Severus Rogue grimpa les marches du vaste manoir de la meilleure clinique de désintoxication du monde sorcier et passa la grande porte de bois. Le hall d'entrée clair et élégant était décoré de boiseries peintes en blanc. Au fond, se trouvaient les lourdes portes de fer derrières lesquelles se cachaient les araignons et malgré lui, il en eut un frisson d'épouvante.
- Monsieur Rogue ?
Il se retourna. Une jeune femme blonde lui souriait, ravie.
- Thalia je suppose. Heureux de vous rencontrer en personne, dit-il en tendant la main.
Il avait entretenu une correspondance soutenu avec la toxicomage responsable du cas de Liz, question de s'assurer que tous les gallions qu'il leur versait ne l'étaient pas en vain. Il regarda discrètement autour de lui. Aucune trace de Lédéenne, sa conquête d'un soir. Il en fut soulagé n'ayant aucune envie de devoir affronter les yeux de biches d'une passade renvoyée mais d'un autre côté, en ressentit une certaine déception. Étrange qu'après avoir été choisie, elle ne vienne pas tenter sa chance de nouveau, ou du moins le saluer question de montrer à tout le monde qu'elle le connaissait personnellement.
- Comment va-t-elle ? demanda-t-il.
- Elle vous attend, dit Thalia. Si vous voulez bien me suivre dit-elle d'un ton qu'elle tenta de rendre professionnel même si elle était sérieusement intimidée.
Elle l'entraina dans un dédale de couloirs chaleureux, garnis de fauteuils, de plantes et même de quelques petits salons dans les détours mais où ils ne croisèrent personne. Évidemment, au prix qu'ils exigeaient, préserver l'anonymat des célébrités qui avaient affaire ici était la moindre des choses.
Ils arrivèrent enfin à une vaste porte garnie de vitrail. Une œuvre qui eut certes été magnifique si elle n'avait pas représentée d'ignobles araignons aux pattes enchevêtrées. Thalia l'ouvrit et l'invita d'un geste à sortir.
Il haussa un sourcil.
La cour arrière du manoir des veilleurs était un véritable enchantement. Un parc majestueux, garni d'arbres rares aux couleurs vibrantes. Rose, jaune et turquoise. Caché dans le feuillage, de superbes oiseaux blancs au plumage velouté s'envolèrent aussitôt à leur rencontre.
- Non ! dit fermement Thalia en levant la main.
Aussitôt, la volée de grands oiseaux de neige tourna gracieusement devant eux pour se poser dans les arbres alentour, les observant d'un air curieux.
- Ils adorent les visiteurs. Nous considérons que la compagnie des animaux a un effet bénéfique sur nos patients, expliqua Thalia.
- C'est par ici, si vous voulez bien, dit-elle en descendant les marches.
Ils suivirent un petit sentier bordé d'arbres aux feuilles multicolores et transparentes. En passant au travers le feuillage semblable à du verre, le soleil dessinait des éclaboussures de couleur sur la mousse duveteuse du petit chemin. On avait l'impression de se trouver dans un monde joyeux et féérique. Severus releva la tête en entendant des bruissements suspects. Ils avaient été pris en chasse par des genre de gros rats dorés qui bondissaient au-dessus de leur tête, visiblement en manque d'attention.
- Des écureuils d'Avalon, dit Thalia. Si jamais ils grimpe sur vous, il suffit de les remettre par terre. Ils sont très amicaux, comme d'ailleurs, toutes les espèces que nous avons ici.
N'ayant aucune envie de servir de perchoir à ces sales bêtes, il sortit sa baguette, prêt à recevoir le premier qui oserait lui sauter dessus.
- Nos patients peuvent se promener dans ce parc autant qu'ils le souhaitent car nous croyons que …
Severus qui avait surtout l'impression que la toxicomage tentait de justifier le prix indécent de leur service auprès du poisson qui les payait, prit un air bourru ce qui calma aussitôt les ardeurs de son escorte déjà intimidée.
