Liz faisait les cents pas dans la cuisinette savamment malpropre et négligée attenante à la nouvelle clinique du ministère. Pour la dixième fois, elle replaça sa baguette dans sa poche. C'était énervant mais elle n'avait pas osé la glisser dans sa jarretière comme d'ordinaire. Pas devant le patron. Elle lissa sa jupe noire simple mais élégante et brossa une poussière imaginaire sur sa manche.
À vrai dire, ce qui était angoissant c'était que Théodore Oswalt avait exigé de pouvoir inspecter la clinique avant l'ouverture. Elle aurait préféré pouvoir faire rouler l'affaire au moins un mois et lui présenter des résultats tangibles. Juste en voyant la piaule, elle n'était pas sûre qu'il comprenne. Le Bas de la côte fonctionnait selon des lois difficiles à saisir pour ceux qui n'en faisaient pas partie. Mais lorsque votre patron exigeait d'être satisfait, il en allait comme d'un client. Il fallait passer à la casserole.
Enfin, des flammes vertes ronflèrent dans le foyer et Oswalt apparut en tournoyant.
- Monsieur Oswalt, dit-elle poliment tandis qu'il sortait du foyer.
- Mademoiselle Rosenberg, répondit-il en souriant.
Il jeta un coup d'œil autour de lui. Des murs sales, un comptoir mal équarri et des armoires de travers.
- C'est la cuisine mais pour l'instant, elle ne sert pas, expliqua Liz en voyant ses sourcils froncés
- J'imagine que non, convint Oswalt avec un coup d'œil étonné aux moisissures qui s'épanouissaient dans les coins. Je suppose que vous n'avez pas encore eu le temps d'aménager cette partie de la clinique.
Et voilà, on y était déjà. Les lieux ne lui plaisaient pas du tout. Mais Liz se dit que mieux valait tout lui montrer avant d'essayer de lui expliquer quoi que ce soit.
- Bien sûr ce n'est pas terminé, dit-elle pour noyer le poisson.
Oswalt approuva d'un signe de tête en jetant un regard dubitatif à l'insalubrité des lieux. Considérant que quelques coups de baguettes auraient suffit pour nettoyer cette cuisine, il semblait quelque peu surréaliste que personne ne s'en soit occupé. Mais évidemment, elle n'avait eu qu'un mois pour tout faire et ce, avec un budget inexistant. Il était sans doute normal que pour l'instant tout ce qui n'était pas essentiel ait été négligé.
- Peut-être pourrais-je vous montrer les salles d'eau ? proposa-t-elle.
- Très bien, voyons cela, dit Oswalt d'un air encourageant.
Elle le conduisit dans un couloir sombre à la peinture écaillée jusqu'à une porte mal équarrie.
La minuscule salle était recouverte de céramique jaunie dont plusieurs carreaux étaient cassés et certains manquaient, laissant voir l'apprêt craquelé. Un évier de porcelaine au fond brunâtre était surmonté d'un miroir piqueté de tache. Derrière des rideaux neufs d'un vert lime si criard qu'il faisait mal aux yeux, on pouvait voir un réduit briqueté avec une affreuse céramique brun-vert et une barre de métal avec des poignées bizarres accrochée au mur.
C'était le genre d'endroit laid et étouffant où aucun sorcier sain d'esprit n'aurait eu l'idée de s'attarder.
Oswalt ne s'était pas attendu à grand-chose mais tout de même, il ne s'était pas attendu à si peu.
- Où est la baignoire ? demanda-t-il étonné.
Liz sourit comme si elle n'avait pas remarqué le ton de reproche.
- Il n'y en a pas. Ce sont des touches.
- Des … touches ?
- Oui, je vais vous montrer.
Elle s'approcha d'un cubicule, avança prudemment le bras et tourna le guidon de vélo accroché à la paroi. Aussitôt, l'eau se mit à pisser par un tuyau nanti d'un embout d'arrosoir niché au plafond. Liz quelque peu novice avec l'installation n'avait pas pensé à tirer le rideau et l'eau éclaboussa partout. Elle poussa un petit cri et Théodore qui n'avait jamais eu affaire à une touche, recula vivement. Il buta dans un sceau rouillé et le long manche de bois qui en sortait tomba aussitôt par terre libérant de petits serpents bruns-noirâtres qui jaillirent du récipient.
Oswalt cria de surprise et sortit sa baguette pour viser le seau.
- Non non ! C'est une serpilli heu …, dit Liz pris au dépourvu.
Pour Théodore Oswalt, entre serpent et serpilli, il n'y avait guère de différence et il se garda bien de baisser sa baguette.
- Ce n'est pas vivant, assura Liz. C'est pour nettoyer le sol.
Elle se pencha pour ramasser la serpillière qu'elle remit dans le seau en produisant un étrange bruit de succion visqueux.
- J'avoue que c'est un peu bizarre mais il parait que ça fonctionne, dit-elle d'un ton rassurant.
Théodore fixa avec dégoût les filaments mous, crasseux et noirâtres qui s'échappaient du baquet rouillé.
- Mademoiselle Rosenberg …, dit-il d'un drôle d'air. Par le plus grand des hasards, saviez-vous que pour nettoyer le sol il suffit d'un mouvement de baguette très simple ? dit-il comme s'il doutait soudain de sa santé mentale.
- Mais oui, bien sûr, dit-elle avec un sourire embêté.
- Dans ce cas, j'avoue que je ne comprends pas pourquoi vous auriez besoin de ce …, dit-il en désignant l'effarant item avec dégoût.
