La pluie ne cessait de tomber depuis le petit matin, comme si les récents évènements avaient aussi attristés la météo. Il n'y avait rien qui permettait de faire sourire le padre, il se contentait de prier pour espérer un peu de lumières pour cette sombre journée.

Il avait très peu dormi, pour ne pas dire, pas du tout. Il avait veillé auprès de Diego. Le jeune homme était encore tourmenté par ce qui c'était passé. Mais la dernière partie de la nuit, le calme était revenu et le religieux put souffler un peu.

Lorsqu'il entra dans son salon, il vit Alejandro dans une réflexion intense. Le vieux père n'avait pas non plus dormi, visitant tant qu'il pouvait la chambre emprunté de Diego.

« -Avez-vous pu dormir, Don Alejandro ? Demanda le padre en s'installant à ces cotés.

-Pas vraiment, padre, je n'ai jamais eu une nuit aussi blanche depuis que Diego avait eu 3 ans.

Padre Felipe esquissa un petit sourire en se rappelant de l'enfance du jeune de la Vega.

-Néanmoins, j'ai honte de n'avoir pas pu protéger mon fils de Paul, si seulement j'avais vu des signes de sa malveillance, j'aurai écarté Diego, je l'aurai éloigné…

-Non ce n'est pas de votre faute, assura le padre en portant une main à son épaule, rappelez-vous de l'histoire de Judas…

-Oui, il est vrai, approuva Alejandro, vous avez raison, c'est juste que tout ceci me dépasse…Quand je pense que Diego est… »

Il se tut brusquement en se rendant compte de ce qu'il allait dire, dévoilant le secret de son fils au padre Felipe.

« -Ne vous en faites pas, je suis au courant, Diego l'a mentionné alors qu'il délirait, s'amusa ce dernier, sachez que ce secret ne sortira pas de ce sanctuaire. Dieu est témoin de ce secret. Zorro est un homme bon, tout comme l'est Diego.

-Ce qu'il fait pour nous tous et ce qu'il subit en plus de cela…tout seul…murmura le vieux don d'un ton étranglé, je n'aurai pu faire ce qu'il fait. Et le voir ainsi…aussi vulnérable, je me demande si je ne dois pas l'arrêter, l'empêcher de retourner dans l'ombre de ce Zorro.

-Il est le seul à choisir, c'est lui qui a pris cette décision. C'est à lui que revient le choix de disparaître ou bien…de continuer. »

Alejandro leva ses yeux humides sur le padre, reconnaissant de cette réponse qu'il avait déjà trouvée dans son cœur.

...

Quand Diego se réveilla, il n'y avait personne à ses côtés. Il prit un temps à identifier que la pièce n'était pas sa chambre habituelle mais une chambre du monastère. Sa fièvre avait, semble-t-il disparu. Il se rappela vaguement du padre Felipe mais ses souvenirs étaient encore flous. Il porta une main à son front et tenta de remettre ses idées en place. Il se souvint alors de ce cercueil qui avait failli causer sa perte, de Paul…Oui de Paul. Son attachement à son enfance l'avait rendu vulnérable, il était tombé dans le piège de cet homme. Il s'est fait berner comme un débutant.

Zorro n'aurait sans doute pas agi de cette manière, pensa-t-il amèrement.

Dans le fond, peut être que Paul avait raison. Il était trop gentil. Trop gentil avec ceux qui lui étaient proches, raison pour laquelle il n'avait jamais blessé gravement Garcia d'ailleurs. Il se redressa de son lit et s'assit au bord, prêt à se lever.

A ce même moment, Bernardo entra dans la chambre avec un panier rempli de fruits. Son visage s'égaya en voyant que son maître était réveillé et paraissait en meilleur forme que la veille.

« -Holà, Bernardo, salua Diego d'un ton las malgré lui.

Le serviteur posa son panier et vérifia son jeune ami. Ce dernier le repoussa doucement, légèrement agacé et un peu touché que le muet prenne soin de lui de cette manière.

« -Je vais bien, je vais bien, répéta Diego en voyant que l'autre homme s'acharnait sur lui.

Bernardo stoppa ses gestes et soupira de soulagements.