Ils sortirent bientôt du bosquet où une mer d'opale les accueillit en scintillant. Ils se trouvaient en haut d'une falaise de roches orangées. C'était évident puisque tout le long du littoral, des falaises semblables s'avançaient dans la mer où l'orange de leur paroi contrastait avec les bleus cristallins des vagues. L'air vif et sain tournoyait doucement au-dessus du pic rocheux garni d'un tapis d'herbe émeraude. Plusieurs fauteuils confortablesétaient disposés avec grâce pour que l'on puisse profiter au mieux de cette vue grandiose mais pour l'instant, une seule personne occupait les lieux.
Assise dans un fauteuil bleu aux bras de bois joliment tournés, Liz regardait au loin, une jetée rose sur les genoux.
Thalia se tourna vers Rogue.
- Je vous laisse. Prenez tout votre temps, dit-elle.
Elle se tourna et s'en alla discrètement par où ils étaient venus.
Severus s'approcha de Liz mais cette dernière ne semblait pas disposée à le regarder. Il s'assit près d'elle en silence et regarda la mer devant lui. Comme si elle sentait sa protégée nerveuse, la jetée rose couina gentiment et à la façon d'une crêpe, s'étendit sur la jeune femme comme une couverture duveteuse. Liz lui caressa la tête. Il ferma ses grands yeux bruns en produisant un étrange ronronnement.
Severus sursauta en sentant une pression sur sa jambe. Un gros écureuil doré s'était faufilé jusqu'à lui, avait posé les pattes de devant sur sa jambe et le regardait avec une tête de déterré. Le sorcier le pointa de sa baguette.
- N'y pense même pas, menaça-t-il.
La petite bête se recula prudemment, une expression de franche déception peinte sur sa frimousse. Résigné, il battit en retraite dans l'arbre le plus près tandis que Liz pouffait moqueuse.
- Tu aurais pu lui laisser sa chance, dit-elle comme si elle ignorait qu'il n'en avait jamais eu l'ombre d'une seule.
Severus se tourna vers elle. C'était la femme dont il se souvenait. Pas le déchet humain qu'il avait pu apprécier dans toute sa déchéance. Il trouva néanmoins étrange qu'elle ne porte aucun maquillage. Peut-être parce qu'il ne l'avait pas vu souvent aussi naturelle. D'ailleurs, à parler franchement, cela ne lui allait guère. Son visage était vieilli. Marqué par les années de débauche, d'abus et d'horreur qui lui étaient passées dessus.
- Tu as l'air mieux, dit Severus.
Liz pinça les lèvres. Considérant de quoi elle avait l'air avant, ce n'était pas une grande nouvelle.
- Pourquoi tu as fait ça ? demanda-t-elle toujours sans le regarder.
- Fait quoi ?
Liz tourna la tête vers lui et lui lança un regard perçant.
- Joue pas au con avec moi d'accord ? Ça coûte un bail d'envoyer quelqu'un ici.
Il haussa les épaules comme si c'était évident.
- Je voulais être certain que cela fonctionne. Tu étais … presque morte.
- Tu ne voulais pas que je meure ? Mais c'est adorable … Alors ça te donne le droit de me foutre de force en désintox ? demanda-t-elle.
- Tu as accepté de venir, mentit-il.
Liz fronça les sourcils.
- Tu m'en diras tant …
Il haussa les épaules.
- Ce n'est pas de ma faute si tu as tout oublié, rétorqua-t-il avec indifférence.
Liz tenta de lire en lui mais c'était peine perdue. Il était aussi insondable que dans ses souvenirs. Est-ce que ça se pouvait qu'elle ait accepté ? Franchement, elle n'en savait rien mais si oui, elle devait être salement amochée.
- Je ne vois pas de quoi tu te plains. Tu n'es pas à Azkaban. Si tu ne voulais pas rester, tu n'avais qu'à partir, dit Severus en toute logique.
Liz caressa le Kalineur pensivement.
En fait elle était restée parce que … Parce que pourquoi pas. Tant qu'à être là. Et puis, c'était génial comme endroit. Mais il fallait être juste. En faisant cela, il l'avait sorti d'un vrai mauvais rêve. Pour la première fois depuis longtemps, elle avait envie d'autre chose que de jus de verrue. Sauf que comme il n'y avait rien devant elle, elle n'avait aucune idée de quoi elle pourrait bien avoir envie …
- Pour être honnête, je t'en ai voulu au début mais finalement … C'était une bonne chose, convint-elle. Sauf que ça n'explique toujours pas pourquoi tu as fait ça !
