CHAPITRE 7

L'enterrement d'Émilie Agreste eut lieu quelques jours après la sortie d'hôpital d'Adrien.

Le jeune-homme, grâce à l'aide de la nouvelle assistante que Chloé lui avait trouvé, avait décidé d'organiser un enterrement privé, au grand désarroi de la presse et surtout, de la noblesse Parisienne.

Mais Adrien n'avait pas flanché. Il avait refusé de s'entourer de gens faux et hypocrites, prétendant avoir été amis avec sa mère alors que rien n'était plus éloigné de la vérité et se servant le lui pour alimenter les rumeurs et les ragots du monde de la mode.

Car de plus en plus de personnalités publiques se manifestaient sur les réseaux sociaux, dénonçant sans scrupules Gabriel. Bien sûr, elles avaient à peu près toutes été akumatisées ou presque, mais savoir que ces mêmes personnes souhaitaient se présenter à l'enterrement de la femme de l'ex-vilain dégoûtait Adrien autant que Marinette.

« Ma mère n'avait qu'une seule amie qu'elle aimait par-dessus-tout, avait expliqué le jeune-homme, mais elle est décédée d'un cancer un peu avant sa disparition. Il n'y aura que nous. »

Ils avaient tous acquiescé et accompagné Adrien dans les préparatifs. Tous sauf Chloé, qui avait préféré rester à l'écart de l'événement. Personne n'avait osé l'affirmer de vive voix, mais la jeune-femme semblait beaucoup plus affectée qu'elle ne voulait le laisser paraître, et contrairement aux autres amis d'Adrien, elle le manifestait plus par son absence que par sa présence.

Les jours suivant le retour d'Adrien chez lui, ce furent surtout Nino et Marinette qui l'aidèrent au mieux, puisqu'Alya était en pleine période d'examens intensifs à la faculté de journalisme.

Suite aux moments difficiles passés à l'hôpital, ils avaient décidé de ne plus laisser Adrien seul et heureusement, ce dernier n'avait plus résisté, ses dernières défenses anéanties par la gentillesse et la présence de Marinette et de ses amis. Il avait toutefois refusé les anti-dépresseurs donnés par les médecins ainsi que le thérapeute envoyé pour l'aider, mais ce dernier avait estimé que le réseau d'Adrien était assez fort pour lui permettre de se remettre doucement de ses pertes en dehors de l'hôpital.

Au lieu de s'installer à l'Hôtel le Grand Paris, le jeune-homme s'était réfugié chez Nino et dormait dans une chambre d'ami. Marinette avait passé le plus de temps possible avec lui, essayant de le réconforter dans les moments difficiles, restant toujours discrètement à ses côtés pour le soutenir alors qu'une panoplie d'avocats, de partenaires commerciaux de son père, de banquiers et toutes sortes de spécialistes le rencontraient afin de discuter de toutes les questions logistiques entourant son père et sa propre vie.

Épuisé, le jeune-homme semblait parfois dépassé par les événements et par toutes les décisions difficiles qu'il avait à prendre, particulièrement lorsque ces décisions avaient rapport avec l'organisation de l'enterrement de sa mère et les questions posées par la presse. Alors il s'excusait et s'absentait quelques instants.

Les premières fois, Marinette et Nino n'avaient pas osé le suivre, mais après une absence particulièrement longue, ils avaient forcé l'ouverture de la salle de bain dans laquelle il s'était réfugié et l'avait trouvé sous la douche, tout habillé et en larmes. Ils avaient alors renvoyé les courtiers en assurances qui attendaient dans le salon et étaient restés avec Adrien jusqu'à ce qu'Alya les retrouve, tous sous la douche, gelés jusqu'aux os mais les larmes laissant place aux rires devant une telle situation.

Et ils riaient souvent, mais pleuraient souvent aussi. Adrien avait toujours vécu avec une certaine tristesse sur le visage, mais les deux semaines qui suivirent l'arrestation de son père ne laissèrent pas beaucoup de place à la joie.