- Je vous promets que je vais tout vous expliquer mais avant, si vous voulez bien, je vous montre la pièce principale, dit-elle en faisant de son mieux pour paraitre confiante.
- Très bien. Si vous y tenez, dit Théodore d'un ton beaucoup moins avenant qu'à son arrivé.
Liz passa devant et il lui emboîta le pas de mauvaise grâce. Elle s'avança au bout du couloir et poussa le tissu bleu délavé qui masquait le trou de porte. Une lumière blanche désagréable sauta au visage de Théodore et il entra en plissant les yeux.
Avec les touches il avait pensé avoir tout vu, il avait eu tort.
La clinique proprement dite était une pièce carrée de taille moyenne, éclairée avec des chandeliers d'artisan qui dégageaient une lumière crue et sans chaleur. Malgré de supposés travaux récents, les lieux semblaient aussi vieux et mal entretenus que la cuisine. Contre le mur du fond étaient alignées trois gros cubes blancs métalliques rouillés aux entournures. De l'autre côté, des chaises de bois qui semblaient extrêmement peu confortables leur faisaient face. Deux tables dépareillées sur les côtés complétaient le tout.
C'était sans aucun doute possible l'endroit le plus inhospitalier où Théodore Oswalt eut jamais mis les pieds. … À part l'affreuse touche.
Sans voix, il distingua une vaste fenêtre qui donnait sur la rue mais elle était tellement crasseuse qu'on était bien en peine de distinguer quoi que ce soit à l'extérieur. Près de la porte d'entrée vitrée, tout aussi sale, un affreux petit bureau de bois et une chaise défoncée étaient disposés près d'un présentoir rempli de prospectus du ministère.
Assis derrière, un homme à la mine patibulaire les regardaient d'un œil torve. Liz lui fit signe et le vieux diable se leva.
- Monsieur Oswalt, je vous présente notre seul employé, du moins pour le moment. Monsieur Argus Rusard.
Toujours sous le choc, Oswalt dévisagea l'homme hirsute.
- Rusard … cela me dit quelque chose, dit-il en regardant l'affreux s'approcher.
- C'est bien possible monsieur Oswalt, dit ce dernier d'un ton obséquieux. J'étais concierge à Poudlard.
- Ah. Et vous n'y travaillez plus, constata Théodore.
- Non, malheureusement. J'étais là lorsque les Carrow étaient en poste… Avec eux il fallait faire, et bien, un peu mal aux élèves. Vous savez ce que c'est, dit-il comme si c'était l'évidence.
- Un bourreau d'enfant …, dit-il en regardant Liz, incrédule.
- Oh non, j'aurais été arrêté ! se défendit Russart. Je n'ai rien fait, ce sont des racontars ! C'est seulement que les parents d'élèves se sont mis à écrire à …
- Oui, mais en fait le plus important c'est que monsieur Russart est cracmol, n'est-ce pas monsieur Russart ? le coupa Liz.
Il releva la tête en affichant un rictus acide.
- Je préfère, né-sorcier si cela ne vous fait rien.
- Heu … Oui. Né sorcier. C'est ce que je voulais dire.
Théodore en avait assez vu pour comprendre de quoi il retournait. Cette toxico avait le cerveau complètement grillé.
- Mademoiselle Rosenberg, ceci est une plaisanterie du plus mauvais goût ! dit-il scandalisé. N'importe qui avec encore moins de budget aurait pu faire mieux !
- Monsieur Oswalt, je vous en prie, laissez-moi vous expliquer avant de ….
- Oui, expliquez-vous, dit Théodore. Vous avez deux minutes avant que je vous renvoie et que je mette fin à ce cirque révoltant !
- Ah ! Monsieur Oswalt vous êtes arrivé ! s'écria une voix enjouée derrière eux.
Théodore se retourna certain qu'il s'agissait encore d'une mauvaise surprise mais il reconnut Arthur Weasley.
- Pardonnez mon retard mais j'ai été retenu en raison d'une réunion urgente avec Kinsley, dit Arthur. Monsieur Oswalt, je suis vraiment très heureux de vous rencontrer !
Théodore saisit la main tendue avec ébahissement. Arthur Weasley ne comptait pas pour des prunes au ministère.
Il avait fait partie de la résistance dès le premier jour et même sous les mangemorts, n'avait jamais caché son affection pour les moldus. Il avait perdu un fils dans la légendaire bataille de Poudlard où sa femme avait tué l'ignoble Bellatrix Lestrange. Toute la famille s'était distinguée et comme si ce n'était pas assez, Harry Potter avait marié sa fille unique. C'était un sorcier des plus respectables. Comment était-il possible qu'il soit mêlé à cette immonde insanité ?!
- Je suis disons … surpris de vous voir ici. On ne m'avait pas mis au courant.
- Haha, c'est que la mécanique est mon péché mignon. Je suis ici à titre personnel. Notre cher Liz s'est présentée au ministère de l'artisanat moldu et a demandé si quelqu'un s'y connaissait en machine. On m'a tout de suite référé vous pensez bien. Et quel projet ! s'emballa-t-il.
Il leva les bras en désignant fièrement les lieux.
- Alors ? Comment trouvez-vous notre clinique ? Avouez que ça tient du génie ! ajouta-t-il en mettant la main sur l'épaule de Liz pour lui donner tout le crédit.
En frais d'aveu, Théodore n'arriva à sortir qu'un sourire étrangement congestionné. Prenant sa grimace pour un accord, Arthur désigna les murs crasseux avec enthousiaste.