Severus soupira en croisant les mains devant lui.
- Je veux savoir ce qui s'est passé.
Liz le regarda sans comprendre.
- Pourquoi es-tu partie sans rien dire ?
Liz soupira. Bordel … quand ce sorcier avait une idée dans la tête il ne l'avait pas dans le troufion. Mais bon … elle lui devait bien ça.
- Je sais pas trop … C'est juste arrivé c'est tout. J'étais furieuse contre toi et j'ai rencontré un type. Il voulait de la compagnie alors je suis parti avec lui pour l'Allemagne. Quand j'en ai eu marre j'ai été en Australie puis en Chine ensuite … la Pologne je crois.
Severus regardait la mer devant lui sans manifester la moindre émotion.
- Quand on voyage on ne regarde pas en arrière, continua-t-elle. Au début je pensais souvent à toi puis j'ai rencontré plein de gens, visité plein d'endroits … Je suis juste passée à autre chose.
Elle le regarda gravement
- Écoute, sincèrement je suis désolé de rien t'avoir dit. J'ai jamais pensé que tu pourrais croire que je m'étais fait tuer. Tu sais d'habitude avec les types quand ça dérape je me barre et c'est tout.
Liz baissa les yeux sur le kalineur et se mit à jouer pensivement avec la douce fourrure. Severus comprit qu'il n'aurait rien de plus. Elle n'avait rien dit parce qu'elle « n'y avait pas pensé ». Fin de l'histoire. C'était quand même cher payé pour une réponse d'une banalité aussi consternante. Décevant mais tout de même pas assez pour renoncer à son plan.
- Qu'est-ce que tu vas faire en sortant d'ici ? demanda-t-il.
- Qu'est-ce que tu veux que je fasse ?
- Retourner à ton … métier ? supposa-t-il.
Elle haussa les épaules.
- Peut-être. Je crois bien qu'avec tout ça, j'ai retrouvé une tête de bordel.
Pour blaguer, elle passa la main dans ses cheveux en faisant une mine coquette mais Severus ne goûta pas la plaisanterie.
- Ça m'étonnerait.
- Pffft. Et qu'est-ce que t'en sais ?
- J'en sais que tu n'as plus l'allure que tu avais. Tu ne trouveras plus grand monde pour payer pour toi, dit-il avec un regard hautain.
Évidemment les deux dernières années d'ergot avaient laissées leurs traces mais c'était assez peu galant de le faire remarquer.
- Ah ouais ? Regardez un peu qui parle ? Tu viens pas de payer pour moi peut-être ?! Combien ça t'a coûté tout ça ?
- C'est différent, dit-il en haussant les épaules.
- Je suis loin d'être foutue, assura-t-elle comme si elle tentait de se convaincre elle-même.
- Même si ça pouvait fonctionner encore un moment, tu n'en as plus pour longtemps.
Elle soupira. Évidemment, il avait raison. Mais qu'est-ce qu'elle pouvait faire d'autre … elle n'en avait pas la moindre idée.
- Il y aurait peut-être une solution.
Liz le regarda méfiante.
- Représentante du ministère.
Elle fit de grands yeux.
- Moi ? Au ministère ? Tu te fous de ma gueule ?! J'ai la tête d'une représentante du ministère tu trouves ?
- Représentante pour la Rue des soupirs.
Il la dévisagea avec le plus grand sérieux.
- Je ne vois personne de plus qualifié, dit-il sur le ton de l'évidence.
- Mais … tu as toujours détesté cette rue. Je comprends pas pourquoi tu voudrais m'aider à …
- Parce que tu y retourneras de toute façon.
Évidemment, qu'est-ce qu'elle pouvait faire d'autre …
- Autant que ce soit de cette manière et ils ont besoin de quelqu'un.
Représentante pour la rue … bha ouais. Ça tombait sous le sens. Pas besoin d'avoir un cul à tomber raide pour remplir des rapports merdiques et récolter les pots de vin.
- Es-tu intéressée par ce poste oui ou non. Si tu l'es, j'aurai des exigences.