Et comme il en avait toujours eu l'habitude, il tentait de rester optimiste et de garder le sourire, mais devant une telle épreuve, ses émotions étaient beaucoup plus difficiles à contrôler, le sourire beaucoup plus difficile à garder. Même ses nombreuses années de mannequinat ne semblaient pas réussir à l'aider à garder un visage joyeux.

Marinette le savait, et surtout comprenait que seul le temps pouvait aider Adrien à guérir de ses blessures.

Parfois, elle se demandait s'il n'en serait jamais capable, car comment guérir de la perte de sa propre mère et de son propre père au même moment?

La jeune-fille se sentait souvent impuissante face à son ami. Parfois, la colère prenait place dans son cœur. Elle ne comprenait pas pourquoi tant d'injustice tombaient sur Adrien, alors qu'il avait été si bon et généreux dans sa vie, alors qu'il aurait dû mériter tellement plus.

Parfois, elle repensait à cette fille mystérieuse qu'il aimait et la maudissait en secret.

Pas une fois, elle ne l'avait vu. Elle n'était jamais venue à l'hôpital le visiter, elle ne l'avait jamais appelé ni n'était venu le voir chez Nino. Elle n'était pas là pour lui, alors qu'elle aurait dû l'être.

Marinette savait que l'amour pouvait guérir beaucoup de choses. L'amitié était précieuse oui, et guérisseuse même, mais ce n'était rien comparé aux pouvoirs de l'amour entre deux êtres, et de savoir qu'Adrien en était privé au moment où il en avait le plus besoin la torturait. Elle détestait cette fille, et commençait à rager elle-même contre son propre partenaire.

Elle avait eu besoin de lui, et elle avait encore besoin de lui, mais il n'apparaissait pas. Elle avait besoin de le savoir bien et heureux, mais il ne la contactait pas. Et Tikki ne pouvait maintenant plus prononcer une seule parole sur lui sans que de nombreuses bulles ne sortent de sa bouche. Sa Kwami elle-même en devenait de plus en plus frustrée.

Gérer son temps avec ses amis et se transformer avaient été difficile. Alya ne comprenait pas pourquoi Marinette sentait le besoin, chaque soir, de partir et de revenir au milieu de la nuit ou même au petit matin. Mais Marinette se consolait en se disant que son amie ne comprenait plus beaucoup de choses, depuis longtemps déjà.

Pourtant, elle ne pouvait s'empêcher de s'évader. Après être restée aux côtés d'Adrien jusqu'à ce qu'il s'endorme, elle sortait doucement et se transformait. Toutes les nuits, elle parcourait Paris à la recherche de Chat Noir. Et tous les matins, elle revenait, un peu plus découragée chaque fois.

Chaque soir, elle l'appelait et lui laissait un message, et chaque matin, Tikki secouait la tête lorsque Marinette lui demandait si Chat s'était transformé ou avait écouté ses messages.

Il avait complètement disparu, et Marinette ne pouvait plus dormir ni vivre correctement. Plusieurs fois, elle avait surpris le regard inquiet de ses amis pour elle, mais elle avait continué à vivre comme si de rien n'était, comme si la moitié de son cœur ne semblait pas s'être envolé.

Elle espérait. Elle espérait encore qu'il apparaisse sur un toit, un soir, avec son sourire charmeur et son humour, et qu'il lui expliquerait avec nonchalance la raison de son absence.

Elle espérait qu'un jour, les choses puissent reprendre leur cours normal.

Parfois, elle se demandait s'il était en danger. S'ils étaient tous les deux en danger. Si l'événement qui avait poussé Chat Blanc à détruire le monde ne s'était pas produit à nouveau, si elle avait un rôle à jouer dans sa disparition, s'il s'était senti abandonné par elle, s'il avait été fort trop longtemps.

Et le regret s'infiltrait en elle comme un poison meurtrier. Elle se forçait alors à secouer à la tête, à se lancer à nouveau dans les rues sombres de Paris et à occuper son esprit et son corps de toutes les façons possibles.

