Il tenta de se calmer. De reprendre un souffle régulier. Mais son coeur battait si fort dans sa poitrine qu'il avait l'impression de l'entendre résonner dans la boite. Ses mains liés tremblaient horriblement. Son esprit n'était pas assez concentré pour chercher un moyen de s'en sortir car de toute façon, il était perdu.

Il voulait sortir. S'échapper. Revoir le soleil, ne serait-ce aussi un visage familier.

"Mère, aidez-moi, murmura-t-il alors que ses yeux laissaient échapper des larmes.


"- Mère, j'ai peur du noir, dit le petit Diego dans son lit alors que la jeune mère de famille s'apprêtait à fermer la porte.

Isabella de la Vega, dit de la Cruz, revint vers lui avec un sourire rassurant. Elle était belle avec ses cheveux bouclés d'un noir sombre. Elle s'assit aux cotés de son jeune fils à peine agé de 4 ans.

"- Pourquoi as-tu peur du noir ? Questionna-t-elle doucement.

- Parce qu'il y a des ombres, trop d'ombres.

- Des ombres ?

- Oui, les ombres. Vous avez une ombre. Les ombres sont noirs. Donc la nuit est noir, et ce sont les ombres qui vivent à notre place, répondit Diego avec une assurance innocente.

- Qui est ce qui t'a dit cela ?

- C'est Paul.

- Paul, le petit Paul ?

- Oui, il m'a dit que c'est toujours comme ça la nuit.

- Diego, ce n'est qu'une histoire, le rassura Isabella en l'embrassant sur le front.

- Paul dit que c'est vrai !

- Qui préfères-tu croire ? Ta propre mère ou Paul ?"

La question rendit le petit garçon confus.

"- Pardonnez-moi, mère, je vous crois.

- As-tu toujours peur du noir ?

- Un peu.

- Pourquoi ?

- Parce que je suis seul dans le noir."


Jamais il n'avait été seul. Il y avait toujours eu quelqu'un pour le sortir d'un mauvais pas. Son père. Bernado. Le sergent Garcia. Le capitaine Toledano. Raquel. Benito. Des amis sur qui ils pouvaient comptés. Et Paul...Dire qu'il pensait être son ami. Il était au courant de cette ancienne peur. Il le savait. Le noir et la solitude. De quoi mourir en souffrant. Paul avait eu ce qu'il voulait. Sa souffrance et sa mort. Il a brisé son coeur, son âme et son esprit en à peine quelques jours, quelques heures puis quelques minutes. Et ces dernières minutes, Diego allait les passer seul, entre ces ombres.


"- Paul ! Ouvre moi, s'il te plaît ! Ouvre-moi ! Supplia le jeune Diego enfermé dans la cave à vin de son père.

Derrière la porte, Paul Capistrano ricanait moqueusement.

"- Pourquoi ? Tu l'as bien cherché !

- Tu es mauvais joueur ! Ouvre moi !

- Non. Tu l'as bien mérité."

Diego tambourina la porte. Agés tous les deux de 9 ans, ils s'étaient amusés au jeu d'échec et Diego avait gagné, si bien que pour une "revanche", Paul lui avait fait croire qu'il y avait un étrange rat mort dans la cave. Curieux, le petit de la Vega s'était précipité pour aller voir mais s'était rapidement fait enfermer dans la cave sans lumière pour l'éclairer.

"- Ouvre ! S'écria Diego, sinon je le dirais à mon père !

- Tu n'en es même pas capable, lança Paul, je sais que tu diras rien. Tu es trop gentil pour ça, Diego."

Dans le silence, ce dernier savait qu'il avait raison. Lancer des menaces en l'air ne servira à rien. Pendant une minute, il se persuada qu'il irait voir son père, mais Paul était son ami et même si son coté rancunier laissait à désirer, il ne le laissait pas seul dans ses journées monotones, sans la présence de sa mère. De plus, il savait que Paul avait un bon fond.

"- Je te promets que je te laisserai gagner la prochaine fois, tenta Diego fatigué de taper la porte sans succès.

- Alors ça sert à rien de jouer au échec, se moqua Paul, désolé mais je dois te laisser, on se voit au dîner !

- Quoi ? Paul ! Non !"

Il entendit les pas s'éloignaient. Seul. Dans le noir. Il perdit un instant son sens de l'orientation et recula sans le vouloir. Il tomba des escaliers. Personne ne pouvait l'entendre. Les domestiques étaient majoritairement sorties et le restant était à leur travaux mais trop éloignés de la cave por entendre quoi ce soit.

Des bruits de grincement le firent sursauter. Diego paniqua et tenta de tater un endroit pour se réfugier, même s'il ignorait de quoi.

