Naruhina2, ton commentaire m'a fait tellement plaisir que... voilà la suite, un peu plus tôt que prévu!
Et je dois vous prévenir... Ce chapitre fait 11 000 mots! Ma moyenne est de 3 500 mots normalement, haha! J'ai réussi à le diviser en deux, mais en tout, il aurait normalement fait 3 chapitres!
J'espère que vous allez aimer :)
CHAPITRE 11
Vivre dans la peau d'une super héroïne n'avait jamais été facile pour Marinette. Alors qu'avec les années, elle avait compris que c'était une libération pour Chat Noir, une sorte de porte de sortie, les choses avaient pris une tournure complètement différente pour elle.
Ses années au collège et au lycée l'avaient physiquement épuisé. Forcée de balancer ses deux vies, elle avait passé de nombreuses nuits blanches. Le nombre de devoirs augmentant sans cesse, les examens importants qu'elle avait dû passer, les contrats de couture et de création qui s'entassaient, en plus des attaques incessantes et impromptues du Papillon sans oublier les patrouilles, tout cela avait parfois été trop pour la jeune-femme.
Ayant confiance qu'elle et Chat Noir réussiraient à vaincre le vilain, elle avait toujours su que ces temps difficiles finiraient par prendre fin, mais elle avait dû attendre trop longtemps.
Seule la présence de Chat Noir lui avait donné la force de continuer. Le garçon, direct et honnête, vivait pleinement sa vie lorsqu'il le voulait, aimait et le montrait, riait aux éclats lorsqu'il était heureux, n'hésitait pas à montrer son mécontentement lorsque quelque chose ne lui plaisait pas.
Chat Noir avait toujours été comme ça.
Mais Marinette, elle, gardait les choses en elle. Elle gardait au fond d'elle son amertume face au fait que ses notes n'avaient jamais plus été les mêmes, sa tristesse de remettre un projet qu'elle aurait pu rendre un peu plus parfait si elle en avait eu le temps.
Étant Ladybug, elle se devait d'être toujours souriante devant le public, de cacher son épuisement, son exaspération. Elle gardait en elle ses sentiments réels, comme elle avait gardé si longtemps ceux qu'elle éprouvait pour Adrien.
Puis, lorsque les choses s'étaient envenimées, lorsque ses mensonges avaient été révélés de la pire des manières par Lila, lorsqu'elle avait perdu la confiance de ses amis et de ses parents, elle avait tenté de garder la tête haute. Elle avait tenté par tous les moyens d'étouffer à l'intérieur d'elle les sentiments de honte, d'injustice, de deuil et de colère qu'elle éprouvait.
Interdite de dévoiler son identité, elle avait dû ravaler ses paroles et accepter. Accepter que tant qu'elle serait Ladybug, ce serait elle seule contre le reste du monde. Tant qu'elle serait une héroïne et qu'elle porterait le poids du monde sur ses épaules, que sa vie ne lui appartiendrait plus.
Vaincre le Papillon était devenu son seul espoir et lorsqu'elle avait réalisé qu'elle ne pouvait même pas garder un seul emploi, elle avait pris la décision drastique de mettre sa vie de côté jusqu'à ce qu'elle puisse la récupérer en mettant un terme définitif aux actions du vilain.
Et lorsque Plagg se présenta chez elle cette soirée-là d'automne, Marinette n'était plus que l'ombre d'elle-même. Car les choses n'auraient jamais dû tourner ainsi. Pour elle, vaincre le Papillon aurait été le début d'une nouvelle aventure, le début d'une nouvelle liberté.
Ses épaules se seraient relâchées, elle aurait pu repenser à son avenir, renforcer les liens avec ses amis et sa famille, recommencer à respirer librement.
Mais c'était loin d'être le cas.
S'il lui restait encore de l'espoir avant la défaite de leur ennemi, tout s'était envolé au moment où elle avait découvert qui se cachait derrière le masque, au moment où son compagnon avait disparu.
Et face aux accusations de Plagg, tout ce qu'elle avait gardé à l'intérieur d'elle depuis si longtemps explosa. Son monde explosa.