- Une entreprise unique ! Si vous saviez le temps qu'il nous a fallu pour salir les murs … Imaginez un peu, il n'existe aucun sortilège à cet effet. Qui aurait cru. Nous avons dû utiliser des chiffons trempés dans la cendre et frotter comme des moldus ! expliqua-t-il ravi.
- Vous avez sali les murs intentionnellement ? demanda Théodore qui n'était pas sûr d'avoir bien entendu.
- Mais oui bien sûr ! dit Arthur comme s'il s'agissait de la chose la plus naturelle du monde. Liz vous a sûrement expliqué …
Il regarda la jeune femme en haussant les sourcils.
- Non justement, nous y arrivions, dit-elle sans insister sur le fait qu'Oswalt furieux ne lui avait laissé que deux minutes et qu'elles étaient sans doute déjà passées.
Arthur hocha la tête en riant.
- Cher monsieur Oswalt, dans ce cas, vous êtes sûrement aussi étonné que j'ai pu l'être au début.
Théodore hocha la tête, tout de même un peu rassuré d'entendre quelque chose qui fasse enfin du sens.
- En effet, je vous avoue que je suis quelque peu … perplexe.
- On le serait à moins, dit Arthur d'un ton de connivence. Mais vous allez être convaincu, je vous l'assure ! Cependant mon cher Théodore, si je peux vous appeler Théodore, comme vous ne savez encore rien, je vous propose de commencer par le plus épatant : les machines moldues ! dit-il en donnant une claque amicale sur le flanc du lave-linge la plus près.
Un gros CLANG vibrant fit sursauter tout le monde ce qui sembla ravir monsieur Weasley.
- Quel son n'est-ce pas ! Allez, encore un autre pour le plaisir ! s'écria Arthur en frappant l'appareil de nouveau.
- Une sonorité étonnante, convint Théodore impressionné.
- Et n'ayez aucune crainte. Toutes ces machines ont été approuvées par le Service des détournements de l'artisanat moldu. Je m'en suis chargé personnellement, ajouta Arthur.
Tandis que Liz retrouvait un peu d'espoir devant l'intérêt ravivé de son patron, Arthur enchanté de pouvoir se plonger tout entier dans sa passion, ouvrit un couvercle avec autant d'excitation que si un trésor pouvait y être caché.
- Et maintenant, regardez-moi ça !
Théodore s'approcha et Arthur désigna l'agitateur dressé au milieu du panier de lavage.
- Un tournicoteur et il … Attendez je vais vous montrer.
Arthur tourna une roulette crépitante sur le tableau de bord qui se mit à clignoter avec entrain.
- J'ai ajouté quelques lumières supplémentaires pour l'effet général, joli n'est-ce pas ?
Théodore qui accordait à la démonstration un intérêt tout professionnel hocha la tête avec gravité.
- Mais à cette étape pour mettre tout ça en action il faut …
Il tira sur la roulette et l'agitateur se mit à tournoyer avec frénésie, produisant un bruit mécanique assourdissant. Arthur sourit emballé.
- C'est un peu bruyant, j'essaie d'arranger ça, cria-t-il pour couvrir le bruit. Regardez ! Il y a plusieurs cycles différents et mon favori … Où était-il déjà ?, dit-il en se grattant le menton.
- Monsieur Weasley, Arthur, hum, tout cela est très intéressant mais puis-je demander à quoi sert cette chose exactement ? cria Théodore.
- À laver le linge bien sûr ! cria Arthur comme si c'était évident. Il enfonça la roulette et le bruit cessa brusquement.
Théodore poussa un soupir de soulagement.
- Laver le linge, répéta Théodore. Vous voulez dire laver …, il tourna la main en cherchant le bon mot, laver physiquement ?
- C'est cela. Comme les moldus, dit Arthur en tapotant affectueusement la monstrueuse machine. Mais eux ont des tuyaux qui passent sous la terre pour transporter l'eau si vous pouvez croire une telle chose. Ils sont tellement inventifs ! Ici nous avons simplement modifié les machines. À vrai dire, elles fonctionnent quinze minutes pour faire semblant et à la fin, elles lancent un sort de nettoyage, expliqua monsieur Weasley.
Oswalt haussa un sourcil quelque peu déconcerté.
- C'est heu … passionnant, dit Théodore. Mais j'avoue que je ne saisis pas vraiment la logique derrière cet ambitieux étalage de molduseries.
- Ah c'est très simple, dit monsieur Weasley. Les gens viendront ici pour laver leur linge gratuitement dans ces machines et le temps qu'ils attendent, ils pourront lire les brochures du ministère.
- Vraiment ? dit Théodore guère impressionné par l'étendu des services.
- Il y a aussi les touches, dit Rusard en désignant la salle d'eau.
- Les Douches, avec un « D », dit Arthur en levant le doigt. Une invention fascinante. Je n'ai pas pu trouver de vraies poignées de douche moldues mais vous avez vu ? Un volant de vélo fait tout aussi bien l'affaire, ajouta-t-il les yeux pétillants.
- De la lessive et des, hum … « douches » ? C'est tout ? demanda Théodore.
- Nous offrons aussi de l'eau gratuite, dit Liz. Pour l'instant c'est …
- Mademoiselle Rosenberg, je comprends que votre budget est des plus limités, l'interrompit Oswalt, mais toute clinique magique doit offrir un minimum de services de base. Vous comprenez ?
Liz soupira par devers elle. Il était évident que le patron la soupçonnait d'incompétence. Mais évidemment, difficile de l'en blâmer. Quand il suffisait d'un tour de baguette pour nettoyer parfaitement le plus déshérité des crasseux, cette imposante installation d'affreuses machines et de douches bizarres ne faisait bien sûr aucun sens.
