Septième partie
Le jour n'allait pas tarder à se lever lorsque Sara emprunta aussi discrètement que possible le chemin pour rentrer à son hôtel. Son cœur battait la chamade, son ventre était noué d'angoisse, ses mains étaient moites, mais après deux semaines ainsi, elle commençait à avoir l'habitude. Dès cette journée où Lucy l'avait trouvé prostrée sous une pluie diluvienne et avait pris soin d'elle, Sara avait secrètement décidée d'enfreindre tous les ordres qu'elle avait reçu et, pourrait recevoir, par la suite.
Elle n'était restée en compagnie de la petite blonde que quelques heures, de peur de se faire surprendre par Sindar. Après l'altercation qu'elle avait eue avec lui, Sara n'avait pas eu envie de réitérer l'incident aussitôt, mais cela avait suffi à ce qu'elle en veuille plus. Beaucoup plus. Elle n'aspirait plus qu'à une chose : passer le plus de temps possible en compagnie de la constéllationniste.
A présent, elle désirait même apprendre à connaître les membres qui n'arrêtaient pas de leur tourner autour à la guilde. Elle avait commencé avec Wendy et Carla, découvrant la douce personnalité de l'adolescente et que cette dernière, avait été l'une des personnes qui l'avait soigné deux semaines auparavant. Après la chasseuse de dragon céleste, les autres membres étaient venus naturellement. Sara avait ainsi fait la connaissance de Natsu et de Gray. A sa plus grande surprise, elle avait ressenti un étrange sentiment de familiarité à leur contact. Cependant, rien n'avait été plus déroutant que la confusion qu'elle avait éprouvée en compagnie de Mirajane ou encore de la bouffée d'affection qui la saisissait à chaque fois qu'elle était proche de Lucy.
Toutefois, le pire avait certainement été ce serrement de cœur atroce, qui en avait compressé douloureusement sa poitrine, lorsqu'elle s'était retrouvée en face d'Ultear et de Meldy. Les deux jeunes femmes s'étaient montrées chaleureuse et attentionnées et, sans qu'elle ne comprenne pour qu'elle raison, Sara s'était sentie proche d'elles. Bon… peut-être pas aussi proche que ce qu'elle ressentait auprès de Lucy. C'était différent.
Avec la blonde, elle ne sentait que de la chaleur, de la douceur, même plus que ça encore. Elle était irrémédiablement attirée par la constellationniste et elle avouait que plus elles passaient du temps ensembles, plus Sara se laissait charmer. Mais, avec Ultear et Meldy, c'était autre chose. Leur présence avait réveillé quelque chose en elle qui l'avait mise mal à l'aise. Rien que d'y penser, la rousse sentait une étrange chaleur l'envahir. Cette même chaleur qu'elle avait l'impression de ressentir lorsqu'elle était prisonnière de ses rêves.
Elle n'en avait parlé à personne, mais ces derniers se faisaient de plus en plus nombreux et, il y avait un autre point qui l'inquiétait. La voix qu'elle avait entendue dans sa tête se faisait plus présente. Plus d'une fois, celle-ci s'était manifestée, la paralysant sur place. Lorsqu'elle l'entendait résonner dans son crâne, Sara sentait tout son être y répondre, éveillant en elle une émotion brûlante qui l'étouffait. Plus le temps passait, plus elle sentait que cette chose prenait de l'envergure, naissant dans son ventre, rampant le long de son corps sans qu'elle n'ait aucun contrôle dessus.
Elle traversa le pont qui surplombait la rivière, atteignant rapidement les portes de son hôtel, espérant gagner sans encombre sa chambre, comme elle le faisait depuis deux semaines. Sauf que cette fois, une voix la gela sur place.
- Je me doutais qu'il se tramait quelque chose. Qu'est-ce que tu caches, Sara ?
Le cœur de la rousse bondit violement dans sa poitrine. Tous les muscles de son corps se crispèrent, son souffle se coupa dans le creux de sa gorge alors qu'elle tombait pile en face de Sindar. Caché dans la pénombre, elle ne distinguait rien d'autre que ses yeux, qui brillaient d'une lueur inquiétante. Elle déglutit, reculant instinctivement d'un pas tandis que l'homme avançait dans la lumière du jour qui commençait à peine à se lever.
- Je sais que ça dure depuis un moment, ajouta-t-il, s'arrêtant à mi-chemin. Où est-ce que tu pars en cachette ?