Tikki, incapable de révéler son identité, avait dû lancer tout ce qui lui était tombé sous la main afin de faire le plus de bruit possible et d'attirer l'attention de ses parents, et lorsque Sabine et Tom découvrirent Marinette allongée sur le sol, inconsciente et incapable de se réveiller, un vent de panique entra dans leur foyer et une ambulance fut appelée.
Marinette fut transportée à l'hôpital le plus proche et transférée dans une des chambres adjacente à celle qu'Adrien avait utilisée. Au grand étonnement de ses parents, les médecins découvrirent que Marinette souffrait de malnutrition, de déshydratation et de manque de sommeil. De plus, une fièvre forte l'accablait.
Il fallut deux jours à la jeune-femme avant de se réveiller. D'abord perdue, elle éclata en sanglot lorsque ses souvenirs remontèrent à la surface. Tom et Sabine entendirent à plusieurs reprises les mots « Tikki », « Chat Noir », «je dois le retrouver », mais ne purent ni décortiquer, ni comprendre ce que leur fille disait. Devant l'impossibilité de la calmer, les médecins durent lui faire ingérer des calmants qui eurent pour effet de la plonger à nouveau dans un sommeil profond.
Il fallut une autre journée avant que le personnel médical ne découvre l'origine de la fièvre de Marinette. Il fut décidé qu'elle relevait de sa détresse mentale et, calmée par la médication, ils envoyèrent un psychologue et un psychiatre parler avec elle.
Les résultats furent peu concluant, la jeune-femme refusant de révéler quoique ce soit de sa vie. Mais, lorsque le soir de la 4e journée arriva, et comme si elle avait attendu ce moment depuis des années, elle ouvrit la bouche et dévoila, sans s'arrêter et dans un flot continu, toute la vérité à ses parents.
Se contrôlant à peine, elle ne put retenir ses secrets plus longtemps et Tikki fut forcée de se dévoiler.
Entrecoupée par ses hoquets et ses larmes, Tom et Sabine l'écoutèrent jusqu'à ce que Marinette, épuisée, leur ai tout révélé et s'endorme devant eux. Alors, à l'abri des regards, ils pleurèrent eux-aussi une longue partie de la nuit.
Durant des années, à partir du moment où leur fille avait été accusée de mensonges et de vols, ils avaient eu beaucoup de peine à reconnaître leur petite Marinette. Ils avaient douté d'elle, ils s'étaient même retournés contre elle à plusieurs reprises. Ils n'avaient pas compris pourquoi elle avait été incapable de garder un seul emploi, pourquoi même ses meilleurs amis l'évitaient et pourquoi elle semblait avoir tout abandonné.
Et ce jour-là, à l'hôpital, ils découvraient que leur fille n'était autre que l'héroïne qui s'était jetée corps et âme dans les combats quotidiens afin de sauver le peuple de Paris. C'était elle qui avait sauvé chacun des membres de sa famille, chacun de ses amis ainsi qu'un nombre incalculable d'inconnus et qui, malgré le fait que le monde entier s'était retourné contre elle, n'avait jamais abandonné une seule âme.
C'était elle qui avait dû, par obligation, mentir et disparaître, afin de remplir ce rôle qui ne lui donnait aucune gratification, aucune récompense en retour.
C'était elle qui, face à de fausses accusations, avait gardé le silence et continué son chemin, seule et meurtrie.
Leur fille était l'être le plus exceptionnel qu'ils aient jamais rencontré, et ils ne l'avaient pas vue, alors qu'elle était devant leurs yeux. Et ils n'avaient pas vu combien ses souffrances étaient profondes. Ils n'avaient pas vu qu'elle était si préoccupée par Adrien et par Chat Noir qu'elle avait cessé de manger et de dormir correctement. Ils n'avaient pas vu la détresse de leur propre fille.
Ils pleurèrent longtemps à côté de Marinette, cette soirée-là, et même les paroles de Tikki ne parvinrent pas à apaiser leur cœur. Mais lorsque la jeune-femme se réveilla le lendemain matin, ils lui sourirent et cachèrent les détails de leurs cœurs, décidant de ne pas surcharger Marinette alors qu'elle vivait déjà d'intenses émotions.