- Monsieur Oswalt, je vous assure que nos activités servent nos objectifs. Voyez-vous, la saleté et les machines nous servent de camouflage.
- Un camouflage ? répéta Oswalt incrédule. Vraiment ? Et dans quel but ?
Monsieur Weasley s'approcha tandis que Rusard faisait une grimace qui semblait lui tenir lieu d'air concentré.
Malheureusement, c'est à ce moment des plus critiques que la porte d'entrée s'ouvrit pour laisser passer une meute de pouilleux.
- Ah ! Je vous l'avais bien dit qu'il y avait quelqu'un ! cria une voix nasillarde appartenant à ce qui avait tout l'air d'un squelette.
Liz reconnut Opale, Rose et Agathe (Garnotte pour les intimes) avec qui elle avait travaillé au Marais. Opale, la « star de la pipe » selon sa formule consacrée, était juchée sur des talons effilés qui semblaient plus dodus qu'elle-même. Avec son déshabillé miteux et ses cheveux à la diable elle avait tout l'air d'un épouvantail à gnomes acheté au rabais. Rose était plus soignée mais son embonpoint et les cratères qui commençaient à la défigurer indiquaient une affection non-équivoque pour le jus de verrue. Garnotte, qui avait depuis longtemps passé l'âge de porter une jupe qui arrivait à peine à lui cacher le derrière, restait sans rien faire, l'air stupide à regarder dans le vide.
Tandis que tout le monde les regardaient bouchebés, leur galante escorte fit une entrée triomphale. Liz reconnut sans peine les deux loubards vacillants. Pierrot dont la barbe blanche était tellement jaunie qu'elle en était presque brune (en raison de quoi certains l'appelaient Bruno) et Fouettard, un type malingre qui avait l'habitude de s'emparer de n'importe quel verre du moment où celui-ci était resté quatre secondes sans surveillance. D'ailleurs à le voir, on devinait qu'il en avait déjà sifflé son content.
Ce n'était certes pas une bonne idée de revoir ses vieux copains de sauterie devant son nouveau patron mais vu à quel point elle avait changé de tête, aucune chance que quelqu'un la reconnaisse parmi ce ramassis d'épaves éméchées.
- C'est quoi tout ça ? demanda le barbu en fixant les machines d'un œil brumeux.
Derrière lui, le vieux Fouettard rabougris s'accrocha à sa manche pour ne pas tomber.
- Bha putain de merde c'est des lave-linge, marmonna-t-il avant de choir par terre.
- Sortez d'ici ! C'est fermé ! cracha Rusard revenu de sa surprise.
Les visiteurs ne semblaient pas pressés de repartir et tous l'ignorèrent de concert.
- Excusez-moi mais comme le disait notre surveillant nous sommes fermés, dit Arthur en s'avançant à leur rencontre tout sourire. Vous pourrez revenir demain nous ouvrirons à …
Il se tourna vers Rusard avec des points d'interrogation dans les yeux.
- Les heures d'ouvertures sont de dix heures le matin à huit heure le soir, ânonna-t-il comme s'il avait déjà dû répéter cette phrase soixante-trois million de fois.
Liz impressionnée se dit qu'elle n'aurait vraiment pas pu trouver personne de plus approprié pour le poste. Enfin … si jamais il y avait un poste.
Opale toisa le rouquin avec une lippe vulgaire.
- Non mais t'es qui toi ?
- Je suis Arthur Weasley, dit-il sans en prendre ombrage. Je m'occupe des machines que vous voyez là.
- Moi c'est Opale, dit le chicot en replaçant ses cheveux emmêlés. La star de la pipe ici c'est moi. Tu en veux une ?
Monsieur Weasley en resta comme deux ronds de flan.
- Qu'est-ce que c'est que c'est manière ?! rugit Rusard. C'est fermé je vous ai dit ! Dehors ! Allez dehors !
Il saisit Opale par le bras et lui fit faire un habile demi-tour afin de la propulser vers la sortie.
- HEY ! BAS LES PATTES ! hurla-t-elle au meurtre.
- T'AS ENTENDU !? LA TOUCHE PAS VIEUX GALEUX ! cria Rose à la rescousse.
Elle le tira par sa veste défraichie qui fit entendre un craquement guilleret. Voyant que tout allait partir en sucette, Liz comprit qu'il était temps de s'en mêler.
- Ça va Argus. Laissez-là.
Rusard lâcha la laideronne avec un air de profond regret.
- Non mais j'hallucine ! geignit Opale en frottant son bras qui n'avait rien du tout.
- Et bien, et bien. Qu'est-ce qui se passe ici ? On s'amuse sans moi ?
Un homme assez jeune mais visiblement ravagé venait de passer la porte avec nonchalance. Ses yeux chassieux et son rictus acide inspirèrent à tous une méfiance immédiate. Une fripouille de toute évidence.
Liz regarda aussitôt par terre. Putain de merde. La Belette avait été son fourgueur quand elle était arrivée dans le quartier… À l'époque, elle n'était pas trop amochée et il risquait sans doute de la reconnaître.
- On raconte que le ministère va ouvrir une clinique ici, dit-il en les fixant de son regard vitreux. C'est vrai ?
- Tout ce qu'il y a de plus vrai, approuva monsieur Weasley. Mais elle n'ouvrira que demain.
- Oui, alors du balai. C'est fermé, grogna Rusard en s'avançant vers lui.
