Quatrième partie

Suite à cette surprenante journée, Fairy Tail sembla avoir pratiquement retrouvé toute la joie de vivre qui avait, un jour, été la marque de fabrique de la guilde. A la surprise de toute la ville, qui avait vu les mages se renfermer sur eux-mêmes après la perte d'un de leur membre les plus populaire et respecté, avait remarqué que tout semblait avoir changé depuis ces deux derniers jours.

Ça faisait des mois que la plupart se terraient dans la guilde, sauf quelques rares courageux qui effectuaient toujours des missions, prouvant aux villes et villages alentours que Fairy Tail n'avait pas encore sombré. Mais pour les habitants de Magnolia, ce n'était qu'une question de temps avant que ça ne soit le cas, pourtant, ce soir-là, il y a deux jours, il s'était passé quelque chose que la guilde n'avait pas fait depuis des semaines : les mages de Fairy Tail avaient fait la fête. Un tapage infernal avait explosé dans tout le quartier et pendant plusieurs heures ce soir-là, Magnolia avait retrouvé espoir.

Le lendemain, les équipes les plus prestigieuses s'étaient reformées, écumant les rues comme si elles étaient à la recherche de quelque chose de spécial, et personne n'avait ignoré les mines joyeuses aux regards brillants, qui remplaçaient celles sombres des mois précédents. Tous avaient l'air d'avoir repris goût à la vie, les sourires et les rires éclairant à nouveau leurs visages.

Ce que faisait la plupart des mages de Fairy Tail n'était pas si difficile à comprendre. La plupart avait investi les rues de la ville, se mélangeant aux nombreux autres sorciers, cherchant dans la mélasse grouillante de Magnolia une chevelure écarlate. Ils avaient tous décidés de garder discrètement un œil sur cette Sara de peur de la perdre de vue, et plus ils l'observaient de loin, plus il paraissait évident aux yeux des mages de Fairy Tail, que cette grande rousse était leur amie. Cependant, par précaution, aucun n'avait pris l'initiative de l'approcher. Cette dernière était entrée seulement en contact avec Lucy, et d'après Makarov, il était risqué que soudainement une horde d'étrangers se jette sur elle. Chaque équipe se relayait et pour éviter d'attirer trop l'attention, Sara ayant parue plus d'une fois suspicieuse, Kagura et Minerva avaient décidé de les aider.

Mais ça faisait presque trois heures que tous les mages qui se chargeaient de la surveiller avaient perdu sa trace. La petite sœur de Simon et la femme la plus puissante de Sabertooth arpentaient les rues de Magnolia lorsqu'elles la repérèrent enfin. Debout au milieu du parc de la ville, elle était immobile, semblant aussi raide et inanimée qu'une statue, perdue. Kagura et Minerva se regardèrent un instant, envoyant un message télépathique à Warren pour que celui-ci informe les autres mages qu'ils n'avaient plus à la chercher, avant de descendre les marches de la place, s'approchant tranquillement de la jeune femme.

Sara semblait à peine se rendre compte de leur présence, et si c'était le cas, elle le cachait alors plutôt bien. Elle fixait d'un regard vide l'immense arbre centenaire qui surplombait presque tout le parc sans prêter la moindre attention à la vie autour d'elle. Les deux brunes ne savaient pas réellement comment agir, hésitant à se manifester de peur que leurs gestes soient considérés comme étant étrange. Après tout, elles n'étaient pas supposées la connaître. Arrivées à sa hauteur, les deux femmes purent voir de leurs propres yeux la cicatrice qui longeait le visage opalin de la rousse, chacune se demandant comment il avait pu être possible qu'Erza survive à une telle blessure. Mais ni l'une ni l'autre n'aurait dû douter des capacités de la chevalière, de cette guerrière qui avait été capable de les combattre, l'une après l'autre, malgré des plaies et des fractures qui auraient terrassés plus d'un mage.