« Marinette », souffla la voix de sa Kwami, bien cachée dans son sac.

Le regard inquiet de Tikki ramena la jeune-femme au moment présent.

Vêtue d'une robe à fleur blanche descendant jusqu'à ses genoux, les cheveux attachés en demi-queue, elle secoua la tête et chassa de son mieux ses pensées.

C'était le jour de l'enterrement d'Émilie Agreste et Adrien avait besoin d'elle.

Elle accéléra le pas et remonta l'allée du cimetière, un bouquet de fleurs multicolores dans une main, un panier en osier dans l'autre.

Adrien leur avait demandé de ne pas s'habiller en noir, au contraire. Il voulait des couleurs, il voulait célébrer la vie de sa mère et non vivre une autre journée triste. Sa mère n'aurait jamais voulu cela.

Elle rattrapa Adrien et frôla légèrement son bras. Le regard du jeune-homme descendit sur elle et il lui sourit tendrement.

Tendrement, mais tristement.

Je vais bien, sembla-t-il lui dire en réponse à sa question silencieuse.

Elle répondit à son sourire, heureuse de voir que malgré le voile de tristesse qui couvrait ses yeux, il semblait serein. La journée était magnifique, le soleil resplendissant bien haut dans le ciel et les yeux d'Adrien étaient plus verts et plus brillants que jamais. Il avait beaucoup grandi avec les années et s'il avait été très mignon adolescent, il était maintenant d'une beauté incroyable.

Ses yeux plongés dans ceux d'Adrien, l'image de Chat Noir s'imposa soudain à son esprit. Cela arrivait de plus en plus avec le temps, les deux garçons ayant la taille et les cheveux blonds en commun, et parfois même leur regard.

À cette pensée, elle se força à détourner les yeux, ignorant la douleur de son propre cœur.

Six hommes en noir portaient le cercueil d'Émilie et marchaient sur un chemin en pierre. Bien que le cimetière soit en plein milieu de Paris, il n'y avait aucun bruit à part celui des oiseaux.

Marinette se pencha vers ses amis.

« Ils n'ont pas compris le message?, doit-elle en pointant les porteurs du menton. Si j'avais su, je leur aurais fabriqué des couronnes de fleurs. »

Un léger sourire apparu sur le visage d'Adrien, ce qui réchauffa de cœur de Marinette. Alya se pencha pour mieux la voir et lui fit un clin d'œil. Puis, elle remarqua le panier dans ses mains.

« Qu'est-ce que tu transportes? »

Tous se retournèrent vers elle.

« Et bien, je me suis dit qu'on aurait peut-être envie de manger nos émotions alors… »

« Tu as apporté un pique-nique? »

Adrien avait levé un sourcil et Marinette se sentit rougir, soudain incertaine par son idée. Quand était la dernière fois qu'ils avaient pique-niqué ensemble ?

Elle hocha la tête, le regard baissé sur le sol.

« Je me suis dit que… comme les derniers jours ont été difficiles et que tu… enfin, tu voulais que l'enterrement soit paisible et joyeux… je… »

Un bras fort entoura ses épaules et un baiser fut déposé sur le haut sa tête. Elle leva les yeux et croisa le regard reconnaissant d'Adrien.

« Tu es la meilleure. Merci Marinette. »

Puis il se baissa et attrapa le panier, libérant une de ses mains.

Ils marchèrent ainsi en silence jusqu'à s'arrêter devant une grande et magnifique pierre murale.

Marinette en eut le souffle coupée. Gravée à l'intérieur de la pierre était l'image d'une femme qui, le dos tourné, marchait dans un champ vers le lointain, sa main frôlant les épis de blé sur son passage.

Adrien avança le bras et frôla la sculpture de la femme qui ressemblait de dos à Émilie.