Ils auraient le temps. Plus tard.
Parler à ses parents et tout leur dévoiler calma enfin le cœur de Marinette. Partager la lourde charge qu'elle avait sur les épaules avec d'autres personnes l'aidèrent à voir les choses sous une autre perspective et les conseils sages de sa mère la rassurèrent légèrement.
« Ma chérie, lui avait-dit Sabine, si Chat Noir ne tenait pas à toi, il ne se serait pas éloigné de toi ainsi. Oui, il se passe quelque chose, mais y penser et se torturer comme tu le fais ne t'aidera pas à comprendre. Tu le sais, au fond de toi, qu'un jour il reviendra. »
Ces paroles furent comme un baume sur le cœur blessé de Marinette et elle réalisa au fil des jours que sa mère avait raison.
Chat Noir l'aimait, la respectait. Il avait aussi toujours eu besoin de vivre complètement ses émotions afin de passer à autre chose. Elle devait apprendre à prendre sur elle et attendre qu'il revienne à elle.
Les choses ne furent cependant pas toujours aussi faciles. Se réhydrater, manger chacun de ses repas et contrôler sa fièvre aidèrent Marinette à redevenir un peu plus posée et rationnelle, mais parfois, la panique montait à nouveau en elle et elle perdait à nouveau le contrôle de son corps et de son esprit. Dans ces moments-là, ses parents et Tikki se regroupaient autour d'elle et la soutenait de leur mieux. Parfois, elle était forcée de prendre la médication prescrite afin de se calmer.
Elle aimait dormir et grâce à la médication, elle pouvait trouver refuge dans le monde inconscient, là où elle pouvait tout oublier, mais dormir aussi profondément avait un prix. Au moment du réveil, il y avait ces quelques secondes où tout était effacé de sa mémoire, où tout semblait si beau, où elle sentait à nouveau le bonheur.
Puis venait l'atterrissage brutal, lorsque ses souvenirs revenaient en fureur, ravageant à nouveau son cœur et lui rappelant que son Chaton n'était toujours pas revenu auprès d'elle. Alors les larmes s'échappaient à nouveau de ses yeux dans une cascade incontrôlable et il lui fallait de longues minutes avant d'être capable de se calmer à nouveau.
De retour chez elle, ces épisodes continuaient mais elle préférait cela aux nuits d'insomnie peuplées de cauchemars. Parfois même, elle décidait de dormir durant la journée. Parce qu'elle était épuisée, mais parfois aussi parce qu'elle choisissait de fuir la réalité quelques heures encore.
Un bruit de froissement de papier la tira doucement de son sommeil une fin d'après-midi, alors qu'elle s'était endormie dans le salon. Ouvrant les yeux, son regard s'arrêta sur le plafond de sa salle à manger, qu'elle ne reconnut pas au premier abord.
Fermant à nouveau les yeux, elle essaya de se souvenir de qui elle était, et de l'endroit où elle était, lorsque le bruit de froissement de papier se fit à nouveau entendre.
Elle tourna alors la tête et son cœur reconnu la personne qui se tenait à côté d'elle avant même que son esprit ne le fasse.
Assis, adossé contre le canapé sur lequel elle était allongée, un jeune-homme blond lui tournait le dos et regardait ce qui lui semblait être un paquet de feuille.
Bien qu'il soit de dos, elle connaissait si bien sa gestuelle qu'elle sut à l'instant même qu'il était en pleine concentration et qu'il ne l'avait pas encore entendu se réveiller.
Le cœur battant à tout rompre, son esprit se réveilla soudain, avec une telle puissance que Marinette eut l'impression d'être arrachée à elle-même.
Chat Noir était là, à côté d'elle.
Tous ses sens s'allumèrent, son corps se réchauffa, sa respiration s'accéléra et tout prit vie. L'espoir s'engouffra dans son ventre, ses muscles s'engourdirent et elle se releva aussitôt, se laissant glisser rapidement aux côtés de son compagnon.
Celui-ci sursauta et lorsque Marinette attrapa son visage entre ses mains, il ouvrit grands les yeux, étonné.
Le vert émeraude rencontra le bleu du ciel.