Finalement, c'est Kagura qui perdit patience la première et qui fit un pas supplémentaire vers Sara, posant délicatement une main sur l'avant-bras de cette dernière. Cela fut suffisant pour faire cligner les yeux de la rouquine. Celle-ci tourna enfin la tête dans leur direction, Un éclair de surprise traversant son visage, vite remplacé par une lueur de confusion. Les yeux bruns se posèrent alternativement sur Kagura et Minerva, avant d'observer l'endroit où elle se trouvait, semblant avoir du mal à rassembler ses pensées.

- Est-ce que ça va ? demanda gentiment la petite sœur de Simon.

- Qu'... Qu'est-ce que je fais ici ? souffla Sara.

Kagura échangea un coup d'œil avec Minerva. La mage de Sabertooth fronça les sourcils, faisant un pas de plus à son tour, entrant entièrement dans le champ de vision de la rousse.

- Tu ne te souviens pas de ce que tu faisais ? interrogea-t-elle doucement.

Sara secoua légèrement la tête, plissant les yeux comme pour chercher profondément dans sa mémoire.

- Je... J'avais très mal à la tête, comme souvent, alors je suis allée m'allonger pour dormir un peu... Comment j'ai atterri ici ?

- Tu as dû faire... une crise de somnambulisme, suggéra Kagura. C'est la première fois que ça arrive ?

- Oui. Je... je ne suis pas somnambule. Ma grand-mère s'en serait rendu compte si c'était le cas.

Une fois de plus, les deux brunes échangèrent un coup d'œil. Effectivement, cette grand-mère aurait dû s'en rendre compte. Mais ça paraissait improbable que ce genre de chose ne se soit jamais produit avant. Et si c'était le cas, alors cette vieille femme l'avait caché à Sara. Maintenant, resté à savoir pour qu'elle raison elle aurait agis ainsi.

- Je... je vais rentrer à l'auberge, ajouta finalement Sara, après un instant de silence.

Sans leur adresser un regard supplémentaire, la rousse leur tourna le dos et s'en alla lentement, à la fois confuse et curieuse.

- Attends ! Tu... commenças Kagura, voulant l'empêcher de partir si vite.

Cependant, Minerva l'arrêta, posant une main sur l'un de ses bras et Sara, qui s'était vaguement tournée vers elle, continua son chemin comme si de rien était.

- Mais... on aurait pu...

- Non, coupa la mage de Sabertooth. Nous ne pouvons pas trop insister sans risquer de paraîtres suspectes.

- Mais ces absences ne sont pas normales. Ça pourrait être dangereux !

- Et nous ne pouvons rien faire de plus pour l'instant, insista Minerva. Je te rappelle que... même si c'est Erza, elle ne se souvient pas de nous. Cela modifie sa façon de penser, son caractère et même son comportement. Nous ne pouvons pas nous montrer trop présentes, envahissantes, elle pourrait trouver ça bizarre et mal réagir.

- Alors, que faisons-nous ? On attend un miracle ?

Minerva soupira, tournant son regard dans la direction qu'avait prise Sara en partant. La jeune femme n'était déjà plus en vue, et la brune de Sabertooth sentit son estomac se nouer légèrement d'inquiétude. Au fil des mois et des combats elle avait appris à connaître Erza, et surtout à l'apprécier. Malgré le fait que Minerva avait retrouvé des liens plus sains dans sa propre guilde, elle ne pouvait pas vraiment qualifier ses camarades féminines comme des amies, alors qu'elle avait le sentiment d'avoir réussi à trouver cela auprès de la chevalière. Lorsqu'elle avait appris la mort d'Erza, elle avait su ce qu'était le chagrin. Pour la première fois elle s'était sentie réellement mal à l'idée d'avoir perdue pour toujours la seule personne qu'elle pouvait qualifier d'amie. Cette complicité qu'elles avaient réussi à tisser toutes les deux, était unique à ses yeux. Autrefois, la rousse l'avait sauvé, aujourd'hui elle espérait pouvoir lui retourner cette faveur.

- Nous allons retourner à Fairy Tail et leur parler de ces absences, finit-elle par répondre. Peut-être qu'en expliquant ce qui arrive à Erza à Polyussica, nous pourrons mieux l'aider.