« -Donne-moi mes vêtements, s'il te plait. J'en ai marre d'être tout le temps en pyjama. »

C'est avec joie que le mozo l'aida à s'habiller et enfiler la tenue de Diego. Le jeune renard ressentait encore de la fatigue, il avait des courbatures dans tout le corps mais cela l'importait peu, il avait tant de questions sans réponses.

Lorsqu'il avait enfin revêtu sa tenue de jeune caballero, il posa des questions à Bernardo qui fit de son mieux pour lui répondre le plus clairement possible. C'est ainsi qu'il l'apprit la mort de Paul, Bernardo l'informa que d'après le Docteur Avila, il avait été tué par quelqu'un. Sur le coup, la tristesse l'avait envahi mais il se ressaisit vite. Son ancien ami avait mal agi, peut être que la providence n'était plus de son côté. Ce qui l'intriguait, c'était qui avait tué Paul ? Qui connaissait Paul pour le tuer froidement et laisser son corps pour que les soldats le retrouvent ?

« -Cela m'inquiète, Bernardo, fit Diego en mangeant une pomme qu'il attrapa dans le panier, la mort de Paul ne signifie pas la fin de cette histoire, il y a une part d'ombre dans cette histoire. Sa mort est beaucoup trop étrange…Juste après m'avoir enterré d'ailleurs…Comme si…

Bernardo signa.

« -Tu penses que Paul n'a pas vraiment voulu me tuer ? Tu penses qu'il a agi parce que quelqu'un lui a ordonné de le faire ? Je dois t'avouer que ce serait logique car ces revendications qu'il avait faite lorsque Zorro était venu le voir était pour le moins étrange, comme s'il récitait une leçon…mais j'avoue que moi-même je me suis pris à son jeu. »

Il eut un instant de réflexion avant de reprendre.

« -Paul est le fils de Don Jaime, se rappela-t-il, il avait clairement dit qu'il ne se préoccupait pas de son véritable père mais…et si Don Jaime avait quelque chose à voir avec cette histoire. Après tout, le fait qu'il est un fils illégitime rajouterait encore une pierre à ses hontes les plus obscurs. Il faudrait qu'on lui rende visite… »

L'expression de Bernardo s'affola et il poussa doucement Diego sur une chaise pour lui montrer qu'il ne fallait pas qu'il agisse seul. Diego marmonna et se releva déplaçant le muet qui barrait son chemin de la sortie.

« -Je ne suis plus malade, mentit-il merveilleusement, il faut en finir au plus vite, plus vite cette histoire sera terminé, mieux je me porterai. »

Alors qu'il s'apprêta à ouvrir la porte, Bernardo le tira une fois en arrière et se plaça devant lui, bloquant la sortie. Le jeune homme leva les yeux au ciel.

« -Bernardo, laisse-moi sortir ! Ordonna-t-il, mon père ou le Padre risquent de venir à tout moment et je ne veux pas les mêler à ça. »

Le muet secoua la tête de protestation, souhaitant à tout prix préserver son maître de cette aventure qu'il jugeait à risque.

D'un côté, Diego savait que son ami ne voulait que son bien, de l'autre, le renard qui était en lui voulait absolument résoudre cette affaire au plus vite. Il devait donc faire un choix. Il se mordit les lèvres et leva les bras en signe de résignation.

« -Très bien tu as gagné, je ne ferai rien aujourd'hui, mais demain, il est hors de question que tu m'en empêches. »

Bernardo hésita, non convaincu par les paroles du jeune homme, qui éclata de rire devant le sérieux de son mozo. Il ne pouvait empêcher son ami de toujours de s'inquiéter pour lui, la loyauté et l'amitié que lui fournissaient Bernardo le touchaient énormément. Diego savait que sans Bernardo, Zorro n'aurait pas galopé aussi longtemps et aussi surement.

« -Je suppose que mon père et la Padre sont au salon, allons-y, je veux rentrer chez moi au plus vite… »

Après être assuré que son maître ne partira pas à l'aventure aujourd'hui, Bernardo ouvrit la porte et laissa sortir Diego qui le salua de la tête avec un sourire moqueur se dirigeant avec hâte dans la pièce principale où se trouvaient es deux hommes.

A la vue de son fils qui entra dans la pièce, Alejandro se leva de sa chaise surpris.