Sa voix était grinçante et Sara pinça les lèvres, évitant de répondre. De toute façon, elle n'était même pas sûre que la moindre justification soit nécessaire.
- Est-ce que tu oses désobéir aux ordres que je t'ai donnés ? continua-t-il.
Il s'avança encore. La rousse secoua la tête, reculant, une fois de plus. Cependant, la porte derrière elle l'empêcha d'aller plus loin et Sindar arriva rapidement à sa hauteur. Trop près d'elle pour que la jeune femme se sente à l'aise.
- Où étais-tu, Sara ? redemanda-t-il, articulant chaque mot.
- Je… Je n'arrive pas à dormir, en ce moment, souffla-t-elle. Me promener… me fait du bien.
Elle était tellement inquiète qu'elle en retenait sa respiration. Sa tête tournait et des étoiles dansèrent devant ses yeux. Pendant une seconde, elle crut qu'elle allait s'évanouir d'angoisse. Sindar s'arrêta dans son avancée et Sara relâcha son souffle, se léchant les lèvres. Elle avait les mains moites. Nerveuse, elle croisa les bras sous sa poitrine, évitant de rencontrer le regard noir de l'homme en face d'elle.
Toutefois, sans qu'elle s'y attende vraiment, Sindar attrapa brusquement son bras, la rapprochant encore plus près de lui. Sara pouvait sentir son souffle chaud contre son visage, le bout de son nez frôler presque le sien et la peur s'insinua dans tous les pores de sa peau.
- Sindar… essaya-t-elle, en bafouillant.
- Tu penses sérieusement que je vais te croire ! grogna-t-il, resserrant durement sa prise autour de son bras.
- Je… Je ne mens pas ! s'exclama-t-elle, sa voix montant dans les aigus.
- Si c'était le cas, tu ne ferais pas en sorte de partir en cachette !
- Je me promène dans les rues, c'est tout. Je fais seulement des cauchemars.
Sara essaya de dégager son bras douloureux de la prise de l'homme, mais Sindar sembla raffermir encore sa poigne autour de son membre. Elle couina sans pouvoir s'en empêcher, haletant :
- Tu… Tu me fais mal. Sindar, s'il te plait…
Une larme perlant au coin d'un œil, elle pinça les lèvres. Levant les yeux, elle rencontra les deux prunelles noires du brun, qui la surplombait de toute sa hauteur. Un bref instant, la rousse eut l'impression de voir une lueur traverser son visage, avant que ses traits ne se plissent de dégoût. Il serra une dernière fois son bras, puis la lâcha, la propulsant sans ménagement en arrière. Sara tangua un instant sur ses pieds, les jambes tremblantes, s'éloignant instinctivement de Sindar en tenant son bras dans une main. Elle mit une longue distance entre eux sans le quitter des yeux, à l'affut du moindre signe qui lui indiquerait qu'il serait prêt à se jeter sur elle pour la frapper.
La respiration rapide, ils se jaugèrent un instant. Sindar finit par froncer les sourcils, ses lèvres s'étirant en une ligne de mécontentement. Sara déglutit, semblant se tasser sur elle-même. Le grand brun fit un pas en avant, faisant reculer encore la rouquine et bondir son estomac. Mais Sindar s'arrêta un instant, l'observa et, se détourna finalement d'elle. Il s'éloigna un peu avant de se stopper de nouveau. Se tournant à peine vers elle il déclara :
- Sache que je ne te crois pas une seconde. Si je découvre que tu as mentis, tu le regretteras.
Il n'attendit pas sa réponse, et même si ça avait été le cas, il n'en aurait reçu aucune, tellement la gorge de Sara était nouée. Une fois que l'homme ne fut plus en vue, elle osa enfin bouger, ses pieds agissant presque automatiquement. Angoissée, elle grimpa en courant le grand escalier de l'hôtel, gagnant aussi rapidement que possible que la petite suite ou se trouvait sa chambre, L'autre pièce était celle de sa grand-mère, dont, par chance la porte était encore fermée lorsqu'elle entra. Aussi discrètement que possible Sara se glissa dans la sienne, fermant doucement la porte derrière elle. Une fois en sécurité entre les murs de sa chambre, la jeune femme appuya son dos contre le battant, fermant les yeux.
