Le lendemain matin, le capitaine Toledano fut surpris d'apprendre que Paul souhaitait à lui parler. Il accorda ce droit, à la fois curieux et impatient de résoudre ce mystère que Diego cachait. Le prisonnier se retrouva ainsi introduit dans son bureau.

Paul se souvenait parfaitement de ce que Zorro lui avait dit et répéta toutes ces paroles de la nuit au capitaine Toledano et raconta en même temps ce qui s'était passé près du ravin.

"- Dîtes-moi, Senor, demanda le commandant quand il eut terminé, puis-je savoir ce qui vous pousse à me dire tous cela ? Surtout venant d'un homme qui a tenté d'assassiner plusieurs fois la même personne.

- Ma conscience, répondit Paul hésitant.

- Votre conscience ? Répéta l'autre homme la mine abasourdi, votre conscience ne vous a-t-elle rien dit quand Diego vous avait sauvé la vie ?

- Je tente de me racheter !

- Voulez vous toujours tuer Diego de la Vega ?"

Il eut un silence pesant. Son amitié pour le jeune renard l'avait emporté , Toledano continuait de se méfier de Paul, il avait déjà trahi son ami et il pouvait recommencer. Il avait d'ailleurs rapidement deviné pourquoi Zorro était sorti la veille : dans le but de parler avec Paul et tenter de sauver son âme. Il devait bien avouer que derrière le masque du puissant renard se cachait un être dont la bonté ne pouvait égaler aucun homme.

"- Non, répondit Paul, non, je ne veux pas le tuer."

A force de fréquenter Diego et Zorro , Arturo pouvait deceler le mensonge chez n'importe quel homme et il voyait bien que Paul n'avait pas l'intention d'abandonner son but. Il devait absolument l'éloigner de Diego.

"- J'aimerai voir Don Alejandro et Don Diego, poursuivit Paul.

- Pourquoi faire ?

- Pour leur demander pardon."

Arturo se mordit les lèvres, ainsi Zorro avait donné ses ordres, il imaginait très bien le genre de menaces qu'il avait pu faire pour obtenir ce qu'il voulait. Malheureusement, les sentiments amicaux qu'il avait pour le jeune Capistrano l'avait rendu trop confiant. L'officier se promit de retourner lui parler dès que possible.

"- C'est impossible, Don Alejandro est encore à San Francisco et Diego ne doit pas quitter son lit avant longtemps.

- Ah, je vois, je suppose que sa fiancée doit être auprès de lui...

- Pardon ? Mais Diego n'est pas fiancé, corrigea Toledano surpris malgré lui.

- Ah bon, pourtant lorsque je l'espionnai au pueblo, je le voyais souvent en compagnie d'une ravissante senorita.

- Diego est toujours aussi populaire auprès de la gente féminine, répliqua Arturo qui se demanda bien pourquoi il s'intéressait aux fréquentations du jeune renard.

- Je me souviens de son nom, continua Paul l'air rêveur, Diego l'appelait "Raquel"...enfin, je crois..."

Arturo blêmit. Non, c'était un mensonge encore une fois. Ce maudit Paul possédait un serpent dans le coeur. Mais le commandant, on le savait très bien, avait un peu de mal à maîtriser ses sentiments quand il s'agissait de son épouse bien-aimée et il était connu que parfois l'amour pouvait rendre aveugle.

"- Au moins, je suis rassuré que Diego ait trouvé l'âme soeur, continua Paul innocemment, en plus, elle est tout à fait charmante et très jolie."

C'était plus fort que lui, Arturo était en train de s'imaginer Diego et Raquel sortant derrière lui...Son plus grand défaut étant la jalousie, il était clair qu'avec des paroles de vipère concernant sa femme le rendait fou.

"- Assez ! Coupa Arturo en dissimulant sa rage, on va vous ramener à votre cellule."

Il appela un garde et ordonna le renvoi du prisonnier qui sifflait de contentement.


Raquel avait eu envie de rendre une visite matinale à Diego. D'après ce que lui avait raconté son mari, il avait fait une rechute. Agée seulement de 4 ans de plus que lui, elle le considérait comme son petit frère, lui rappelant ainsi son rêve d'enfant alors qu'elle était la fille unique d'un général. Certes, au début, elle le trouvait attirant mais son coté sérieux et à la fois dandy, l'avait laisser admirative. Elle ne pouvait s'empêcher de comparer le calme du renard avec une mer paisible avant la tempête.

A l'hacienda de la Vega, elle fut accueilli par Crescencia qui l'emmena directement à la chambre du jeune don.

