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Dixième partie

Lorsque Lucy arriva sur les lieux, Happy la déposant doucement sur le sol, un attroupement de mages, était déjà présent autour du parc, les membres de Fairy Tail en premier. La blonde plissa les yeux, inspirant profondément. Elle fut aussitôt assaillie par une force magique telle que cela en était étouffant. Ça formait comme une bulle, la puissance expulsée faisant trembler le sol sous leurs pieds et, au centre de tout ce pouvoir émergeant se trouvait Erza.

Agenouillée au sol, la tête basse, sa crinière écarlate formant un halo autour d'elle, la jeune femme semblait inconsciente et surtout, incontrôlable. Lucy chercha des yeux les visages de ses amis avant de repérer, à quelques pas, Natsu et Gray en compagnie d'un homme qu'elle ne connaissait pas.

- C'est un des hommes qui appartient à la guilde de Sara, révéla Happy, suspendu à ses côtés. C'est à cause de lui que tout ça a commencé.

Elle fronça les sourcils et s'approcha d'eux, alors que ses deux amis affichaient un air horrifié. En s'avançant, Lucy remarqua la présence de l'unité de Raijin, de Sabertooth avec Ultear ainsi que de Mirajane, Kana et le Maître. Les autres étaient un peu plus loin, semblant incommodés par la puissance qui se dégageait dans la zone. Lucy, elle, la trouvait familière presque amicale cependant, lorsqu'elle tenta un pas pour s'approcher d'Erza, elle fut brutalement repoussée, le souffle coupé par la vague de magie qui la percuta de plein fouet.

- Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-elle vivement, tournant la tête vers ses amis.

- Elle n'a plus conscience de ce qu'elle fait, répondit Mirajane. C'est sa magie, elle a explosé.

- Pourquoi ? fit Lucy. Elle était stable jusqu'à présent. Comment sa magie a pu réagir de cette façon, alors que tout allait bien ?

- C'est à cause de lui ! s'écria Natsu, se propulsant sur ses pieds.

Il sauta à la gorge de l'homme appartenant à la guilde de Sara et, à la surprise de tous, Gray en fit de même. Toutefois, Sindar réagit aussitôt, les esquivant tous les deux avant de reculer.

- C'est n'importe quoi ! s'exclama-t-il. Vous devriez vous mêler de ce qui vous regarde.

- Je ne sais pas exactement ce que tu lui as fait, mais c'est à cause de toi qu'Erza est dans cet état, répliqua vivement Natsu.

- Cette femme nous appartient ! Elle n'est pas votre Erza, alors fichez nous la paix !

- Espèce de…

- Ça suffit ! claqua la voix de Makarov en s'approchant des trois hommes qui se faisaient face.

Ils restèrent tous en suspens, se regardant dans le blanc des yeux. Finalement, Sindar en eut assez et voulus faire un pas dans la direction de la rousse, dont il se dégageait toujours de puissantes vagues magiques. Cela eut l'air de faire réagir la magie qui ondulait autour d'eux. Cette dernière s'amplifia leur coupant le souffle à tous. Même les mages les plus puissants eurent du mal à encaisser le choc. Elle vibra autour d'eux, faisant trembler le sol sous leurs pieds et se répercuter leurs os dans leur corps. Certains reculèrent et d'autre ployèrent sous la puissance dégagée.

Sindar grogna, se repliant de quelques pas, visiblement incommoder par l'énergie magique que la jeune femme avait déployé à son avancée. Il semblait mécontent, les mâchoires et les poings douloureusement serrés.

- De toute évidence, sa magie ne veut pas de vous près d'elle, intervint Mirajane.

La démone était l'une des rares, avec le maitre, à supporter la magie qui ondulait autour d'eux. Elle dardait sur Sindar un regard noir et menaçant que l'homme ne semblait pas prendre au sérieux. Il l'ignora, insistant pour forcer le champ de force que la magie de la rousse avait établie autour d'elle. Cependant, la magie d'Erza augmenta encore, si c'était possible et, la femme poussa un hurlement strident, faisant frissonner toutes les personnes présentes. L'énergie déployée alourdis l'air les faisant haleter.

- Bon sang ! râla Evergreen. Qu'est-ce qui se passe ?

Personne ne lui répondit. Stupéfait, ils virent la magie d'Erza prendre forme, des vagues écarlates ondoyant autour de la jeune femme, se répercutant contre les objets autour d'eux. Le vent se leva en bourrasque, les nuages s'amoncelèrent dans le ciel, chargeant la zone d'électricité. Les tables et les chaises du petit café à quelques mètres du parc s'élevèrent dans les airs et, pendant l'espace d'un instant, tout sembla s'arrêter, stagner, comme suspendu dans le temps.