Elle resta ainsi quelques minutes avant de tituber jusqu'à son lit et de s'effondrer dessus. Tremblante, essoufflée, Sara inspira et expira, essayant de contrôler les sanglots qui s'accumulaient dans le creux de sa gorge. Pouvait-elle vraiment continuer à supporter une telle situation ? En dehors de la présence de Sindar, la peur constante qu'elle ressentait, rien qu'au risque de tomber sur lui à tout moment, était suffisante pour la paralyser. Et elle savait au fond d'elle, que peu importe qu'elle obéisse aux ordres qu'il lui avait donné, l'homme trouverait toujours quelque chose pour s'en prendre à elle.
Pendant une seconde, elle envisagea, pourtant, de ne plus se rendre à Fairy Tail. De ne plus être en contact avec les fées. De ne plus pouvoir passer du temps avec Natsu, Gray, Mirajane et tous les autres… De ne plus pouvoir être en compagnie de Lucy. A cette seule pensée son cœur se serra douloureusement dans sa poitrine. Que devait-elle faire ? La peur de Sindar surpassait assurément le peu de courage qu'il lui restait, même si l'idée de ne plus voir la blonde était déchirante. Les sentiments qu'elle avait pour l'autre femme étaient confus, mais avec elle, Sara se sentait bien. A sa place, et c'était plus que suffisant après le malaise constant qu'elle éprouvait en compagnie de Sindar, Hilda ou les autres membres de sa propre guilde.
Elle en avait assez. Elle voulait juste que tout ça s'arrête. Elle ne voulait plus avoir peur ni vivre dans cette angoisse perpétuelle que Sindar lui faisait ressentir avec son harcèlement. La boule de chaleur qui logeait dans le creux de son ventre sembla prendre vie. Insidieuse, elle grossit, inondant son corps la faisant haleter. Cette fois, Sara eue peur d'elle-même alors que la voix, qu'elle entendait régulièrement maintenant, résonna, à nouveau, à ses oreilles.
- Arrête de fuir !
Sara se recroquevilla sur elle, plaquant ses paumes de mains contre ses lobes.
- Tais-toi ! gémit-elle, les paupières fermement closes. Tais-toi !
La boule de chaleur grossit encore, l'enveloppant entièrement et, Sara se tassa de plus en plus sur elle-même.
- Arrête de fuir ! répéta la voix. Souviens-toi !
- Non. Tais-toi ! Va-t'en ! sanglota Sara.
- Souviens-toi…
En chien de fusil sur son lit, Sara repoussa au plus profond d'elle la voix et cette chaleur étouffante, ignorant autant que possible le sentiment grandissant qu'elle lui faisait ressentir. Finalement, épuisée, elle finit par s'endormir, plongeant avec joie dans les ténèbres accueillantes du sommeil.
oOo
Elle ne voyait rien d'autre qu'une vaste forêt. Le bruit d'un court d'eau, au loin, lui parvenait, ainsi que les sons diffus de la vie animale qui régnait autour d'elle. Puis, comme un disque rayé, des images passèrent devant elle, toutes différentes. Tous semblants représentaient des passages d'une vie dont elle ne savait rien. Elle ne reconnaissait ni les personnes, ni les lieux, mais ça allait si vite, qu'elle n'avait pas le temps de s'arrêter sur chacune d'elle.
Puis finalement, elle s'avança d'un pas, curieuse, et les images s'immobilisèrent une seconde. L'instant suivant elle était propulsée à l'intérieur, atterrissant durement le nez dans l'herbe. Désorientée, elle n'avait aucune idée d'où elle était. C'est une voix qui attira son attention, la forçant à se relever pour voir de qui ça provenait.
- T'es là Erza ! Aujourd'hui, je vais te mettre la pâtée !
Un jeune garçon dévalé la colline sur laquelle elle se trouvait, allant à la rencontre d'une gamine, qui lui tournait le dos, et qui devait avoir environ le même âge que lui. Elle se désintéressa de ce qui se passait alors qu'elle posait son regard sur la fillette en contrebas. Sans qu'elle n'arrive à mettre le doigt dessus, il y avait quelque chose de familier chez cette enfant. Pourtant, elle était certaine de ne pas la connaître, mais ses courts cheveux écarlates, aussi semblable que les siens, la perturbèrent une minutes, avant que la voix du petit brun ne résonne, de nouveau, à ses oreilles.
- Pourquoi tu es toujours toute seule ?
