Dans la rubrique « 30 millions d'amis » de l'écho de la Forêt Interdite :
Il menace la gazette ? Une volée de papotins à plume émeraude l'attaque !
Quand Albus Dumbledore lui-même perd de sa superbe...
Par WFLJGW, le 28 février 1996.
« Troller ! Ragotina ! Bavard ! Latraviata ! Carmen ! Dom Juan ! Éloignez-vous tout de suite du professeur Dumbledore ! »
Notre cher Hagrid aura du s'époumoner de longues minutes ce matin, le temps de calmer les six oiseaux enragés qui s'en sont pris au directeur de Poudlard au moment de l'ouverture du courrier. Une scène qui aura énormément amusé certaines membres éminentes du corps enseignant, lesquelles ne se sont pas privées de répandre le son de leur rire aigrelet dans toute la grande salle, accompagné de forces « Mais quels oiseaux magnifiques ! Quelle vivacité de couleur et de mouvement ! ».
Albus Dumbledore a pris l'incident avec philosophie et fini par expédier les oiseaux dans le monde des rêves à l'aide d'un sort informulé, permettant ainsi à notre cher Hagrid de les ramasser un à un tout en se confondant en excuses et de les remporter dans leur volière jouxtant le château et les serres.
Comment six papotins à plume émeraude ont-ils bien pu se retrouver enfermés dans un colis destiné au directeur de Poudlard ? Mystère et inquiétude.
Ces oiseaux rares, particulièrement recherchés par les tailleurs de plumes, sont aujourd'hui une espèce protégée mais qui reste largement victime d'un braconnage intensif. Leurs plumes sont en effet particulièrement sensibles à l'enchantement de prise de note. Celui-ci peut ainsi tenir très longtemps sur une seule plume (plusieurs années) et se familiariser très vite avec les attentes de son possesseur.
En outre, les plumes de papotins sont d'une résistance qui leur assure une longue durée de vie à l'épreuve de l'écrit : plusieurs années pour un usage occasionnel, presque un an pour un usage quotidien. Il y a quelques mois encore, la célèbre journaliste Rita Skeeter connue comme « la plus grande consommatrice de plumes à papote au monde », avec plus de trois par an !
Cet usage très encadré des plumes de papotins n'est permis que dans le cadre d'un prélèvement raisonné sur des animaux détenus en captivité qui ne pourraient être relâchés. Ainsi l'élevage constitué de Troller, Ragotina, Bavard, Latraviata, Carmen et Dom Juan fournit en tout et pour tout douze plumes par an qui sont vendues une fortune. Ces six créatures ne sont pas arrivées par hasard à Poudlard : toutes ont été retirées à des éleveurs indélicats qui les exploitaient à hauteur de plusieurs dizaines de plumes par an. Aujourd'hui, elles sont condamnées à finir leur vie en captivité du fait de blessures entraînées par leur exploitation.
Aussi comique qu'il puisse paraître, cet incident pose trois questions :
La première est celle de la sécurité du Directeur de Poudlard. Comment une personne mal intentionnée a t-elle pu lui faire parvenir un tel colis ?
Il y a de quoi donner des idées à d'autres et Albus Dumbledore pourrait bien, dans les jours qui viennent, recevoir nombre de courriers agressifs ou dangereux. Pourquoi donc ? Peut-être parce que le nombre de ses détracteurs augmente sensiblement ces dernières semaines. Le directeur de Poudlard n'a jamais fait l'unanimité, mais jamais encore il n'avait à ce point déchaîné les passions.
La deuxième est le pourquoi de cet incident. Quelles sont les motivations de ce geste qui ressemble davantage à une farce qu'à une véritable menace ? Qui en est l'auteur ?