La réalité la frappa si fort et si durement que son souffle fut coupé au même instant. Tout lui revint. Tout. La découverte de l'identité du Papillon, la disparition de Chat, la douleur d'Adrien. Tout.
Et tout s'effondra à nouveau dans l'univers de Marinette.
Ce n'était pas Chat Noir qui se tenait devant elle, mais Adrien.
Les larmes se mirent à dévaler sur ses joues, et sa gorge se serra à l'en étouffer.
Elle avait confondu Adrien avec Chat et les sensations de son être tout entier étaient soudain trop douloureuses à porter devant l'immense déception qu'elle vivait.
Alors tout sorti d'elle avec la force d'une tempête qui s'acharne et qui hurle.
« Marinette! »
Elle sentit à peine les mains d'Adrien attraper les siennes afin de les écarter de son visage.
« Marinette! Que… que se passe-t-il? »
La panique dans la voix d'Adrien ne lui parvint même pas tant elle se noyait dans sa propre peine.
Elle sentit soudain les bras fort du jeune-homme l'entourer et la soulever. Puis, il s'installa doucement avec elle sur le canapé.
« Je ne comprends pas, lui dit-il d'une voix douce tout en écartant les mèches qui se collaient à son visage. S'il te plaît, dis-moi ce qui ne va pas Marinette. »
Mais repenser encore et encore à l'instant où elle avait cru revoir son compagnon était trop douloureux et lorsqu'elle essaya d'ouvrir la bouche, aucun son cohérent ne put sortir.
Alors Adrien attendit patiemment, passant affectueusement ses doigts dans les cheveux de Marinette et déposant, de temps à autre, un léger baiser sur le haut de sa tête.
« J'ai… J'ai c-cru…, tenta-t-elle d'expliquer entre deux hoquets incontrôlables, j'ai cru qu'il était r-revenu. »
Elle sentit le corps d'Adrien se figer devant sa déclaration.
« Qu-quand… quand je t'ai vu… j'ai cru que c'était l-lui… »
Une autre vague d'émotion l'envahi au moment-même où Adrien se remit enfin en mouvement. Il glissa les mains autour de la taille de la jeune-fille et la serra contre lui avec force.
« Je suis désolé Marinette. Je suis tellement désolé… »
La chaleur de ses bras apaisa doucement la jeune-femme et, après un long moment, elle fut enfin capable de se calmer.
Elle détestait se voir ainsi. Elle détestait être incapable de contrôler ses émotions. Il lui semblait qu'en l'espace de quelques semaines à peine, elle avait pleuré pour toute une vie.
Cette personne n'était pas elle, ce ne pouvait pas être elle. La courageuse Marinette, la forte Ladybug.
Et voilà qu'elle s'effondrait devant la dernière personne au monde à qui elle avait voulu montrer ses faiblesses.
Une fois assez calmée pour parler, elle prit une profonde inspiration et passa sa manche sur ses yeux.
« Comment… Pourquoi es-tu ici? », demanda-t-elle à Adrien d'une voix encore trop tremblante.
Une des premières choses qu'elle avait dite à ses parents lorsqu'elle s'était réveillée dans la salle d'hôpital avait été de ne prévenir personne. Elle avait tant insisté que ses parents avaient été forcés de lui promettre de ne rien dire. Seule la famille proche avait pu la visiter.
Elle avait reçu quelques messages de ses amis, mais avait trouvé, comme à son habitude, des excuses assez plausibles qui les avaient convaincus de reporter à plus tard une sortie prévue ou une visite.
Et pourtant, Adrien était là.
« Tu me manquais Marinette. »
Il s'écarta légèrement et elle put voir un sourire doux et affectueux se dessiner sur les lèvres du jeune-homme
Elle détourna vite la tête, réalisant soudainement qu'elle ne devait pas être très jolie à voir.
« Ça fait plusieurs jours que je viens à la boulangerie. Tes parents sont de très mauvais menteurs, tu sais. »
Elle se força à rire légèrement et se pencha vers la table, attrapant un mouchoir au passage et entreprit de sécher plus complètement son visage.
Lorsqu'elle eut fini, Adrien resserra à nouveau son étreinte contre elle, lui laissant peu d'espace pour respirer.
