CHAPITRE 9
Lorsqu'elle se réveilla, il fallut un certain temps à Marinette avant de réaliser où elle était, mais après quelques secondes, ses yeux reconnurent la chambre d'ami de Nino.
Elle se redressa et remarqua qu'elle était dans le lit d'Adrien, mais que le garçon n'était plus là.
"Marinette?"
Elle se tourna vers Tikki, qui la regardait d'un air triste.
"Où est Adrien?", demanda-t-elle.
En regardant autours d'elle, elle s'aperçut que la valise du jeune-homme n'était plus là.
"Il s'est réveillé de bonne heure, répondit la Kwami. Il t'a déposé dans le lit, puis a pris ses affaires et il est parti."
Alors que la peur s'engouffrait dans le ventre de la jeune-femme, Tikki se déplaça vers le matelas et lui pointa un morceau de papier.
"Il t'a laissé un mot."
D'une main tremblante, Marinette s'empara de la lettre d'Adrien.
Marinette,
Merci pour ta présence réconfortante et pour ton soutien. Toi, Nino, Alya et Chloé, vous avez été extraordinaire avec moi.
Il y a encore quelques années, je n'aurais pas imaginé pouvoir rencontrer des gens comme vous. Je suis touché par vos gestes et votre soutien.
Si je retourne chez mon père, ce n'est pas par rejet.
Je vais mieux, je te le promets. J'ai juste besoin de réfléchir et de régler certaines choses.
On se voit plus tard.
Adrien
PS: peux-tu m'expliquer par quelle magie tu es capable de me faire dormir?
Marinette lâcha un petit soupir et se laissa tomber en arrière.
"Il ne nous rejette pas Tikki. Il dit qu'il va mieux mais..."
Le croyait-elle vraiment?
Toc. Toc.
La porte s'ouvrit doucement.
"Je peux entrer?", fit la voix d'Alya.
La rouquine ouvrit la porte complètement puis entra, un sourire aux lèvres.
"Salut la marmotte!"
Sa voix était joviale et réchauffa le cœur de Marinette. Elle savait qu'Alya était inquiète pour Adrien mais son humour et sa bonne humeur aidait souvent le groupe à échapper à la mélancolie des dernières semaines.
Marinette, qui n'avait toujours pas bougé, senti son amie s'allonger à côté d'elle.
"Il est parti ce matin. Il n'a pas voulu te réveiller."
"Oui, je sais..."
Elle tendit le mot à Alya.
"Il m'a laissé ça."
La jeune-femme prit le temps de lire ce qu'Adrien avait écrit puis soupira.
"C'est à peu près ce qu'il nous a dit aussi mais..."
"... mais c'est quand même inquiétant", compléta Marinette.
"Oui. Mais il n'y a rien à faire. C'est un grand garçon et il faut respecter ses décisions."
Marinette grogna et tapa le matelas du point, son corps soudain envahi par la frustration d'être si impuissante.
Elle senti à nouveau le matelas bouger et vit Alya se tourner vers elle.
"Et toi, comment vas-tu?, demanda-t-elle en douceur. J'ai l'impression qu'on ne s'est pas parlé depuis des semaines."
La jeune-femme regarda le plafond.
"Comment je vais?"
Elle avait presque murmuré la question.
Au même moment, l'image de Chat Noir envahi son esprit, avec son sourire en coin, sa tête légèrement penchée sur le côté, ses cheveux volant au vent.
Comment vas-tu, Ma Lady?
Une boule se forma dans la gorge de Marinette.
Elle était la fameuse Ladybug, l'héroïne qui parcourait les toits de Paris et sauvait les gens.
Elle était Marinette, celle qui trouvait toujours la solution à chacun de ses problèmes, de ses défis.
Mais à ce moment-là, elle était complètement et totalement impuissante. Impuissante face au mal que vivait Adrien. Impuissante face à la disparition de son partenaire.
"Je vais bien, ne t'en fais pas", répondit-elle avec un sourire qu'elle força.
Mais elle n'allait pas bien. Elle allait même de moins en moins bien.
Alya ouvrit la bouche mais Marinette se releva avant de la laisser continuer.
"Quelle heure est-il? Le procès devrait recommencer bientôt, non?"
Son amie se releva aussi et regarda Marinette un instant, puis soupira, abandonnant presque immédiatement la bataille contre une amie qui cachait trop de choses, tout le temps.
"Oui, allons-y. Adrien devrait y être aussi."
