Chères trop jeunes amies et amis, je me dois de vous avertir que ce chapitre est presque aussi pire que l'autre. À cet effet, vous pouvez sauter cette troublante virée au bout de la Rue des soupirs en consultant le gentil résumé à la fin.
oOoOoOo
Perle contourna le bar, enjamba la coulée d'urine laissée par son dernier client et entra par le trou de porte qui menait derrière. Severus la suivit et le cœur au bord des lèvres, passa dans le petit couloir sombre au plancher jonché de détritus. Il était percé de quatre ouvertures fermées par des rideaux de velours qui avait dû être rouges mais ils étaient si usés qu'ils tiraient plutôt sur l'orange délavé. Du moins, de ce qu'on pouvait en deviner dans la lueur du vieux chandelier de verre cassé qui peinait à produire quelque lueur.
Perle jeta un œil derrière le rideau de la première chambre mais elle devait être occupée car elle se dirigea plutôt vers celle du fond où elle entra. Severus se figea devant le rideau. En le soulevant, la prostituée avait dérangé des punaises de lit et elles grouillaient aux entournures dans leur hâte de se cacher de nouveau dans un pli.
Un frisson courut sur l'échine du sorcier. Ces crottés n'étaient même pas capable de se débarrasser de ces ignobles insectes alors qu'il suffisait d'un coup de baguette … Prenant sur lui, il souleva le rideau et pénétra dans une pièce sombre, garnie d'un chandelier dégoulinant de vieille cire. Dans un coin, un lit simple en fer était recouvert à moitié d'un drap à motifs foncés ; probablement pour qu'on ne puisse pas voir les dépôts qui s'y étaient sans aucun doute accumulés. Par contre, le matelas défoncé qu'on voyait sous le drap relevé n'avait pas cette chance et il était couvert de … Severus s'empressa de regarder ailleurs.
À côté, une table était entourée de deux chaises. Perle choisit la plus solide mais elle fit entendre un craquement sinistre, peinant visiblement à soutenir son poids. La table était couverte de saletés. Papiers, verres sales, plume cassée et d'autre items difficiles à identifier. Perle poussa les détritus dont une bonne quantité tomba par terre et elle posa son verre sur le petit coin dégagé.
- Il y a une autre chaise, je sais pas si tu as remarqué, dit-elle narquoise. Mais si tu préfères, il y a le lit.
Severus grimaça. Il préférait se faire adavracadavriser que de s'approcher de cet ignoble matelas.
Il tira la chaise de façon à ce qu'elle ne touche à rien et s'assit de mauvaise grâce. Il ne put s'empêcher de jeter un regard sur les immondices qui couvraient la table et desquels dépassait le bout d'un godemichet souillé. Il baissa les yeux, incrédule puis résigné à se trouver là, il retira la cape de sur sa tête et Perle pu enfin voir son visage dans la lueur de la misérable chandelle. Elle le fixa étonnée.
Il en jetait sérieusement et ça lui fit réaliser qu'il y avait longtemps qu'elle ne s'était pas trouvée avec un homme de cette qualité.
Il devait avoir quoi, dans les 45 ans maintenant ? Il portait toujours ses cheveux longs et gras mais au lieu de lui donner l'air négligé maintenant il avait l'air classe. Comme si ce genre de coiffure avait désormais ses lettres de noblesses. Son visage était resté anguleux et effilé mais il était aussi étrangement beau. Une beauté qui n'était pas tant dans ses traits que dans ce qu'il dégageait. Un peu comme si la confiance qui émanait de lui l'illuminait de l'intérieur.
Le coyote pelé et malingre qu'elle avait connu s'était clairement transfiguré en loup alpha.
Mais évidemment lorsqu'ils étaient sortis ensemble, sa vie venait de basculer du tout au tout. Il était désorienté. Déstabilisé. Dépassé. En fait, pour tout dire, il était sérieusement largué.
Aujourd'hui visiblement, il avait repris le dessus. Il avait la tête d'un sorcier important, admiré et respecté. Il faisait désormais partie des grands de ce monde et il en dégageait l'incontestable magnétisme.
Sauf que ses yeux eux n'avaient rien d'attirants. Ils étaient glacés et cruels. Il la regardait comme s'il allait la pulvériser. Il ne la détestait pas, il l'haïssait. De tout son cœur.
Bordel de merde il pouvait bien aller se faire foutre ! Peut-être que tout le monde sorcier se roulait à ses pieds mais elle, elle n'en avait absolument rien à branler ! D'ailleurs, elle n'avait plus rien à branler de rien. … Sauf au sens premier du terme évidemment.