- Peut-être qu'elle devrait plutôt l'ausculter, proposa Kagura.

- Sans que cela paraisse suspect ? Sa fameuse grand-mère est supposée être une guérisseuse, elle aussi, rappela Minerva.

- Le Maître Makarov a suggéré d'organiser une réunion de guérisseurs à Fairy Tail... Nous pourrions nous servir de ce prétexte là...

La brune de Sabertooth acquiesça, réfléchissant déjà à la suite des événements. Elle avait un mauvais pressentiment. Cependant, elle préféra ne pas le mentionner, ni même y penser et suivit Kagura, quittant le parc pour rejoindre Fairy Tail.

oOo

Ça faisait une semaine qu'elle était arrivée dans cette ville en compagnie de sa grand-mère, dans le but de participer à cet échange entre guildes, mais Sara avait bien du mal à en être enjouée. Sa mémoire lui faisait défaut, ne laissant dans son esprit qu'un immense trou noir, aussi terrifiant qu'angoissant. Dans sa tête il n'y avait que du vide, même pas une image floue qui pourrait l'aider, un son, une couleur ou encore une odeur, rien que le néant. La seule chose qu'elle pouvait faire, c'était de croire, sur parole, ce que lui avait dit sa grand-mère. Pour Sara, il n'y avait aucune raison qu'elle doute des paroles de la vieille femme.

Six mois auparavant, elle avait été victime d'un terrible accident. Hilda, sa grand-mère, l'avait retrouvé de justesse. Elle l'avait ensuite ramenée dans leur petite chaumière et avait pris soin d'elle. Cependant, Sara n'en était pas sortie indemne. En dehors de la terrible cicatrice qui s'étendait de sa tempe à son épaule, elle avait eu des os brisés, certains à plusieurs endroits. Elle était restée plongée dans un coma magique pendant près d'un mois, et une fois réveillée, elle n'avait pu bouger pendant un mois supplémentaire. Ça avait été horrible. Sara s'était sentie anéantie, démunie, faible et infirme, incapable de réaliser le moindre effort sans une assistance constante.

Outre ce profond sentiment d'invalidité qui la faisait se sentir inutile, Sara s'était très vite aperçue qu'elle n'avait aucun souvenir de ce qui c'était passé, ou de qui elle était. Son esprit était un vaste trou noir que rien n'arrivait à combler. Tout ce qu'elle savait aujourd'hui, c'était Hilda qui le lui avait raconté. D'après ses dires, elle était orpheline de parents et Hilda l'avait recueilli alors qu'elle n'était qu'un nourrisson. Elle était devenue la petite fille d'une guérisseuse de guilde, pas très connue, mais compétente et demandée par les siens. Toutefois, Sara n'avait vu personne en plus de six mois de convalescence. Rien en dehors des murs de leur petite maison, et après la douleur qui l'avait assailli, l'obligeant à rester clouée au lit, s'il y avait un sentiment qui ne l'avait pas quitté, c'était celui d'avoir l'impression de ne pas être à sa place. Elle avait de l'affection et de la reconnaissance envers Hilda, mais sans ses souvenirs, c'était comme faire face à une étrangère et au fond d'elle, Sara se doutait que quelque chose n'était pas normal.

Finalement, après des semaines de soins et d'attention, elle avait fini par se remettre. Sara avait enfin pu se lever, faisant, de nouveau, connaissance avec ce corps qui était le sien. Réapprenant à marcher, à bouger, malgré les douleurs et tiraillements qui contractaient ses muscles les faisant, par moment, tellement trembler qu'elle pouvait à peine poser le pied par terre. Ça avait été difficile pour Sara. Il avait fallu qu'elle se familiarise de nouveau avec tout ce qui l'entourait, mais aussi avec ses habitudes et son histoire. Cependant, Hilda avait bien pu lui raconter toutes les histoires dont elle se souvenait, pas une seule fois Sara n'avait eu le sentiment de faire partie de ce passé commun qu'elles avaient, normalement, partagé. Elle avait essayé de se rassurer, se convainquant qu'au bout d'un moment, elle finirait par se sentir mieux. Que cette désagréable impression de ne pas appartenir à ce monde disparaîtrait et qu'elle finirait par se sentir à l'aise dans cette chaumière austère, mais pourtant chaleureuse, auprès de cette grand-mère sévère, dont elle n'avait aucun souvenir.