"- Je le deteste, je le déteste, marmonna-t-il en pleurs.

Tremblant, il finit par s'asseoir contre un mur et replia ses jambes contre lui. Il sanglota amèrement.


"- Diego, mon enfant ! S'écria Alejandro en voyant son fils recroquevillé dans la cave à vin.

- Père ? Souffla le garçon en relevant sa tête.

- Mais que fais-tu là ?"

Diego ne répondit pas et sauta dans les bras de son père en pleurant.

"- Père, ne me laissez pas...ne me laissez pas seul. S'il vous plaît...Éclata-t-il en sanglot.

Alejandro enlaça son fils. Il ignorait toujours comment il était arrivé là. Mais il imaginait que Diego avait suivi un domestique pour il ne savait quel raison et que ce dernier avait fermé la porte sans penser que le petit garçon était la dedans.

"- Mon Dieu, Diego, mais tu es fiévreux !" S'exclama le père horrifié en sentant les joues brûlantes de son fils.


Le soir, Paul apprit que Diego était affreusement malade et qu'il ne viendrait pas dîner. Sa maladie dura deux semaines.


Après deux bonnes heures de recherche à cheval à parcourir les ranchs, le capitaine Toledano, le sergent Garcia accompagné de Don Alejandro firent une halte devant la mission. D'autres rancheros avaient participé à la chasse à l'homme encore une fois.

Le padre Felipe sortit heureux de revoir ses amis du pueblo.

"- Commandante, Sergent et Don Alejandro, s'écria-t-il en tendant les bras, que me vaut ce plaisir ?

- Padre, nous recherchons Diego et Paul Capistrano, lâcha Arturo impatient.

- Je n'ai pas vu Diego aujourd'hui. Que lui ai-t-il arrivé ? S'inquiéta le prêtre.

- On l'a enlevé, répondit Alejandro la voix brisée, vous vous souvenez du jeune Paul ?

- Oui, le garçon qui étudiait le latin dans ma mission, se souvient padre Felipe, mais je ne l'ai pas revu depuis ses 13 ans ! D'ailleurs, je ne le reconnaîtrai pas aujourd'hui tout comme je reconnaîtrai Diego si je ne le connaissais pas aussi longtemps. Mais je n'aurais jamais cru que Paul puisse faire une chose pareille !

-Êtes vous sur que vous n'avez vu personne au alentour ? Insista le capitaine Toledano.

- Je n'ai vu personne, à part une visite, la mission est restée calme.

- Une visite ? De qui ?

- Oh, rien d'important, un jeune américain est venu enterrer son frère tué par des bandits, j'ai bien évidemment accepté...

- A-t-il dit qu'il venait de Los Angeles ?

- Oui, il devait y passer deux jours au pueblo, avec son frère...Mais je ne vois pas en quoi...

- Et quels étaient leurs noms ? Coupa Arturo sentant que quelques chose n'allait pas.

- Si je me souviens bien, il avait dit s'appeler Guillaume Paul McCulley...oh..non, Jesus, j'espère que ce n'est qu'une coïncidence...souffla le Padre Felipe en reconnaissant la faille.

- Dîtes nous à quoi ressemblait-il ? S'exclama Alejandro en lui prenant les épaules.

- Grand, brun avec des yeux verts, il est parti en charrette...

- Nous n'avons pas de temps à perdre, Sergent Garcia, prevenez vos hommes qu'ils doivent attraper un homme qui se déplace probablement en charrette.

- Bien, commandante ! S'exclama le sergent en les quittant précipitamment.

"- Padre, montrez moi où avez vous enterré le cercueil, ordonna le vieux don d'un ton qui ne pouvait être contesté.

Le prêtre ne le faisait pas répéter une fois et les emmena au cimetière de la mission. Ils traversèrent de nombreux allés, où longeaient des tombes anciennes. Et enfin, ils s'arrêtèrent face à un croix en bois où était gravé le nom de Johnston McCulley.


Le manque d'air et de lumière affaiblissait Diego qui n'avait plus la force de bouger. C'était une véritable torture. Il était certain qu'il n'allait survivre à cette épreuve. Cette boite l'étouffait et lui donnait mal à la tête. Il avait l'impression que les murs se serraient autour de lui, même s'il ne voyait rien. Proche de la fin, ses pensées se tournèrent vers son père, le commandant, Bernado qui ne sauraient probablement jamais comment était-il mort, ni où. Et ce fameux Zorro. Ce renard qui lui avait permis de connaître toutes sortes de situations mais jamais celle là.

Il commençait à haleter trop fortement et trop rapidement. Signe que l'oxygène manquait.