en ignorant les invitations de quelques filles multicolores qui tentaient de mettre un peu d'entrain dans la grisaille.

Il longea les jolies devantures garnies de gracieux balcons et les lampadaires scintillants qui illuminaient les splendides sorcières qui y faisaient le trottoir jusqu'à l'endroit beaucoup moins charmant qu'on appelait « la Côte ».

Il s'agissait d'une véritable côte. Abrupte et tellement à pic qu'on avait mis un escalier au lieu d'un trottoir afin que les ivrognes puissent grimper sans se casser la figure. Depuis toujours, elle faisait office de frontière entre les jolies sorcières du Haut-pavé et les prostituées sur le déclin qui descendait inexorablement vers leur perte.

Severus s'arrêta un instant pour jeter un coup d'œil sur le quartier qui se déployait à ses pieds. En bas, les immeubles étaient de plus en plus délabrés à mesure qu'on s'éloignait de la Côte et finissaient par s'entasser les uns sur les autres comme de vieux saoulons se soutenant pour s'empêcher de tomber. Le long de la rue cabossée, on avait planté quelques lampadaires souffreteux qui diffusaient une lumière blafarde dans laquelle étaient ramassées les ombres de quelques filles perdues mais au-delà, les ténèbres s'emparaient de la rue comme une cape sombre. C'était le monde des Sans-baguette. Tout semblait noir, glauque, menaçant.

Et ce n'était pas qu'une impression.

S'il était de notoriété publique que transplaner sur le Haut-pavé pouvait s'avérer risqué, il était tout aussi certain que transplaner dans le Bas de la côte pouvait s'avérer funeste. On ne transplanait pas sur le territoire de la vermine. On s'y présentait, on y entrait et ensuite, vous arriviez à sortir de là ou pas.

Severus descendit la Côte sans se soucier du péril et une fille impatiente le héla aussitôt.

- Hey toi ? Tu viens faire un tour ? Allez quoi. Viens passer du bon temps.

Il baissa la tête pour se dissimuler aux yeux de Tacia Johnson qui dans une autre vie avait été son élève et fila du côté sombre de la rue. Il ignora les trois ou quatre filles suivantes qui tentèrent leur chance puis s'enfonça dans les ténèbres du quartier qu'on appelait - sans grand effort d'imagination - le Bas de la côte. Dès qu'il eut pénétré dans la pénombre, l'avenue se resserra en venelle puis petit à petit s'étrangla jusqu'à devenir une ruelle étroite à peine éclairée.

Dissimulés avec nonchalance derrière un coin de mur, Severus remarqua deux sorciers louches qui semblaient attendre quelque chose. Tapis dans l'ombre, ils tournèrent lentement leurs têtes patibulaires sur son passage.

Ils avaient sûrement l'intention de faire plus ample connaissance mais Severus n'était pas descendu jusque là pour en découdre avec des rats insignifiants. Retrouvant tout naturellement sa démarche de mangemort, ses épaules se redressèrent, sa poitrine se bomba et ses coups de talon se répercutèrent dans l'allée comme un défi et une menace. Aussitôt, les roublards retournèrent à leurs affaires. Lorsqu'on faisait partie de la lie de la sorcellerie, on savait reconnaître un prédateur à son pas. Surtout le genre qu'il est risqué d'attaquer de front.

La Rue des soupirs se resserra encore jusqu'à devenir un mince passage éclairé par des lanternes cabossées et fumantes vissées sur les bâtiments décrépits. Elle se mit à serpenter entre les murs gluants de moisissures, prenant la forme d'un couloir lugubre parsemé de débris d'humanité.

Un sorcier aux yeux enfoncés dans les orbites longeait les murs, la main sale, le regard vide. Un ivrogne titubant marmonnait des insanités sans les ombres d'une lanterne. Plus loin, un autre tendit le bras vers le sorcier avec un geste confus. Rogue se poussa de son mieux mais le saoulons réussit à le toucher, laissant sur sa cape ce qui ressemblait à une traînée de morve. Il sortit sa baguette pour faire disparaître l'immondice et se prit les pieds dans un paquet de haillons effondré de tout son long au milieu du passage.