Ils ne savaient pas vraiment ce qui se passait, ni ce qu'ils devaient faire, ou même s'ils pouvaient faire quelque chose. Erza, Sara, ou la chose qui habitait la jeune femme, semblait mener un combat titanesque et, de toute évidence, personne ne pouvait l'approcher pour l'aider.

- C'est ce que je craignais.

La voix, sortie de nulle part, les pris tous par surprise. Là, aux côtés de Lucy, se tenait Polyussica la mine sombre. Se soutenant à l'aide de son long bâton, elle observait d'un regard morne la scène qui se déroulait en face d'eux. Wendy et Carla se trouvait légèrement plus loin, en compagnie de l'unité de Raijin et de Cana, visiblement indisposée, mais surtout inquiète, de la puissance dégagée. La blonde les observa chacune leur tour, mais n'eut pas le temps de demander plus d'explication à la guérisseuse que Sindar forçait le barrage que formait Natsu, Gray et Mirajane devant lui, avançant fermement vers Erza.

Dès l'instant ou la magie de la rousse sentie du changement près d'elle, elle réagit. Le vent s'intensifia et tout explosa autour d'eux. Les yeux écarquillés, ils virent et entendirent l'écorce des troncs d'arbres du parc se fissurer, les tables et les chaises du petit café voler dans les airs et percuter sol et murs, le bois éclatant dans tous les sens sous le choc. Les mages durent reculer pour se mettre à l'abri. Sindar suivis le mouvement, esquivant de justesse plusieurs pieux en bois, qui faillirent l'embrocher sur place. Furieux, il se retira, envisageant même de prendre la fuite mais, il fut surpris par le coup de poing magistral que lui administra Luxus, lorsqu'il arriva à sa hauteur. Des éclairs dansaient autour de sa main fermée alors qu'il posait sur l'homme un regard noir et meurtrier. Sindar essaya toutefois de se relever, prêt à se mesurer au blond mais, avant même qu'il ne se redresse sur un genou, il croisa le regard d'Evergreen. Une seconde suffisante pour qu'il soit changé aussitôt en pierre.

- Au moins, maintenant, il arrêtera de nous gêner une bonne fois pour toute, maugréa Minerva entre ses dents.

Avant que quiconque ne puisse lui répondre, un hurlement strident et douloureux les glaça tous sur place, alors que la puissance magique semblait encore grandir.

- Si personne n'arrive à l'arrêter, elle va se consumer ! fit Polyussica en élevant la voix dans le vacarme environnant.

Cela jeta un froid et ils tournèrent instinctivement la tête de la guérisseuse à la rouquine dans le cercle magique.

- Que veux-tu dire, Sorcière ? demanda Gray.

Polyussica lui adressa un regard noir, mais elle se reconcentra plutôt très vite sur la situation présente.

- C'est ce que j'ai essayé de vous expliquer, répondit-elle lentement. Son corps n'arrive plus à contenir sa magie et cette dernière cherche visiblement à s'exprimer.

- Sauf… qu'elle ne la contrôle pas, ajouta Mirajane, qui venait de rejoindre le petit groupe.

- Je crois… commença Polyussica, qu'elle la rejette.

- Que voulez-vous dire ? questionna Lucy dans un souffle.

- Je ne sais pas si c'est Erza ou la chose à l'intérieur d'elle, mais elle rejette la magie et, cette dernière réagit instinctivement à son refus de l'accepter.

Lucy retint son souffle, une boule se formant dans le creux de sa gorge. Erza avait toujours été quelqu'un de borné et, il était évident que sa perte de mémoire n'avait pas altéré ce trait de caractère. Elle refusait de reconnaître qu'elle était une autre personne. Elle refusait d'accepter d'être cette magicienne exceptionnelle qu'elle avait toujours été. Et, peut-être que le fond du problème venait justement de là.

Elle s'était réveillée en étant Sara. Pendant tous ces mois, elle avait été maltraitée par ces gens sans cœurs et morale, la persuadant qu'elle n'était qu'une femme insignifiante, sans valeur et dont la mort n'affecterait personne. Mais, en dehors de ça, il devait aussi résider au plus profond d'elle les sentiments de souffrance qu'elle avait ressenti avant son accident. La culpabilité de ses sentiments vis-à-vis d'elle alors que Gerald était dans le coma, la douleur de devoir dire adieu à ce dernier et celle du rejet de Lucy, lorsqu'elle était venue pour s'expliquer.

L'esprit, la magie d'Erza cherchaient à ce qu'elle se souvienne de qui elle était mais, en même temps, ils la protégeaient de ses émotions. Erza, elle-même, devait inconsciemment se préserver de ses propres sentiments, refusant de revivre la douleur de ce qu'elle avait déjà vécue.