Ah ça y est, on y venait. Elle n'était pas tombée de la dernière pluie. Quand un homme se montrait d'une telle générosité envers une pute, c'est qu'il y trouvait son compte. En général, c'était pour se faire sucer à volonté mais les malfrats pouvaient aussi placer des filles qui avaient des dettes à des postes stratégiques. C'était sûrement ça.
- Quelles exigences ?
Il la pointa de sa baguette et Liz cria en sentant une brûlure sur son bras. Le kalineur sursauta mais elle leva sa manche sans lui prêter attention. Incrédule, elle vit un tatouage sombre formé de frises en pointes.
- C'est quoi cette merde !? cria-t-elle effrayé.
- Un sortilège de mon invention. En te recommandant, j'implique mon nom. J'ai besoin de garantie.
- Une garantie ? Non mais quelle garantie tu veux putain de merde !? dit-elle en se frottant le bras.
- L'expérience a prouvé que ce poste est propice aux excès. Il est hors de question que tu retombe dans l'ergot si je te recommande.
- C'est fini tout ça.
- Heureux de te l'entendre dire. Dans ce cas, il n'y aura pas de problème. Mais si par malheur tu étais tenté d'y retoucher voici ce qui se produira.
Aussitôt la brûlure fut insupportable. Liz serra les dents en grognant mais n'eut pas le temps de crier. Le tatouage se volatilisa en fumée d'un gris malsain tandis que le Kalineur surpris couinait tout inquiet.
- Ce n'est qu'une seconde mais si tu flanches ce sera beaucoup plus long, dit-il avec une certaine satisfaction.
- T'es un putain de malade mental !
Il l'observa sûr de son bon droit.
- J'aurais cru que tu préférerais savoir dans quoi tu t'engageais avant d'accepter.
- C'est de la magie noire cette merde !
En effet, c'était bien le cas. Il avait autrefois élaboré ce sortilège afin de se faire remarquer du Seigneur des ténèbres. Dans ce domaine il avait été aussi inspiré que créatif. Tellement qu'au cours de ces sombres années, il avait élaboré une collection de maléfices à faire pâlir Herpo l'infâme de jalousie.
- Le tatouage réagit lorsque le porteur commet une action interdite. Tant que tu seras à ce poste, tu devras le porter. C'est non-négociable.
Dans les faits, des sorts de contentions du genre existaient mais à son avis, ils manquaient de mordant. Évidemment, forcer un sorcier à agir sous la menace de torture était plus ou moins acceptable. Néanmoins, rien d'autre ne pouvait garantir qu'elle se tiendrait à carreau.
- Et il y a autre chose que j'ai pas le droit de faire ? dit-elle furieuse. Si je me fais un client ?
- Je ne te le conseille pas. Le dernier a perdu son poste quand il a été pris en train de bénéficier de certains avantages secondaires. Je crains que le ministère se montre encore moins compréhensif si son représentant se met à les distribuer. Mais le tatouage ne réagira qu'à la consommation de potions stupéfiantes ... quelle qu'elles soient.
- Et l'alcool ?
- J'ai dit potion stupéfiantes, répéta-t-il.
- Donc je pourrai boire, insista-t-elle.
Il lui jeta un regard courroucé.
- Oui, dit-il lentement comme s'il parlait à une idiote. Mais je pourrais changer d'idée si tu exagères.
- Ah ouais ? Et comment tu le saurais au juste ?
- Tu devras t'attendre à ce que j'exerce une certaine surveillance.
- Pas vrai. Tu vas me chaperonner pour que je reste dans le droit chemin ? singea-t-elle en le narguant.
- Tu crois peut-être que je me soucie de toi ? dit-il cynique.
À la façon dont il la toisait, il était clair que ce n'était pas le cas.
- Je protège ma réputation et mon investissement. Rien d'autre.
- Un investissement hein ? Et tu investis dans quoi exactement ? On peut savoir ?
- Dans rien de très important.
Il la regarda de haut qu'elle saisisse bien ce qu'elle ne valait pas cher la livre mais en fait, il ne voulait pas qu'elle disparaisse tout de suite. Il lui semblait qu'il n'en avait pas fini avec elle. Pourquoi ? Il ne savait pas mais à toute fin pratique, il investissait dans la satisfaction de sa curiosité.
- Et si je veux partir ? Tu enlèveras le tatouage ?
Il haussa les épaules avec indifférence.
- Et comment je peux en être sûre ?
