Parce que je ne suis pas satisfaite du dernier chapitre, je vous envoie celui-là en même temps. Je pense que vous allez l'aimer!


CHAPITRE 10

Ladybug faisait les cents pas, son yoyo en main, le cœur fébrile. Du haut de la Tour Eiffel, elle pouvait voir les lumières de Paris s'allumer petit à petit alors que le soleil disparaissait à l'horizon.

Plus bas, la fête battait son plein. Pas seulement en dessous d'elle, mais dans chaque recoin de Paris.

La ville lumière était en émois.

Le Papillon avait été vaincu, et après un long et ardu mois de procès, il avait été déclaré coupable.

Son règne avait duré plus de cinq ans, mais la peine encourue l'enfermerait pendant les vingt-cinq années suivantes.

Ladybug ferma les yeux, se remémorant les derniers instant du procès. Il y avait eu l'expression d'effroi d'Adrien alors que la sentence venait de tomber, lui qui avait encore beaucoup de mal à digérer les informations dévoilées par son père à propos de la mort de sa mère. Il y avait aussi eu le dernier regard de Gabriel pour son fils, plein de regret et de désarroi.

Ladybug leva la tête vers le ciel, repensant au témoignage de Gabriel alors qu'il avait parlé de sa femme, expliquant avec détails les évènements précédent son accident et ce qui l'avait incité à trouver un Miraculous assez puissant pour voler ceux du Chat et de la Coccinelle.

Le Miraculous du Paon, tout comme celui du Lapin, avait été transmis de génération en génération jusqu'à tomber dans les mains d'Émilie Agreste. Endommagé, elle ne l'avait jamais utilisé mais alors que la popularité et la notoriété de Gabriel grandissait, de nombreuses situations problématiques et parfois dangereuses apparaissaient.

C'était un matin d'été, alors qu'Adrien était un jeune adolescent, qu'une dizaine d'hommes armés étaient entrés chez eux dans le but d'anéantir la carrière du designer mais aussi de voler le plus grand nombre de butin.

Appelée à protéger sa famille, Émilie s'était non seulement transformée, mais avait aussi utilisé son pouvoir jusqu'à atteindre les limites du possible, sauvant la vie d'Adrien et de Gabriel en échange de la sienne. Elle était d'abord tombée malade, puis, avec le temps et l'utilisation plus fréquente de son Miraculous pour prévenir d'autres malheurs, avait fini par plonger dans un coma sans fin.

Imaginant ce que cette femme incroyable avait dû vivre pour secourir ses êtres chers, Ladybug sera les doigts autour de son yoyo. Imaginant le désespoir d'un mari et d'un père tentant le tout pour le tout afin de sauver l'amour de sa vie pour se voir échouer à la fin provoqua en elle une sensation de nausée extrême.

Gabriel Agreste en avait perdu la raison, mais au fond d'elle, elle savait qu'elle n'était pas si différente de lui.

Alors que la sentence était tombée et qu'elle avait vu Adrien s'enfermer dans un silence noir et désespéré, son esprit s'était à nouveau tourné vers son compagnon, vers celui qui aurait dû être à ses côtés durant cet instant mais qui n'était pas là. Et même si tout avait été résolu pour le peuple de Paris, rien ne l'avait été dans son cœur.

Demandant à être laissé seul, Adrien était parti se réfugier chez lui. Inquiète, elle avait voulu le suivre et s'imposer, l'aider encore un peu plus et le soutenir, mais elle n'avait pas pu le faire. Tout son corps semblait se battre contre elle-même et, profitant de la cohue générale, Marinette s'était faufilée vers un coin sombre pour se transformer et fuir aussi loin que possible.

Le cœur en miette, elle s'était arrêté en haut de la tour, là où elle et Chat Noir avaient de nombreuses fois combattu, là où ils avaient regardé de nombreux coucher de soleil, là où ils avaient parlé de nombreuses heures.

L'héroïne se força à respirer et regarda à nouveau son yoyo. Ouvert, le numéro de Chat noir apparaissait sur son écran et elle hésitait.

Cela faisait maintenant un mois et demi qu'il avait disparu. Un mois et demi qu'elle lui laissait chaque jour plusieurs messages.

Cela faisait aussi un mois et demi qu'il avait enlevé sa bague, que Plagg était hors d'atteinte, que ses messages n'avaient pas été écoutés.

Un mois et demi à ne pas comprendre. Un mois et demi à s'enfoncer dans une anxiété toujours plus profonde, à imaginer mille et un scénario.

Et ce soir-là, debout au sommet de la Tour Eiffel, sous un ciel noir qui menaçait d'exploser à tout moment, elle réalisait finalement ce qu'elle s'était interdit de même entrevoir. Qu'il l'avait supprimé de sa vie. Qu'il n'apparaîtrait sûrement plus jamais.