- Il faut que je m'approche d'elle ! s'exclama soudainement Lucy.

Elle attira sur elle les regards surpris de ses amis avant que la voix de Polyussica ne résonne à ses oreilles.

- C'est trop dangereux ! répliqua la guérisseuse.

- La magie d'Erza est une magie agressive. C'est une magie qui a été créée dans la souffrance, la peur et la colère, ajouta Mirajane. Elle est faite pour attaquer et elle le fera dès qu'elle sentira que tu t'approches trop.

- Non, répondit Lucy, plongeant son regard dans les grands yeux bleus de la démone. La magie d'Erza n'est pas que ça. Elle est forte, mais aussi protectrice. Je la connais, si elle sent que je ne veux aucun mal à Erza, elle me laissera approcher.

- Tu n'en sais rien, contra Polyussica. Ce n'est plus la magie que tu as appris à connaître lorsqu'Erza était encore elle-même. Celle-ci est primitive.

- Faite-moi confiance, rétorqua Lucy.

La guérisseuse sembla réfléchir un long moment, bien trop long pour Lucy, qui s'impatientait sur place. Cependant, après un instant, Polyussica raffermit sa prise autour du bâton qui la soutenait, déclarant :

- Si ce que tu avances est vrai… alors, ça me donne une idée.

- Laquelle ? demanda Natsu.

Sa magie grandit encore. Je pensais que si nous arrivions à rester plus proches que les autres, c'était uniquement parce que notre propre magie était assez puissante pour supporter la sienne. Mais, peut-être que c'est aussi pour une autre raison, en ce qui vous concerne, révéla Polyussica en les observant chacun leur tour.

- Vous pensez que nous pourrions l'apaiser ? interrogea Mirajane.

- Peut-être. Ou du moins, la contenir. Que l'un de vous aille prévenir Makarov. Que tous essayent de pousser un peu de leur magie contre celle d'Erza. S'ils sentent qu'ils sont repoussés, qu'ils arrêtent aussitôt sinon… qu'ils s'approchent pour former un cercle.

- Que voulez-vous faire ? questionna Gray.

- Nous allons essayer de la débarrasser du son surplus magique. Parce que, si nous la laissons ainsi, elle va finir par se faire consumer. Si nous amoindrissons la quantité de magie en elle, alors peut-être que Wendy et moi serons en mesure de lui retirer la chose qui la bride et de la sauver, sans trop de dommage.

Cette révélation apporta comme un souffle d'espoir sur toutes les personnes présentes. Lucy inspira profondément, échangeant un regard avec Gray et Mirajane. Tous les trois esquissèrent un petit sourire alors que Natsu revenait avec Makarov.

- Tu crois que ton idée va fonctionner ? demanda-t-il.

- Cela ne peut pas être pire que de la laisser souffrir comme en ce moment, répondit-elle.

Les hurlements d'Erza avaient cessés mais, sans qu'ils ne sachent si cela provenait de leur lien avec la jeune femme ou non, ils pouvaient toujours entendre à travers les ondes magiques, les gémissements lancinant qu'elle poussait. Makarov observa pendant une minute l'énorme dôme écarlate qu'avait formée la magie de la rousse. Il avait l'impression de pouvoir ressentir la souffrance d'Erza et son cœur se serra dans sa poitrine. Il considérait tous les membres de la guilde comme ses enfants, mais Erza, c'était différent. Il l'avait recueilli alors qu'elle n'était qu'une enfant, profondément traumatisée par tout ce qu'elle avait enduré à la Tour du Paradis. Il l'avait prise sous son aile, la faisant évoluer, lui apprenant à devenir forte sans se laisser dominer par la puissance. Il l'avait regardé grimper les échelons jusqu'à ce qu'elle devienne la magnifique jeune femme qu'il considérait comme la fille qu'il n'avait jamais eu. Makarov hocha fermement la tête bien décidé à tout mettre en œuvre pour ramener Erza parmi eux. Il faisait confiance à Polyussica. Généralement, les idées de la guérisseuse étaient bonnes, et ne ratées pas souvent. Il savait qu'il n'y avait rien de mieux que de mettre la vie de la rousse entre ses mains pour que celle-ci puisse, enfin, rentrer à la maison.