- Alors … Tu veux parler de quoi ?
Il la fixait immobile, silencieux, dégoûté et elle se sentit incroyablement minable.
- Bon … puisque c'est comme ça…
Elle tira sur la chaîne d'argent terni accrochée à son cou et sortit une petite fiole de métal dissimulée entre ses énormes seins magiques. Elle ouvrit le bouchon et versa deux gouttes brunâtres dans la potion boueuse devant elle. Avec un bâtonnet immonde souillé de croûtes séchées qu'elle trouva sur la table, elle fit tournoyer l'immonde breuvage qui s'épaissit encore.
Tandis que la fiole regagnait son corsage, Severus pinça les narines. Pour se servir de cet outil répugnant, elle n'avait plus de baguette. Elle l'avait sans doute vendue pour s'acheter l'atrocité qu'elle venait de verser dans son verre.
Il observa la réaction de la solution et sut immédiatement de quoi il s'agissait.
- De l'ergot véreux … rien de moins.
Elle haussa les épaules comme si c'était le dernier de ses soucis.
- Ici on appelle ça du jus de verrue.
- C'est la raison de …, il fit un vague geste de la main désignant l'ensemble de sa repoussante personne.
Perle s'adossa dans le fauteuil mité en feignant d'être très à l'aise.
- Tu sais comment c'est. Un soir pour se marrer on essaie une potion sympa et quelques années plus tard on se réveille dans un bordel du bas de la côte, dit-elle en prenant une bonne lampée. C'est un cas tout ce qu'il y a de classique.
L'ergot véreux produisait un poison médiocre qui diluée à l'ocre jaune, se vendait comme stupéfiant à moindre coût. Depuis quatre ans il faisait tant de ravages dans l'Allée des embrumes qu'on l'avait surnommée le nettoyeur. Le potionniste n'était pas familier de ce bouillon des rues mais l'ergot n'avait plus de secrets pour lui. Les affreux cratères qui parsemaient son visage, ses dents noircies, sa peau flasque et son corps bouffi laissaient peu de doutes sur le sort qui l'attendait.
- Tu en es au dernier stade d'empoisonnement.
Perle pouffa avec cynisme devant son air d'outre tombe. Qu'est-ce que ce connard pensait lui apprendre au juste ? Elle avait connu plus que sa part de camés et elle savait parfaitement que quand ils se mettaient à pourrir sur pied, il était temps de leur dire adieu.
- Et alors ? Qu'est-ce que ça peut te foutre à toi ?
Il fit une grimace dédaigneuse.
- Édifiant de voir quelqu'un comme toi se tuer avec une drogue aussi minable.
Elle lui sourit et leva son verre à sa santé.
- Quelqu'un comme moi ? J'imagine que tu parles du temps où tu me respectais ?
Il pinça les lèvres en la fixant méprisant
- As-tu jamais été respectable ?
- Putain de merde, dit-elle en hochant la tête. Non mais regardez-moi ce connard qui débarque avec ses grands airs pour me vomir dessus mais en fait qu'est-ce que tu viens foutre dans ce trou hein ? Qu'est-ce que tu me veux ? Accouche parce que c'est moi qui vais finir par gerber et je te garanti que ça ne te plaira pas.
Severus serra les mâchoires en se retenant de la gifler.
Toutes ces années il s'était fait un sang d'encre pour elle et ce soir, il avait enfin sa réponse. Oui. Liz était bel et bien morte. Tel un souvenir amer, cet horrible cadavre en faisait foi.
- Pourquoi es-tu partie sans rien dire ? demanda-t-il abruptement.
La prostituée plissa ses petits yeux bouffis.
- C'est pas vrai … Tu es venu jusqu'ici pour me demander ça ?
Provenant d'un réduit voisin, un concert de vociférations lubriques annonça l'avènement d'un nouveau client satisfait. Severus révulsé grimaça mais Perle ne fit aucun cas des obscènes mugissements.
- Pauvre chou …, pouffa-t-elle ironique. Alors c'est ça … Tu n'as pas pu m'oublier.
Elle sourit d'un air moqueur.
- Tu veux savoir pourquoi je suis partie ? D'accord. C'est parce que tu étais foutrement barbant, cracha-t-elle. J'en avais marre et tu m'as fait chier une fois de trop. Le lendemain je partais pour l'Amérique. Voilà.
Elle avala goulument son breuvage en le regardant avec méchanceté.