- Parce que je n'en ai rien à faire. Peu m'importe que tu te défonces jusqu'à en crever du moment que je n'ai pas à répondre de toi, dit-il avec mépris.
Liz pinça les lèvres. Pour sûr, c'était convainquant.
- Tu peux saisir cette occasion ou retourner faisander dans ton trou putride. À toi de choisir, ajouta-t-il dédaigneux.
Liz le dévisagea incertaine. Autant en arrivant il avait tout l'air d'être un ami, autant il était maintenant plus froid que la glace. Ce type, on croyait l'avoir saisi mais la seconde d'après il vous glissait des mains comme une couleuvre.
- Je peux y penser au moins ?
Il hocha la tête.
- N'y pense pas trop longtemps.
Il se leva.
- Je ne suis pas stupide ! Tu veux me placer là parce que tu as des intérêts à défendre. Qu'est-ce que c'est exactement !
Il la dévisagea comme si elle était parfaitement ridicule.
- Si j'avais des intérêts à défendre ce n'est sûrement pas toi que je choisirais pour le faire.
- Pourquoi tu fais ça alors ?
Il la dévisagea gravement.
- Parce que tu vaux mieux que ce que j'ai vu.
Elle pouffa de rire.
- Sans blague … Tu m'aides parce que tu crois en mon potentiel ? dit-elle moqueuse.
- Non. Je t'aide parce que je n'aime pas avoir tort et tu as intérêt à me donner raison, dit-il sèchement.
- Ah ouais j'ai intérêt ? Et de quel intérêt tu parles exactement ?
Il la regarda en silence quelques secondes
- Du tiens.
Il la toisa avec arrogance puis se retourna sans rien ajouter. Interdite, elle le regarda s'éloigner de son pas énergique puis disparaître entre les arbres. Elle resta longtemps immobile, incapable de déterminer s'il était l'homme le plus odieux ou le plus admirable qu'elle ait connu.
N'empêche que peu importe ce qu'elle devait en croire, il lui proposait une sacré belle porte de sortie. Et puis elle avait eu le représentant Fricot comme régulier pendant deux ans. Il lui parlait toujours du boulot alors elle connaissait un peu les ficelles. Si ce connard dégénéré avait été capable de se maintenir en poste, rien de plus certain qu'elle pouvait y arriver aussi.
Elle attendit un peu pour la forme puis écrivit un hibou pour dire qu'elle acceptait. Deux jours plus tard, il était de retour. On la conduisit dans une petite pièce vitrée où étaient disposés quelques fauteuils à la manière d'un salon. Sans surprise, Severus l'y attendait. Elle entra et ferma la porte derrière elle.
- Content de voir que tu as pris la bonne décision, dit-il.
Elle se contenta de le dévisager.
- Tu as un rendez-vous demain avec Théodore Oswalt du ministère des bonnes mœurs.
- Déjà ?
Il la dévisagea, glacial.
- Heu … et bien, oui. D'accord. Pas de problème.
- Tu sais ce que ça implique, dit-il en sortant sa baguette.
Elle approuva puis grimaça en sentant la brûlure sur son bras. Elle releva la manche pour regarder le tatouage formé de gracieuses frises noires et acérées.
- Ben au moins c'est quand même joli, dit-elle faisant contre mauvaise fortune bon cœur.
Severus releva la tête.
- Tu l'aimeras moins si jamais tu retouches à quelque potion que ce soit.
- Une chance que tu es là pour me le rappeler.
Le sorcier ne fit pas de cas de l'ironie et s'assit dans un fauteuil. Elle l'imita tandis qu'il fouillait dans sa sacoche de cuir.
- C'est la même non ? Celle que tu avais quand tu venais à la Lanterne Ma…
- Aucune importance, coupa-t-il nullement intéressé à se rappeler de bons souvenirs.
L'air renfrogné, il sortit une boîte noire de son sac. Il la posa sur la table basse devant lui et l'ouvrit. Elle contenait trois baguettes.
- Essaie-les, dit-il simplement.
Liz le regarda l'air de ne pas y croire.
- Tu es sérieux ?
- Je ne vois pas comment tu pourrais te présenter au ministère sans baguette, trancha-t-il un rien impatient.