Lentement, un petit groupe se forma autour du dôme. Sans surprise, Lucy, Gray et Natsu furent les premiers à prendre place, suivis par Mirajane, Elfman, Lisanna et Kana. Si Freid, Bixrow et Evergreen tentèrent leur chance, mais reculèrent bien vite de peur d'aggraver la situation, Luxus, lui, s'y essaya franchement. Aujourd'hui, il avait de bonne relation avec Erza, mais à une époque ce n'était pas le cas et, il savait qu'à cause de ça, sa magie pouvait le repousser. Cependant, il était hors de question qu'il recule aussi facilement. Elle était arrivée à la guilde lorsque lui était déjà un jeune adolescent. Ils avaient grandi ensemble et, pendant longtemps, Erza l'avait collée comme une petite sœur envahissante. C'était des souvenirs que Luxus chérissaient maintenant et il ferait tout pour qu'il y en ait d'autres dans l'avenir. Il s'y reprit à trois fois avant que la magie de la rouquine ne cède, l'acceptant enfin auprès d'elle. Cela sembla donna de l'espoir aux autres, car plusieurs essayèrent à leur tour, alors qu'ils n'osaient pas au préalable.

Finalement, si tous les mages extérieur à la guilde des fées se reculèrent, nombreux de Fairy Tail joignirent leurs mains à Lucy, Gray et Natsu. Polyussica, qui se tenait entre Makarov et la constellationniste inspira profondément, échangeant un regard avec ce deux-là et, ensuite avec tous les autres.

- Vous allez fermer les yeux et trouver votre magie en vous, une fois que vous la sentirait, vous la ferez doucement grandir jusqu'à ce qu'elle s'exprime hors de vous, finit-elle par expliquer.

Ils s'exécutèrent tous. Après quelques minutes, un vent léger s'éleva, intensifiant celui déjà crée par Erza. Cependant, celui-ci était doux et tiède. L'air devint très vite électrique et des cercles finirent par apparaitre sous les pieds de chaque mages. Un mélange de couleurs, chacune appartenant à une personne et une magie différente.

- Maintenant, vous allez la pousser doucement vers celle d'Erza, poursuivis Polyussica. Sans forcer, laissez là s'adapter à vous. Une fois que vous sentez que c'est fait, faite grandir votre magie jusqu'à englober celle d'Erza.

L'effort s'intensifia, les mages perdant leur souffle sous l'exercice fourni. Ils poussaient des grognements, des gémissements. Certains râlaient, mais aucun n'abandonna, au contraire. Une barrière translucide, aux reflets multicolores, telle une bulle de savon, se dressa lentement devant eux, entourant le dôme écarlate qu'avait formé, autour d'elle, la magie d'Erza.

- Nous n'avons pas de contenant dans lequel l'enfermer, alors vous allez mettre toute l'énergie qu'ils vous restent pour la propulser dans le ciel. Une fois que vous sentirez que la magie d'Erza vous a acceptés.

Cette dernière partie était fatigante, délicate. Il y avait un risque pour que la magie d'Erza prenne cela pour une attaqua contre elle et son hôte, pour qu'elle se détache et devienne plus agressive encore. Polyussica espérait seulement que malgré tous les sentiments confus qui habitaient la jeune femme, sa magie, elle, arrive à sentir la force des liens qui l'unissaient à chaque membre de la guilde. Sa guilde. La famille à laquelle elle appartenait et, qui demandait qu'une seule et unique chose : qu'elle y retrouve sa place.

Au prix d'un ultime effort surhumain, Polyussica vit son expérience fonctionner. Le sol trembla presque sous la puissance déployer, mais la magie de la rousse ne les repoussa pas. Au contraire, celle-ci paraissait docile, se laissant mener, s'arrachant lentement du corps d'Erza, qui semblait souffrir, recroquevillée sur le sol terreux du parc. Si la magie n'avait pas de corps tangible, elle était néanmoins douée parfois d'une vie propre et, Polyussica se doutait qu'elle avait compris ce qu'ils cherchaient tous à faire. Ce ne fut pas très long avant que tous les mages de Fairy Tail réussissent à envoyer le dôme dans les airs, le propulsant avec force avant qu'il n'explose parmi les nuages.

Bien qu'épuisée, la sueur coulant le long de ses tempes, Lucy lâcha bien vite les mains de ses camarades, se précipitant vers Erza. Celle-ci était allongée sur le sol, inconsciente et, l'espace d'une seconde, la blonde la trouva plus morte que vive. Elle s'agenouilla à ses côtés, la retournant doucement pour constater du souffle court, rapide, mais bien présent, qui s'échappait des lèvres pâles et immobiles. Lucy effleura une joue du bout des doigts, glissant ensuite sa main dans les longues mèches écarlate. Elle les repoussa doucement du visage blême, aux traits plissés dans une grimace de douleur.

- Erza ? souffla-t-elle. Tu m'entends ?