« Ma mère a passé chacun de ses étés en Italie, chez ses grands-parents. Il y avait un champ de blé à côté de chez eux. Elle aimait s'y promener avant la moisson et disait toujours que le Paradis devait ressembler à cet endroit. »

Il baissa le bras, un sourire triste sur le visage.

« Elle me parlait toujours de son coin de pays, des vignes dans lesquelles elle jouait avec ses amis. Elle me parlait du petit village en bas de la côte, du boulanger qui lui offrait toujours des friandises quand elle passait devant et de la petite église perdue au milieu de nulle part. Elle avait toujours voulu s'y marier mais mon père… »

Une larme fraiche coula sur sa joue.

« Pour sa carrière, il n'a jamais pu se déplacer et puis un mariage, pour lui, se devait d'être grandiose. Alors ils se sont mariés ici, devant des centaines de personnes qu'elle connaissait à peine. Parce qu'elle l'aimait… »

Sa voix se brisa mais il continua.

« Et elle n'y est jamais retournée. Elle le voulait et il lui avait promis… et je suis sûr qu'il regrette. Je suis sûr que c'est là où il l'aurait emmené s'il avait pu la réveiller… »

Il rigola, chassant la nouvelle larme qui traçait un chemin sur sa joue.

« Elle aurait adoré. »

Nino s'avança et plaça un bras autours de l'épaule de son ami. Les deux faisaient la même taille.

« Elle est libre maintenant, libre de réaliser ses rêves… »

« Et toi de réaliser les tiens », continua Alya.

Le jeune-homme hocha doucement la tête, alors que les porteurs descendaient lentement le cercueil dans la terre.

« C'est ce qu'elle aurait voulu mais… je n'ai jamais… je n'ai jamais vraiment eu le droit d'avoir des rêves… et les seuls que j'avais sont maintenant impossibles à atteindre. »

Marinette s'approcha un peu plus de lui et lui prit doucement le panier des mains afin de le déposer à terre. Puis, elle glissa sa main dans celle du jeune-homme et la serra fort.

Parfois, les mots semblaient difficiles à prononcer et Marinette savait que les gestes pouvaient exprimer cent fois plus de paroles que les mots eux-mêmes.

Dans son fort intérieur, elle savait qu'Adrien trouverait de nouveaux rêves à réaliser et qu'avec sa force intérieure, il serait capable de faire de grandes choses. Elle tenta de lui transmettre les pensées qu'elle ne pouvait exprimer avec des mots. Adrien serra lui aussi sa main en réponse et laissa les larmes glisser sur ses joues alors que les travailleurs recouvraient le cercueil de terre.

Lorsqu'après de longues minutes, les porteurs finirent leur travail et quittèrent le lieu où reposait maintenant Émilie Agreste, les jeunes-gens déposèrent leurs fleurs sur sa tombe.

« Madame Agreste, dit soudain Nino. Je me présente, je suis Nino, le meilleur copain d'Adrien. Selon votre mari, je ne suis une très bonne influence sur votre fils, mais je vous promets quand même de toujours veiller sur lui… ouch! »

Alya venait de lui donner un coup de coude.

« Tu veux dire nous veillerons toujours sur lui. »

Elle fit un signe de la main à la tombe de la mère d'Adrien.

« Bonjour Madame Agreste. Je suis l'une des meilleures amies d'Adrien et aussi la copine de ce gars-là, doit-elle en pointant Nino avec son pouce. On s'est rencontré grâce à Marinette et Adrien il y a quelques années. C'est toute une histoire vous savez! Imaginez votre fils, caché dans un buisson, en train de… »

« Alya! », s'exclamèrent Adrien et Marinette en même temps, voulant passer les détails gênants pour chacun des deux à propos de cette après-midi-là.

Mais la jeune-femme continua et même si Marinette voulait se cacher, elle laissa son amie continuer. Adrien souriait et c'était le plus important au moment présent.

Plus tard, et après avoir raconté les nombreux détails de leur amitié avec Adrien à sa mère, ils s'installèrent un peu plus loin, dans un carré d'herbe et mangèrent tranquillement le pique-nique et les viennoiseries apportées par Marinette. Puis, le ventre plein, ils s'allongèrent dans l'herbe et regardèrent les nuages passer, nommant les formes qu'ils voyaient.

