CHAPITRE 5
« Personne n'est plus important que toi, pour moi... »
Ce furent ces paroles qui vinrent à son esprit lorsque le regard d'Adrien croisa celui de Marinette, alors que Chloé venait d'entrer dans sa chambre.
« Elle est là », pensa-t-il avec effroi.
Il savait qu'un jour ou l'autre, il aurait à les affronter, mais il n'en avait pas envie. Et il n'en aurait jamais envie.
Surtout Marinette.
Et d'un simple regard, elle avait déjà réussi à l'ébranler.
Adossé à son lit d'hôpital, il avait du mal à se concentrer sur Chloé qui gesticulait dans tous les sens. Il l'avait entendu crier dans le couloir et avait pensé qu'elle s'était adressée aux employés, mais il se rendait compte maintenant qu'elle avait dû attaquer Marinette.
Il grimaça légèrement.
Il avait passé trois jours à éviter ses amis à tout prix mais la fuite n'était plus une option. Il devrait les affronter.
« Personne n'est plus important que toi, pour moi… »
C'était ce que Marinette lui avait dit, un an plus tôt, lorsque pour la première fois, elle avait été akumatisée.
Par sa faute.
Parce qu'il aimait Ladybug et parce que malgré ses rejets constants, son cœur n'avait jamais su en aimer une autre.
Parfois, il s'était demandé s'il ne serait pas devenu fou de Marinette si Ladybug n'était jamais apparue dans sa vie. Elle était en elle-même une héroïne du quotidien, tellement douce et gentille, fidèle et aimante.
Mais il avait déjà tenté de sortir avec Kagami dans l'espoir d'oublier Ladybug. Ça n'avait pas fonctionné et il avait perdu l'une de ses meilleures amies. Et même s'il avait essayé avec deux autres filles un peu plus tard, il n'avait jamais pu envisager faire la même chose avec Marinette.
Il tenait trop à elle.
Il avait appris à l'aimer au fil du temps. Très timide et même étrange au départ, Marinette n'avait cessé de l'étonner avec les années. Devant Chat Noir, elle avait toujours eu du répondant, devant Chloé, de la fougue, avec Alya et Nino, un sens de l'humour incroyable mais avec lui, même ses simples phrases avaient été difficiles à décoder.
Après deux ans, quelque chose avait pourtant changé en elle et leur relation avait fait un pas de géant vers la bonne direction. En l'espace de quelques mois, il la considérait comme l'une de ses meilleures amies. Drôle, affectueuse, timide mais courageuse, il l'admirait et aimait passer son temps avec elle.
Pourtant, il n'avait jamais osé s'approcher plus d'elle, et elle de lui. Comme si elle avait un secret bien à elle qu'elle devait protéger.
Ce fut lors d'une soirée chez Alya qu'il avait appris avec surprise la nature de ce secret lorsqu'elle avait échappé par erreur qu'elle avait des sentiments pour lui. Curieux mais aussi inquiet de perdre ce qu'ils avaient mis tant de temps à construire, il avait fait les cent pas dans sa chambre trois jours durant, exaspérant Plagg au plus haut point.
Finalement, sous l'insistance de son Kwami, il avait fini par aller lui parler.
« Personne n'est plus important que toi, pour moi… »
Cette phrase, elle ne l'avait pas exactement dite à lui, mais plutôt à son alter-ego.
Et il n'avait pas compris.
Et il n'avait jamais été aussi ébranlé de sa vie devant la sincérité des paroles de la jeune-femme.
Elle s'était fait akumatisée devant lui et, impuissant, il était allé se cacher pour se transformer. À son retour, elle était toujours là, à genoux sur le plancher de sa cuisine.
Et elle luttait. En pleine conversation avec Papillon, Adrien l'avait entendu crier et se débattre. Un côté d'elle grognait contre la douleur du rejet qu'elle venait de vivre, contre le deuil d'un rêve qu'elle avait eu avec Adrien.
Un autre côté d'elle voulait se laisser aller aux persuasions de Papillon.
Adrien en avait eu le cœur brisé. Parce qu'il l'aimait, mais pas comme ça. Et parce qu'il n'avait jamais su. Les mots utilisés par Marinette contre le Papillon décrivaient les sentiments qu'elle avait éprouvés pour lui depuis leur première rencontre. Ses rêves de futur avec lui. Ses efforts pour devenir son amie et vaincre sa timidité excessive. Sa lutte pour rendre Adrien plus heureux et pour l'aider à sortir de sa carapace.
Elle l'aimait et elle souffrait, essayant de repousser les avances du Papillon.