- Tu te crois spécial pas vrai ?
Elle releva fièrement sa tête de cauchemar.
- Des hommes complètement dingues de moi j'en ai eu des tas ! Tu crois que t'es le seul ? J'ai eu au moins … Attends que je compte … quatre demandes en mariage. Tu t'imagines que t'es exceptionnel ? Désolé mais t'es qu'un plouc ! T'étais rien du tout pour moi. Juste une bite parmi des centaines de bites à la chaîne.
Le sorcier eut un rictus amer. La réponse était à la hauteur de celle qui l'avait éructée.
- C'est bien ça que tu voulais entendre ? Ça va mieux ? Tu es enfin satisfait ?
Severus la dévisagea, aucunement satisfait.
- Je ne t'ai pas demandé pourquoi tu m'as quitté. Je t'ai demandé pourquoi tu es partie sans rien dire, répéta-t-il lentement, une lueur sauvage brillant au fond de son œil.
- Quoi ? Mais bordel qu'est-ce que tu voulais que je dise ?
- N'importe quoi. Parce que jusqu'à ce soir, j'étais certain que tu étais morte. Torturée, tuée puis enterrée quelque part, dit-il d'une voix blanche.
Perle le fixa sans comprendre.
- Ah ouais ? … Ben pourquoi ça ?
- Parce que le plus probable était que des mangemorts t'aient enlevée puis tuée pour se venger de moi ! dit-il livide. Un mot. Un seul. Aurait suffit, murmura-t-il avec un calme menaçant.
- Ben je pouvais pas savoir moi ! se défendit-elle.
- Bien sûr tu ignorais tout de la situation, cracha-t-il cynique. Tu n'avais aucune idée que des mangemorts couraient toujours.
- Écoute, qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Je n'y ai pas pensé. C'est tout. T'as qu'à lire dans ma tête si tu ne me crois pas !
- J'aurais trop peur de me salir, grinça-t-il avec mépris.
Impénétrable, il la dévisagea avec des yeux aussi noirs que les ténèbres et Perle comprit qu'il était foutrement sérieux.
- Je m'excuse ! D'accord ? Avoir su je t'aurais fait savoir que j'étais vivante. Ça te va comme ça ?
Il n'eut aucune réaction et elle soupira avec ennui. Bordel … C'était quoi ce connard qui débarquait après des années pour lui reprocher d'avoir foutu sa vie en l'air ? Il ne pouvait pas juste passer à autre chose et lui foutre la paix ?
Dans une cabine attenante, un lit malpropre se mit à grincer avec entrain. Une syncopé salace qui laissa la prostituée de marbre mais qui sembla mettre à vif les nerfs déjà malmenés du pauvre sorcier. Il serra les mâchoires, écœuré au-delà de l'imaginable.
Perle haussa les épaules comme si elle commençait à en avoir marre.
- Regarde, ça ne sert à rien de ressasser tout ça. Alors voilà ce qu'on va faire. Je te fais une petite pipe de consolation, tu rentres chez toi gentiment et tu oublies tout ça. Hein ? Qu'est-ce que tu en dis ?
Bien que cela semblât impossible, les yeux du sorcier s'assombrirent encore.
- Tu es répugnante, dit-il avec un profond dégoût.
Elle éclata d'un rire drogué en se foutant de sa gueule.
- Répugnante ? Pour une pipe ? Bordel… Considérant tout ce que j'ai pu faire, c'est quand même quelque chose de se faire insulter pour si peu, rigola-t-elle.
- Je ne doute pas que tu peux verser encore plus loin dans le sordide.
Tandis que les grincements saccadés s'intensifiaient, la pute d'à côté se mit à feindre l'extase d'une voix de fausset. Perle narquoise dévisagea le sorcier qui retenait un haut le coeur.
- Ici c'est pas si mal je te signale. Je n'ai pas encore traversé la rivière aux Myrtilles. Au-delà on dit que quand les putes font leurs clients crottés, il y a des rats qui leur marchent dessus. Pourquoi tu fais cette tête ? Quelle meilleure vengeance tu pourrais vouloir ? Là-bas je crèverai dans une mare de vomi, on me chiera dessus puis je pourrirai dans une décharge !
Vif comme un chat, il se leva et planta sa baguette dans son double menton.
- Pourquoi attendre ? Je peux mettre fin dès maintenant à ta vie de détritus, dit-il avec un regard terrifiant.
- Allez ! Fais-toi plaisir qu'est-ce que t'attends ?! le défia-t-elle.