La Belette plissa les yeux.
- Et ben ça … Si c'est pas Rusard. Le concierge de Poudlard en personne, dit-il d'un air sournois.
- Oui et toi c'est Mignon Durand, rétorqua Rusard l'air encore plus sournois.
Opale se tourna vers le fourgueur en pouffant de rire.
- Mignon ? Sans blague …
La Belette ne sembla pas des plus heureux.
- Je te conseille de fermer ta grande gueule vielle pourriture, cracha-t-il à Rusard.
Ce dernier lui adressa un sourire des plus malveillants.
- Je ne vois pas l'intérêt de parler de toi si tu n'es plus là, siffla le concierge.
- Rien à foutre ! Jamais vu une daube aussi merdique de toute façon, éructa-t-il en crachant par terre.
Le fourgueur lança à la ronde un regard méprisant puis sortit sans demander son reste, au grand soulagement de Liz.
Le poivrot qui était tombé par terre et avait posé un bras posé sur ses yeux pour se protéger de la lumière crue, lâcha soudain un pet tonitruant. Comme s'il s'était s'agit d'une sonnerie de cor, Garnotte totalement dans les vapes, sortit de sa torpeur et regarda autour d'elle.
- Non mais c'est quoi tout ça ? C'est pour quoi faire ? demanda-t-elle dubitative.
- Ce sont des lave-linge. Vous pourrez venir laver votre linge gratuitement dans ces magnifiques machines, expliqua monsieur Weasley.
- Quoi ? On va se servir de lave-linge moldus ici ? dit Rose incrédule.
- Mais oui ! dit Arthur comme si c'était une excellente nouvelle. Et il y a même des douches là-bas.
- Des douches …, répéta Opale incrédule. Bordel, ya que ma grand-mère moldue qui avait un de ces trucs pourri.
- Aaah mais non, dit Arthur pour la détromper. Je les aie testé moi-même. Ça fonctionne « au poil » comme disent les moldus.
- Et le poil de ton troufion ducon ?! rétorqua Opale.
Monsieur Weasley décontenancé sembla bien en peine de trouver quelque chose à répondre mais de toute façon, la prostituée ne lui en laissa pas le temps car elle marcha d'un pas décidé vers l'endroit indiqué.
- HEY ! cria Rusard en se précipitant à sa poursuite.
Liz lui fit signe de laisser tomber et il prit l'air renfrogné d'un chien de garde frustré.
- Moi aussi je veux voir ça ! cria Rose.
Pour ne pas être en reste, Garnotte suivit tandis que Pierrot qui n'avait pas réussi à relever son comparse, s'affalait sur une chaise.
- Non mais il y a rien ici ! dit Opale en revenant aussitôt.
Garnotte et Rose qui la suivait de près chuchotaient entre elles, guère plus emballées.
- Et les médicomages ? Ou ils vont s'installer ? demanda-t-elle d'un ton de reproche.
- Il n'y en aura pas. Du moins pas pour l'instant, dit Liz.
- Pas de médicomages ? Bordel … C'est quoi votre problème ? Non mais vous allez avoir des sorciers avec des baguettes au moins ? ironisa Rose.
- Non, dit Liz d'un air désolé. Pas pour l'instant.
Les prostituées la dévisagèrent interloquées et même Pierrot qui se trémoussait sur sa chaise inconfortable, releva la tête stupéfait.
- Non mais attendez …, dit Rose insultée. Le ministère descend ici pour installer une clinique et tout ce qu'il y a c'est des putains de trucs moldus ? Vous vous foutez de notre gueule ou quoi ?!
- Pour sûr qu'ils se foutent de notre gueule ! cracha Opale furieuse. Ils s'en sont toujours foutus ! C'est que du bidon pour qu'on ferme notre putain de gueule !
- Ça c'est sûr ! cria Garnotte. Le ministère nous balance sa cette clinique pourrie pour avoir l'air de faire quelque chose alors que dans les faits, il ne fait rien du tout et n'a jamais eu la moindre intention de faire quoi que ce soit !
Et en effet, il fallait convenir que c'était l'impression que l'endroit laissait à quiconque avait des yeux pour voir. Néanmoins, que les filles aient raison ou pas, Rusard en avait assez.
- Ça commence à bien faire ! grinça-t-il. Tout le monde dehors ! Revenez demain si vous voulez vous plaindre !
- Revenir ?! Tu veux rire ! C'est pas moi qui remettrai les pieds ici ! ricanna Garnotte.
- Grand bien vous fasse, décréta Rusard en les poussant vers la sortie.
Pierrot se leva avec une vivacité surprenante pour son degré d'alcoolémie et tituba vers la sortie.
- Moi je fous le camp. Ces chaises c'est de la vraie merde ! cria-t-il plus ou moins intelligiblement puis il sortit sans demander son reste.
- Allez, vous aussi ! Dehors ! insista Rusard en grognant.
Finalement, les filles obéirent en accompagnant leur sortie de quelques injures sur le thème de « bande-mou » et « va chier pauvre connard ». Rusard leur ferma la porte au nez puis s'employa à réveiller le vieux débris avachi par terre avec quelques coups de pieds. Il avait presque réussi à le rendre conscient quand une brique fit exploser la vitrine.
Le concierge se précipita tandis que les prostituées hennissaient de rire en s'enfuyant.
- Laissez tomber Argus, dit Liz indifférente.
- Vous êtes sûre ? Je peux les rattraper !
- Mais non. Ce n'est rien.
Rusard lui jeta un regard torve puis il retourna à son poivrot qui s'était rendormi.
