Diego était troublé par ce blanc qui le tétanisait à chaque fois qu'il y pensait. Sa mémoire n'arrivait pas à se souvenir de ce qui a bien pu se passer entre ce moment où il était dirigé vers le ravin et son réveil à l'hacienda. Il s'était vaguement rappelé d'avoir parlé au capitaine Toledano mais c'était l'unique chose dont il pouvait être sur.

Se battant contre lui-même dans la grotte secrète, unique endroit le plus calme qu'il ait pu trouver, il tentait vainement de trouver un moyen de se resouvenir. Son instinct lui disait que c'était une mauvaise idée et qu'il ferait mieux de laisser passer ça, mais sa raison de renard l'obligeait à s'en charger.

La venue de Bernado le sortit de ses réflexions douloureuses. Les gestes de ce dernier indiquaient que son père le cherchait.

Diego n'attendit pas une seconde pour se précipiter vers sa chambre en espérant arriver à temps avant que le vieil homme ne décide de défoncer sa porte. Pourtant, Don Alejandro, connaissant le secret de son fils, préféra lui laisser tout le temps pour se montrer.

"- Père, vous m'avez appelé ?"

Diego était sorti de sa chambre et descendait le rejoindre.

"- Le capitaine Toledano et le docteur Avila sont au salon, mon fils, ils souhaitent te parler

- Très bien, allons voir ce qu'ils veulent."

En entrant dans la pièce, les deux visiteurs se levèrent poliment et saluèrent le jeune don qui leur proposèrent un rafraîchissement.

"- Vous vouliez donc voir mon fils ? Dit le vieux don quand tout le monde fut installé.

- Oui, affirma Arturo, Diego, nous voulons vous reparler de l'accident.

- L'accident ? Répéta le père surpris.

- Votre fils ne vous a rien dit ? S'étonna le médecin.

Diego eut l'air embarrassé, il croisa le regard réprobateur du capitaine Toledano qui aurait pu certainement signifier : "ça, vous auriez du lui en parler, jeune renard"

"- Je ne voyais pas l'importance, expliqua-t-il.

Rien est important pour toi, mon garçon, quand il s'agit de me cacher des choses, soupira intérieurement Alejandro.

"- Laissez moi donc vous exposer mon point de vue et mon hypothèse médicale, intervint le docteur Avila, Diego a eu une sorte de crise de panique, il y a quelques jours et je lui ai demandé de prendre du repos - ne vous en faîtes pas, rien de grave - Ce genre de crise survient quand le patient ait subi un choc traumatisme important, cependant dans le cas de Diego, il se trouve qu'il ne se souvient pas de ce qu'il a pu vivre mais il a réagit en observant un couteau."

Le commandant tendit le dit-objet qui était emballé dans un chiffon. Diego n'osa pas intervenir car il commençait à se sentir mal à l'aise. Son père examina le poignard en argent.

"- L'avez vous déjà vu ? Interrogea-le capitaine Toledano en le voyant froncer les sourcils.

- Je crains que oui, commandant, répondit-il d'une voix grave.

Le médecin et l'officier se regardèrent surpris. Diego se redressa subitement. Le vieil homme poursuivit :

"- En quoi cela a avoir avec l'accident de Diego ?

- Cela change notre perception de cet accident justement, fit le capitaine, qui n'en ait plus un depuis un bon moment d'ailleurs. Nous pensons et nous avons la certitude que Diego a été victime d'une tentative de meurtre."

Les trois hommes se tournèrent vers le concerné qui pâlit.

"- C'est...impossible, bredouilla-t-il, je ne vois pas pourquoi...

- Nous nous sommes posés la même question, dit le médecin, mais, Don Alejandro, pouvons-nous savoir à qui appartient ce poignard ?

- Vous voulez dire que ce poignard appartient à la personne qui a tenté de tuer mon fils ? S'horrifia le père.

- Malheureusement, oui et inconsciemment et j'en ai la certitude, Diego tente de protéger cette personne...Répondit Docteur Avila, le choc étant à la fois physique et à la fois psychologique."

Diego ferma les yeux, n'arrivant pas à y croire. Il a donc failli se faire assassiner et son meurtrier était sans doute dans les parages. Pourtant, aucun souvenir ne pouvait l'identifier.