Sara passait des heures à forcer son esprit, cherchant continuellement quelque chose à quoi se rattacher, qui enlèverait ce poids, qui pesait sur sa poitrine, comme si elle oubliait un élément important. Mais peu importe ses efforts, rien n'ôtait ce sentiment oppressant de malaise. A la place, de fortes migraines firent leur apparition, certaines si forte qu'elles la clouaient au lit des journées entières. A d'autre moment, Sara se rendit compte qu'elle perdait complètement la notion du temps. Des absences qui pouvaient parfois durer plusieurs heures, avant qu'elle sorte de cet étrange état léthargique, inconsciente de l'endroit où elle se trouvait. A de nombreuses reprises, elle avait disparu pendant des après-midi entières, sans savoir comment et pourquoi, revenant confuse auprès d'Hilda qui, plus les jours passés, plus elle l'accueillait froidement, sévèrement. Ce comportement rendait la jeune femme confuse, la faisant se sentir encore plus coupable qu'elle ne l'était déjà.

Sara ne pouvait rien faire de plus pour améliorer la situation et, elle avait fini par se dire qu'accepter ce qui se passait, était certainement la meilleure solution à ce qu'elle vivait. Elle s'était faite une raison et elle devait s'en contenter si elle voulait, un jour, pouvoir avancer à son tour. Hilda lui avait dit qu'une fois qu'elle aurait quitté ce monde, ça serait à elle de reprendre le flambeau en tant que guérisseuse de la guilde du Nord. Cependant, malgré tout l'investissement qu'avait pu mettre Sara pour être à la hauteur, elle avait dû se faire un raison, là aussi. Jamais elle n'aurait les capacités nécessaires pour soigner. Cette constatation rendait Hilda plus sombre, comme si elle désespérait de retrouver la petite fille qu'elle avait auprès d'elle avant cet accident. Son amnésie avait ruiné toute sa vie, la rendant insignifiante aux yeux de sa grand-mère.

Finalement, quelques jours auparavant, Hilda lui avait annoncé qu'elles allaient se rendre dans la ville de Magnolia pour rencontrer les autres guérisseurs de guilde. Peut-être qu'ainsi, cela permettrait à Sara d'en apprendre plus et de se familiariser, de nouveau, avec son ancienne vie. Cela avait à peine réjouit la jeune femme qui, au fond, avait perdu tout espoir de retrouver, un jour, ses souvenirs. Elle s'était contentée de suivre sa grand-mère n'ayant, de toute façon, pas le choix. Mais Sara ne s'était pas attendue à ressentir, pour la première fois en plusieurs mois, cet étrange sentiment de déjà-vu. Sans se sentir réellement à sa place, elle avait eu l'impression d'être à l'aise. Quelque chose qui n'était pas arrivée dès l'instant où elle était sortie de son coma magique.

Les migraines et les absences s'étaient faites plus nombreuses, ces dernières sans qu'elle ne puisse les contrôler. Deux jours auparavant elle avait repris conscience devant la rivière de Magnolia, perdue et déboussolée. Elle n'avait aucun souvenir de comment elle y était arrivée, ayant pourtant, au plus profond d'elle, le sentiment de connaître le lieu. Elle avait disparu trois heures avant de retourner à la chambre d'hôtel qu'elle partageait avec sa grand-mère. Celle-ci l'avait accueilli avec un coup de bâton, la prenant par surprise, alors qu'elle lui hurlait dans les oreilles des réprimandes, toutes plus virulentes les unes que les autres, certaines même qui n'avait aucun sens. Sara était restée silencieuse, préférant se contenter d'écouter les reproches d'Hilda, sans parvenir toutefois à oublier cette étrange impression de se trouver enfin là où elle devait être.