La petite mis une seconde avant de lui répondre. Puis la voix, douce et légèrement grave, aux intonations tristes, s'éleva :
- J'aime bien la solitude. Je ne suis pas tranquille quand il y a du monde.
- Alors, pourquoi tu pleures ?
Cette réplique sembla percuter la petite rousse de plein fouet. Tellement, que cette dernière ne trouva rien à répondre et l'image s'effaça de devant elle, l'emportant ailleurs. Le cœur de Sara se serra douloureusement, mais elle n'eut pas le temps de s'attarder sur ses émotions, s'évanouissant, une fois de plus, dans les limbes.
oOo
Elle ouvrit brutalement les yeux après un énième rêve. Elle avait oublié de fermer ses rideaux et la lumière du soleil nimbait sa chambre de violents rayons, qui lui brulèrent les rétines. Sara avait les yeux irrités et la peau du visage tiré, des larmes qui avaient coulées et séchées pendant son sommeil. Elle se tourne sur un côté, se recroquevillant sur elle-même. Elle en avait assez de tous ces rêves étranges, de cette voix constante dans sa tête, qui la terrifiait de jour en jour. De cette sensation étouffante qui, parfois, la prenait à la gorge et l'envahissait, à un tel point qu'elle craignait de se perdre. Elle ne se reconnaissait plus… Mais pour ça, encore fallait-il qu'à un moment donné, elle ait eu l'impression de savoir qui elle était déjà.
Elle enroula ses bras autour d'elle, régulant sa respiration pour éviter une nouvelle crise de panique. Elle n'avait aucune idée de ce qui lui arrivait, mais elle avait le sentiment de devenir folle et, à chaque fois qu'elle y pensait, Sara se demandait ce qui allait finir par lui arriver. Elle ravala un sanglot, la boule dans sa gorge l'étouffant à moitié. Malgré les fenêtres fermées de sa chambre, les bruits de la ville en contrebas parvenaient jusqu'à elle en une cacophonie rassurante. Elle se concentra sur chaque son qu'elle entendait, enfouissant au plus profond d'elle toutes ses inquiétudes. Si elle commençait à s'attarder sur son état mental alors ça allait devenir réel et, s'il y avait une chose qu'elle ne voulait pas, c'était de donner à cette voix dans sa tête une certaine réalité.
Une douleur lancinante sembla répondre à son refus d'accepter ce qui lui arrivait et elle pinça les lèvres, portant une main à l'une de ses tempes. Elle grimaça, se levant lentement de son lit. Ça faisait des jours qu'elle n'avait pas souffert de mal de tête, ou encore, de trouble de mémoire. En fait, si elle devait analyser son état de santé, Sara pouvait admettre que depuis deux semaines environs, elle se sentait mieux. Elle s'approcha lentement de sa fenêtre, ses yeux se posant un instant sur la rue à l'extérieur. Des voitures magiques, des passants, des commerçants… Elle observa la vie grouillante qui suivait son cycle, son mal de tête pulsant désagréablement. Elle avait désespérément besoin de se sentir bien alors, elle fit la seule chose qui l'apaisait. Après avoir fait un tour rapide dans la salle de bain pour un brin de toilette, elle quitta discrètement sa chambre ainsi que l'hôtel.
Par chance, dans les couloirs, elle ne croisa ni Hilda, ni Sindar. Connaissant leur étonnante aversion pour Fairy Tail, voir, la plupart des autres guildes en générale, Sara ne comprenait pas pourquoi ils avaient accepté de venir à Magnolia pour participer au festival. La plupart du temps leur petit groupe restait entre eux, vagabondant à leur gré, s'occupant uniquement de leurs propres affaires sans se préoccuper des festivités de la ville. C'était pourtant débordant de joie. Généralement, la fête se faisait au quartier de Fairy Tail, et dans les jardins, assez vaste pour accueillir un grand nombre de personne, mais dans tout Magnolia il était possible de sentir l'excitation et l'amusement des mages qui gagnaient les habitants.
Pour la première fois depuis qu'elle avait mis les pieds dans cette ville et, après avoir dépassé son étonnement face au comportement des habitants, Sara se sentait bien. A sa place. Sans se retourner, elle prit la direction de la guilde, adressant quelques sourires et signes de têtes aux passants qu'elle croisait sur son chemin. Beaucoup lui accordait un intérêt qu'elle ne trouvait plus dérangeant, au contraire. Il y avait même quelque chose de rassurant à être dans cette ville, et auprès des fées. Et, aussi déroutant que cela puisse être, elle aimait cette sensation au point de braver tous les interdits… Au point que, même la terreur que lui infligeait Sindar, n'était plus suffisante pour la faire obéir.