Mais à son grand désarroi, ce fut le souvenir d'une bataille contre un Akuma qui produisait des nuages qui revint à l'esprit de Marinette. Toujours sérieuse pendant les batailles, elle avait été exaspérée par le comportement enfantin de Chat Noir qui combattait leur ennemi comme s'il était dans une compétition de haute voltige, contant les points entre lui et Ladybug pour les sauts les plus élaborés.

L'esprit compétitif de l'héroïne et surtout le rire contagieux de Chat l'avait poussé à relever le défi. Cette bataille était devenue rapidement la plus amusante de toute l'histoire et un sourire s'afficha sur les lèvres de Marinette.

Un sourire qui prit soudain une expression douloureuse. Elle se releva d'un coup et attrapa sa bouteille d'eau.

« Je deviens ridicule! », ragea-t-elle tout en buvant.

« Tout va bien Marinette? », lui demanda Adrien.

Il l'observait curieusement, l'air inquiet, les bras relevés et posés derrière sa tête. La boule à la gorge, elle hocha la tête et regarda autour d'elle, sentant le besoin de s'éloigner un peu. Son regard se posa sur la tombe d'Émilie.

« Je ne me suis pas présentée… à ta maman. Je… je vais y aller. »

Elle se releva, replaçant sa jupe et vit Adrien se lever sur ses coudes.

« Je peux t'accompagner? »

Il pointa leurs deux amis des doigts.

« Trente secondes et ils sont déjà au pays des merveilles. Je suis légèrement jaloux », soupira-t-il.

Marinette regarda ses deux amis. L'un contre l'autre, ils dormaient paisiblement et un léger ronflement sortait de la bouche d'Alya. Une pointe de compassion traversa le corps de la jeune-femme. Alya et Nino s'étaient donné corps et âme pour Adrien, malgré leurs nombreuses occupations. Les études d'Alya étaient déjà assez compliquées en tant que tel mais elle s'était permis une pause.

Quand à Nino, il avait annulé la première semaine de soirées mais avait dû reprendre ses contrats. Il passait donc la plupart de ses nuits dans les clubs puis revenait chez lui au petit matin, dormant à peine quelques heures avant d'assister Adrien.

Celui-ci leur avait bien parlé mais Alya et Nino avaient été plus que fermes. Ils seraient là pour lui, comme lui l'avait toujours été pour eux et la discussion avait été close.

« Mais si tu ne veux pas, c'est correct tu sais… »

La voix d'Adrien la ramena à la réalité. Elle rougit légèrement et baissa les yeux au sol.

« Bien sûr que tu peux mais… ça va être gênant… »

Adrien se figea quelques secondes puis un sourire en coin apparu sur ses lèvres, un des sourires espiègles qu'elle n'avait plus vu depuis les événements concernant ses parents.

Plusieurs papillons s'envolèrent soudain dans le bas de son ventre.

« Je pensais qu'on avait dépassé ce stade-là. », l'entendit-elle prononcer, une pointe d'humour dans sa voix.

Marinette releva le regard vers lui, les sourcils froncés et tâcha de garder contenance.

« Pour toi Adrien. Gênant pour toi. »

Elle lui fit un clin d'œil puis se retourna.

Si elle avait espéré l'éloigner, elle avait eu tort. Il rigola franchement, provoquant un frisson de joie dans le cœur de la jeune-femme, puis se dirigea avec elle vers la tombe de sa mère.

Ravalant sa gêne, elle s'arrêta devant la magnifique sculpture. Elle hésita quelques secondes et se demanda comment elle faisait pour toujours se mettre dans de telles situations, même à 19 ans.

Et comment parler à la femme qu'elle n'avait pas pu sauver?

Elle se racla la gorge, la tristesse envahissant son cœur.