« J'ai réussi à passer la porte sans être vu et je t'ai trouvé en train de dormir sur le canapé.»
Quelques semaines auparavant, la proximité du jeune-homme aurait sûrement court-circuité son système, mais à ce moment-là, elle se rendit compte qu'elle lui apportait soutien et réconfort. C'était comme si sa présence pouvait tout calmer en elle et apporter à son corps meurtri le repos dont elle avait tant besoin.
Il était à ce moment-là une ancre sur laquelle s'attacher, tout comme Chat Noir l'avait toujours été.
Elle s'efforça d'effacer la pensée de son compagnon et se concentra sur Adrien. Son regard avait légèrement changé, paraissant soudainement plus sérieux.
« Jamais je n'aurais cru… »
Il s'interrompit et regarda à terre, à l'endroit où il avait été assis plus tôt. Marinette suivi son regard et tomba sur le dossier qu'Adrien avait tenu en main à son réveil.
Elle réalisa avec effroi que c'était le compte-rendu des médecins de l'hôpital.
« C'est grave Marinette. Tu étais à l'hôpital pendant plusieurs jours, tu… tu ne mangeais plus, tu ne dormais plus. Je croyais… »
Elle vit les joues d'Adrien prendre une couleur rosée et compris que ses émotions prenaient elles aussi le dessus sur lui.
« Tu ne nous as rien dit. Tu ne m'a rien dit. »
« Adrien… »
« Ils disent que tu souffres d'une maladie psychomatique, la coupa-t-il. Que tu vis une détresse intense… »
« Je… »
« C'est ma faute, n'est-ce pas? »
Marinette se figea et écarquilla les yeux. Adrien la regardait, si proche d'elle, si dévasté.
Elle leva une main vers son visage et la posa délicatement contre sa joue.
« Non, bien sûr que n… »
« Ne me ments pas », coupa-t-il, d'une voix ferme, la faisant sursauter légèrement.
Elle tressailli devant le choix des mots qu'Adrien venait d'utiliser.
Marinette mentait. Souvent. Elle inventait des excuses, elle s'éclipsait, mais jamais, jamais il ne lui en avait fait la remarque.
Et il avait été le seul à ne jamais perdre confiance en elle.
La jeune-femme ravala difficilement sa salive, tentant de contrôler les larmes qui lui montaient à nouveau aux yeux. Adrien leva la main et attrapa celle que Marinette avait posée sur sa joue. Il la pressa tendrement contre son visage.
« Je ne voulais pas te faire sursauter. Je suis désolé. Je… Je veux juste que tu sois franche avec moi, sans crainte de me blesser. »
De son bras libre, il desserra sa prise autour d'elle, se positionnant de manière à pouvoir la regarder dans les yeux. Puis, avec toute la douceur qu'il possédait, il continua.
« Je… Je suis déjà blessé Marinette. J'aurais aimé que tu me parles de tout ça mais… mais je comprends pourquoi tu ne l'as pas fait. Je voudrais simplement que tu puisses t'appuyer un peu plus sur moi, que tu puisses avoir assez confiance en moi pour me dévoiler tes craintes, tes déceptions, tes moments de bonheur, tes… tes secrets. »
L'implication dans les paroles d'Adrien fut très claire pour Marinette. Son regard se fixa dans celui du garçon pendant de longues secondes.
Elle eut soudain envie de tout lui dire, comme elle l'avait fait avec ses parents. Elle eut soudain envie de se confier, de partager ses sentiments avec lui, de tout lui dévoiler d'elle mais lorsqu'elle ouvrit la bouche, son corps même l'empêcha de continuer.
Il était Adrien Agreste. Le garçon dont elle avait détruit la vie.
S'il l'apprenait, elle le perdrait. Si elle le perdait, elle se doutait bien qu'elle n'aurait plus la force de vivre.
Elle referma la bouche puis la rouvrit. Mais encore une fois, elle hésita.
Elle avait accepté depuis des années qu'Adrien ne tomberait jamais amoureux d'elle. Mais c'est au moment du dévoilement de l'identité du Papillon qu'elle avait réalisé que même si les sentiments de son ami pouvaient changer envers elle, que jamais, jamais elle ne pourrait être avec lui.