Elle lui sourit d'un horrible sourire.
- Comme ça tu sauras que je suis morte pour vrai et tu pourras enfin réparer ton pauvre petit cœur brisé.
Les plaintes du lit branlant devinrent hystériques et comme de fait, le client se mit à vagir en gargouillant.
C'en fut trop pour Severus. Blême comme un linge, il abandonna ses projets d'euthanasie et malade de dégoût, il sortit sans demander son reste.
- C'est ça ! Tires-toi minable ! Et inutile de revenir !
Les cabrioles effrénées du pauvre lit malmené se calmèrent enfin et Perle resta immobile dans le silence glauque de l'affreux réduit.
Elle avait joué celle qui s'en foutait mais ce n'est pas impunément qu'on se faisait tendre un tel miroir. Le dégoût qu'il avait éprouvé en la voyant … Elle le comprenait parfaitement parce qu'elle aussi se dégoûtait. Si elle arrivait souvent à l'oublier en compagnie des autres sans-baguettes, une partie d'elle était aussi horrifiée qu'il avait pu l'être. Elle était finalement tombée dans les caniveaux du métier et c'était encore pire qu'un égout. Pire que tout ce qu'elle avait pu imaginer.
Ce déplaisant sursaut de conscience lui donna soudainement très soif. Elle avala son fond de verre pâteux d'un trait et sortit afin de profiter du gallion de ce connard. Au moins, elle en avait fini avec lui et ses jérémiades. Une saprée bonne chose. Sans compter qu'elle pourrait tenir une semaine avec tout cet argent !
Sauf que malheureusement, elle se trompait. Trois jours plus tard, le gallion s'était envolé en jus de verrue et comme si ce n'était pas assez, Rogue remettait ça. Dissimulé sous sa cape il entra, s'avança au bar et se posta à nouveau près d'elle, exactement comme la première fois.
Elle le regarda incrédule.
- Bordel … encore toi, dit-elle en roulant des yeux exaspérés.
- Tu lui plais je crois, ronchonna le barman en crachant par terre pour souligner son intervention.
Perle pouffa sans joie.
- Ah, c'est vrai. Je me souviens. T'es un peu maso. Non mais je comprends. Sauf que moi je t'ai assez vu pour le reste de ma vie alors casse-toi !
- Je suis désolé, dit-il d'un ton grave.
- Pffft, tu veux rire ? T'es désolé toi ? Désolé pour quoi ?
- Pour ce qui va t'arriver.
Il saisit son bras et tous les deux disparurent instantanément.
Le barman fixa le banc vide un moment puis il éjecta un glairons et retourna à ses affaires sans s'émouvoir.
Dans ce coin de la Rue des soupirs, du plus loin dont on se souvienne, il ne s'était jamais trouvé personne pour pleurer la fin d'une vieille pute hideuse et aussi longtemps qu'existât le quartier, il n'y en eut jamais non plus.
oOoOoOo
Voici comme promis un résumé et ceux et celles qui ont préféré s'y tenir seront bien aise d'apprendre que pour l'instant, je ne prévois d'autres chapitres assez malsains pour mériter ce genre d'artifice :)
C'est que si le centre de la Rues des soupirs est superbe et admirable ( le sujet de la première fic ) les extrémités sont au contraire sérieusement glauques et infernales. Il me semblait intéressant de tout visiter mais as-t-on besoin pour autant d'en sortir avec la nausée ? D'où ce petit résumé :
Liz entraîne Severus derrière le bar où les prostituées font leurs passes. Ils entrent dans une horrible pièce et s'assoient à la table couverte de détritus. Le sorcier réalise que Liz est devenue accro à une potion d'ergot véreux et n'en a plus pour longtemps à vivre. Il le lui dit mais elle s'en fiche.
Il lui demande pourquoi elle est partie sans rien dire. Elle lui répond que c'est parce qu'il était un sale con et assortit cette révélation d'une bordée d'injure. Nous apprenons alors que si Severus l'a cherché toutes ces années c'est qu'il croyait que des mangemorts l'avaient enlevé et tué pour se venger de lui. Liz n'y avait pas pensé et s'excuse pour son silence mais cela ne convainc pas le sorcier qui menace de l'euthanasier tellement elle le dégoûte. Finalement, il renonce à son plan et s'en va mais il revient trois jours plus tard. Il se dit désolé pour ce qui va lui arriver, la saisit par le bras et disparaît avec elle sous l'œil indifférent du barman qui n'en a rien à foutre.
Suite au prochain épisode :)