« Bonjour Madame Agreste… »

Elle leva le regard vers Adrien qui avait soudain reprit un air sérieux.

Tout cela était une erreur.

« Je m'appelle Marinette. Vous avez déjà entendu parler de moi. Je suis… l'amie maladroite d'Adrien, d'Alya et de Nino. »

« Elle est surtout l'une des filles les plus gentille et généreuse que je connaisse. »

Son cœur se resserra.

Je suis surtout celle qui a choisi de ne pas vous sauver.

Elle se força à sourire à Adrien, cachant de son mieux les sentiments culpabilisant qui l'étouffaient.

« Votre garçon, c'est lui la personne la plus gentille et généreuse que je connaisse. Il... Il...»

Il aurait mérité vous avoir dans sa vie…

Elle ouvrit la bouche mais la referma aussitôt, incapable de continuer.

« Marinette... »

Elle sursauta, se rendant compte que les larmes s'étaient mises à couler sur ses joues.

« Je suis désolée, s'excusa-t-elle, essuyant rapidement ses larmes. Tu… tu ne mérites pas ça tu sais… »

Une autre vague de larmes envahi son visage.

« Je suis tellement désolée… »

Je suis désolée de ne pas avoir pu sauver ta mère…

« C'est… c'est ta mère. Je n'ai aucun… droit… »

Les yeux embués, elle ne pouvait lire l'expression d'Adrien mais elle hoqueta lorsqu'elle sentit ses bras l'entourer et la serrer contre lui.

Ils restèrent ainsi quelques instants et Marinette en profita pour reprendre contrôle sur ses émotions. Contre le torse du jeune-homme, elle pouvait entendre son cœur battre, fort et régulier.

Elle le sentit alors prendre une grande respiration.

« Tu sais maman, commença doucement le jeune-homme, Marinette et moi, nous n'avons pas commencé du bon pied. »

Ceci amena un léger sourire sur les lèvres de la jeune-femme.

« C'était mon premier jour d'école et elle m'a attaqué dès notre première rencontre. »

Marinette ferma les yeux, pressant sa tête contre le torse d'Adrien, soudain gênée de sa version d'elle-même de 14 ans.

« Je pensais que tu étais le clone de Chloé Bourgeois », grommela-t-elle.

« Heureusement, on s'est vite réconcilié, assura Adrien. Mais… je ne me souviens pas vraiment comment par contre… »

Marinette s'écarta de lui.

« Tu es venu me voir à la fin des cours pour m'expliquer le malentendu et pour t'excuser, même si tu n'avais rien fait. »

Elle desserra son emprise d'Adrien et se tourna vers la tombe d'Émilie.

« Il pleuvait cette journée-là, continua-t-elle. Adrien m'a offert son parapluie et… »

Elle hésita un instant. Elle n'avait jamais parlé de ce moment si précieux qu'elle avait vécu et qui avait changé sa vie.

Elle regarda Adrien qui, malgré ses sourires et ses taquineries, souffrait intensément depuis plusieurs jours maintenant.

Alors elle sentie que c'était la bonne chose à faire.

« … et je suis tombée amoureuse de lui. »

Elle senti son ami se figer mais continua.

« Il est la première personne que j'ai aimé et je l'ai aimé longtemps. En fait, je l'aimerai toujours, parce qu'Adrien est vraiment la personne la plus douce, et compréhensive, et aimante… et patiente que je connaisse. Et je pourrais continuer. Il m'a tant appris avec les années. C'est réellement grâce à lui que je suis devenue une meilleure personne. Vous pouvez être fière de lui. Il est merveilleux et… »

Elle ne put continuer sa phrase. Adrien l'avait à nouveau attiré dans ses bras et la serrait maintenant avec beaucoup de force.

Ils restèrent ainsi un long moment puis le jeune-homme se recula et posa les lèvres sur son front.

« Et qu'est-ce que j'ai fait pour mériter un baiser? »

Elle avait tenté de prendre un air amusé, mais sa voix tremblante la trahissait.