Il s'appuya au mur pour ne pas tomber et sa capuche s'abaissa devant son visage. Aussitôt, un sorcier sortit de nulle part, lui saisit le bras en hurlant et tenta de s'emparer de sa baguette. Un grand BANG retentit et l'homme fut projeté contre le mur. Il se releva en pédalant dans la boue puante puis détala sans demander son reste. Severus pointa le tas de haillons crasseux à ses pieds. Au milieu des chiffons crottés, il distingua un visage plus ou moins humain couturé de cicatrices.

- C'est pas moi … J'ai rien à voir avec ce type, grinça une voix enrouée.

Il mentait. Un rayon de lumière jaune sortit de la baguette et la momie se mit à crier. Le rayon disparut et le dégénéré se tassa contre le mur en roulant dans la boue.

- Pitié, pitié…, gémit-il le nez dans la fange.

Severus le dépassa avec indifférence. Évidemment quand on était un intrus dans ce genre de trou, il fallait savoir imposer le respect. D'ailleurs mis au parfum par les cris de douleur du loqueteux, le couloir puant semblait s'être vidé de sa vermine. Tous les sens en alerte, il passa sans encombre quelques détours jusqu'à ce qu'il se trouve devant l'entrée d'un tunnel sombre qui ne lui disait rien qui vaille. Avec précaution il leva sa baguette pour faire un peu de lumière.

Au beau milieu du petit corridor de briques noircies, une vieille femme à moitié nue était debout immobile, comme perdue dans ses pensées. La lumière la tira de sa rêverie et elle tourna la tête vers l'intrus. Un affreux sourire sans dents déchira son visage comme un grand trou béant. Elle saisit à deux mains ses énormes seins tombants pleins de varices et se précipita vers le sorcier en hennissant d'un rire aigu. Severus se recula horrifié tandis que riant comme une cinglée, la sorcière agitait frénétiquement sa poitrine flasque comme si elle voulait lui fiche une trempe à coup de nichons. N'ayant guère d'autre choix, il la menaça de sa baguette. Aussitôt la vieille démente se poussa contre le mur avec des cris de souris et se mit à caresser ses mamelles d'un air soumis. Avec la plus grande méfiance, Severus la contourna et parvint à sortit du tunnel cauchemardesque. Il tourna le coin en vitesse et faillit bousculer une minuscule sorcière enroulé dans une cape.

- Des potions pour tous les goûts, dit-elle. J'ai tout ce qu'il te …

Severus pressa le pas puis dépassa ce qui devait être un client de la receleuse assis dans une grande flaque de ... Le sorcier détourna le regard n'ayant aucune envie de savoir dans quel genre de fluide le toxico croupissait. Il commençait à ressentir une horrible impression de claustrophobie mais enfin, une porte cochère noircie se dessina devant lui, marquant la fin du supplice.

Passé ce couloir d'ordures humaines, la rue s'élargissait assez pour accueillir quelques commerces. Il passa deux ou trois fenêtres tellement sales qu'on y devinait à peine la lueur des chandelles puis il entendit des rires et des encouragements qui provenaient d'une taverne à la porte ouverte.

- Trois noises que tu n'oses pas boire la potion ! disait une voix enjouée soutenue par des cris et des applaudissements.

- Pari tenu, regarde un peu ça !

Des bruits mouillés et visqueux parvinrent jusqu'aux oreilles de Severus. Il jeta un oeil à l'intérieur du tripot d'où s'échappaient des cris de joie alcoolisés. Sur le plancher hérissé d'échardes, un sorcier semblait avoir été retourné comme une chaussette. Pris de spasme, il ressemblait à grosse une boule de chair qui tressautait par terre tandis qu'une dizaine de comparses riaient à gorge déployée en le pointant du doigt.