Ravalant les émotions qui envahissaient son esprit, Adrien s'était avancé doucement vers elle. Un Akuma était souvent imprévisible et Marinette pouvait très bien l'attaquer.
À l'instant où l'akumatisée avait senti Chat dans son dos, elle s'était retournée lentement, son corps tremblant, et, malgré la sueur sur son visage et la douleur qu'il pouvait lire dans ses yeux, elle lui avait souri tendrement.
« Tu es là…, lui avait-elle chuchoté. Je savais que tu viendrais m'aider… »
Il s'était approché un peu plus d'elle et, patiemment, elle l'avait attendu.
« Je… je ne te ferai pas de mal, avait-elle continué, haletante. Pas à toi, surtout pas à toi. »
Puis elle avait fermé les yeux, comme prise de vertige.
Quand elle les avait réouvert, ils s'étaient fixés avec intensité dans ceux d'Adrien.
« Personne n'est plus important que toi, pour moi… »
Elle avait à peine murmuré, mais l'effet de cette simple phrase ébranla l'âme d'Adrien toute entière. L'onde de choc fut si puissante qu'il s'était demandé si elle venait d'utiliser des pouvoirs sur lui.
Mais, le cœur soudainement en feu, il comprit qu'elle venait d'atteindre réellement son cœur.
Car les yeux bleus de Marinette, qui n'avaient gardé que leur forme et leur couleur lors de la transformation, brûlaient de sincérité, de confiance et de complicité. Ils brûlaient d'amour. Pour lui.
Pas pour Adrien.
Pour Chat Noir.
Il n'avait pas compris. Parce qu'il n'était plus le garçon qu'elle aimait. Il n'était plus Adrien, et en tant que son alter-égo, il l'avait à peine connu. Alors, d'où lui venait ce regard si fort et si plein?
Il l'avait à peine entendu lorsqu'elle lui avait ordonné de suivre l'Akuma jusqu'à ce que Ladybug arrive.
Il l'avait à peine senti lorsqu'elle l'avait poussé, le forçant à suivre le papillon noir qui venait de s'échapper de l'objet qu'elle venait de briser.
Parce que Marinette était forte comme ça. La seule qu'il ait jamais connu capable de résister aux pouvoirs du Papillon, la seule qui ait pu briser son propre objet akumatisé.
Même lui, un héros, n'avait pu le faire, même s'il ne s'en souvenait pas.
Les mois qui suivirent furent vraiment étranges pour Adrien. Et différents.
Il s'était premièrement demandé si elle savait qu'il était Chat Noir, ne comprenant toujours pas comment elle avait pu déclarer sa flamme aux deux garçons pratiquement en même temps. Mais avec les semaines, il dû accepter le fait qu'elle n'avait aucune idée de son identité secrète.
Il se demanda si elle ne l'avait pas reconnu à ce moment-là puis avait tout oublié par la suite, mais il n'avait pas osé retourner la voir en tant que Chat Noir. Il ne lui parla donc jamais de ce qui c'était produit lorsqu'elle avait été akumatisée. Elle avait tout oublié et il se décida à laisser les choses ainsi.
Mais quelque chose changea chez la jeune-femme et il finit par comprendre qu'elle avait décidé de passer à autre chose en ce qui le concernait, et même si leur amitié restait forte, il avait senti qu'elle lui échappait doucement des doigts.
Ce furent des moments difficiles pour lui. La laisser partir avait été impossible et la culpabilité provoquée par ses sentiments contradictoires lui dévorait l'âme.
Parce qu'il voulait revoir ses yeux brûler pour lui, mais aussi parce qu'avec les années, ses sentiments pour Ladybug s'étaient approfondis considérablement, parce que Marinette changeait doucement son monde mais aussi parce que Ladybug était son monde.
Il s'était alors forcé à choisir, et, éperdument amoureux, ce fut bien sûr Ladybug qui emporta sa bataille intérieur.
Mais après deux ans, la phrase de Marinette résonnait toujours dans son esprit et là, dans cette chambre d'hôpital suffocante, il considérait Marinette comme un danger. À elle seule, elle était capable d'ébranler son monde.
« Adrien!, s'énerva Chloé. Tu m'écoutes? »
Il se força à se concentrer sur elle. Ses yeux avaient rougis un peu et les dernières phrases de son amie d'enfance ressurgirent dans son esprit.
« Chlo, commença-t-il doucement. Je sais. Je sais que ça a dû être une décision extrêmement difficile à prendre. »
Il avait été là, il s'en souvenait.