Malgré le vent fort et froid qui mordait sa peau, elle appuya sur le bouton « appel ».

Des bruits de pétards résonnèrent en dessous d'elle, suivis de cris et d'éclats de rire, mais seuls les battements de son cœur hurlaient dans ses oreilles.

La boite vocale de Chat Noir s'engagea.

Étrangement, une certaine sérénité l'envahit devant ce qu'elle avait décidé de dire à Chat Noir, et lorsqu'elle ouvrit enfin la bouche pour parler, sa voix ne trembla pas.

« Je m'appelle Marinette Dupain-Cheng. »

Elle ferma les yeux, l'appareil toujours collé à son oreille.

« Je m'appelle Marinette Dupain-Cheng et je suis aussi Ladybug. »

Le vent froid fouetta doucement son visage.

« Lorsque j'ai reçu mon Miraculous, je n'avais que 14 ans et j'étais une jeune-fille maladroite et insécure. Je dirais même que j'étais invisible aux yeux de beaucoup. Alors, lorsque Tikki m'a choisi, je n'ai pas compris. J'ai cru qu'il y avait erreur sur la personne et lorsque j'ai échoué à notre première mission, j'ai donné mon Miraculous à quelqu'un d'autre. »

Elle prit une grande inspiration et continua, les mots affluant de sa bouche sans s'arrêter.

« C'est toi qui m'as donné la force ce jour-là de reprendre mon rôle d'héroïne et d'aller de l'avant. C'est grâce à ce moment précis que j'ai décidé de continuer. Et c'est grâce à toi qu'aujourd'hui, je suis devenue celle que je suis. »

Et il m'a fallu tant de temps pour m'en apercevoir…

"C'est grâce à toi que toutes ces années, j'ai pu continuer. Tout... Tout, petit à petit, s'écroulait dans ma vie quotidienne. Mes amis, mon avenir, ma famille... Mais toi, tu étais comme une ancre pour moi. J'ai surmonté beaucoup d'obstacle grâce à toi."

« La première fois qu'on s'est rencontré, j'ai failli te dire mon prénom par accident. C'était il y a si longtemps maintenant, mais parfois, je me demande ce qu'il serait arrivé si j'avais été maladroite ce jour-là. Aurait-on été plus forts ensemble? Aurions-nous été là l'un pour l'autre dans nos vies respectives? Te serais-tu éloigné de moi ainsi? »

Elle ravala sa salive, la boule dans la gorge.

« J'aurais dû être maladroite. J'aurais dû te dire que je m'appelais Marinette. »

Elle rouvrit les yeux et regarda le ciel à travers les larmes qui menaçaient de couler.

« Chat. Mon nom est Marinette, et nous nous sommes rencontrés à plusieurs reprises. Tu étais là lorsqu'un Akuma m'a enlevé. Tu étais là pour mon grand-père. Tu t'es battu seul et longtemps pour moi lorsque j'ai été prisonnière de mon père akumatisé. C'était moi que tu as sauvé des griffes de Lila avec l'aide d'Adrien. C'était moi que tu as sauvé lorsque le Papillon s'est emparé de moi. »

C'était toi qui m'as sauvé alors que mon cœur s'était complètement brisé…

Ladybug fit une pause, puis un sourire triste apparu sur ses lèvres.

« Jamais tu ne m'as reconnu. Tu disais m'aimer, mais jamais tu ne m'as reconnu... »

Sa voix s'étouffa en un sanglot qu'elle tenta de retenir.

« Et même… et même… »

Une larme coula sur sa joue.

« Et même s'il était arrivé le contraire. Et même si c'était moi qui t'avais rencontré dans nos vies quotidiennes, je n'aurais jamais pu te reconnaître. Parce que la magie… »

Un sanglot s'échappa de sa bouche, l'empêchant de continuer.

Parce que la magie empêchait le dévoilement de leurs identités. Pour qu'elle puisse trouver Chat Noir et le reconnaître, il fallait que celui-ci, par lui-même, lui dévoile son identité.

Pour qu'elle puisse le reconnaître, il fallait qu'il réapparaisse dans sa vie.

Elle ferma alors les yeux et prit quelques respirations.

« Aujourd'hui… Aujourd'hui aurait dû être un grand jour. »

Mais c'était loin d'être un grand jour. Et le cœur de Marinette avait tant de mal à accepter cette réalité.

« Aujourd'hui, tu aurais dû être avec moi. »

Mais il ne l'était pas. Et la solitude et le manque de lui l'étouffait intensément.

« Aujourd'hui, tu… tu aurais pu me dévoiler ton… ton identité. »

Et elle lui aurait dévoilé la sienne. Et les choses auraient tournée tout autrement. Il aurait pu y avoir de l'étonnement, des rires gênés. Ils se seraient sûrement dévisagés, aurait dû apprendre à s'apprivoiser à nouveau devant cette nouvelle réalité. Ils se seraient peut-être même reconnus.