L'intrus continua son périple quelques mètre encore. Il dépassa un poivrot amoché qui gisait sur le pavé plus ou moins conscient et s'avança deux portes plus loin. Presque effacés par le temps, les lettres « L M R IS » tentaient de survivre sur la peinture écaillée.

C'était là.

Il poussa la porte branlante et fronça les narines, agressé par un remugle de crasse, d'humidité et de bière rance. La porte se ferma derrière lui avec un grincement menaçant.

Une vingtaine de table occupaient le gros de la place. Elles étaient occupées par quelques ombres difficiles à distinguer tellement il faisait noir. Au fond se trouvait un bar illuminé de quelques misérables chandelles plantées dans des assiettes. Quatre sorciers y buvaient sous l'égide d'un barman patibulaire mais pour l'instant, ils ne discutaient pas. Ils s'étaient tous retournés pour le dévisager.

Mine de rien, Severus s'assit à la table la plus proche en faisant celui qui n'avait rien à faire de personne. C'était l'attitude qui convenait car les conversations reprirent et les clients du bar se retournèrent.

Severus attendit un moment et comme personne ne s'occupait de lui, il déroula le billet taché qu'un inconnu lui avait envoyé par hibou le matin même. Le message était formé de lettres malhabiles.

« Le Marais, en Bas de la Côte, ce soir. J'ai des informasion. »

Évidement cela concernait Liz. Depuis sa disparition, il recevait parfois de tels messages ; bien que la plupart aient moins de fautes d'orthographes. Il savait bien que c'était stupide mais à chaque fois, il ne pouvait s'empêcher de vérifier. Jusqu'ici ce genre de déplacement s'était révélé aussi inutile que frustrant mais c'était plus fort que lui.

Il devait savoir. Il ne serait jamais en paix tant qu'il ne saurait pas.

Sur le côté du bar se trouvait un trou de porte duquel sortit une pauvresse moche et hirsute suivie par un barbu qui roulait des mécaniques et semblait très fier de lui. Comme pour remercier la fille de ses bons soins, il lui flanqua une grande claque sur les fesses qui l'envoya valser par terre sous les rires de deux ou trois nigauds égrillards. Sa robe usée se déchira par derrière révélant sa culotte d'un rose douteux qui fut applaudie par les buveurs. Sous les quolibets polissons, elle se releva furieuse et frappa son client qui pour ne pas être en reste, se mit à lui cracher dessus.

- Qu'est-ce que ce sera ?

Une grognasse au visage porcin se tenait devant Rogue, un plateau à la main et le détaillait d'un œil méchant où l'esprit ne fleurait pas.

- Whisky pur feu, commanda-t-il.

- Quoi ? lui cria la serveuse.

Le barbu et la fille au cul nu en étaient venus aux coups et le barman hurlait des insanités pour les calmer.

Severus répéta plus fort. La serveuse s'en fut au bar en faisant ridiculement saillir son derrière potelé puis elle revint et plaqua brusquement le verre devant lui, renversant une petite flaque. Il paya, prit une gorgée avec méfiance puis reposa le verre en grimaçant tellement le whisky était mauvais.

- Salut, moi c'est Opale.

Le cœur de Severus battit plus vite.

Une femme squelettique d'une quarantaine d'année et à la tête de reptile le dévisageait sans gêne. Elle était revêtue d'un déshabillé grisâtre et des plaques de peau trouaient sa chevelure verte sans qu'elle semble se soucier de les cacher. Elle s'assit à sa table en se penchant pour qu'il puisse bien voir sa cage thoracique saillante par son décolleté défraîchi.

- Inutile de chercher plus loin, la star de la pipe ici c'est moi, dit-elle d'un air blasé. Tu en veux une ?

Visiblement, ce n'était pas du tout son rancart.

- Non.

- Allez quoi, insista-t-elle en lui empoignant l'entrejambe sans plus de façon.