« Tu veux dire la décision la plus difficile à prendre de ma vie », grommela-t-elle, l'émotion palpable dans sa voix.
Il s'avança et lui prit les deux mains.
« Et je suis fier de toi Chlo. »
« Mais c'est quand même ton père. Et ta m… »
« Je sais », la coupa-t-il.
L'image de son père, puis de sa mère surgit à nouveau dans son esprit et il sentit sa gorge se serrer. Il fronça les sourcils, et toussa.
Il avait accepté Chloé dans sa chambre parce qu'elle était loin d'être émotive, qu'elle était dure et forte. Si elle ne pouvait pas garder ses émotions pour elle-même, il était mieux qu'elle parte.
Il lui avait fallu beaucoup de résolution pour arrêter le flot de larmes qui avait coulé de ses yeux à son réveil à l'hôpital. Il lui avait fallu beaucoup de temps pour fermer son cœur à chacune de ses émotions.
Il ne voulait plus ressentir, et il était résolu à ne laisser personne l'atteindre.
« Je suis désolé Chloé, mais je suis fatigué, mentit-il. Je vais me reposer maintenant. »
Il se rassit sur son lit.
« S'il te plaît, dis à Marinette que je m'excuse mais que je la rencontrerai une autre fois. »
Chloé le regarda un instant puis claqua sa langue, visiblement contrariée.
« Si tu penses que je vais t'aider à l'éviter, tu te trompes sur toute la ligne. »
Adrien blêmi un instant.
« Chloé… »
« Je ne l'apprécie pas spécialement, continua-t-elle, ramassant ses effets au passage et se dirigeant vers la porte, mais je sais ce dont elle est capable. Et c'est exactement ce dont tu as besoin. On se voit plus tard. »
« Chloé! »
Mais elle avait déjà claqué la porte derrière elle, laissant un Adrien frustré et anxieux derrière elle. Il croisa les bras et serra la mâchoire, tentant de contrôler sa respiration et les battements de son cœur.
Il tourna la tête vers la table de chevet sur laquelle était déposé son Miraculous. Il l'avait enlevé lorsque les regards et les gémissements de Plagg envers lui étaient devenus insupportables. Il se demanda quelques instants s'il pouvait se transformer et s'enfuir, mais où irait-il?
Il ne pouvait imaginer retourner chez lui, et vivre sur les toits de Paris n'était pas non plus une option. Et puis les caméras de sécurité de l'hôpital auraient vite fait de découvrir son identité.
Il tourna vivement la tête lorsqu'il entendit la porte s'ouvrit à nouveau et son cœur manqua un battement quand il vit Marinette apparaître.
Leurs regards se croisèrent à nouveau et Adrien se força à ne pas briser le contact devant le malaise qu'il sentait chez la jeune-femme. Il serra les poings lorsqu'elle s'approcha de lui.
« Salut Marinette », lança-t-il, se forçant à sourire légèrement.
Son amie s'avança doucement vers lui, répondant timidement à son sourire. Elle était habillée simplement et avait l'air fatiguée. Ses cheveux noirs tombaient sur ses épaules et elle ne s'était pas maquillée. Sa simplicité la rendait plus belle que jamais et Adrien eut soudain envie de se noyer dans ses yeux.
Il rejeta immédiatement la pensée.
La jeune-femme referma la porte derrière elle et s'avança doucement vers lui. L'image de sa mère dans son cercueil vitré s'imposa à nouveau dans son esprit et une vague d'émotion le frappa.
Lorsque Marinette s'appuya contre son matelas, à ses côtés, ses yeux descendirent un instant sur ses bras croisés et ses poings serrés.
« Salut », souffla-t-elle d'une voix mal assurée.
Le silence s'installa dans la chambre, mais dans l'esprit d'Adrien, les choses prenaient une tournure tout à fait différente. Les images de sa mère, morte, devant ses yeux, la détransformation de son père, les paroles de Carapace, la panique dans les yeux de Ladybug.
Il ferma les yeux, se sentant soudain vulnérable.
Il y eut un autre moment de silence puis il souffla, incapable de continuer ainsi.
« Mari, je suis fatigué. On se reverra une autre fois, ok? »
Il l'avait dit d'une voix qui se voulait douce mais il sentit tout de suite le corps de Marinette réagir à son rejet. Elle parut déstabilisée pendant quelques secondes puis, soudain, la détermination qu'Adrien connaissait si bien chez elle atteint son regard.
C'était la même conviction qui enflammait les yeux de sa Lady et cette pensée provoqua une autre vague d'anxiété en lui-même.
« Je ne te laisserai pas. »
Sous la force soudaine de ses paroles, Adrien se figea.
