Diego avait finalement accepté de rester dans sa chambre, bien qu'il brulait d'envie d'aller dans le passage secret, prendre ses vêtements noirs et monter sur Tornado. Mais dans son état, c'était risquer et complètement suicidaire. De plus, Bernado avait installé de quoi bloquer la porte secrète de sa chambre, si bien qu'on ne pouvait uniquement rentrer et sortir que par la bibliothèque. Même le passage du salon était inaccessible.
Rassuré que son maître soit dans sa chambre, le serviteur muet put enfin s'occuper de l'étalon noir qui avait été abandonné pendant un bon bout de temps. Il devait le laver, le nourrir et lui donner quelques exercices pour qu'il ne perde pas son endurance.
Peu après, un moine couvert d'une capuche fut accueilli par Juan, un des domestiques.
"- Don Alejandro est parti pour le pueblo, le renseigna Juan, mais don Diego est ici, si vous voulez le voir ou sinon, vous devrez patienter.
- J'aimerai uniquement voir Diego, répondit le moine, j'ai entendu dire qu'il était malade et je suis venu pour le soutenir et prier pour sa guérison.
- C'est très gentil à vous, sourit le domestique d'un air ravi, que Dieu vous bénisse, padre.
- Que Dieu vous bénisse aussi."
Juan lui montra alors la chambre de Diego avant de partir pour continuer ses travaux quotidiens.
On frappa tout à coup à sa porte. Le jeune renard, troublé dans sa lecture, sursauta en se demandant bien qui pouvait le déranger. Serait-ce Bernado qui aurait oublié quelque chose ? Ou bien un domestique ?
Il ouvrit la porte et fut poussé à terre brutalement par un moine qui cachait son visage avec sa capuche. Ce dernier sortit alors un couteau brillant et dévoila son identité.
"- Paul ? Murmura Diego en reculant contre son lit craignant pour sa vie.
- Hola, Diego, ça fait encore longtemps, sourit le jeune Capistrano en s'abaissant vers lui et en approchant sa lame vers lui.
- Non...arrête, souffla le renard en sentant la pointe du poignard lui effleurait le cou, qu'est ce que tu veux, à la fin ?
- Je dois te tuer, tout simplement, répondit Paul.
- Pourquoi ? Tu savais que tu étais le fils de Don Jaime !"
Devant ces paroles, Paul appuya la lame sur son cou.
"- Tais-toi, tu ne sais rien de tous cela ! Si c'est mon oncle qui t'a dit cela, c'est un mensonge pour te protéger. Il sait que je te déteste. Quant à don Jaime, je me fiche totalement de qui peut être son héritier ou pas.
- Pourquoi veux-tu me tuer ? Répéta Diego, pourquoi ?
- Par pur plaisir, répondit Paul, parce que je considère que la vie se porterait beaucoup mieux sans toi. Comme quand j'étais enfant...pour moi, tu étais insupportable. Tu m'empêchais de m'épanouir avec tous...tes talents. ça m'a rongé, jusqu'à maintenant.
- Et j'en suis désolé, souffla le renard d'un ton peiné, tu as terriblement souffrir..."
Paul resta silencieux, il ne s'attendait pas à ce que Diego regrette. Cette seconde de relâchement profita au jeune renard de lui saisir rapidement la main et de lui faire lâcher le couteau. Surpris, Paul prit du temps à réagir et fut projeté brutalement loin de Diego. Ce dernier se leva rapidement et sachant qu'un combat à main nue était inégal avec son état, il ne pouvait que fuir en sortant de sa chambre.
Trop faible cependant, Paul le rattrapa avant qu'il n'atteigne les escaliers et l'empêcha de crier en plaquant sa main sur sa bouche. Diego se débattit comme il pouvait mais fiévreux et las, il se résigna et s'immobilisa.
"- Et bien voilà quand tu veux, chuchota Paul. Il plaqua tout à coup un mouchoir humide au niveau de sa bouche et de son nez. Diego sentit une étrange odeur et un noir s'abattit sur lui.
Dans la caverne secrète, Tornado releva subitement la tête de son avoine quotidien. Il s'agita brusquement faisant tomber son seau d'eau. Bernado sursauta ne comprenant pas sa réaction. L'étalon noir hennit à n'en plus finir, son cri résonnant dans la grotte.
Son maître avait des problèmes et il le sentait.
Le capitaine Toledano, Alejandro et le sergent Garcia suivis des lanciers, se précipitèrent dans l'hacienda à la recherche du jeune de la Vega tout en criant son nom.
"- Il n'est pas dans sa chambre ! S'écria le commandant énervé.
- Je ne l'avais à peine quitté que quelques minutes, souffla Alejandro sous le choc.
- Il me semble bien que le moine que vous avez croisé n'est autre que Paul ! Lanciers, fouillez les alentours, ils ne doivent pas être bien loin et vous pouvez tirer uniquement si Diego est hors de danger, est ce clair ?
- Oui, commandante !" S'exclamèrent les soldats en partant illico.
"- Merci, padre, d'accueillir mon frère dans votre cimetière.
- C'est avec joie, répondit le padre Felipe au jeune étranger, meurtri par la mort de son frère ainé. Il n'était arrivé, i peine quelques minutes et lui avait raconté son histoire : son frère et lui, venant d'Amérique du nord, étaient en voyage en Californie et ils étaient tombés sur des bandits armés qui avaient tirés sur son frère. Rêvant de séjourner aux environs de Los Angeles, le jeune étranger avait exaucé le souhait fraternel en se rendant à la mission afin de pouvoir l'enterrer. Les indiens l'avaient aidés pour cela. Padre Felipe avait proposé de faire une petite cérémonie mais le jeune homme avait assuré que son frère n'aimait pas du tout cela. Il avait ensuite gravé son nom : Johnston McCulley.
"- Je vous confie l'âme et le repos éternel de mon frère, padre, dit-il alors en grimpant sur la charrette.
- Vous avez ma parole...Mais au fait, je ne connais pas votre nom, qui êtes vous ?
- Je m'appelle Guillaume Paul McCuley, répondit-il.
Quand Diego se réveilla, il ne voyait rien du tout. Dans la panique et effrayé, il tenta de bouger. Fort heureusement, il sentit ses mouvements. Il savait qu'il était ligoté par les poignets et il était couché sur un sol dur. Il essaya de se lever mais se cogna contre une paroi en bois. Il retint son souffle, espérant qu'il ne faisait qu'un mauvais rêve. Il tendit ses bras, poussa la paroi lisse et la frappa sans aucun résultat. De même, sur les cotés, aussi. Il déglutit. Il était enfermé dans une boite. L'odeur de la terre le terrifia tout à coup. A l'origine, le noir complet ne l'horrifiait nullement mais ces peurs d'enfant remontèrent en lui, provoquant une crise d'angoisse qu'il n'avait plus connu depuis ses 15 ans.
Il hurla des mots mais en vain, ces paroles restaient terrés avec lui dans cette endroit où il ne pouvait pas s'échapper, ni se lever, ni même se retourner, ni voir. Il était dans le noir, enfermé dans une boite...ou plutôt un cercueil.