Le sorcier sursauta si brusquement que la table rebondit en envoyant valser le verre de mauvais whisky par terre.

- Ne me touchez pas !

- Hého, c'est quoi ton problème ?

La prostituée le dévisagea un instant puis fouilla dans son corsage inexistant et sortit une petite médaille défraîchie qui avait vu des jours meilleurs. Elle la lui plaqua sous le nez.

- Tu vois ça ? C'est une certification du comité comme quoi je suis aussi propre qu'un vif d'or.

- Dégage de là.

Un homme aux joues creuses, une capuche relevée sur sa tête, regardait la fille en fumant.

- Dégage !

Opale se leva et s'éloigna aussitôt en ronchonnant.

- Ben si on a plus le droit de parler aux clients maintenant.

L'homme s'assit en lieu et place de la fille puis regarda Rogue de ses yeux globuleux injectés de sang. Il prit une bonne bouffée de son bâtonnet de feuilles roulées qui empestait le roquefort. Severus en fut fort aise considérant que la fumée masquait l'odeur de cet horrible pouilleux.

- Tu es là à cause du billet ? vérifia le toxico en prenant une gorgée de sa bière-tonnerre.

Rogue lui montra le message. L'homme le fixa un moment sans rien dire puis il vida son verre d'un coup sec et le mit sur la table bien en évidence.

Et voilà sans doute le fin mot de l'histoire se dit Severus. Ce clochard l'avait attiré ici dans l'espoir de se faire payer à boire en lui servant un paquet de bobards mal ficelés.

- J'ai connu la fille, dit-il simplement.

- Quelle fille ?

- Celle que tu cherches, dit l'homme sans se formaliser.

Ce n'était rien de très impressionnant. Certains journaux à potin avaient monté l'affaire en épingle et fait leurs choux gras de la disparition de sa « protégée » en élaborant des théories plus farfelues les unes que les autres.

- J'étais au Palace avec les dépravés du SAM quand elle sortait avec Beaugosse, le chef de ces cinglés. Je faisais les courses pour eux. Je la voyais souvent. Tous les jours en fait.

Un regard perçant lui appris que l'homme disait la vérité mais le passé de Liz avec le SAM ne l'intéressait pas le moins du monde. Rogue regarda ailleurs en se disant qu'encore une fois il s'était déplacé pour rien. Près du bar, une horrible prostituée blonde habillée en rouge – et encore plus laide que celle d'avant si la chose se pouvait - sortait par le trou de porte en compagnie d'un homme au nez éclaté qui semblait avoir toutes les peines du monde à se tenir debout.

- Ça a failli mal finir pour moi, continua le sorcier. En fait je m'en suis sorti juste parce que vous avez gagné à temps. Toi, Potter et les autres.

Severus soupira désappointé. Il n'aurait donc droit qu'aux sempiternels remerciements.

- Normalement, ce qui se passe en Bas de la côte reste en Bas de la côte sauf que je t'en dois une alors ...

Il aurait donc également droit à un renvoi d'ascenseur insignifiant. Un tuyau pour un pari ou bien un futur casse juteux auquel cet abruti s'imaginait qu'il voudrait être mêlé. L'homme ne lui sembla plus d'aucun intérêt et par dépit, il porta à nouveau son attention sur l'ivrogne qui faillit tomber, s'appuya au mur et se mit à se pisser dessus.

L'homme désigna le saoulard de plus en plus mouillé qui se faisait vilipender par la grosse blonde qui avait reçu des éclaboussures.

- Tu devrais aller lui parler.

- Je doute qu'il soit en état de parler, dit crânement Severus.

- Pas lui. La fille en rouge.

L'homme fixa Rogue gravement.

- Tu ne me connais pas et tu ne m'as jamais vu.