Liz se mordit la lèvre. Il y avait si longtemps … Elle avait vendu sa baguette il y avait quoi ? Au moins deux ans maintenant. Deux ans qu'elle n'était plus vraiment une sorcière. Sans qu'elle puisse s'en empêcher, les larmes lui montèrent aux yeux.
- Désolé, c'est juste … Je ne m'en attendais vraiment pas.
Elle lui sourit en essuyant ses yeux d'un revers de main puis prenant sur elle, effleura délicatement les bâtons de bois. Une baguette …. Une baguette à elle toute seule.
- D'où elles viennent ? demanda-t-elle.
- De sorciers peu recommandables qui n'en auront plus besoin. De vieux amis à toi qui sait …, dit-il en frais d'encouragement.
Elle lui adressa un sourire cynique et choisit la baguette noire. Elle regarda autour d'elle à la recherche d'inspiration et pointa une chaise qui attendait dans un coin. Cette dernière se mit à trembler puis sauta sur place brusquement. Non, ce n'était pas ça. Elle remit la baguette noire dans la boîte pour prendre celle d'un acajou rouge sombre et pointa la chaise à nouveau.
Le fond se souleva en prenant la forme d'un impressionnant membre viril tout à fait convaincant. Liz sourit enchantée. C'était celle-là, pas le moindre doute là-dessus !
- Un choix de sortilège édifiant, gronda Severus.
Il semblait insulté au possible. Liz le regarda un instant sans comprendre puis réalisa. Elle se mordit la lèvre d'un air malin.
- J'ai pas pensé que … Désolé, c'est l'habitude.
Elle fit disparaître la protubérance en pouffant de rire.
Severus la fixa sévèrement.
- C'est le genre de chose qui t'amuse ?
- Bha non, c'est juste que …
- Tu crois peut-être que Théodore a été impressionné par ton passé ? la coupa-t-il.
Elle le dévisagea incrédule.
- Heu … tu veux dire que … Tu lui as dit ?
Il se pencha vers elle et Liz fut aussitôt saisit par une crainte instinctive.
- Crois-tu vraiment que je m'abaisserais à mentir au ministère pour couvrir quelqu'un comme toi ? demanda-t-il en vrillant ses pupilles dans les siennes.
- Ben … heu, non. C'est pas ce que je voulais dire …
Il lui sembla que le sorcier dégageait soudain une cruauté glacée qui l'entourait tel un halo.
- Tu t'imagines peut-être que je vais te laisser salir mon NOM impunément ?!
- Non. Bien sûr que non. Tu n'as pas à t'en faire. C'est juste le premier sort qui m'est passé par la tête. Je ne ferais rien de tel devant Oswalt. Je te jure.
Ses yeux aussi noirs que de l'encre brillaient d'un éclat tellement mauvais que Liz eut envie de se recroqueviller sur elle-même.
- Si jamais tu me fais regretter de t'avoir sorti de ton trou, je te jure que tu le regretteras comme tu n'as jamais regretté quoi que ce soit, dit-il avec une lenteur menaçante.
- Je ne ferai rien pour te mettre dans l'embarras, assura-t-elle troublée.
Le sorcier la dévisagea sombrement un long moment puis il se leva et se dirigea vers la porte.
- Ben … attend ! Tu pars comme ça ? Laisse-moi au moins te …
Il ouvrit la porte et se tourna à peine.
- Inutile de me remercier, dit-il d'un ton tranchant. Contente-toi de t'arranger pour que je ne le regrette pas.
Il se retourna d'avantage pour la fixer.
- Et ne te méprends pas. Tu ne signifies rien pour moi. Si tu échoue épargne ton orgueil. Ne viens pas pleurer à ma porte. Je n'aurai aucune pitié pour toi.
Il sortit sans attendre sa réponse, la laissant pétrifiée au milieu du petit salon.
- Non mais je t'ai rien demandé moi ! Je m'en fous de ta pitié de merde ! lui cria-t-elle trop tard.
Incrédule, elle se rassit pensivement en serrant sa nouvelle baguette contre elle. Bordel de merde … C'était un foutu cinglé !
Elle le revit, penché vers elle, aussi menaçant qu'une lame posée contre sa gorge. Elle avait oublié mais il était rudement beau quand il faisait cette tête.