Le cœur battant la chamade, Lucy finit par lever la tête vers ses amis. Ces derniers l'avaient rejointe, le regard de chacun hantait par l'angoisse. Wendy courue vers elles et se laissa tomber aussitôt au sol, survolant le corps d'Erza de ses mains, Polyussica se tenant debout derrière elle, telle une ombre protectrice.

- Je peux enfin la sentir, déclara-t-elle solennellement.

- Moi aussi, articula doucement la mage céleste.

Elle leva son regard vers Lucy, échangeant un regard avec la blonde avant de retourner son attention sur Erza.

- Tu peux la retourner, s'il te plait ? demanda-t-elle après une seconde.

Lucy fronça les sourcils, mais ne dit rien. Elle se contenta d'obtempérer, retournant délicatement la rousse. Elle présenta son dos à Wendy et celle-ci repoussa les cheveux de la rousse avant de déchirer le pull qu'elle portait. Elle tata ensuite du bout des doigts la nuque et le haut du dos avant de s'exclamer :

- Je la sens ! Elle est juste ici !

Avec un sourire joyeux comme elle n'en avait pas eu depuis des mois, elle releva la tête vers Polyussica avant de se tourner vers Lucy.

- Je pense que c'est bien une Lacrima, mais on peut enfin lui retirer. Il faut qu'on se dépêche ! déclara-t-elle rapidement.

Personne ne pris la peine de réfléchir, encore Natsu. Il fit quelques pas, se pencha et souleva une Erza toujours inconsciente. Cela lui rappela de mauvais souvenirs. Il l'avait déjà tenu ainsi, à bout de bras, étant à un poil de la perdre. Mais il l'avait sauvé et il allait recommencer. Il sprinta sans se retourner vers l'infirmerie de la guilde, sachant que tous le suivait de près. Lorsqu'il la déposa sur l'un des lits de la pièce, il la regarda un instant avant de sortir, lui transmettant autant de courage que possible.

Une fois assis à la table de ses amis, il échangea un regard avec Lucy. Même si les prochaines heures allaient être longues et décisives, il pria tous les dieux possibles pour qu'elles leur apportent aussi de bonnes nouvelles. Aucun d'eux ne supporterait une seconde perte, encore moins Lucy. Il n'était pas certain de pouvoir la garder en vie une deuxième fois, s'ils perdaient, de nouveau, Erza. Il enferma la petite main de la blonde dans une prise ferme entre ses doigts plus longs, souhaitant pour lui, pour elle, pour la rousse et pour toute la guilde que tout se termine enfin.

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Avant même qu'elle n'ouvre les yeux, elle sentie une douleur lancinante pulser du bout de ses orteils à la racine de ses cheveux. Elle avait l'impression qu'on lui avait fendu le crâne en deux et une terrible nausée l'assaillie. Elle essaya de prendre une profonde inspiration, mais ses poumons semblèrent prendre feux et, un gémissement passa la barrière de ses lèvres à la place.

Elle voulue ouvrir les yeux, bouger, toutefois, son corps refusait de répondre à ses demandes, au contraire, cela fit augmenter le degré de souffrance. Un haut le cœur la saisit et la bile lui remonta le long de l'œsophage, brulant sa gorge d'acidité avant qu'elle ne la sente couler hors de sa bouche, le long de son menton et dans son cou. Elle crut s'étouffer, incapable de reprendre son souffle alors que la douleur lui soulever encore et encore l'estomac.

Oscillant entre la conscience et l'inconscience elle remarqua à peine lorsque des mains se posèrent sur elle pour la soulever, la retourner, dégageant ainsi ses voies respiratoires. Elle sentie tous ses membres trembler alors qu'elle était soudainement transit de froid, pourtant, elle sentait la sueur coller à sa peau ce qui la recouvrait. Appuyée contre quelque chose de chaud, elle ouvrit un œil sur une vision floue, ne reconnaissant rien de ce qui l'entourait. Elle referma aussitôt les yeux, épuisée, l'inquiétude remuant ses entrailles. Cependant, elle était certaine de connaître l'odeur qui l'enveloppait. Un parfum à la fois doux et sucré, rassurant, réconfortant. Elle se sentie tout de suite apaisée. Son corps s'affaissa, ses membres fatigués par le peu d'effort qu'ils venaient de fournir. La douleur dans sa tête était atroce et, lorsqu'elle se sentie s'évanouir, elle l'accepta avec tranquillité.

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Elle ne sut pas combien de temps passa mais, la deuxième fois qu'elle reprit conscience, elle sentit aussitôt une présence auprès d'elle. Une main se posa sur son front, sa tête pulsant toujours un peu de douleur. Elle sentit les mains la palper, cherchant apparemment quelque chose avant qu'elles ne se rétractent. Une voix résonna à ses oreilles bourdonnantes, qu'elle mit un instant à reconnaître.