Adrien la regarda avec une tendresse infinie, l'émotion palpable dans sa voix.

« Tu m'as sauvé la vie. À l'hôpital. Alors que je t'ai blessé toutes ces années, mais toi tu étais là et tu m'as sauvé alors… merci, merci et… je suis désolé… pour tout… Tu es la meilleure des amies… »

« Je sais Adrien, répondit-elle avec un clin d'œil dans l'espoir de détendre l'atmosphère. On me le dit… parfois. »

Le jeune-homme rigola à nouveau.

Là, si proche l'un de l'autre et ses yeux incapables de se détacher de ceux d'Adrien, elle oublia les moments difficiles qu'elle traversait.

« Je peux te poser une question difficile et sérieuse? », demanda-t-elle sans réfléchir.

Elle n'en pouvait plus, elle devait savoir.

« Hum… Seulement si tu acceptes que je n'y répondrais peut-être pas. »

Elle hocha la tête et se lança avant de perdre courage.

« Où est-elle? Je parle de… tu sais… »

Elle sut immédiatement qu'Adrien avait compris de qui elle parlait lorsque l'expression de son visage changea pour perdre ses rares traces de joie. Il détourna les yeux et détacha ses bras d'elle.

Marinette regretta aussitôt d'avoir osé poser sa question. Elle ne voulait pas qu'Adrien se ferme à elle de nouveau et fut légèrement soulagée lorsqu'il lui prit les mains et les serra fort.

Il ramena son regard sur elle et lui sourit, mais pas complètement.

Dans ses yeux, elle pouvait voir une immense tristesse, du regret et des remords. Elle pouvait y lire de la détresse grandissante.

« Je ne peux malheureusement pas répondre à ta question », lui souffla-t-il doucement.

Puis il leva les yeux vers le ciel, et elle réalisa qu'il y avait autre chose dans son regard. Quelque chose de profond, d'intime et de puissant.

« … mais elle me manque. Elle me manque au point que s'en est… »

Il ramena une de ses mains sur son cœur et resserra ses doigts sur son chandail.

« … douloureux. »

Il avait à peine murmuré mais le corps de Marinette en trembla. Dans sa voix, elle pouvait ressentir son agonie.

Elle vivait elle-même cette agonie.

La jeune-femme ne put rien prononcer pendant un long moment puis, doucement, elle avoua à voix haute ce qu'elle se cachait depuis un moment déjà.

« J'ai… moi aussi… moi aussi quelqu'un qui me manque plus que tout… »

Elle eut soudain envie de pleurer alors que son cœur se serrait douloureusement dans sa poitrine à la pensée qu'elle avait peut-être perdu son partenaire.

Elle sentit les doigts d'Adrien presser les siens et elle leva le regard sur lui. Il semblait surpris mais aussi curieux.

« Qui ça? »

Elle se força à sourire mais ne réussit qu'à grimacer.

Que pouvait-elle réellement lui répondre? Elle avait si bien caché sa vie secrète qu'Adrien trouverait ça très étrange de ne pas connaître celui dont elle parlait. Lui avait un travail, un réseau tout à fait différent du sien mais Marinette, elle, partageait le même réseau d'amis depuis si longtemps.

Et comment lui décrire Chat Noir quand elle-même ne comprenait plus rien.

« Toi aussi tu as tes secrets… », en conclut le jeune-homme après un moment.

Elle hocha la tête, un peu honteuse de lui cacher tant de choses depuis tant d'années mais aussi rassurée qu'il ne pousse pas plus loin.

Elle le vit tourner la tête vers leurs amis qui étaient toujours assoupi.

« On y retourne? », demanda-t-il.

Marinette hocha la tête à nouveau, ravalant la boule d'émotion qui s'était figée dans son gorge.

Ils s'installèrent à nouveau couchés sur le dos, les yeux rivés vers le ciel, l'un à côté de l'autre.