Ce sentiment pris un peu plus de proportion lorsque le lendemain, elle percuta de plein fouet cette petite blonde qui, il fallait le dire, ne regardait absolument pas où elle allait, son attention tournée entièrement vers le gâteau qu'elle tenait entre ses mains. Sara était partie rapidement, ne souhaitant pas faire, de nouveau, face au mécontentement d'Hilda mais, alors qu'elle avait plongé ses yeux dans ceux de l'autre jeune femme, elle n'avait pu ignorer cet éclair qui avait traversé son échine, hérissant les cheveux de sa nuque, avant que l'étincelle n'aille se loger dans son estomac. C'était comme si, quelque chose à l'intérieur d'elle, avait cherché à se manifester, répondant à la présence de cette étrange blondinette. Confuse, Sara avait pris la fuite, avant d'être intriguée par ce que cette étrangère lui avait fait ressentir.

C'est pourquoi elle avait commandé un gâteau et avait cherché à la retrouver, espérant, au plus profond d'elle, éprouver, de nouveau, ces sentiments confus. Cependant, elle ne s'était pas attendue à ce qu'un simple contact entre elles ne fasse bondir son ventre. Sara en avait eu le souffle coupé. Depuis qu'elle s'était réveillée, c'était la première fois qu'une telle chose se produisait. Ça avait été assez fort pour la laisser pantelante, confuse, avant que la peur ne remplace cet étrange sentiment. Ce n'était pas normal et pour elle, qui était encore novice avec tout ce qui l'entourait, avait préféré prendre la fuite. Sara avait quitté la guilde de Fairy Tail à toutes jambes, la tête lui tournant encore lorsqu'elle arriva à sa chambre d'hôtel.

Finalement elle resta enfermée pendant les deux jours suivant, les tempes battant d'une douleur désagréable. C'était comme si quelque chose, au fond d'elle, cherchait à se manifester, mais ça semblait trop fou pour Sara. Elle s'était faite une raison sur son avenir et elle devait tenir ses résolutions. Elle avait abandonné l'idée de retrouver ses souvenirs. Son unique but était d'essayer de rendre sa grand-mère fière d'elle en réapprenant les rudiments du métier de guérisseuse.

- Es-tu prête ? fit soudainement Hilda, sortant de la salle de bain.

Sa grand-mère tourna à peine le tête dans sa direction, son ton sévère tordant désagréablement son cœur. C'était ainsi depuis plusieurs semaines maintenant, et Sara ne pouvait rien faire de plus pour améliorer la situation. Elle fronça les sourcils, se redressant légèrement de sa position assise.

- Qu'allons-nous faire ? demanda-t-elle doucement.

- Polyussica a organisé une nouvelle réunion de guérisseurs à Fairy Tail, répondit Hilda. Tu n'écoutes donc jamais quand je te parle ? J'ai dû te le répéter cinq fois ces deux derniers jours.

Sara baissa la tête au son de reproche dans la voix de la vieille femme. Sans y prêter attention, sa belle posture droite, qu'elle avait à peine conscience d'avoir pris, s'évanouit aussitôt, ses épaules et son dos se voûtant pour se recroqueviller sur elle-même dans le but évident de se protéger des paroles désagréables de sa grand-mère.

- Je suis désolée, souffla Sara.

- Tu es toujours désolée, marmonna Hilda en se détournant de sa petite fille.

La jeune femme la regarda évoluer lentement dans la pièce, rassemblant dans un petit cabas en osier les sachets de plantes, les ustensiles ainsi que les livres dont elle pourrait avoir besoin, sans lui prêter la moindre attention. Sara avait l'impression d'être invisible et l'espace d'une seconde, elle se demanda si Hilda avait un peu d'affection pour elle, ou si elle était seulement l'idée rassurante d'avoir une héritière pour transmettre son savoir. La jeune rousse finit par baisser la tête sur ses mains jointes sur ses cuisses, une boule obstruant sa gorge. Malgré le sentiment de malaise qu'elle avait au fond d'elle et les étranges absences qui lui rendaient la vie impossible, pour la première fois ces deux derniers jours, elle s'était sentie… bien. Cependant, Hilda venait de faire disparaître tout ça en un claquement de doigt.