- La fièvre à chutée, déclara Polyussica. Elle semble stable, pour l'instant.

Fièvre ? Stable ? Elle fronça les sourcils. Qu'est-ce qui s'était passé ? Son corps, s'il était moins douloureux était, comme son esprit, engourdis. Sa tête la faisait toujours souffrir mais, la nausée qui l'avait terrassé avait disparu pour laisser, à la place, une raideur dérangeante dans sa nuque. Elle avait l'impression que des aiguilles piquées ses paupières closes qu'elle chercha à ouvrir. Une seconde présence s'approcha d'elle, certainement celle à qui s'était adressée Polyussica. Une main fraiche et douce caressa tendrement sa joue avant de se glisser dans ses cheveux.

La caresse souleva son cœur d'un sentiment qu'elle croyait perdu. Elle entrouvrit la bouche, inspirant, cherchant désespérément à ouvrir les yeux, qui refusaient de coopérer. Puis, la voix de cette personne résonna à son tour, faisant voltiger son estomac.

- Je crois qu'elle se réveille.

- C'est possible, répondit Polyussica. Ça fait plusieurs jours maintenant, son corps commence doucement à retrouver des forces. Son niveau magique est presque revenu à un seuil correct. C'est plus qu'une question de temps avant qu'elle ne reprenne conscience.

Elle voulue s'exprimer. Hurler qu'elle était consciente. Qu'elle pouvait les entendre, mais la douleur dans son crâne se réveilla, pulsant insidieusement. Ses oreilles se mirent à bourdonner plus fort et, sans pouvoir rien y faire, elle sentit partir une fois de plus. Toutefois, juste avant, la voix qui appartenait à la main douce qui lui caressait tendrement une tempe, se fit entendre.

- Lorsqu'elle se réveillera… vous pensez qu'elle sera elle-même ?

Elle ne comprit pas le sens de la question et n'entendit jamais la réponse alors qu'elle sombrait dans un sommeil profond.

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Finalement, la troisième fois, malgré une certaine raideur dans le corps, elle se sentit tout de suite plus alerte lorsqu'elle reprit conscience. Les yeux, qu'elle n'avait pas été capable d'ouvrir jusqu'à présent, papillonnèrent aussitôt, englobant dans sa vision un peu flou, un environnement lumineux.

Elle referma fermement les yeux sous la clarté qui l'assaillit violement, fronçant les sourcils. Elle avait la bouche sèche et elle passa sa langue sur ses lèvres gercées, déglutissant difficilement. Elle se sentait faible et groggy, soupirant lorsqu'elle gigota lentement et difficilement dans le lit où elle reposait. Elle n'eut pas le temps de faire quoique ce soit qu'elle sentit le matelas s'enfoncer sous le corps d'une personne qui vint s'assoir à ses côtés.

Une main souleva délicatement sa tête, présentant à ses lèvres le bord d'un gobelet. Elle fut surprise l'espace d'une seconde avant qu'elle ne comprenne qu'on lui donnait de l'eau, ensuite, elle but comme si sa vie en dépendait, soulageant sa gorge irritée. Une gorgée passa de travers et elle toussa. Le verre lui fut retiré et la main tapota gentiment son dos, attendant qu'elle reprenne sa respiration pour l'aider à se rallonger contre son oreiller.

Après un instant, elle papillonna de nouveau des yeux, ses pupilles acceptant plus facilement la luminosité agressive de la pièce. Elle cligna plusieurs fois des paupières, puis tourna la tête vers la personne assise à côté d'elle. Elle fronça les sourcils. L'inquiétude et l'anxiété marquées les traits poupins de la jeune femme. Elle leva lentement une main au prix d'un effort éreintant, glissant le bout de ses doigts le long de la joue ronde avant de les enfoncer dans les mèches blondes.

- Lucy… souffla-t-elle difficilement d'une voix rauque.

Une main tiède entoura la sienne, froide, pressant ses doigts autour des siens.

- Comment tu te sens ? demanda doucement la constellationniste.

Elle se lécha les lèvres, fronçant les sourcils. Elle ferma brièvement les yeux, analysant l'état dans lequel elle se trouvait. Il n'y avait qu'une seule chose qu'elle savait.

- J'ai… j'ai mal à la tête, articula-t-elle, concentrant son attention sur la blonde.

- Oui, c'est normal. La douleur va s'atténuer au fur et à mesure, mais tu risques d'avoir quelques migraines.

- Qu…Qu'est-ce qui s'est passé ?

Lucy resta muette un moment, l'observant, semblant indécise sur quoi répondre. Elle pencha la tête sur le côté alors qu'elles se fixaient, ouvrant la bouche avant de la refermer.