- Je m'occupe de la vitrine, dit Arthur qui semblait un peu soucieux.
D'un coup de baguette, il répara la vitre qui se reconstitua en quelques secondes.
- Et bien je dirais que c'est un succès, dit Théodore qui s'était contenté d'observer la débandade.
- Oui. C'est ce que je dirais aussi, approuva Liz.
- C'était ironique, souligna-t-il.
La représentante lui sourit d'un air entendu.
- J'avais compris monsieur Oswalt. Mais voyez-vous, c'est un succès parce que cette réaction c'est exactement ce que nous voulons avoir.
Oswalt resta interdit un instant puis il hocha la tête. Cette fille avait tout de même du cran. Son plan minable se cassait la figure en sa présence et elle faisait comme si tout était prévu. Elle avait sans doute du potentiel en politique mais au ministère des bonnes mœurs … la chose était moins que sûre.
- Liz si je puis me permettre, tout cela me semble fort imprudent, dit monsieur Weasley d'un ton paternel. Ces gens sont dangereux cela ne fait pas le moindre doute.
Liz soupira par devers elle. Les braves gens … Comment leur expliquer que dans le quartier il n'y avait rien à redouter d'une brique lancée dans une vitre tandis qu'il fallait se méfier comme la peste d'un aimable sourire.
- Ce n'est rien Arthur. Je vous assure. En fait, c'est une bonne chose qu'ils soient venus. Ce sera plus facile de vous expliquer comment les choses se passent ici.
- Très bien. Allez-y. Je suis toute ouïe, dit Théodore en croisant les bras.
- J'ai barré la porte, dit Rusard qui revenait enfin débarrassé du dernier débris.
- Ces gens que vous venez de voir, dit Liz, ils avaient l'air de s'être arrêté en passant mais je vous assure qu'ils ne sont pas venu ici par hasard. Et ils sont encore moins venus parce qu'ils sont intéressés par nos services. S'ils se sont pointé avant l'ouverture c'est uniquement pour voir s'il n'y avait pas moyen de nous plumer avant les autres.
- Que voulez-vous dire ? Qu'ils étaient là pour nous voler ? demanda monsieur Weasley en jetant un coup d'œil inquiet à ses lave-linges.
- Ne vous en faites pas Arthur, dit Liz en souriant en coin. Ce sont des sans-baguettes. Ils seraient bien en peine de soulever un de ces monstres. Et de toute manière personne n'en voudrait.
Weasley approuva comme s'il le savait bien mais il eut l'air quelque peu rassuré.
- Quand ils ont compris qu'il n'y avait rien à voler, ils se sont informés sur les médicomages parce que qui dit médicomage dit potion. Et ça, ça vaut un sacré paquet de blé dans le coin. Puis ils ont demandé pour les baguettes parce que qui dit baguette, dit sorts gratuit et ça aussi ça vaut son pesant d'or ici.
- Ben veuillez excuser mademoiselle Liz mais sans vouloir vous contredire je ne crois pas que les deux poivrots étaient en état de voler quoi que ce soit, dit Rusard qui était visiblement déçu qu'on ne l'ait pas laissé foutre tout le monde dehors à son goût.
Liz approuva.
- Non eux, ils n'étaient pas là pour ça. Ils cherchaient juste un coin pour trainer et piquer un somme. Vous avez remarqué qu'ils n'ont pas insisté ? Avec toutes les lumières et ces chaises à vous casser le dos, ce n'est pas le coin idéal pour ça. Et c'est parfait puisque les chaises et les lumières ont justement été choisis pour faire fuir les squatteurs.
Oswalt l'écoutait soudain avec plus d'attention. Évidemment, il n'avait pas pensé à ça.
- Et le jeune. Celui qui connaissait Argus ? Il était là pour voler aussi ? demanda monsieur Weasley.
- Et bien l'occasion fait le larron mais en réalité c'est un fourgueur. Il vend des potions. Les filles ont dû lui dire qu'elles venaient et il en a profité pour faire un petit repérage, supposa Liz. Mais après avoir vu la clinique, je dirais qu'il ne reviendra pas.
- Et comment le savez-vous ? dit Théodore.
- Parce que cet endroit n'a aucun potentiel. Si quelqu'un est assez désespéré pour venir ici c'est qu'il ne peut pas se payer un sort de nettoyage et s'il ne peut pas se payer un sort, il peut encore moins se payer une potion. Par conséquent, les fourgueurs ne trouveront pas de clients ici alors ils ne perdront pas leur temps à trainer dans le coin.
Monsieur Weasley lui sourit avec un petit signe de tête comme pour lui signifier de ne pas lâcher car elle était en bonne voie de gagner.
- C'est ce que je voulais dire quand je parlais de camouflage, reprit Liz. Une clinique du ministère attire toujours tous les parasites du quartier. Mais cette fois ce ne sera pas le cas. Vous avez vu leur réaction ? Ils ont tout de suite compris qu'ils ne pourraient rien tirer de cet endroit.
Elle regarda Théodore avec le plus grand sérieux.
- Et c'est comme ça que sans même avoir à lever le petit doigt, on est débarrassé de tous les profiteurs, de tous les flâneurs, de tous les voleurs et de tous les fourgueurs ; c'est-à-dire de quatre-vingt pourcent des problèmes ainsi que d'une des raisons principales pour lesquelles le ministère n'arrive jamais à implanter quoi que ce soit dans ce quartier.