Il sentit sa respiration s'accélérer et les larmes monter dans ses yeux. Il fronça les sourcils et serra les dents, luttant contre la tristesse et le deuil qui l'envahissaient à nouveau.
Il avait réussi à refouler chacune de ces émotions et voilà que Marinette, avec sa douceur, sa gentillesse et ce je-ne-sais-quoi qui faisait d'elle ce qu'elle était, faisait craquer ses défenses.
« Adrien, je suis là pour toi. Nino et Alya sont là aussi, et Chloé. Nous te… »
« Arrête, la coupa-t-il, contrôlant à peine le tremblement de sa voix. S'il te plaît Marinette. Je ne veux pas de ta gentillesse. Tu n'as pas à me sauver. Tu n'as pas à être là. »
Ce fut au tour de la jeune-femme de froncer les sourcils.
« Bien sûr que si Adrien. Tu es mon ami, tu es même plus que... »
Une onde de colère passa dans ses yeux.
« Arrête! »
Marinette sursauta et se tut immédiatement, visiblement angoissée par le ton de voix du jeune-homme.
Adrien détourna le regard, frustré de la situation, frustré de s'en prendre à son amie.
« Écoute Marinette, reprit-il d'une voix qu'il essaya de rendre plus calme malgré la pression de plus en plus douloureuse dans son torse. Je ne savais pas que tu étais là. J'ai voulu parler à Chloé parce qu'elle... elle se sent coupable pour ce qui est arrivé. Alors j'ai voulu lui parler. Mais c'est tout. Je ne peux pas plus. Alya, Nino. Toi. Je... Je ne veux pas. Pas maintenant. Je ne peux pas. »
Les larmes montèrent aux yeux de Marinette. Il les rejetait. Il la rejetait.
« Chloé est un diamant brut. Elle est dure, strict, elle va droit au but puis c'est fini. Toi, tu... tu... »
La vue embrouillée, Adrien se tut, soudain dépassé par les évènements, par les sentiments qu'il tentait désespérément de garder en lui. La pression se fit plus forte à l'intérieur de lui, l'empêchant de respirer normalement.
Marinette ne disait plus rien. Elle attendait, se mordant la lèvre inférieure, immobile, prête à être recevoir tout ce qu'Adrien voulais lui exprimer.
« Tu... »
Elle le regardait avec tant d'inquiétude, avec tant de compassion! Elle le regardait comme Ladybug l'avait regardé avant de le laisser devant l'hôpital.
Il hoqueta et une larme coula douloureusement sur sa joue.
« Tu... tu fais ressentir. »
Quelque chose se figea dans le corps de la jeune-femme.
Il serra la mâchoire.
« Je ne veux pas ressentir. Je ne veux plus JAMAIS ressentir! »
Le ton de sa voix avait monté. Il détourna brusquement sa tête, le regard en feu, le regard désespéré.
« Alors laisse-moi… S'il te plaît… »
Ça fait si mal…
Il détourna à nouveau les yeux, la culpabilité s'ajoutant aux autres émotions présentes dans son âme.
« Je veux juste... »
... mourir.
Une larme coula sur sa joue. Puis une autre.
Et encore une autre.
Qu'il ne veuille ou non, il ressentait et la présence de Marinette faisait tomber ses défenses.
Du coin de l'œil, il la vit se lever puis commencer à grimper sur son lit.
Son cœur arrêta de battre.
« Qu'est-ce que... »
Il ne put finir sa phrase. Marinette était maintenant à genoux, à ses côtés, et pressait le corps du jeune-homme de toutes ses forces contre le dossier du lit, ses bras autours de son cou.
Par reflexe, Adrien agrippa les rebords de son lit au même moment et lâcha un hoquet étranglé.
« Je t'aime, chuchota Marinette, la joue collée contre le côté de sa tête. Je t'aime, et Nino t'aime, et Alya t'aime. Et je suis tellement... mais tellement désolée... »
Les mots de Marinette résonnèrent avec force dans son esprit.
Je t'aime, je t'aime, je t'aime…
Ces mots, depuis combien de temps ne les avait-il pas entendu?
« C'est pour ça que je t'aime! »
Marinette les avait prononcés, sans faire exprès. Mais c'était il y avait longtemps déjà.
« Mon amour, je t'aime de tout mon cœur… »
Sa mère. Sa mère l'avait aimé. Elle l'avait vraiment aimé, Et c'était la dernière fois qu'il avait vraiment été aimé. Pour lui-même, pas pour la pâle copie qu'il était devenu.