- Lucy ?

- Je…

La blonde se tut, inspirant profondément avant de se lancer.

- De quoi tu te souviens ? demanda-t-elle.

- Je ne sais pas… C'est confus, répondit-elle. J'ai l'impression… C'est comme si deux vies se superposaient dans ma tête. Je me rappelle des cris et d'avoir eu très mal au poignet.

- Sindar t'a cassé le poignet, acquiesça Lucy.

La rousse fronça les sourcils, baissant aussitôt les yeux vers son membre blessé. Bandé du milieu des doigts à l'avant-bras, elle se rendit compte qu'elle ne pouvait pas le bouger, mais elle n'avait pas mal. Puis elle releva les yeux vers Lucy.

- Sindar ?

- Tu ne te rappelle pas ? demanda la blonde, angoissée.

- Si ! Si, je me rappelle mais… Ce n'était pas moi, répondit la rousse.

Un long silence les enveloppa. Lucy retenait sa respiration avant d'expirer. Elle se rapprocha encore de la rouquine, levant les mains pour entourer le visage ovale qu'elle aimait tant, des larmes perlant aux coins de ses yeux.

- Erza ? demanda-t-elle, la voix enrouée.

La rousse se redressa difficilement, gémissant sous le mouvement, son corps raide protestant sans pour autant qu'elle s'en préoccupe. Elle approcha son visage de celui de la blonde, l'émotion les envahissant toutes les deux. Elle colla son front à celui de Lucy, inspirant profondément. Tout était tellement embrouillé dans sa tête.

- C'est bien toi ? implora presque la blonde, les sanglots accumulés dans sa gorge faisant vibrer sa voix.

La rousse pinça les lèvres, elle-même sentant l'émotion la saisir. Elle esquissa un petit sourire fatigué, acquiesçant doucement contre le front de Lucy.

- Oui, répondit-elle.

Son ton était faible, épuisé, pourtant, il sembla résonner fortement entre les murs de l'infirmerie. Un court silence suivis sa réponse avant qu'un premier sanglot ne se fasse entendre. Lucy s'effondra presque sur elle, l'entourant brutalement de ses bras. Elle avait du mal à inspirer et expirer, ses sanglots s'amoncelant toujours plus nombreux, fort et libérateur. La constellationniste avait des mois de chagrin, de douleur, de culpabilité à extérioriser. Peut-être aussi y avait-il une grosse dose de bonheur à savoir qu'elle était bien vivante et de nouveau elle-même.

Erza lui rendit son étreinte, un peu déboussolée par la situation. Si elle était ravie, au plus profond d'elle, de tenir Lucy dans ses bras, surtout après la terrible dispute qu'elles avaient eu juste avant qu'elle ne parte, elle se sentait démunie et confuse. Elle avait l'épouvantable impression qu'on lui avait volé une partie d'elle, de sa vie. Elle n'avait qu'un vague souvenir de l'accident. Il était évident pour elle, qu'elle ne pensait pas du tout s'en sortir vivante. Cependant, elle se rappelait nettement de son réveil, ainsi que des nombreuses maltraitances et humiliations que la guilde, qui l'avait recueillie, lui avait faites subir. Erza se sentait bafouée, violée, utilisée. Elle ne savait pas ce qu'il lui avait fait, mais elle savait, en revanche, que c'était eux qui étaient responsable de son état après l'accident. Ils lui avaient fait croire qu'elle était une autre personne, la privant de son libre arbitre, de celle qu'elle était réellement, de sa magie et de sa famille. Ils l'avaient obligé à se rabaisser, la faisant se sentir inutile et sans valeur.

- J'ai cru t'avoir perdu… deux fois, gémis Lucy dans son cou, la tirant de ses pensées.

- Je suis désolée, souffla Erza, la gorge serrée.

La blonde se recula, au plus grand regret d'Erza, pour plonger son regard dans les orbes brun de la rousse.

- Ne sois pas désolée, déclara-t-elle. Nous sommes toutes les deux fautives de ce qui s'est passé.

- Je n'aurais pas dû partir sous la colère, contra Erza. J'aurai dû écouter Gray et Mirajane.

- Pourquoi tu ne m'en as pas parlé ? demanda Lucy, quelque accusatrice.

- J'ai essayé, mais tu étais tellement en colère et… je n'avais pas la force… de me mesurer à toi de cette façon.

- Je t'aurais écouté Erza. Je t'aurais soutenue.

Erza secoua la tête, pinçant ses lèvres avant de répliquer :

- Est-ce que tu imagines la situation ? Est-ce que tu imagines à quel point ça aurait été gênant de te parler de…

- De Gerald ? termina Lucy à sa place.