Adrien se présenta en effet au procès cette journée-là, ainsi que chacun des jours suivants. Il s'asseyait, toujours à la même place, toujours entouré de ses amis et fixait son regard sur son père, perdu dans ses pensées.
Les deux semaines qui suivirent furent les plus difficiles que Marinette eut à vivre. La cour avait fait appel à chacun des héros de la Miraculous Team, ce qui l'avait forcé à se transformer plusieurs fois par jour et à parcourir la grande ville de Paris.
Leur équipe complète était composée d'une douzaine de membres. Pour les Miraculous de la Tortue et du Renard, elle avait décidé de les confier un certain temps à Alya et Nino, ayant confiance qu'ils les utiliseraient avec sagesse jusqu'à la fin du procès. La tâche avait été plus compliquée pour les autres Miraculous. Certains n'avaient été utilisés que par une seule et même personne, comme celui du singe, du cheval et du Rat. Il n'avait pas été trop difficile de trouver Kim, Max et Mylène.
D'autres Miraculous avait été distribués à différentes personnes au fil des années. Le Miraculous du Serpent avait d'abord appartenu à Luka, puis James, un ami du lycée, pour enfin être utilisé par Sabine, sa propre mère. Il en était de même pour le Miraculous du Dragon, qu'elle avait confié plusieurs fois à Kagami avant de le confier à Katia, une fille rencontrée lors de son stage chez les Agrestes.
Quant à Bunnix, elle n'était toujours pas réapparue et les Miraculous de la chèvre, du coq, du chien et du cochon n'avaient jamais été utilisés autrement que pour ses fusions avec Tikki ou pour celles avec Plagg.
Trouver chacune de ces personnes avait été assez facile, étant donné qu'ils s'attendaient à être visités par Ladybug, mais jongler avec le temps entre les appels des héros à la barre avait été beaucoup plus compliqué.
Malheureusement, elle n'avait pu se permettre de laisser les Miraculous entre leurs mains, comme elle l'avait fait avec Alya et Nino. Deux Miraculous lui avaient échappé deux ans auparavant lorsque Lila et Félix avaient trouvé ceux du Tigre et du Buffle, alors qu'elle voulait les donner à deux autres de ses camarades de classe. Lila s'était bien sûre ralliée à la cause du Papillon, causant énormément de remous et Félix avait simplement décidé d'utiliser son Miraculous pour son propre amusement.
Les récupérer avait été particulièrement long et difficile.
Entre ses transformations, Marinette essayait d'être le plus possible présente pour Adrien. Elle entrait en douce dans la grande salle et s'asseyait à côté de leurs amis. Adrien lui souriait toujours avant de tourner à nouveau son regard vers le devant de la scène.
Malgré les absences répétées de la jeune-femme, son sourire était toujours sincère et aucune rancune ne transparaissait mais ce n'était pas le cas de leurs autres amis. Nino fronçait les sourcils, visiblement frustré par les départs répétés de Marinette, Alya ouvrait grand les yeux et posaient des questions silencieuses dont les réponses ne venaient jamais, et Chloé lui grognait pratiquement dessus d'un air méprisant.
Mais si chacun d'eux s'en faisaient pour Adrien à leur manière, ils ne pouvaient savoir ce que Marinette s'infligeait quotidiennement. Entre ses transformations fréquentes, la gestion de son agenda, son manque de sommeil et le nombre de repas sautés, elle ne vivait plus que sur l'adrénaline. Elle échappait ainsi à la souffrance qui la rongeait intérieurement, à la culpabilité de ne pouvoir être complètement présente pour Adrien et à l'attente douloureuse de la réapparition de son partenaire.
Et lorsqu'elle trouvait enfin des moments de tranquillité et de solitude, elle se forçait à se concentrer sur les événements présents afin d'éviter de se noyer dans ses propres émotions.
Et le procès en était un.
Au fil des jours, d'autres personnes furent appelées à la barre. Il y eut presque chacune des personnes akumatisées, ainsi que les victimes de leurs akumatisations. Alya fut aussi très souvent interrogée, puisqu'elle avait souvent été le témoin premier de chacune des attaques.
Lila fut aussi ramené du centre de détention juvénile pour témoigner à la barre et Marinette ne put s'empêcher de remarquer les poings serrés d'Adrien alors qu'elle débitait à nouveau les pires des mensonges dans le but ferme de voir sa sentence être réduite.
Heureusement, c'était le procès de Gabriel Agreste et non le sien et elle fut sortie de la salle aussi rapidement qu'elle y était entrée.