Sans autre commentaires le pouilleux se leva et s'en alla comme il était venu. Severus le regarda s'éloigner avec une étrange impression de malaise qu'il chassa aussitôt. Cet homme était clairement intoxiqué ; ceci dit il l'était sans doute moins que la fille qu'il lui avait indiquée. Il observa la prostituée qui s'asseyait au bar avec quelques difficultés. Elle était grosse, bouffie et flasque comme si elle était confite de graisses malsaines. Elle parla un moment au barman qui nia de la tête puis sans aucune classe elle lui cria dessus jusqu'à ce qu'il se décide enfin à la servir.

Severus soupira. Il n'avait aucune envie d'interroger ce débris. Surtout que l'inconnu n'avait pas essayé de lui soutirer quoi que ce soit. Sans doute qu'il s'était arrangé avec cette fille pour le piéger d'une façon ou d'une autre. Son besoin de savoir ce qui était advenu de Liz le rendait vulnérable et ici, la faiblesse ne pardonnait pas. En fait, la seule chose intelligente à faire était de sortir vite fait de ce bordel infect.

Mais d'un autre côté s'il n'allait pas jusqu'au bout, ça l'obséderait.

Et si cette horrible femme savait vraiment quelque chose ?

Non. Sûrement qu'elle ne savait rien …

Sauf que c'était néanmoins possible.

Il n'y avait qu'une seule façon de le savoir.

Se décidant enfin, il se leva et marcha vers la sorcière de rue assise au bar.

Même de loin, on voyait que sa robe bon marché craquait de toutes les coutures. Severus s'approcha jusqu'à pouvoir distinguer que ses cheveux relevés dans un chignon tout de travers laissaient voir le derrière d'un cou crasseux piqueté d'affreuses crevasses. Dégoûté, il faillit rebrousser chemin quand soudainement il le vit.

Juste sous son oreille étirée par une breloque.

Un grain de beauté.

Il eut l'impression que le plancher s'ouvrait sous lui et il en éprouva un vertige terrifiant. Il s'avança comme un somnambule. Incapable d'y croire.

Il s'arrêta à côté d'elle et la prostituée se tourna vers lui. Le cœur de Severus faillit s'arrêter de battre.

Elle affichait un visage verdâtre ravagé de cratères horribles. Ses lèvres barbouillées d'un rouge brunâtre pendaient lamentablement, arrivant à peine à cacher ses dents gâtées et noircies. Mais le pire c'était ses yeux. Des yeux vides et sans âme. Tout à la fois ternes, éteints et avides. Des yeux de possédée.

C'était Liz. Une Liz de cauchemar. Une Liz morte-vivante qui s'était relevé du trou où il l'avait cru enterrée pour venir se décomposer dans ce bordel fétide.

- Salut beau gosse. Alors on cherche un peu de compagnie ?

Son sourire était aussi faux que sa monstrueuse poitrine et sa voix étrangement rocailleuse avait des accents vulgaires repoussants. Severus ne pu faire autrement que de retenir un haut le cœur.

- Alors ?

Ses petits yeux boursouflés brillaient d'une lueur fiévreuse tandis qu'elle tentait de distinguer ses traits dans l'ombre.

- Qu'est-ce que tu veux ? demanda-t-elle en le dévisageant.

De peine et de misère, l'esprit discipliné de Severus chassa l'émotion qui l'étreignait en se barricadant dans une citadelle intérieure imprenable. La même citadelle qui l'avait gardé contre les intrusions du Seigneur des ténèbres et qui lui avait permis d'héberger Pettigrow sans l'assassiner pour autant.

Il avait voulu savoir ce qui était advenu de Liz ? Et bien maintenant il savait. C'était le fin mot de l'histoire. Une histoire horrible avec une fin affreuse. Il serra les mâchoires, arrivant enfin à reprendre sur lui.

- Tu ne me reconnais pas ? demanda-t-il froidement.

- Comment tu veux que je te reconnaisse avec ta foutu capuche connard ? C'est la Motte qui t'envoie ? C'est ça ? Celui-là tu peux lui dire d'aller se faire foutre ! cracha-t-elle en se retournant vers le bar. Je lui ai payé tout ce que je lui devais.