"- Senora Toledano ? S'étonna Diego pour simple bonjour.

Elle fut amusé de voir à quel point sa robe de chambre avec des motifs bleus lui allait si bien. Il était assis dans un fauteuil armé d'un livre, auprès d'une petite table où reposait une bouteille de vin et quelques verres.

"- Je vois que vous passiez du bon temps, plaisanta-t-elle en fixant la boisson.

- Ah, ça...C'est la façon que Bernado a, pour me prévenir de ne pas partir sinon, il m'assome avec la bouteille...

- J'espère que vous n'irez pas jusque là !

- Qui "vous" ?

- Vous deux !" Rit Raquel.

Diego esquissa un sourire. Peut-être qu'il avait contaminé Bernado avait ses idées un peu trop poussés.

"- Ecoutez, allons au salon, nous serions beaucoup plus confortable, proposa-t-il en ouvrant la porte.

- En êtes vous surs ? Vous êtes malades, je vous préviens.

- On m'a donné l'ordre de ne pas sortir de chez moi, mais pas de ma chambre."

Rendant les armes, Raquel accepta.


Discutant de tout et de rien, surtout pas des événements actuels, Raquel se rendit compte que effectivement, Diego n'allait pas bien. Il avait toujours ce sourire séduisant, ces gestes étaient assurés mais le coeur féminin de Raquel voyait au delà de l'homme : son état psychologique et moral laissait à désirer. A travers ses yeux de femmes et pour avoir rencontré des soldats ayant des syndromes post-traumatiques, Diego lui apparaissait comme un enfant perdu, essayant de retrouver sa place, revenant d'un monde lointain, d'un monde qu'il avait essayé de fuir ou bien de sauver pour son cas. Elle percevait en lui de la détresse, de la peur, de la solitude et de l'abandon.

"- Voulez vous que je vous fasse écouter ma meilleure composition ? Proposa Diego alors qu'elle admirait le piano.

Il s'assit en face de l'instrument et lui offrit une chaise auprès de lui.

"- Alors, allez-y, maestro, dit-elle.

Les doigts de Diego commencèrent doucement à glisser sur les touches blanches et noirs, et une musique forte agréable s'éleva dans la pièce. Elle avait entendu dire que Diego était un bon pianiste mais n'avait jamais eu l'occasion de le vérifer. Il est clair que là, elle était tout à fait d'accord. La mélodie l'emmena dans ses lointains souvenirs de jeune fille avant qu'elle ne puisse rencontrer l'amour de sa vie, des émotions passés lui revinrent.

Diego était si concentré qu'il ne remarqua pas le regard admiratif de Raquel. Elle ne l'observait pas comme elle avait tendance à regarder son mari mais comme un petit frère, le petit frère qu'elle n'avait jamais pu avoir.

Lorsqu'il termina sur les dernières notes qu'il laissa longtemps en suspense, il se tourna vers Raquel qui évita ses yeux noisettes sous le coup de l'émotion.

"- C'était merveilleux, murmura-t-elle sincèrement.

- Merci, senora.

- Comment avez vous appeler cette musique, Diego ?

- La ballade d'Esperanza, répondit-il d'un air gêné.

- Pourquoi ce nom ? Demanda-la femme du capitaine , curieuse.

- C'est le nom de ma mère."

Raquel savait que la femme de Don Alejandro était morte très jeune, alors que Diego n'était à peine agé de 4 ans. Tous Los Angeles connaissaient la tragédie, du moins uniquement ceux qui vivaient à cette même époque. Raquel et le capitaine Toledano ignoraient tout. A vrai dire, tous les nouveaux arrivants l'ignoraient.

"- Ce nom va très bien à la musique, approuva Raquel, votre mère aurait été fier de vous.

- Oui, mon père m'a dit la même chose quand je lui avais joué ça.

- Elle vous manque ? Ne put s'empêcher de questionner la jeune femme maladroitement.

Mais c'était trop tard quand elle remarqua son erreur.

"- Excusez moi, se rattrapa-t-elle, bien sur qu'elle doit vous manquer...c'était votre mère...

- Ce n'est rien, ça doit faire maintenant 15 ans, qu'elle est partie et nous gérons très bien nos affaires, dit Diego en baissant les yeux. C'était un signe de malaise.

Elle devina rapidement qu'il tentait de cacher son chagrin. Cela lui faisait mal au coeur.