Ses amis ne pouvaient pas l'aimer. Pas l'aimer entièrement.
Et Ladybug ne l'aimerait jamais.
Cette pensée provoqua un autre hoquet chez lui, et le corps de Marinette contre le sien, chaud et fort, l'empêchait de respirer.
Il voulait respirer. Et il n'était pas aimé.
Il détacha ses doigts des draps de son matelas, posa ses mains tremblantes sur la taille de Marinette et la força à se décoller.
« S'il te plaît, la supplia-t-il. Laisse-moi. »
Il la repoussa un peu plus fort et elle fut forcée de se détacher de lui.
« S'il te plaît... »
Les larmes s'étaient mises à couler abondamment sur son visage et il était à peine capable de prononcer les mots qu'il voulait maintenant lui hurler. Il la poussa un peu plus, augmentant la distance entre leurs corps.
Marinette résista à peine, incapable même de croiser son regard. Elle lui avait donné son cœur mais il la rejetait à nouveau.
« Laisse-moi… Laisse-... »
Il leva ses yeux plein de larmes et d'agonie sur elle.
« ... moi! »
Marinette étouffa un sanglot. Incapable de prononcer quoique ce soit, il la vit abandonner la bataille. Elle hocha la tête et se recula rapidement, prête à s'enfuir à toutes jambes devant son rejet.
Il voulait qu'elle s'en aille, pour ne rien ressentir, mais elle s'arrêta net.
Les mains d'Adrien s'étaient agrippées à son tee-shirt.
« Personne n'est plus important que toi, pour moi… »
Rageant, il tenta d'ouvrir ses doigts, de la laisser partir.
À cause d'elle, les images de ses parents le hantaient à nouveau, le mangeaient de l'intérieur.
« Vas-t'en... »
Reste.
À cause d'elle, il n'était plus seul.
À cause d'elle, il se sentait aimé.
« Personne n'est plus important que toi, pour moi… »
Parce qu'elle les aimait, tous les deux. Parce que l'espace d'un instant, elle avait sûrement reconnu Adrien derrière le masque de Chat Noir.
« V-va t'en. Va t'en. Va-t-en! », gémit-il en l'attirant un peu plus vers lui.
Il fallait qu'elle parte!
Reste. Reste. Reste!
Elle n'attendit pas une seconde de plus et leurs corps s'entrechoquèrent à nouveau.
Ramenant ses bras autour du cou du jeune-homme, elle se pressa contre lui de toutes ses forces. Presque immédiatement, Adrien entoura sa taille de ses bras et, d'un mouvement, il remonta ses genoux, l'emprisonnant ainsi désespérément contre lui.
J'ai si mal…
Son souffle saccadé réchauffa le cou de Marinette alors que plus rien ne pouvait empêcher le jeune-homme de pleurer et de crier son agonie. Il hurla, désespérément pressé contre elle, maudissant sa vie et les mensonges de son père, se détestant de ne pas avoir vu, ni su, ni pu changer les choses avant qu'elles n'arrivent. Il pleura la mère qu'il avait attendue depuis si longtemps. Il hurla contre lui-même et contre le monde entier.
Je me sens si seul…
Il voulait mourir et la rejoindre. Pleurer lui faisait mal, hurler lui faisait mal. Mais Marinette ne relâchait pas son étreinte, lui murmurant à l'oreille, sans jamais arrêter, des mots de réconfort, des mots d'amour qu'il ne pouvait entendre. Qu'il ne voulait pas entendre.
Elle l'enveloppa de douceur et de force, entremêlant ses doigts dans ses cheveux, caressant sans cesse sa nuque et ses épaules. Et ces gestes, il se rendit compte qu'il les avait désirés depuis si longtemps.
Pas de sa part à elle, mais à ce moment-là, il ne voulait qu'elle.
Elle n'arrêta pas, malgré ses cris. Elle continua, encore et encore, jusqu'à ce que ses sanglots se calment et qu'il puisse enfin l'entendre. Et lorsqu'il fut capable de l'entendre, elle continua, encore et encore, jusqu'à ce qu'il fut capable de la croire.
De croire qu'elle l'aimait. De croire que ses amis l'aimaient. De croire qu'il n'était pas seul.
Et elle n'arrêta pas, même lorsque d'autres paires de bras vinrent les entourer.
Et elle continua jusqu'à ce qu'il s'endorme, dans leurs bras, pour la première fois depuis son réveil à l'hôpital.
Ce chapitre m'a donné beaucoup de fil à retordre, mais oh que j'aime le résultat !
Vous devez me dire ce que vous en pensez!
À bientôt!