Il pinça les narines, n'arrivant pas à croire que cette épave répugnante était tout ce qui restait de Liz. Une putain bas de gamme, odieuse, repoussante.

D'une main enflée aux ongles négligés, elle leva un verre rempli d'un liquide boueux. Le breuvage épais et jaunâtre laissa des grumeaux sur le bord du verre sale et il ne pu s'empêcher de les fixer, hypnotisé par sa propre répulsion.

- T'es encore là ? grommela-t-elle en se tournant à moitié vers lui.

Il n'eut pas la moindre réaction.

- Si tu ne veux rien, fais de l'air.

Il resta immobile un instant puis il souleva légèrement sa capuche afin qu'elle puisse voir son visage dans l'ombre.

Elle le fixa un instant d'un air imbécile comme s'il lui disait vaguement quelque chose puis son cerveau embrouillé remit de l'ordre dans ses souvenirs et elle le reconnut.

Sous le choc, son regard chassieux s'éclaircit soudainement et elle se figea stupéfaite. Severus vit qu'elle avait honte. Elle avait parfaitement conscience du débris qu'elle était devenue. Au lieu de l'attendrir, cela le dégoûta. C'était en toute connaissance de cause qu'elle s'était laissée aller jusqu'à devenir l'ordure pathétique qui se tenait devant lui.

Il se dissimula sous sa cape de nouveau et elle baissa la tête comme si elle ne savait plus où se mettre.

- Ben dis donc, pour une surprise …, murmura-t-elle sans oser le regarder.

Elle tapota son verre nerveusement.

- Ça fait un bail, dit-elle en tentant de reprendre contenance.

- Sept ans, confirma-t-il.

Elle haussa un sourcil étonné à la manière de quelqu'un qui n'aurait pas vu le temps passer.

- Tant que ça.

- Tu es devenue laide à faire peur, dit-il avec dédain.

Elle releva la tête et lui sourit, ironique.

- Toujours aussi charmant à ce que je vois.

Ils se dévisagèrent un moment en s'affrontant du regard puis la prostituée baissa les yeux.

- Bon et bien maintenant que tu as vu ce que tu voulais voir, je ne te retiens pas.

- J'ai à te parler, dit-il froidement.

- Ça sera pour une autre fois. Je bosse comme tu peux voir.

Le sorcier la dévisagea imperturbable puis il fouilla dans sa poche et jeta une noise devant elle comme si c'était un crachat.

Rapide comme une langue de crapaud, le barman s'en saisit aussitôt.

- Ça couvre à peine ce que tu me dois, postillonna-t-il au travers trois chicots pourris.

Elle le regarda frustrée puis soupira en croisant les bras.

- Okay, tu veux parler ? On va parler. Mais pour toi ce sera huit gallions. Comme dans le bon vieux temps.

Severus souffla un rire narquois.

- Des gallions ? Tu ne vaux même pas la noise que tu viens de perdre.

- Si je peux me permettre, c'est cinq noises la passe, rota le barman.

Liz lui jeta un regard assassin qu'il ferme un peu sa grande gueule.

- Évidemment, ce n'est pas pour la vue, dit-elle avec un sourire sans joie. C'est pour le privilège de m'insulter comme si j'étais de la merde. Tu comprends que c'est plus cher quand on a l'intention de me la mettre dans le c…

- Très bien, la coupa Severus. Un gallion. J'imagine que c'est assez pour te louer pour la semaine.

- Une heure. Pas une minute de plus, dit-elle en tendant une main cupide.

Dans l'ombre de sa cape, il laissa tomber sur elle son regard le plus méprisant.

- Je ne suis pas certain d'être capable de te regarder aussi longtemps sans vomir.

La prostituée haussa ses épaules flasques.

- Que tu gerbes après cinq minutes ou une heure, ce sera le même prix.