"- Diego, vous savez que si vous avez besoin de parler, je suis là pour vous, se lança-t-elle d'un ton maternel qu'elle se surprit d'employer.

- Je ne suis plus un gamin, senora, tous ceci n'est que du passé.

- Mais votre mère reste votre mère, que ce soit le passé, le présent ou le futur, répliqua-t-elle, vous avez passé vos quinze dernières années sans l'affection d'une mère...

- Senora, coupa Diego, je suis touché par votre inquiétude à mon égard et...

- Et moi, je ne peux m'empêcher de voir à quel point vous soufrez silencieusement et que vous ne cessez de cacher votre véritable visage même en étant Diego. Vous vous cachez pour prétendre que vous allez bien alors que c'est le contraire.

- Vous vous trompez, se leva Diego qui sentait que le bouclier qu'il avait crée autour de lui allait se briser.

- Non, je ne me trompe pas. Je ne me suis jamais trompé. Comment croyez vous que mon mari ait pu devenir un tel homme si je n'étais pas derrière lui à le soutenir. Croyez vous qu'être un valeureux soldat nécessite uniquement une maitrise des armes et un coeur vaillant ?

- Je ne suis pas un soldat.

- Vous êtes un orphelin. Vous avez perdu votre mère.

- S'il vous plait, senora, je ne veux pas en parler."

Diego s'écarta d'elle, allant se verser un verre de vin. Il remarqua qu'il tremblait.

"- Alors vous avez fuit toutes ses années devant sa mort ? Comprit Raquel.

- C'est faux.

- Je suis votre amie, Diego, reprit-elle en cherchant le mot correct pour amadouer le renard, je ne veux que vous aider.

- Pourquoi ? Pourquoi je le ferai ?

- Pour vous sentir mieux."

Il se figea. Comment une femme qu'il connaissait à peine, pouvait-elle lire à travers lui ? Du moins deviner ce qu'il ressentait ou ce qu'il avait ressenti autrefois.

"- Diego, vous êtes comme un petit frère pour moi, vous voir...ainsi...me chagrine énormément. Je ne veux que votre bonheur. Je sais que vous avez perdu votre mère alors que vous n'étiez qu'un enfant et...

- Elle me manque, interrompit Diego sans lui jeter le moindre regard, elle m'a toujours manqué."

Un silence parcourut la pièce. Raquel n'osait plus parler de peur de perdre la main de Diego qu'elle avait réussi à attraper. Le jeune don était en train de se confesser.

"- Elle est morte d'une maladie qui l'a laissé cloué dans son lit jusqu'à sa mort, poursuivit-il en fixant le vin qui tournoyait dans son verre, je me souviens que mon père avait installé un piano dans sa chambre pour qu'elle puisse en jouer et ne pas perdre la main. Il était tellement certain qu'elle survivrait...mais elle nous a quitté...Un matin, elle ne s'était pas réveillée. Elle ne s'était jamais réveillée."

Il but cul-sec son verre et le déposa bruyamment sur la table.

"- J'étais en colère contre elle, continua-t-il, parce que je considérai qu'elle m'avait abandonné, elle m'avait promit tant de choses...mais je n'étais qu'un gamin qui connaissait à peine la vie, qui ne savait pas encore écrire, ni lire. Et bout d'un moment, j'ai ressenti un manque."

Il se tourna vers Raquel qui vit un autre visage de Diego : tristesse et amertume.

"- L'amour d'une mère. Pour moi, je ne connaissais plus ce que c'était. Mais...l'enfant que j'étais ne rêvait qu'une chose, se blottir dans les bras de sa mère quand il faisait un cauchemar, quand il avait peur du noir, quand il avait envie d'une histoire ou quand des garçons plus agés le frappaient !

- Il y avait votre père...

- Je sais. Je suis reconnaissant pour ce qu'il a fait...mais il était souvent absent et il n'avait le rôle que de père...Je voulais juste..."

Il ne tint plus et tenta d'effacer les quelques larmes qui s'échappaient de ses yeux. Raquel, sans réfléchir, le prit dans ses bras, comme l'aurait fait une mère avec son enfant. Diego ne la repoussa pas appréciant ce geste qui le calmait.

"- Vous vouliez juste serrer dans vos bras de votre mère, acheva la jeune femme, il n'y a pas à avoir honte, c'est tout à fait normal. Pourquoi ne l'avoir pas dit à votre père, il l'aurait comprit...

- Je n'ai jamais rien dit à mon père pour pas qu'il s'inquiète.