"- Je l'avais offert...tu étais à cette époque en Espagne, Diego,... à un jeune garçon du même âge ...Paul Daluz Capistrano.

- Non, c'est impossible, père, coupa Diego en se levant, Paul ne ferait jamais une chose pareille.

- Qui est ce Paul ? Demanda Toledano.

- Un ami d'enfance, fit le jeune don, nous avons grandi ensemble...c'était mon compagnon de jeu.

- Il nous a quitté quand il a apprit l'existence d'un oncle qui est venu le chercher, raconta Alejandro, sa mère avait été à mon service mais elle est morte alors qu'il n'avait à peine que trois ans. Ayant le même âge que Diego, je l'ai pris sous mon aile et je l'ai traité comme s'il était son frère. Il a suivi son oncle à l'âge de 15 ans et il est revenu me rendre visite, il y a deux ans. C'est à ce moment là que je lui ai offert ce poignard, en gage de l'amitié qu'il portait à Diego.

- C'est surement une erreur, lâcha Diego, il existe de centaines de poignards de ce genre dans tout l'état de la Californie, on ne peut pas accuser quelqu'un simplement par un objet !

- Pourtant, ce lien qui vous unit à ce Paul explique la raison pour laquelle votre mémoire bloque sur l'accident, répliqua le médecin, vous-même en ce moment, refusait d'admettre cette possibilité et...

- ça suffit ! Je connais Paul depuis que je suis enfant, il est comme un frère pour moi, jamais il n'aurait fait ça !

- Diego, calme-toi, intervint le père, ce ne sont que des hypothèses...Senores, je pense qu'il vaudrait mieux reporter cela à plus tard, de plus, si Paul était dans les environs, je l'aurai sans doute reconnu."

Soulagé que son père ait annoncé la fin de l'entretien, Diego se détendit. Cependant, il était loin d'imaginer que les deux hommes n'avaient pas tout à fait à tort.


"- Mon fils, je vais devoir te quitter pendant un bon moment, l'informa son père le lendemain matin, je viens de recevoir une lettre indiquant une conférence des notables californiens à San Francisco dans quelques jours.

- Est ce grave ? Demanda Diego.

- Non, mais le sujet portera sur les lois commerciales et les prochaines ventes de bétails, il ne faut surtout que je manque ça, j'aurai aimé que tu viennes avec moi, Diego, mais le médecin a été formel, tu dois te reposer.

- Ne vous en faîtes pas, père, je respecterai ces consignes.

- J'espère bien, mon garçon, Dit Alejandro en passant une main sur sa joue, ne fais pas de folie, surtout.

- Promis...vous partez tout de suite ? Questionna Diego en voyant les domestiques chargés des valises.

- Oui, je vais d'abord à Monterey puis ensuite à San Francisco..je regrette à devoir encore te laisser seul, soupira Alejandro, cette perspective ne me plaît guère du tout surtout avec ce qui t'arrive.

- Père, tout se passera bien pour moi, tenta de rassurer Diego, je sais m'occuper de moi-même, et il y a Bernado et le Docteur Avila si j'ai le moindre problème.

- A ce propos, rien ne t'est revenu en mémoire ?

- Je crains que non, père.

- ça ne fait rien, mais je reste inquiet, si ton meurtrier sait que tu es en vie, ne va-t-il pas revenir pour achever ce qu'il n'a pu finir ?

- Père, le capitaine Toledano a posté des lanciers autour de l'hacienda et il vient pratiquement tous les jours, je pense que c'est suffisant pour assurer ma sécurité.

- Peut-être as-tu raison...Mais fais attention quand même...et ne t'enivre pas trop avec le sergent Garcia, plaisanta Alejandro.

Diego éclata de rire et assura que rien de tel ne pourrait se produire. Le vieux don salua une dernière fois son fils avant de partir.


Marchant en rond devant l'entrée de l'hacienda, le sergent Garcia et le caporal Reyes commençaient à s'ennuyer. Au moins une bonne dizaine de soldats étaient autour de l'hacienda et se relever tout les 5 heures pour des pauses et les repas.

"- Sergent ? Dit le caporal de sa voix morne et fatigué.

- Qu'y-a-t-il, caporal ?

- Pourquoi doit-on rester ici déjà ?

- Eh ben, pour protéger Don Diego, pardi !

- Ah..et de qui ?