« -Diego ! Fils ! Que fais-tu debout ? S'exclama-t-il dans un souffle.

Le jeune homme s'inclina devant eux et répondit :

-Je me sens très bien, j'aimerai rentrer maintenant, je ne veux abuser de l'hospitalité de padre Felipe.

-Tu n'abuses de rien, mon enfant, fit le religieux en le prenant par les épaules, je suis ravi que tu sois en meilleur forme qu'hier.

-Je dois avouer que j'ai été dans un état lamentable, pardonnez-moi de vous avoir montré cela, dit-il penaud, je vais tâcher de me reposer un peu plus dans ma propre chambre chez moi, à l'hacienda.

-Il faut que le Docteur Avila vienne te voir, j'irai le chercher tout à l'heure après t'avoir déposé, dit Alejandro.

Diego hocha la tête, se soumettant au désir de son père, bien qu'il n'apprécie pas du tout de consulter encore le médecin.

-Et concernant Paul ? S'enquit Diego innocemment.

-Nous en reparlerons plus tard, fils, ce qui compte maintenant, c'est toi. » Répondit Alejandro sur un ton ferme.

Le jeune fils n'insista pas. Il savait que son père ne voudrait plus parler de Paul avec lui avant longtemps et qu'il ne le laisserait pas s'occuper de cette affaire, surtout si un de ses amis, ici Don Jaime était possiblement impliqué.

Il lança un regard brillant à Bernardo qui comprit rapidement que le projet de Zorro ne changera pas. Décidément, le pauvre serviteur va devoir faire face à un Diego particulièrement agité pour les jours qui suivront.


Quelques heures plus tard, Hacienda de la Vega

Diego n'avait pas envie de dormir, encore moins envie de se reposer. Son esprit était tourmenté par Paul et ses actes. Ses souvenirs dans le cercueil revenaient très souvent, beaucoup plus souvent qu'il ne l'aurait cru. Et il ne pouvait le supporter. Il se rendait compte qu'à chaque bruit suspect il sursautait, s'attendant à la présence de Paul. Il était plus affecté qu'il ne le pensait. Depuis qu'il était revenu chez lui, ses pensées s'embrouillaient, il ne cessait de penser à Don Jaime. Il était certain qu'il était la clé dans cette histoire, qu'il avait quelque chose à voir avec l'affaire de Paul. Son ami d'enfance ne pouvait agir de son propre chef, ses actions et ses paroles troublaient le jeune renard qui était en lui. Sa mort n'était pas accidentelle. Lorsque le Docteur Avila était venu le voir quelques temps plus tôt, il lui avait dit que Paul avait sans doute été tué par un bandit, mais Diego n'en était pas certain, il y avait trop de coïncidences, trop d'ombres dans cette affaire.

Diego se leva de sa chaise incapable de lire le livre qu'il avait entre les mains. Bernardo l'avait quitté depuis une dizaine de minutes, pour s'affairer à son travail habituel de domestiques. Don Alejandro était allé avec le docteur Avila pour répondre aux questions du Capitaine Toledano afin qu'il puisse fournir un rapport.

Son père avait ensuite prévu se rendre chez Don Jaime en fin d'après-midi pour lui parler de Paul, son fils illégitime. Diego avait demandé à l'accompagner, mais il avait refusé, prétextant qu'il devait se reposer.

Incapable de rester plus longtemps dans sa chambre, il voulut sortir, mais lorsqu'il ouvrit la porte, celle-ci ne s'ouvrit pas. Diego blêmit devant ça, puis grogna de mécontentement quand il comprit que son mozo l'avait enfermé dans sa propre chambre ! Il se jeta alors sur la porte secrète, qui elle non plus ne céda pas, comme si quelque chose de lourd bloquait l'ouverture.

« -Non, tu n'as pas fait ça, Bernardo ! » Gémit Diego.

...

Dans les écuries, Bernardo brossait les cheveux, tout en sifflant, plutôt fier d'avoir pris des précautions pour protéger son maître et ami de toute éventuelle fuite. Il savait qu'il allait passer un mauvais quart d'heure mais au moins, Diego était en sécurité dans sa chambre.


Fin de la fanfic,

la suite dans la fanfic intitulée

"The Madness of the Fox" ;)