- C'est toujours la même phrase chez vous, Diego, il va falloir que vous cesser d'inverser les rôles. Vous êtes le fils et Don Alejandro est votre père."

Diego eut un rire nerveux mais ne dit rien.

"- ça va mieux désormais ? Souffla Raquel en caressant la joue du jeune homme.

- J'envie votre mari de vous avoir et j'envie vos futurs enfants de vous avoir pour mère."

Pour sceller ce lien de fraternité qu'ils avaient tissé, Raquel lui donna un baiser sur son front. A ce même moment, un grand fracas les fit sursauter. La porte de l'entrée venait de s'ouvrir brutalement laissant entrer le capitaine Toledano.

Dans un automatisme guidé par la pudeur et par l'instinct d'un possible danger, Diego s'écarta de Raquel.

"- Commandante ? S'étonna-t-il.

Mais Arturo n'avait plus son air habituellement amicale. Il tira son épée, Diego eut un geste de recul.

"- Traître ! Je vous considérai comme un ami, et je vois que vous êtes comme tous les autres ! Derrière vos actes chevaleresques, vous n'êtes qu'un vaurien ! S'écria-t-il en s'avançant vers le jeune don.

- Arturo, ce n'est pas ce que tu crois ! Protesta Raquel en intervenant.

- ça suffit, nous en parlerons quand j'aurai fini avec lui !"

La colère et la jalousie ne faisaient pas bon ménage chez le capitaine Toledano, aveuglé par les paroles de Paul et par la dernière scène auquelle il venait d'assister entre Diego et Raquel.

"- Je vais exaucer votre souhait, senor Zorro. Je vous arrête au nom du Roi."

Diego palit, n'en croyant pas ses oreilles.

"- Commandante, j'ignore ce qu'il vous prend...

- Taisez-vous, je ne discute plus avec les hors-la-loi !"

Arturo fonça vers Diego qui l'évita de justesses attrapant son bras pour lui faire lâcher son arme. Raquel tenta de le retenir mais l'officier la repoussa sèchement, attaquant de nouveau le jeune de la Vega à main nue.

Faible et encore fiévreux, Diego eut un peu de mal à parer les coups du soldat. Il réfléchissait à toute vitesse d'un moyen pour se sortir de ce mauvais pas. S'il fuyait, le capitaine risquerait de dévoiler son secret avant même qu'il puisse l'en empêcher et trouver le responsable de ce fiasco ou bien de lui remettre les idées en place. S'il restait, c'était la prison ou bien...Diego fut projeté à travers une fenêtre. Les éclats de verres le coupèrent, déchirant ses vêtements.

"- Arrête, Arturo ! Supplia Raquel en voyant que Diego faiblissait de plus en plus, il n'y a rien entre nous ! Arrête, je t'en prie !"

Il n'écoutait pas et donna un dernier et violent coup dans le ventre de Diego qui s'effondra au sol en toussant fortement.

"- J'aurai du m'en douter, les hors-la-loi, même ceux que l'on croit bon, ne sont que des bandits."

Il s'apprêta à lui décocher d'autres coups mais Raquel l'attrapa dans ses bras et le serrant avec force.

"- Lache moi ! Hurla-t-il, femme indigne !"

Il la repoussa mais grosse erreur, evidemment car elle pointait son arme à feu qu'il n'utilisait jamais, uniquement que lorsque les circonstances l'obligeaient.

"- Raquel, pose cette arme, ordonna-t-il calmement.

- Pourquoi ? Est ce que tu m'as écouté tout à l'heure ? Pourquoi je t'écouterai ?

- Rends-moi, cette arme.

- Non. Si c'est l'unique moyen pour calmer tes crises de jalousies, alors non.

- Très bien, alors tire."

Raquel écarquilla les yeux.

"- Pardon ?

- Si tu m'aimais vraiment, tu ne serais pas là avec cet arme pointé sur moi et tu ne m'aurais jamais trompé avec Diego de la Vega. Ma vie ne compte plus désormais."

Ce dernier avait réussi tant bien que mal à se redresser mais n'avait pu se remettre sur ses jambes. Son combat entre Arturo et lui, l'avait rendu encore plus malade. Il se sentait vacillé et sa vision devenait floue.

"- Pauvre idiot ! S'écria la jeune femme.

Cette fois, elle pointa l'arme sur Diego. Le coeur d'Arturo se glaça, sa raison se réveilla tout à coup et il comprit l'erreur qu'il venait de commettre.

"- Tu veux que je tire, c'est ça ? Alors je vais tirer."

Un coup de feu retentit.

"- NON !"