- Allez ! Nous devons y aller maintenant, sinon nous allons finir par être en retard, déclara Hilda en se redressant.

La vieille femme vérifia une dernière fois des yeux le contenu de son sac, avant de relever le nez vers sa petite fille. Sara acquiesça doucement, préférant éviter de répondre. La seule et unique chose à faire qui était le mieux pour elle, c'était de se taire et de suivre sa grand-mère sans poser de questions. Elle se leva et emboita le pas d'Hilda, quittant toutes les deux leur chambre à l'auberge. La traversé de Magnolia se fit dans un profond silence, celui-ci seulement comblé par le bruit qui régnait dans les rues bondées.

A l'approche de la guilde, Sara sentit son estomac bondir tandis qu'une drôle d'impression naissait dans le creux de sa poitrine. C'était à la fois étouffant, réconfortant et déroutant. Dès le moment où elle avait ouvert les yeux juste après son accident, elle n'avait jamais ressenti ça et elle avait du mal à savoir si c'était encourageant ou non. Jusqu'à présent, les émotions qu'elle éprouvait depuis qu'elle avait mis les pieds dans cette ville étaient contradictoires. Comme si elle était fortement liée à cet endroit, dégageant une impression de sécurité et de joie, mais aussi de chagrin. Pour Sara, c'était complètement fou. Il était impossible qu'elle ou son passé est quelque chose à voir avec Magnolia, cependant, elle put difficilement ignorer cette boule d'angoisse et de chaleur qui vint se loger dans le creux de sa poitrine lorsque les portes de Fairy Tail se dessinèrent devant elle.

Des picotements traversèrent son corps, et quelque part au fond d'elle, la jeune femme avait encore l'impression de sentir la douceur de la main de cette petite blonde, qui avait tendrement enserrée ses doigts. Sara en était encore chamboulée. Ce simple contact avait semblé… réveiller quelque chose en elle. Quelque chose qu'elle ne comprenait pas et qui l'avait effrayé. Elle grimpa le large escalier en pierre, suivant sa grand-mère qui passa ensuite l'encadrement en bois des lourdes portes de la guilde.

Comme pour la première fois qu'elle avait pénétré cet établissement, Sara se sentit étrange. Son regard se porta, de nouveau, autour d'elle, ses yeux détaillant tables, murs et piliers ainsi que les fanions et les mages présents, tous portant fièrement la marque de Fairy Tail. De nouveau, son cœur se serra dans sa poitrine, sans qu'il n'y ait une raison spéciale, alors qu'elle remarquait les yeux qui se posaient, sans discrétion, sur sa personne. Etrangement, elle crut déceler comme une lueur d'espoir qui teintait leurs prunelles, faisant naître un malaise au fond d'elle. Finalement, c'est la voix d'Hilda qui la tira de ses pensées, la ramenant brutalement à sa désagréable réalité.

- Reste ici, je vais rejoindre les autres guérisseurs pour la réunion.

Sara fronça légèrement les sourcils, suivant le regard de sa grand-mère au fond de la vaste salle. A l'entrée d'un couloir, qui devait certainement donner sur l'infirmerie et l'entrepôt dans lequel étaient stockées les ressources de la guilde, se trouvait un groupe d'une dizaine de personnes environs. Tous portaient l'habit du guérisseur, certains ayant même revêtus de larges capes brodées de l'écusson de la guilde pour laquelle ils travaillaient.

- Ne veux-tu pas plutôt… que je t'accompagne ? finit-elle par demander doucement.

- Non ! répondit un peur durement Hilda. Je préfère que tu restes ici.

- Mais enfin, grand-mère… si je dois, un jour, te succéder, ne vaux-t-il pas mieux que…

- Sara ! coupa la vieille femme. Fait ce que je te dis et ne discute pas.