Elles restèrent silencieuses une seconde, s'observant mutuellement, avant que la chevalière ne détourne les yeux, semblant se fermer à toute discussion. Lucy se recula légèrement, passant une main rapide dans ses longues mèches blonde, puis elle soupira. Même si ce n'était pas facile, c'était maintenant le moment de réparer toutes les erreurs commises par le passé.

- Erza, commença-t-elle, attirant aussitôt l'attention de la rousse. Je ne suis pas stupide. Lorsque je t'ai révélé mes sentiments, je savais parfaitement que je devais prendre en compte ceux que toi, tu éprouvais pour Gerald. Je savais parfaitement qu'il faisait partit de l'équation et que, si tu répondais à mes avances, j'allais devoir être patiente. J'ai toujours su que tu l'aimais.

- Je…

- Ne dit pas le contraire ! coupa la blonde. Mais ça va, je l'avais accepté. Jusqu'à ce que tu viennes vers moi une fois, deux fois, trois fois sans jamais rien éclaircir. Je suis aussi responsable que toi, j'aurai dû te demander mais… J'étais aussi égoïste. Je te voulais pour moi seule et si j'avais mentionné Gerald, je me serais sentie gênée, humiliée. J'ai préféré le mettre de côté, l'ignorer, au point d'oublier son existence. Mais si tu m'en avais parlé… Je ne t'aurais pas repoussée.

- Je ne voulais pas te blesser, avoua doucement Erza, baissant la tête vers ses mains jointes sur ses cuisses.

- Ce qui m'a blessé, répondit honnêtement Lucy, c'est d'apprendre tout ça par Gray. Tu as du faire un choix terrible et, à la place d'être là pour toi, pour te soutenir, tu m'as mise à l'écart… Pire que ça, tu m'as fait me sentir sale, méprisable et coupable. C'est comme si tout avait été de ma faute, alors que jamais, je ne t'aurais imposé quoique ce soit.

- Je sais, souffla Erza. J'étais tellement perdue. Je savais que ce que j'éprouvais pour Gerald ne pouvais plus exister, mais c'était encore si fort et, je trouvais ça tellement injuste que ça n'est jamais pu voir le jour. Pourtant, parallèlement, tu étais là et, ce que tu m'as fait ressentir était tellement différent, libérateur. Je m'en suis voulu de t'aimer alors que Gerald était mourant. J'avais le sentiment de le trahir et, il a fallu que je fasse ce choix. J'ai eu l'impression de devoir le tuer pour pouvoir être avec toi et ça m'a rendu malade… Folle de rage.

- Je comprends, fit doucement Lucy.

Elle avança une main, hésitante, puis la glissa sur les doigts froids d'Erza. Elle eut peur d'un rejet, mais à la place, la chevalière retourna sa main pour lier leurs doigts ensembles.

- On a commis toutes les deux l'erreur de ne pas communiquer et ce n'était pas sain, ni pour l'une, ni pour l'autre, ajouta la blonde.

- Est-ce que tu m'en veux ? demanda la rousse ? Est-ce que tu peux… me pardonner ?

Lucy pencha la tête sur le côté, esquissant un léger sourire. Après une seconde elle enferma, de nouveau, Erza dans une ferme étreinte, soufflant à son oreille :

- Je t'ai déjà pardonnée, Erza. J'ai cru t'avoir perdu, je ne laisserais pas ça nous séparer, ni quoique ce soit d'autre.

Les yeux fermés, elle colla son front à celui de la rouquine, poursuivant :

- Nous allons guérir ensemble. Y aller doucement, à ton rythme et nous allons parler. Beaucoup. De tout.

Une larme s'échappa de l'œil d'Erza, muette sous l'émotion qui la submergeait. Elle leva les mains, encerclant tendrement le visage de la blonde avant de poser ses lèvres contre les siennes dans un baiser chaste, mais remplis de force et d'amour. Lucy y répondit aussitôt, plongeant ses mains dans les mèches écarlates, replongeant sur les lèvres tant désirées lorsqu'elles se reculèrent pour respirer. Même si elles avaient effectivement encore des choses à régler entre elles, Erza était, pour la première fois depuis longtemps, heureuse de la situation dans laquelle elle se trouvait. Jamais elle n'aurait eu la prétention de croire que Lucy lui pardonnerait, mais elle n'allait pas s'en plaindre. Toutefois, il y avait encore des choses qui étaient floues dans sa tête et elle se promit de les éclaircir, dès qu'elle se sentirait assez forte pour supporter la vue de ces personnes qui, en l'espace de quelques mois, l'avait faite souffrir presque toute une vie.

oOo

On se retrouve la prochaine fois, pour le chapitre 11, qui sera le dernier.