Puis enfin, au grand désarroi de Marinette et de ses amis, on demanda Adrien à la barre. Le cœur de la jeune-femme se serra lorsqu'il fut bombardé de questions à propos de son père, de sa mère, des agissements de Nathalie ainsi que ceux de son ancien garde du corps.
Habitué à jouer un rôle, Adrien garda contenance tout le long, évitant le regard de son père, mais lorsqu'il put enfin regagner sa place, il resta debout et hésita quelques instants, devant le regard interrogateur de ses amis. Puis, il tendit la main vers Marinette.
Tous s'immobilisèrent.
Presque machinalement, Marinette avança la main puis suivi Adrien alors qu'il l'entraînait à l'extérieur de la salle d'audience.
D'abord étonnée, puis ensuite effrayée par les possibles reproches qu'elle pourrait recevoir, elle fut surprise par la question d'Adrien, lorsqu'il l'amena dans un coin sombre du palais de justice.
« Est-ce que… je peux… »
Il se tenait droit devant elle, sa main tenant son autre bras et regardait vers le côté. Ses yeux trahissaient finalement le trop plein d'émotions qu'il venait de vivre et il se mordait la lèvre inférieure, retenant les larmes qui menaçaient de tomber.
Est-ce que je peux te serrer dans mes bras?
Le cœur de Marinette sauta fort dans sa poitrine.
Elle ne comprenait pas. Elle n'avait pas été assez là pour lui, elle avait été la pire des amies, partagée entre son devoir d'héroïne et son devoir d'amie. Et lui, il voulait encore d'elle, il voulait même plus d'elle.
« Je ne comprends pas trop mais… »
La voix d'Adrien tremblait.
« … quand c'est toi, j'ai beaucoup… beaucoup moins mal. »
Il baissa les yeux, soudain honteux, et une larme s'échappa.
« Je suis désolé… je ne sais plus ce que je dis… t-tu dois t-te sentir utilisée et moi… j-je… j-je… »
Marinette avança d'un pas et enroula ses bras autour de la taille d'Adrien, puis posa son front contre le torse du garçon. Elle senti Adrien se mettre à trembler encore plus fort alors que ses émotions sortaient enfin de lui.
Elle senti ses mains se glisser dans ses cheveux et chacun des muscles de son cou se relâchèrent au contact doux de ses doigts. Lorsqu'il enfouit son visage dans ses cheveux, Marinette resserra son étreinte contre lui, une douce chaleur envahissant tout son être.
Alors elle réalisa qu'avec lui, elle pouvait enfin respirer, relâcher la pression des derniers jours. Avec lui, son corps semblait automatiquement se détendre.
« Je suis désolé », souffla-t-il.
Marinette lâcha un rire triste.
« Tu sais Adrien, moi aussi… j'ai… beaucoup moins mal lorsque je suis avec toi. Moi aussi je… je dors mieux. »
Et c'était vrai. Et ce qu'elle avait toujours senti avec la proximité de Chat, elle le ressentait maintenant avec Adrien.
Surtout depuis ce jour, à l'hôpital, où ils s'étaient considérablement rapprochés.
« Tu as mal? »
Il releva la tête et ses mains glissèrent sur les épaules de la jeune-femme.
Pouvait-elle vraiment lui révéler sa souffrance intérieure, alors qu'il était celui qui avait le plus besoin d'aide au moment présent ?
Son corps n'attendit pas la réponse.
« Oui », souffla-t-elle.
Une larme se glissa sur sa joue.
« À cause de moi? »
Elle ne répondit pas pendant un long moment, voulant lui épargner un autre chagrin.
« À cause de lui surtout. »
Adrien la regarda un instant, le contour de ses yeux un peu rouge, ses cheveux tombant sur son visage.
Il était beau, avec son air fatigué, son début de barbe non rasée et le vert intense de ses yeux.
« Je suis désolé, souffla-t-il. Je suis là pour toi, tu sais... »
Elle eut envie de se lever sur la pointe des pieds, de déposer ses lèvres sur les siennes et de tout oublier, mais l'image de Chat Noir se superposa à celle d'Adrien et la tristesse envahit à nouveau son cœur.
« Et moi pour toi », répondit-elle simplement.
Il lui sourit tendrement.
« Tu as faim? Je pense que je n'ai pas mangé un bon repas depuis des jours. »
Elle acquiesça.
« Allons-y alors. Demain sera sûrement une autre dure journée. »
Marinette frissonna à ces mots. Le procès devait normalement bientôt se finir, mais pas sans le témoignage de celui qui, à la base, était responsable de tous leurs problèmes.
Gabriel Agreste serait alors appelé à la barre.