La rouquine pinça les lèvres, faisant un léger pas en arrière. Elle acquiesça distraitement, ignorant autant que possible le sentiment de rejet que lui faisait constamment ressentir sa grand-mère. A la place d'insister, elle s'assit sur l'un des bas à la table la plus proche d'elle, regardant Hilda s'éloigner lentement vers le groupe de guérisseurs.

Les mains jointes sur ses cuisses, la jeune femme baissa les yeux sur celles-ci, son cœur se serra dans sa poitrine. L'impression de ne pas être à sa place revint soudainement. Elle inspira un grand coup, fermant les yeux pour retrouver une certaine contenance, puis les rouvris sur son environnement. Les regards posés sur elle étaient un peu moins nombreux, mais toujours effectués de façons régulières et pesantes. Juste en face d'elle, séparée uniquement par une table, elle plongea dans deux prunelles émeraude surmontées d'une étrange tignasse rose, qui semblaient luire d'un sentiment étouffant. L'insistance avec laquelle cet homme la regardait la mit mal à l'aise, pourtant, son regard fit naître quelque chose d'étrange au fond d'elle. C'était l'impression de déjà-vu, comme si elle le connaissait alors qu'elle était certaine de ne l'avoir jamais vu auparavant.

Quelqu'un mis un coup à l'homme, l'obligeant à la lâcher des yeux. Ce mouvement attira l'attention de Sara, qui tomba aussitôt sur la silhouette d'une fillette qui ne devait pas avoir plus de treize ou quatorze ans. Elle avait un petit visage rond de poupée au milieu duquel brillaient deux orbes marron qui se posèrent brièvement sur elle. L'adolescente lui adressa un léger sourire désolé avant de se détourner. Pendant une seconde, Sara crut qu'elle fuyait son regard, puis elle haussa les épaules. Il n'y avait réellement aucune raison pour que sa présence fasse naître une telle tension, elle ne connaissait personnes dans cette guilde. Dans un coin de son esprit, elle pensa tout de même à la jolie blonde, qu'elle avait vue deux jours plus tôt. Lucy. Etait-elle ici aujourd'hui ? pensa Sara.

Instinctivement, son regard se porta vers le comptoir du bar à la recherche d'une longue chevelure doré, qu'elle était certaine de pouvoir reconnaître. Etrangement, elle avait envie de la revoir, mais, peu importe qu'elle parcourt des yeux la vaste salle de Fairy Tail, la jeune femme semblait absente. Etrangement, Sara en fut déçue, puis un éclat étincelant attira ses yeux un peu plus loin. Elle fronça les sourcils, penchant légèrement la tête sur un côté. Là, sur un côté de la pièce, en évidence sans pour autant qu'elle ne l'est remarquée jusqu'à présent, se tenant sur un piédestal en pierre finement ciselée, se trouvait une longue épée.

La lame en acier brilla d'une lueur attirante et cela réveilla quelque chose en elle. Sans vraiment avoir conscience de ce qu'elle faisait, Sara se leva et s'approcha lentement de l'épée. Elle se sentait appelée, son corps et son être tout entier entrant en résonnance avec cette arme, comme si elles étaient… connectées. Elle chantait une mélodie attrayante qui la poussait vers elle sans qu'elle ne puisse rien y faire et, pour la première fois depuis des mois, Sara eut le sentiment d'être à la bonne place. Cette attraction comblait quelque chose au fond d'elle. Un trou béant qui faisait partit intégrante de la personne qu'elle était.

En un rien de temps, Sara fut assez proche pour que ses yeux détaillent mieux l'épée. Une longue lame en acier partiellement recouverte d'une bandelette blanche, taillée en pointe et affutée, tellement que c'était visible à l'œil nu. Une poignée de la largeur de la lame, d'un noir profond, au bout duquel pendait une courte chaine en or à laquelle était accrochée deux petites billes d'un rouge écarlate. Un sentiment de familiarité lui saisit le ventre lorsque ses yeux parcoururent lentement l'arme. Une chaleur l'envahit, amicale. Elle la submergea sans qu'elle ne s'en sente gênée, pourtant, c'était fort, puissant et ça ne demandait qu'à sortir. Mais ça paraissait normal, naturel et Sara n'avait pas peur. Elle n'avait plus conscience de rien, ni d'elle-même, ni des mages présents autour d'elle. Il n'y avait plus qu'elle et l'épée et cette dernière continuait de l'appeler, comme si elle avait sa propre conscience.