Les indices sont peu nombreux : interrogé par de nombreux élèves, Rubeus Hagrid a affirmé que la cage avait été ouverte par magie, seule alternative possible puisqu'il est le gardien de l'unique clé donnant accès aux oiseaux. L'incident s'est produit tôt le matin, mais après six heures trente puisque c'est l'heure à laquelle il va les nourrir et qu'il n'a rien remarqué de particulier. Le kidnapping a donc forcément eu lieu dans l'heure qui a suivi. Il est même possible que le ou les coupables aient attendu, cachés, le départ du garde-chasse.
La chose étant aussi risquée que difficile, il est au moins improbable que les papotins aient été choisis par hasard, d'autant qu'il ne s'agit pas d'oiseaux particulièrement agressifs.
Cela donne probablement un indice sur le message adressé à notre cher directeur : souvenez-vous, l'an dernier Albus Dumbledore a eu de sérieuses démêlées avec Rita Skeeter, point de départ de ce qui allait devenir une guerre ouverte et aboutir au désaveu fortement médiatisé du directeur de Poudlard. Et si un événement similaire, peut-être lié après-tout, était à l'origine de la farce de ce matin ? Hier, durant le repas, le directeur a en effet pris la parole une fois tout le monde attablé.
Cette intervention officiellement sensée rassurer les élèves sur l'état de santé du professeur Trelawney a rapidement pris un autre ton. Revenant sur ce qu'il a appelé « un accident n'ayant heureusement pas eu les conséquences funestes qu'il aurait pu avoir, notamment grâce au bon sens de certains élèves », le professeur Dumbledore a appelé l'ensemble de l'établissement au respect de la vie privée de Sibylle Trelawney, ainsi qu'à la mesure dans les propos tenus au sujet de cette affaire. Il a notamment déploré que « des écrits fantômes diffusent des rumeurs déplorables, propres à dégrader l'entente entre les membres de cette école et jeter le discrédit sur plusieurs personnes ». Une attaque directe, suffisamment floue pour pourvoir prétendre ne viser personne, mais qui en aura probablement mis en colère parmi ceux qui envoient régulièrement leur contribution à la nouvelle gazette de l'école.
La troisième question posée par cette affaire est celle de la protection animale : comment des oiseaux, aussi vulnérables que protégés, ont-ils pu être utilisés pour une telle farce ?
L'école de Poudlard s'est en effet engagée à assurer la protection des six individus de cette espèce qui lui ont été confiés ! Bien que les ASPICS en soins aux créatures magiques aient confirmé dans la matinée que les oiseaux n'avaient subi aucun dommage, et surtout qu'aucune plume n'avait été prélevée sur leur corps, l'affaire reste grave.
Une seule clef pour ouvrir la cage, des charmes de protection à priori efficaces et surtout la protection de l'école de Poudlard où les entrées sont extrêmement filtrées. Et pourtant un ou plusieurs individus ont réussi à accéder à ces oiseaux. Cela fait peur si l'on considère qu'il aurait été possible à n'importe quel trafiquant un tant soit peu doué en magie d'en faire autant.
Et puis, de telles créatures ne sont pas des jouets et ne devraient en aucun cas servir à ce genre de manipulation. Leur protection doit être renforcée, surtout en sachant qu'une espèce voisine, le papotin à queue d'albâtre, a également disparu en raison de sa surexploitation par l'homme. Les plumes de ce papotin offraient les mêmes propriétés que celles de son cousin, mais celles de la queue se révélaient encore plus précieuses : elle transformaient n'importe quelle encre en encre sympathique visible seulement par ceux et celles ayant touché la plume du rédacteur. Très pratique, d'autant qu'elles ressemblaient à des plumes communes disponibles dans le commerce et pouvaient donc facilement passer inaperçues.
Evanesca, la dernière représentante connue de cette espèce, s'est éteinte en 1881 à l'âge de quarante-deux ans. Personne ne souhaite un sort aussi funeste pour les oiseaux qui sont abrités dans l'école.
Ainsi, dans l'attente du renforcement des mesures de protection autour des papotins et des papoteurs de Poudlard, la Gazette vous souhaite une bonne fin de journée !