Sara traversa la rue, son nez captant l'agréable odeur de pain en train de cuir, et de viennoiseries juste sorties du four. Elle passait devant la boulangerie, tout de suite attirée par les jolies couleurs provenant des nombreux gâteaux présentés en vitrine. Ces derniers lui firent de l'œil et Sara s'arrêta une minute. Son estomac grogna, lui rappelant qu'elle n'avait rien mangé depuis la veille. Elle avait faim et se lécha presque les lèvres à l'idée de déguster l'une de ces pâtisseries. Elle envisagea le peu d'argent qu'elle avait en poche pour s'en prendre une, mais s'apprêtait à poursuivre son chemin alors qu'elle se rappelait qu'elle n'avait pas un sou en sa possession. C'était Hilda qui gérait tout pour elle, ou Sindar lorsque sa grand-mère se déchargeait du fardeau qu'elle était. D'après eux, depuis son accident, Sara était trop tête en l'air et étourdit pour qu'ils lui donnent des responsabilités. Pour la rousse, ça ne faisait aucune différence. Elle savait que pour eux, et chaque membre de sa guilde, elle n'avait aucune valeur. Personne ne lui faisait confiance et surtout, personne ne l'appréciait assez pour être seulement son ami.
- Bonjour ma petite ! s'exclama soudainement une voix masculine.
Sara sortie brusquement de ses sombres pensées, enfouissant au plus profond d'elle la froide sensation qu'elles venaient de lui faire ressentir. Elle tourna la tête, rencontrant aussitôt le visage jovial de l'homme qui l'avait interpellé. Petit, rondouillet, les joues bien rondes plus bombées encore par le large sourire qui étirait ses lèvres pleines. Une partie de ses courts cheveux bruns étaient cachés par une toque et ses vêtements par un tablier blanc, mais ses petits yeux noirs étaient bienveillant et Sara le reconnu aussitôt. C'était le boulanger. L'espace d'une seconde, elle fut gêner d'avoir été pris en flagrant délit de léchage de vitrine, mais ce sentiment disparu bien vite alors que la voix de l'homme résonnait, de nouveau, à ses oreilles.
- Quelque chose te fait envie ? demanda-t-il. Une belle part de fraisier, peut-être ?
Il arborait un petit air mystérieux et Sara pinça les lèvres. Son ventre grogna une fois de plus, mais elle l'ignora, secouant légèrement la tête.
- Ça… ça serait avec plaisir, commença-t-elle, hésitante, mais… je n'ai pas de quoi la payer. La prochaine fois.
Si l'homme fut surpris par ses paroles, il le cacha relativement bien et la rousse haussa les épaules, prête à continuer son chemin. Cependant, le boulanger l'arrêta dans son élan.
- Je te l'offre, dit-il, gentiment. C'est cadeau.
Surprise, Sara se retourna vers lui.
- Ce… Ce n'est pas nécessaire, je vous assure ! répliqua-t-elle, mal à l'aise.
La dernière chose qu'elle voulait, c'était de donner l'impression de mendier pour de la nourriture. Elle avait faim, certes, mais elle n'en était pas encore rendue à ce stade. Toutefois, la perspective de remplir son ventre d'un délicieux gâteau était trop tentante et, lorsque l'homme insista, Sara ne put s'empêcher de le suivre après avoir jeté un autre coup d'œil au fraisier, qui continuait de la narguer derrière la vitrine.
Le boulanger ne mit que quelques minutes pour lui emballer, puis lui tendre la boite, un chaleureux sourire toujours accroché à ses lèvres.
- Voilà ! s'exclama-t-il.
- Merci, souffla-t-elle. C'est vraiment généreux de votre part.
- Ça me fait plaisir, répondit l'homme.
Il sembla hésiter une seconde avant d'ajouter :
- Tu ressembles beaucoup à une de mes clientes. Elle venait presque tous les jours me chercher des parts de fraisier.
- Elle ne vient plus ? demanda Sara, étonnée.
- Disons… Que pour l'instant… Elle est égarée. Mais j'espère la revoir bientôt. En attendant, je sers souvent ses amis, surtout Lucy.