C'était tout à fait exact mais à vrai dire, le ministère se faisait aussi jeter parce qu'il ne respectait jamais les commerces locaux. En effet, offrir gratuitement des services payants lui valait un beau paquet d'ennemis en un temps record. Mais cette fois, la clinique était pensée pour que les gens préfèrent dépenser cinq noises en sortilège plutôt que de venir se faire chier avec des machines. Ce n'était pas pour rien qu'Arthur avait passé deux jours à trouver une manière de faire marcher les lave-linge quinze minutes juste pour l'épate. Mais comme son patron ne serait sûrement pas très ému à l'idée que le ministère avait l'air aussi minable pour ne pas nuire aux criminels du coin, Liz se dit qu'il n'était sûrement pas nécessaire de le lui dire.
Surtout que les regards que Théodore Oswalt posaient sur l'affreuse clinique étaient nettement moins revêches qu'à son arrivée. Il réfléchit un moment puis hocha la tête.
- Je dois avouer que cela semble …. bien pensé, dit-il enfin.
- Ah ! Je vous l'avais bien dit que c'était génial, s'exclama monsieur Weasley.
Liz fit semblant de prendre le compliment pour elle mais dans les faits, elle avait déjà vu des cliniques semblables en Nouvelle-Guinée et avait simplement adapté le modèle. Sauf que comme personne ne le savait, à quoi bon minimiser son travail ?
- Merci Arthur, dit Liz avec un sourire empreint d'une humilité étudiée. Mais ce n'est pas tout. Puis-je attirer votre attention sur le fait que nous avons la chance extraordinaire d'avoir avec nous monsieur Argus Rusard, dit Liz en le désignant.
Le concierge peu habitué à être considéré comme une chance extraordinaire par qui que ce soit, grimaça un sourire confus.
- Vous avez vu comment il a géré nos invités surprise ? dit Liz en s'approchant pour lui mettre la main sur l'épaule. Et comme il est cr … Comme il est né-sorcier, même si quelqu'un vient le supplier pour avoir des sorts gratuits, il serait bien en peine de faire quoi que soit. Contrairement à un sorcier, il n'attirera donc aucun profiteur.
Le concierge haussa les épaules avec indifférence.
- En fait, je suis curieux de savoir qui vous pensez attirer avec cette clinique mademoiselle Rosenberg, dit Théodore.
- Les bonnes personnes. Les personnes qui sont dans le fond du baril, qui n'ont pas une noise et qui ont vraiment besoin d'aide. L'astuce, c'est que pendant qu'elles attendront pour leur linge, elles auront deux choix pour passer le temps. Regarder monsieur Rusard ou bien …
Liz contourna Oswalt pour attraper un dépliant dans le présentoir et le lui tendit. Sur le dessus était écrit en lettre majuscule « ENTREPRENEZ UNE DÉSINTOXICATION MAGIQUE GRATUITE ! ».
Théodore jeta un regard au gardien patibulaire et remarqua que la lumière crue faisait admirablement ressortir les points noirs qui constellaient son nez. Inutile de tergiverser sur la question, le dépliant avait cent fois plus d'attraits que lui.
- Vous semblez avoir pensé à tout, dit-il. Cependant je vous avoue que j'ai peine à imaginer que les gens croiront que le ministère peut vraiment concevoir une telle … clinique. C'est vraiment très loin en-dessous de nos standards, dit Oswalt qui avait à n'en pas douter une haute opinion de l'institution.
Liz lui sourit avec indulgence. Il fallait vraiment ne rien connaître du quartier pour sortir une pareille connerie. Pour les gens du coin, le ministère n'était qu'un ramassis d'enculés bedonnants et incompétents qui n'avaient rien à foutre des sans-baguettes. À leurs yeux, cette clinique merdique en serait simplement la preuve. Rien de plus certain qu'ils y croiraient. Mais encore une fois, mieux valait la fermer.
- Monsieur Oswalt, il n'y a vraiment pas à s'en faire. Vous avez vu par vous-même, ils n'ont pas les idées très claires. Ils y croiront je vous l'assure. Et de toute façon, ça ne leur rapporte rien alors ils n'en auront rien à faire.
- Je crois que Liz a raison, dit Arthur. Nos visiteurs semblaient convaincus que tout cela était vrai. D'ailleurs ils nous ont insultés pour la peine.
Théodore regarda les lave-linges d'un air pensif.
- Et c'est tout ce que vous comptez apporter au quartier ? Nettoyer les miséreux, dit Oswalt qui n'arrivait pas à se faire à l'idée.
- Ce n'est que la première étape, dit Liz. Le plan c'est qu'on ne fait pas de vague le temps que les gens s'habituent à nous et ensuite … tout devient possible. On peut, je ne sais pas …, faire venir un médicomage de temps à autre. Si ça se passe bien on lui fait un bureau crado dans le placard à balais. On peut proposer une soupe populaire qui sert des trucs pas trop frais ou bien construire des dortoirs d'un soir qui chlinguent. Tant que ça reste petit et que ça a toujours l'air minable ça passe comme une lettre aux hiboux. On peut vraiment aider beaucoup de gens comme ça.
Théodore la fixa d'un air sérieux puis approuva de la tête.
- Tout cela ne me plait pas du tout mais vos arguments sont … convainquant. Vous avez le feu vert pour un essai.
Liz joignit les mains et lui fit un sourire éclatant.
- Théodore mon cher, vous avez pris la bonne décision ! le félicita Arthur.
- Je dis bien, un essai, spécifia à nouveau Théodore. Dans trois mois, nous verrons si résultats sont aussi positifs que vous l'escomptez.