Le bout de ses doigts la picota, avant que cela ne s'étende le long de ses bras et n'envahisse entièrement son corps. Son cœur manqua un battement, puis pris un rythme effréné, cognant si fort dans sa poitrine qu'il sembla se répercuter dans ses côtes. Sans vraiment savoir ce qu'elle faisait, Sara leva une main, l'envie irrépressible d'attraper la poignée de cette épée la dévorant de l'intérieur. Un léger choc électrique saisit le bout de ses doigts. Il se répéta, plus fort, s'infiltrant dans sa main. C'était à la fois douloureux et accueillant. Elle s'approcha un peu plus, frôlant la poignée.

- SARA !

Le cri d'Hilda la réveilla de sa transe, la propulsant brutalement dans la réalité. Un vacarme assourdissant explosa autour d'elle, la faisant se retourner vers la vaste salle. Elle écarquilla les yeux lorsqu'elle remarqua la raison qui avait poussé sa grand-mère à hurler son prénom. Tables et chaises étaient en suspension dans les airs, venant ensuite s'écraser violemment sur le sol, le bois éclatant en morceaux sous l'impact. Son cœur battait à tout rompre, ses oreilles bourdonnaient sous un mal de tête lancinant. Elle était essoufflée, une fatigue accablante tombant sur ses épaules. Au fond d'elle, Sara avait l'impression qu'on venait de lui arracher quelque chose d'essentiel, vitale, et elle jeta un vague coup d'œil, confuse, à l'épée qui reposait toujours sagement sur son piédestal.

Elle avait complètement perdue la notion du temps, comme lorsqu'elle avait ses absences et qu'elle se réveillait sans savoir où elle se trouvait. Cependant, cette fois, c'était différent. Les mages présents la regardaient tous avec surprise, comme si c'était elle qui était responsable de ce qui venait d'arriver. Mais c'était impossible, elle n'avait aucune magie en elle. Elle n'était qu'une humaine normale, banale. Sa vie était limpide, sans risque et surprise, lisse, et cela lui convenait.

La douleur dans sa tête s'intensifia soudainement, tout son être semblant réagir défavorablement à cette dernière pensée. Son crâne sembla se déchirer en deux et elle porta la paume d'une de ses mains à son front. Ses jambes ne la portèrent plus et, Sara eut à peine le temps de les sentir ployer sous son poids qu'elle s'effondrait, la douleur la consumant de l'intérieur. Elle se recroquevilla sur elle, inconsciente des bras qui l'avaient rattrapé avant que sa tête ne percute violemment le sol. Une chaleur étouffante monta en elle, semblant ramper à l'intérieur de son corps, léchant le dessous de sa peau avant de venir se loger dans le creux de sa poitrine pour y faire son nid. Elle grossit, cherchant à sortir, à se manifester de nouveau et Sara prit peur. Elle était soudainement terrifiée à l'idée de ce qui pouvait se cacher au plus profond d'elle.

Elle essaya de la repousser, de l'enfermer de nouveau, plus fermement. La douleur était partout, irradiant chacun de ses muscles et tendons, la paralysant presque sur place. Finalement, elle perdit la bataille et l'inconscience la gagna, sans qu'elle n'ait le temps de se demander vraiment ce qui venait de se passer.

oOo

Note : Eh non... Je ne suis pas morte et je n'ai pas disparue de la circulation haha...Je suis terriblement désolée du temps considérable que j'ai mis, mais le mois de décembre... vous savez ce que c'est. En attendant voilà le nouveau chapitre et sachez que je n'abandonne pas. Ça met seulement un peu de temps à arriver. J'espère que cette suite vous a plus et je vais essayer de finir le chapitre 5 plus rapidement.