Mais il en était tout autrement et jamais, jamais dans ces cinq années de combat à ses côtés, Marinette n'avait envisagé la possibilité qu'à la fin du règne du Papillon, elle se retrouverait seule et en pleine souffrance en haut de la Tour Eiffel.

Alors elle serra soudain les points, sentant soudainement la colère et le désespoir monter en elle comme le bruit des grondements avant un orage violent.

« Où es-tu Chat?

Pourquoi n'était-il pas là? Pourquoi avait-il décidé par lui-même de se couper d'elle?

« Où es-tu? »

Son souffle se fit plus court, sa mâchoire se crispa un peu plus.

« Pourquoi n'es-tu pas avec moi? Pourquoi as-tu disparu? Pourquoi m'ignores-tu? »

Cette fois-ci, rien ne put empêcher le flot de larmes de couler sur ses joues.

« Je sais Chat! Je sais que tu ne veux plus rien savoir de moi. »

Mais pourquoi?

Elle ne comprenait plus rien. Tout dans son esprit tournoyait.

« Mais comment? Comment oses-tu me faire ça? Je croyais… Je croyais être importante pour toi! Alors pourquoi?! Pourquoi!? »

Elle tomba à genoux, son yoyo roulant de ses mains pour s'arrêter à quelques mètres d'elle.

« C'est ma faute, n'est-ce pas?, murmura-t-elle, alors qu'il ne pouvait plus l'entendre. Tu… tu ne pouvais plus supporter d'être proche de moi parce que… parce que je t'ai fait tant de mal… tant de fois… »

À grande peine, elle essaya de contrôler les tremblements de son corps, l'affolement de son cœur et les larmes qui n'en finissaient plus de s'échapper de ses yeux, mais c'était comme si son corps ne lui appartenait plus.

« Tikki… »

Elle se détransforma instantanément et se força à inhaler, une bouffée d'air à la fois.

« Je sais que tu veux le retrouver, chuchota soudain Tikki dans son oreille en lui frottant doucement les cheveux. Je sais qu'il te manque plus que tout. Mais… »

Marinette ferma les yeux, maudissant en cet instant le caractère honnête de Tikki. Peu importe ce qu'elle comptait lui dire, elle savait que ce ne serait qu'un coup de plus sur la blessure ouverte que chat laissait.

« Je sais Tikki, l'interrompit-elle. Arrête s'il te plaît, arrête… »

Elle cacha son visage dans ses mains, le visage crispée par la douleur dans son ventre qui s'était intensifiée. Et si elle en jugeait par les tremblements de son corps, la fièvre qui l'affectait depuis quelques jours déjà avait repris de plus bel.

« Marinette, reprit Tikki. Il n'y a plus rien à faire. Tu ne peux pas continuer comme ça. »

La voix de la Kwami trahissait son inquiétude grandissante.

« Il est temps pour toi de vivre ta… »

Tikki cessa soudain de parler, ses yeux s'étant agrandi sous l'effet de la surprise.

Le choc de la Kwami interpella immédiatement Marinette, qui se redressa.

« Que… que se passe-t-il? Tikki, ça va? »

La Kwami se tourna brusquement vers Marinette, une lueur d'excitation mais aussi d'inquiétude dans le regard.

« C'est Plagg. »

Elle avait presque murmuré mais le corps de Marinette bondi aussitôt. Elle attrapa Tikki.

« Plagg? Tu as dit Plagg! », cria-t-elle presque.

L'adrénaline la frappa de plein fouet et tout en elle sembla reprendre vie.

« Que se passe-t-il avec Plagg? Il est de retour? Chat Noir a remis son Miraculous? Tikki! »

La Kwami sursauta et fronça les sourcils.

Marinette retint soudain sa respiration.

« Il semblerait qu'avec tout ce qui s'est passé aujourd'hui, je n'ai pas… je n'ai pas senti sa présence, tenta d'expliquer Tikki. Mais oui, Plagg est de retour. Je… Je ne sais pas comment mais… oui, il a été réactivé mais… »

« Où est-il?, coupa Marinette. Pouvons-nous le contacter? »

Tikki regarda son amie avec une expression inquiète puis ferma les yeux. Une autre vague de surprise sembla l'envahir.

« Il est… Il est chez toi Marinette! »

La jeune-fille se figea.

« Il est seul? Où est… »

Où est Chat?

« Oui, seul. »

Marinette ne se donna pas le temps de réfléchir. Plagg était chez elle et elle ne pouvait pas laisser sa chance lui échapper des doigts.

« Transformation! »

Il ne fallut que quelques minutes à Marinette pour atteindre son balcon puis se précipiter dans sa chambre, se détransformant au moment de passer la trappe.