Severus renifla avec dégoût, fouilla dans sa poche et laissa tomber un gallion dans la main tendue. Avec un air d'avidité mal dissimulé, elle fit aussitôt disparaître la pièce dans son corsage.

- Je te suggère d'en profiter, tu n'es visiblement pas près de revoir passer autant d'argent.

- En fait, c'est le tarif habituel pour les pervers qui me paie simplement pour m'humilier.

- Pour que t'humilier soit possible il faudrait qu'il te reste un peu d'amour propre.

Elle sourit narquoise en hochant la tête comme si elle se foutait de sa gueule.

- Ça te branche de venir ici pour me cracher dessus … Pas vrai ? T'en crevais d'envie depuis des années, avoue. Et comme c'est touchant, tu réalises enfin ton rêve ! En plus c'est tellement facile que je parie que tu as déjà giclé dans tes caleçons.

- Perle … sois gentille avec les clients, crachota le barman sur un ton paternaliste.

- Tu te fais toujours appeler Perle ? dit Severus d'une voix acerbe. J'admire ton audace considérant l'éclat de ta dentition.

La prostituée le fixa en silence un moment puis se pencha vers lui.

- Parlant de dents qui ressemblent à des perles … J'imagine que tu aimerais garder les tiennes. Tu réalises un peu où tu te trouves ? Je n'ai qu'un mot à dire pour que tu sois dans une sacrée merde alors pousse pas le bouchon trop loin, siffla-t-elle menaçante.

- Je sais très bien où je me trouve. Dans le genre d'endroit où quelqu'un qui a des gallions dans les poches garde ses dents peu importe ce que peut lui reprocher une putain dans ton genre, laissa-t-il tomber.

- Ha oui ? Et d'après toi combien Skeeter serait prête à payer pour te surprendre dans ce trou à rat ? Quelque chose me dit que si tu continues comme ça tu feras la pire première page de ta vie dès demain matin.

Ils se regardèrent en chien de faïence un instant puis le barman se racla la gorge avec un affreux bruit de gargouillis.

- Si je peux me permettre, vous serez mieux derrière pour discuter, dit-il avec l'air de quelqu'un qui en a marre de ces conneries.

Perle regarda Severus d'un air mauvais puis elle se leva en tanguant un peu.

- C'est trois noises pour aller derrière, dit le barman en tendant la main.

Severus jeta les pièces sur le comptoir crasseux et suivit l'horrible pute déchue.


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Damoiselles, damoiseaux, je vous l'avais bien dit. Puisqu'il est trop tard, rentrez vite boire un lait chaud et serrez-vous bien fort contre votre nounours préféré XXX Plein d'amour.


Pour les autres qui ont eu la sagesse de ne pas lire, voici un petit résumé (total divulgâcheur évidemment) :

Severus retourne sur la Rue des soupirs mais cette fois, il descend la Côte où on retrouve les prostituées de moindre qualité. Il s'avance dans le quartier très mal famé qu'on appelle le Bas de la côte, le territoire des Sans-baguettes. Après avoir essuyé une attaque et croisé divers débris humains, il se rend dans un bordel pourri où quelqu'un aurait des informations sur la disparition de Liz.

L'informateur conseille à Severus de parler à une grosse prostituée blonde et affreuse. Lorsque le sorcier s'approche d'elle, il réalise avec horreur qu'il s'agit en fait de Liz qui est devenue une ignoble épave complètement intoxiquée. Il y a sept ans qu'ils ne se sont pas vu mais la prostituée n'est pas du tout enchantée de le revoir. Severus ne fait rien pour arranger les choses et se montre aussi agréable que d'habitude, exigeant de lui parler. Finalement elle accepte de discuter avec lui pour un gallion et ils s'en vont derrière où on ne doute pas qu'ils auront des échanges édifiants.

Échanges dont nous serons témoin au prochain chapitre.


Note-

La potion qui retourne un sorcier comme une chaussette se trouve dans le livre "Potions de grands pouvoir" d'où Hermione a tiré la recette du polynectar.