« Tu sais, commença-t-il, j'ai beaucoup de difficulté à dormir depuis… »

Elle tourna la tête vers lui alors qu'il hésitait à continuer. Elle se retint de lui dire qu'elle aussi, depuis qu'elle les avait laissé, lui et Chat à l'hôpital, n'avait pu dormir une seule nuit correctement.

« La seule fois où j'ai vraiment dormi était à l'hôpital, lorsque tu étais… là. »

Soudain, les deux jeunes-gens se mirent à rougir légèrement. Il s'était endormi dans ses bras et, épuisée, elle n'avait pas tardé à le suivre, se réveillant quelques heures plus tard, enlacée à lui. C'était pour elle aussi une des rares fois depuis l'arrestation de Papillon qu'elle avait réellement dormi, comme si calmer le cœur d'Adrien avait calmé le sien, comme si elle était exactement où elle devait être.

« Ou lorsque tu restes auprès de moi, le soir… », reprit le jeune-homme.

Il prit une grande inspiration.

« Je suis vraiment un gamin… »

Pourtant, malgré sa gêne apparente, elle senti les doigts d'Adrien frôler les siens et comprit ce qu'il n'osait demander à voix haute.

Alors sans réfléchir, elle enlaça ses doigts avec les siens et une sensation de bien-être l'envahit, comme à chaque fois qu'Adrien et elle étaient physiquement proches.

Avec les minutes qui passèrent, les muscles de son cou et de ses épaules se relâchèrent, sa respiration devint plus régulière et lente et ses paupières plus lourdes. Son corps au complet se relâcha et elle ne tarda pas à s'endormir paisiblement.

Et lorsque le téléphone d'Alya sonna, quelques minutes plus tard, elle sortit à peine de son état. Ce fut seulement lorsqu'elle entendit le nom de Chat Noir qu'elle se rassit brusquement.

« Qu… quoi? »

Elle se tourna vers ses amis. Tous étaient assis, tournés vers Alya.

« Qu'est-ce que tu as dit Alya? », demanda-t-elle, tentant de reprendre ses esprits.

Alya semblait nerveuse, son téléphone en main. Nino était légèrement blême mais ce fut Adrien qui attira le plus l'attention de Marinette. Il était maintenant d'une pâleur extrême et regardait Alya avec effroi.

« Je disais que je viens de recevoir un appel de la cour suprême de Paris, expliqua son amie. Ils me demandent d'envoyer une convocation pour le procès de Monsieur Agreste. »

À ses côtés, elle senti Adrien flancher légèrement.

« Ils veulent que je publie sur le Ladyblog la convocation de chacun des membres de la Miraculous Team. Et surtout, ils veulent Ladybug et Chat Noir à la barre des témoins. »

Un million de pensées frappa Marinette au même moment. Il y eut l'inquiétude pour Adrien qui devrait encore faire face aux actions de son père, à son procès et à la présence des super-héros qui n'avaient pu sauver sa mère.

Il y eut le soulagement qu'il recevrait enfin des réponses aux nombreuses questions qu'il devait se poser mais qu'il n'était peut-être pas prêt à entendre.

Il y eut l'anxiété de savoir qu'elle devrait gérer une dizaine de Miraculous en même temps afin de permettre à chaque héros de témoigner.

Il y eut aussi l'angoisse d'avoir à nouveau à se départager pour être non seulement l'amie d'Adrien, présente pour l'épauler, mais aussi Ladybug, celle qui condamnerait son propre père.

Mais toutes ces inquiétudes s'effacèrent complètement pour laisser place à une seule et même pensée.

Elle allait enfin revoir Chat Noir.


Moi. Trop. Fatiguée...

Me semble que j'effacerais complètement ce chapitre. Mais non, à la place, je vous l'envoie tel quel.

La magie de fanfiction: le droit d'être imparfaite et surtout, ANONYME ;) ;)

PS: MERCI MERCI pour vos commentaires. Ils sont ma motivation :D

PS2: j'ai bien lu? Marinette va revoir Chat Noir?! Oh. La. La.