Sur son lit, assis, les bras croisés, Plagg les regardaient sévèrement.

« Vous savez depuis combien de temps je vous attends?! Vous savez depuis combien de temps je suis enfermé dans cette bague et les risques que je prends à être ici? »

« Plagg… »

Marinette s'approcha de lui, le corps tremblant d'adrénaline et d'excitation, le souffle court et la tête pleine de questions, mais le Kwami recula. D'ordinaire grincheux, elle avait eu l'habitude, les rares fois où ils s'étaient rencontrés de le voir froncer les sourcils. Mais cette fois-ci, la mâchoire de Plagg était crispée et ses épaules semblaient porter le poids du monde.

Marinette s'immobilisa et ne put s'empêcher de sentir son sang se glacer. Une impression nette que son monde était peut-être sur le point de s'écrouler l'envahit et se fut comme si son cœur s'arrêtait de battre.

« Je ne suis pas là pour vous cajoler. Ce n'est pas une visite de courtoisie. »

Il se tourna vers Tikki.

« Pourquoi je découvre aujourd'hui qu'il s'est passé plus de quarante jours depuis ma dernière apparition et que ta porteuse ne connaît toujours pas l'identité de Chat Noir!? »

Tikki, qui s'était figée devant l'attitude de son compagnon, se redressa.

« Tu sais pourquoi. La magie nous empêche de… »

« Travaille. Plus. Fort. », cracha Plagg avec une telle hargne que Tikki recula.

Marinette fut incapable de répondre, ou de protéger son Kwami. Elle voulait se relever, se défendre, le supplier de l'amener à Chat Noir, mais ses forces semblaient l'abandonner.

« Plagg, reprit Tikki, tremblante. On a tout essayé, c'est imp… »

« Et toi, Marinette, la coupa-t-il agressivement, se tournant vers la jeune-femme. Surtout toi! Combien de fois a-t-il essayé de te convaincre de te dévoiler son identité? »

Il s'envola, fit un tour de la chambre puis vint se placer brusquement devant elle.

« Cinq ans! Cinq ans et toujours aussi bornée! »

« C'était pour le protéger!, défendit Tikki.

Elle s'était précipitée devant sa maîtresse, comme pour la protéger d'un danger quelconque.

« Le protéger? Le protéger de quoi!? Et qui le protège maintenant? Qui est là pour lui maintenant? »

Il pointa un doigt sur Marinette, les yeux en feu.

« Elle est la raison de sa disparition. Elle est la raison pour laquelle il a enlevé sa bague! »

« Tu ne peux pas savoir ça! », s'écria Tikki.

« Je le sais Tikki! Je le sais! Et tu es aussi fautive qu'elle. À chaque fois qu'on a un nouveau porteur, c'est la même rengaine. À. Chaque. Fois. Combien de fois faudra-t-il que je te le dise? Ce n'est pas eux que tu protèges Tikki, c'est toi! Et c'est la même chose pour Marinette. Elle n'a jamais été capable de lui faire assez confiance pour croire qu'il pourrait la protéger jusqu'au bout, alors que lui aurait donné sa vie pour elle! », cracha-t-il avec sarcasme.

Il lança à nouveau un regard plein de rage à Marinette.

« La destruction de Paris par Chat Blanc, c'était il y a cinq ans ! CINQ ANS MARINETTE ! Tout a changé depuis, TOUT ! Mais chez toi, il n'y a jamais rien qui change ! »

Un long silence envahi la pièce alors que Plagg tentait en vain de reprendre sa respiration. Il ferma les yeux, comme pour tenter de se calmer, puis ouvrit la bouche.

Mais aucun son ne sorti. À la place, son corps se mit à trembler.

« Non... non, non, non, gémit-il. Pas maintenant! Il… Il s'est aperçu que je ne suis plus là. Il… Il m'appelle. »

Il se tourna à nouveau vers Marinette, le regard soudain paniqué.

« J'ai besoin de plus de temps…, reprit-il rapidement. Je… Je sais que tu es là pour lui… mais… j'aurai aimé que… j'aurai voulu que les ch… »

Puis, aussi vite qu'il était apparu, Plagg disparu devant ses yeux.

Le silence envahi la pièce, comme si le Kwami n'avait jamais été là.

Tikki plaqua une de ses pattes contre sa bouche, les yeux agrandis par l'effroi. Elle n'eut pas besoin d'expliquer ce qu'il venait de se passer. Marinette ne le savait que trop.

Découvrant l'absence de Plagg, Chat Noir avait compris. Alors il avait à nouveau enlevé sa bague.

Tikki ouvrit la bouche pour parler mais Marinette ne l'écoutait plus.

Seules les paroles de Plagg résonnaient dans sa tête.

Seule la douleur d'un corps poussé à bout se manifesta.

Alors elle s'effondra.