- D'un homme qui a voulu le tuer.

- Et on sait qui c'est ?

- Bien sur que...non, se rendit compte le sergent Garcia en fronçant les sourcils, ce qui accentuait davantage son air d'ahuri.

- Don Diego sait à quoi il ressemble ? Continua Reyes.

- Le commandant a dit que c'est un homme à peu près de même tailles que Don Diego, des cheveux bruns clairs, des yeux verts et... c'est tout.

- Quoi ? Le commandant l'a vu ?

- Non, c'est Don Alejandro qui l'a décrit.

- Mais je pensais que c'était Don Diego qui s'est agressé ?"

Le sergent eut du mal à suivre le raisonnement et finalement préféra laisser tomber. Il ne faisait qu'obéir aux ordres. Un cavalier approcha alors les interrompant dans leur conversation.

"- Halte, caballero ! Lança Garcia alors que l'étranger s'était arrêté et descendait de cheval. C'était un homme habillé convenablement, portant un grand chapeau noir brodé en argent. Il avait à sa ceinture une épée et un révolver.

"- Buenas tardes, senor, puis je savoir votre nom ? Dit le sergent.

L'homme se retourna et le caporal chuchota quelques mots à son supérieur :

"- Sergent, il a les yeux verts...

- Ah, oui, pas faux..."

Il déglutit en se demandant si il ne se trouvait pas face au meurtrier.

"- Pourquoi vous voulez mon nom, Sergent ? Questionna l'étranger.

- Je ne peux pas faire entrer des inconnus à l'hacienda de le Vega, senor, répondit le sergent, et je vous prierai d'enlever votre chapeau.

- Mon chapeau... pourquoi faire ?

- Euh...parce que nous recherchons un homme qui a tenté de tuer Don Diego de la Vega et il se trouve qu'il a des yeux verts et de cheveux bruns...On veut savoir si vous avez des cheveux bruns, répondit le sergent stupidement.

- Senor, si je suis le meurtrier, je ne viendrai pas ainsi à la rencontre de soldats, je me serai enfuit très loin, surtout si la victime m'est vue...Deplus, il n'est pas dit que l'assassin portait un chapeau. Portait-il un chapeau ?

- Euh, non senor, balbutie Garcia.

- Très bien alors puis-je entrer, je suis un vieil ami à don Diego et j'aimerai le revoir.

- Un ami à Don Diego, il fallait le dire plus tôt !" S'écria le sergent en lui ouvrant la porte.

Il fit signe au caporal de rester dehors.

"- Attendez ici, dit-il à l'inconnu, je vais aller chercher don Diego, il est surement dans sa chambre."

Il monta à l'étage et frappa à la porte de la chambre du jeune renard qui ouvrit rapidement.

"- Sergent ? Que me vaut votre visite ? S'enquit-il un peu énervé d'être dérangé dans sa lecture.

- Pardon, Don Diego, mais un viel ami à vous est venu vous voir.

- Un vieil ami à moi ? Qui ?

- Ah...euh...il a oublié de me répondre.

- Bon, dîtes lui de m'attendre, j'arrive.

- Bien, Don Diego."

Le sergent redescendit rapidement prévenir au visiteur que le jeune don allait bientôt le recevoir et retourna à son poste.

Diego qui était vêtu de sa robe de chambre, remit rapidement son gilet et alla rejoindre ce soi-disant vieil ami. Il dévala rapidement les marches puis s'arrêta tout à coup quand il reconnut son visiteur.

"- Diego, très cher ami, je vois que tu n'as pratiquement pas changé ! S'écria ce dernier en le voyant.

Le jeune don avança lentement vers lui.

"- Je ne...pensais pas te voir ici, Paul."

Paul Daluz Capistrano était en face de lui, souriant. Un sourire qu'il avait gardé de son enfance. Soit c'était une coïncidence, soit le commandant et le médecin avaient raison. Mais pourquoi était-il venu ? Un violent mal de tête le prit tout à coup mais il essaya de rien laisser paraître serrant des dents sous la douleur.

"- eh bien, tu ne m'invites pas dans le salon ? S'exclama Paul en passant un bras par dessus son épaule.

- Si, bien sur où en avais-je la tête ?"

Ah, pour ça, il n'en savait rien.


Ok, les noms ne proviennent pas de mon imagination direct.