- Oh mais ils le seront, je vous le garanti ! dit Liz aux anges.
- C'est à la condition que les sans-baguettes ne fassent pas tout brûler avant, dit aimablement Théodore.
La jeune femme se contenta de sourire. Dans tout le monde sorcier il ne se trouverait jamais un seul connard assez suicidaire pour cramer une piaule appartenant aux Loups. Mais qui avait besoin de savoir que les canidés avaient quoi que ce soit à voir là-dedans ?
Théodore distribua les poignées de main traditionnelles qui conclurent l'affaire puis il ne fut pas fâché de pouvoir enfin sortir de ce trou. Après qu'Arthur et Liz se soient félicités et réjouis de ce succès tant espéré, ils offrirent à Rusard de l'escorter jusqu'en haut de la côte mais ce dernier refusa, arguant qu'il n'en voyait pas la nécessité. Il était vrai qu'il avait tout à fait la tête qu'il fallait pour marcher incognito dans le quartier aussi, Liz et monsieur Weasley le laissèrent fermer boutique et prirent la cheminée.
Lorsqu'il fut certain d'être seul, Argus s'assit derrière son bureau et siffla. Il fallut un instant puis une petite tête de fouine sortit de derrière le rideau bleu.
- Bravo, tu t'étais bien caché, dit Rusard en souriant à Miss Teigne.
La chatte s'avança au milieu de la pièce et s'assit pour le dévisager d'un air de reproche.
- Ce n'est pas de ma faute, se défendit Argus. Si le patron n'avait pas voulu de chat ici, on aurait été bien attrapé. Mais maintenant que je suis officiellement engagé, tu n'auras plus besoin de te cacher. Hein ? Qu'est-ce que tu dis de ça ?
Miss Teigne prit l'air grognon et se lava le poitrail avec une brusquerie qui voulait tout dire.
- Je sais, je sais. Ça n'a rien d'un château ici. Qu'est-ce qu'on y peut. Hein ?
Ce n'était peut-être pas un château mais c'était néanmoins une sacrée chance. Qui avait besoin d'un né-sorcier par les temps qui couraient ? Après la guerre, tout le monde s'était montré compatissant pour les cracmols malmenés et il avait réussi à trouver des petits boulots de-ci de-là mais on ne lui donnait du travail que par charité. Aujourd'hui les choses avaient repris leurs cours et la section des emplois non-magiques ne croulait plus sous les annonces.
Et puis à vrai dire, il ne détestait pas du tout cet endroit avec ses lumières aveuglantes. Contrairement à Poudlard, ce n'est pas ici que des petits malins trouveraient un coin sombre où lui échapper. Sans compter que pour une fois, il ne serait pas le cracmol de service. Chez les sans-baguettes, il serait comme tout le monde et ça, ça faisait rudement plaisir. Encore mieux - et là-dessus mademoiselle Liz avait été très claire - il n'était pas là pour se faire aimer. Il avait même le droit de crier sur les clients et les foutre dehors s'ils ne savaient pas se tenir. Franchement, c'était des directives pleines de bon sens qui lui convenaient parfaitement.
Miss Teigne sauta sur le bureau avec un petit miaulement pathétique.
- T'en fais pas ma belle, dit Rusard en la caressant. Je crois qu'on va bien se plaire ici. Tu verras.
Miss Teigne lui rendit ce regard affectueux qui le faisait fondre.
- Alors, qu'est-ce que tu dirais d'une petite promenade dans notre nouveau quartier ?
La chatte sauta souplement en bas du bureau et se frotta contre la porte pour signifier son accord. Rusard fit une dernière inspection, moucha les chandelles et sortit en compagnie de sa chatte. Il barra la porte avec une grosse clef de fer en se disant qu'à tout prendre, il avait au moins trois mois de répit avant de se retrouver sans travail puis il s'en alla en suivant miss Teigne qui ouvrait fièrement le chemin.
Si Rusard avait eu quelque don de voyance il n'aurait pas eu à s'inquiéter car comme prévu la clinique eut un éminent succès. Un succès qui ne se démentit qu'en 2124, année où pensant bien faire Kiri Tourdesac déménagea la clinique en plein centre du quartier où elle explosa comme un pétard. Les trois établissements suivants eurent des destins tout aussi tragiques si bien qu'à la fin on ne sut plus à quel sorcier se vouer. Faute d'idées, on décida de refaire la vieille clinique à l'identique, à la suite de quoi les choses rentrèrent dans l'ordre et tout alla de nouveau pour le mieux dans le pire des mondes.
OoOoO
Note -
JK Rowling ne s'est jamais prononcé sur ce qui est arrivé à Rusard après la guerre. On considère souvent qu'il a repris son poste de concierge à Poudlard mais bien sûr, le contraire est également possible.
Rien n'est dit non plus sur ce qu'il a fait lorsqu'il officiait sous la poigne de fer des Carrow. Si nous allons vers le plus probable, il est possible qu'il ait été méprisé et mis de côté en raison de son statut de cr …. de né-sorcier, mais comme ses inclinaisons punitives rejoignaient absolument celles des Carrow, il ne serait pas impossible qu'il ait enfin pu laisser libre cours à ses pulsions.
Néanmoins, je prends ici le parti de dire qu'il n'a pas fait grand-chose de mal, du moins à son avis.
Par contre, disons qu'étant donné la terrible nostalgie qui l'affligeait, j'espère avoir tors et lui souhaite certainement d'avoir pu infliger toutes les vilaines punitions qu'il affectionnait tant et j'espère de grand cœur qu'il en ait profité pour sa peine ;)