- Lucy ? rebondis Sara, surprise.
- Oui, acquiesça le boulanger avec un sourire.
- Elle… Votre cliente… Elle faisait partie de Fairy Tail ?
- Hum, hum… approuva l'homme. C'était l'une des plus talentueuses magiciennes de la guilde.
- Vraiment ? souffla Sara. Je… Je passe beaucoup de temps à Fairy Tail et… je n'en ai pas une seule fois entendue parler.
- Eh bien… Habituellement ils sont assez terribles, explosifs mais… quand ça concerne leurs membres, ils sont plutôt discrets. Ça ne fait qu'environs sept ou huit mois qu'elle a disparu. Ils se remettent encore de ce choc et essaient de faire leur deuil… aussi difficile que ça doit être. Ils évitent certainement de parler d'elle pour ne pas souffrir. Elle était un pilier de Fairy Tail.
Sara, émue par les paroles prononcées sans vraiment savoir pourquoi, observa le boulanger pendant un instant avant de demander :
- Qui était-elle ?
- La célèbre Titania, ma petite ! répondit l'homme, comme si c'était une évidence. Elle était connue dans tout le royaume de Fiore, ajouta-t-il.
- Titania, répéta Sara, sentant une étrange résonnance en elle à ce prénom.
- Oui. Mais… Titania n'était que son surnom. Elle s'appelait Erza.
Le souffle de Sara se bloqua dans le creux de sa gorge, une sensation étouffante la saisissant brusquement. Sa tête se mit à tourner et elle eut l'impression de voir des étoiles, alors que, quelque part au fond de son esprit, les souvenirs de ses nombreux rêves étranges remontaient soudainement à la surface.
- Erza ? articula-t-elle difficilement.
Sa respiration était rapide et elle du mal à déglutir. Son mal être devait être flagrant sur son visage car le boulanger contourna son comptoir pour s'approcher d'elle, posant une main sur l'un de ses coudes pour la soutenir. Elle lui en fut reconnaissante quand elle se rendit compte que ses jambes tremblaient sans raison.
- Est-ce que ça va ? demanda-t-il, inquiet.
Sara eut besoin d'une seconde pour se reprendre et pouvoir lui répondre, déglutissant plusieurs fois. Sa bouche était sèche et sa langue donnait l'impression d'être collée à son palais.
- Oui… Oui, ça va.
- Vous êtes sûre ? Vous voulez que j'appelle quelqu'un ?
- Non, répondit-elle, plus alerte. Non, ça va. Je… Je vais juste prendre un peu l'air. J'ai seulement faim et… ça a dû m'étourdir un peu.
L'homme fronça les sourcils, jaugeant si elle mentait ou pas. Finalement il acquiesça, retirant lentement sa main de son coude. Sara se redressa, prenant une profonde inspiration tout en ignorant le regard scrutateur du boulanger. Il était évident que ce dernier craignait qu'elle s'évanouisse sur le sol de son établissement et, si cela devait arriver, la jeune femme désirait être partout ailleurs plutôt qu'ici. Elle n'avait aucune envie que ce drame rameute tous les commerçants à proximités et que toute la ville soit au courant avant qu'elle soit transportée à l'hôpital.
Elle adressa un vague sourire au boulanger, aussi rassurant que possible, et tourna les talons. Elle retrouva l'air frais de l'extérieur, inspira un grand coup, une fois de plus et humidifia ses lèvres sèches. Elle n'avait soudainement plus faim, le ventre noué par ce qu'elle venait d'apprendre. Ses pieds se mirent en marche tout seul, peu importe l'endroit où ils la guidaient tant qu'elle était seule. Une seule chose traversait son esprit. Cette femme n'était pas le fruit de son imagination. Tous les rêves qu'elle avait eus provenaient de la réalité.
Elle porta sa main libre à sa tête, frottant l'une de ses tempes du bout des doigts. Qui es-tu, Erza ? pensa-t-elle. Qui es-tu pour que je me sente si proche de toi et à la fois si loin, alors que je ne te connais même pas.
oOo
Note : C'est plus court que les chapitres que je fais habituellement, il devait être plus long, mais… ça me semblait parfait pour une bonne coupure. Donc voilà… J'espère que vous avez aimez, et on se dit à la prochaine pour la suite. Je compte encore… trois chapitres environs avant la fin.