Elle avait donc décidé d'être là pour lui, de le soutenir, de travailler toute sa vie au bonheur d'Adrien, comme pour se racheter du mal qu'elle lui avait fait, et par la même occasion, elle avait cessé de décortiquer, de penser ou d'analyser les sentiments qu'elle éprouvait pour lui.
Mais il avait raison. Les maux de son cœur étaient liés à lui. À lui, à Chat Noir, à Gabriel Agreste, à son identité d'héroïne, à ses secrets et ses émotions enfouis en elle depuis trop longtemps.
Mais que pouvait-elle réellement lui dire? Comment rassurer le jeune-homme qui, elle en était sûre, souffrait beaucoup plus qu'elle?
Les épaules d'Adrien s'affaissèrent imperceptiblement et il tourna son visage, cachant de son mieux la déception qu'il ressentait devant le silence de son amie.
Alors le cœur de Marinette parla plus vite qu'elle.
« J'ai… j'ai envie de tout te dire Adrien. J'ai toujours eu envie de te confier ce que je vis. À toi, à Alya et à Nino mais… c'est tout simplement impossible… »
Adrien tourna à nouveau la tête, un léger froncement dans les sourcils.
« Mais pourquoi? »
Marinette serra la mâchoire et ravala difficilement sa salive.
« Parce que si tu savais, ce serait la fin de notre amitié. »
Elle n'avait pu finir sa phrase que sa voix tremblait déjà, les larmes qu'elle n'était plus capable de contrôler envahissant ses yeux.
Alya et Nino auraient sûrement compris. Ils avaient eu eux aussi à vivre des situations aussi compliquées qu'elle, mais tout était différent pour Adrien.
« Je ne veux pas te perdre. Et… il y a plus que ça mais c'est tellement… compliqué. »
Parce que la raison principale de son silence durant toutes ces années avait été de protéger ses êtres chers, et c'était ce qu'elle comptait continuer à faire. Parce qu'il y aurait d'autres vilains, d'autres personnes prêtes à tout pour capturer son Miraculous et celui de son compagnon.
Elle avait déjà mis ses propres parents en danger. Comment pouvait-elle aussi mettre Adrien dans une situation périlleuse? Cette raison en elle-même était suffisante pour la convaincre de ne rien dire, sans compter sur le fait qu'elle était responsable de la perte de sa famille et qu'elle ne pouvait pas le perdre maintenant, alors qu'il était le seul à rester réellement à ses côtés.
Elle entendit Adrien s'esclaffer doucement et lorsqu'elle leva les yeux vers lui, son regard était rempli d'une gentillesse si profonde qu'elle s'immobilisa.
« Marinette. »
Il attrapa sa main et la serra doucement dans la sienne.
« Tu ne me perdras pas. C'est tout simplement impossible. »
Sa voix était calme et posée, comme s'il énonçait une certitude indéniable.
« Tout est possible Adrien… »
Il secoua la tête et un doux sourire apparu sur ses lèvres.
« Non, je t'assure que c'est impossible. Écoute-moi. »
Il pencha la tête sur le côté et tenta de s'accrocher au regard de Marinette.
« S'il te plaît, écoute-moi. Je ne serai jamais en colère contre toi. Jamais. »
Elle leva doucement les yeux vers lui.
« Tu ne sais pas qui je suis réellement. »
« Je n'ai pas besoin de tout connaître de toi pour savoir qui tu es. Ton regard, tes gestes, tes sourires. Dans chacune de ces choses, je peux voir ton cœur. Je peux sentir qui tu es. Et rien ne peut m'empêcher de tout aimer de toi Marinette. Rien. »
Les joues de Marinette prirent soudain une teinte rosée, alors qu'une chaleur intense envahissait son corps au complet.
Il venait de lui dire qu'il l'aimait.
C'était la première fois qu'il prononçait ces mots envers elle.
Elle avait toujours su qu'il l'appréciait et qu'il la tenait en haute estime, mais l'entendre le lui dire avait plus d'effet que n'importe quel geste, que n'importe quel sourire.
Pourtant, une tristesse immense envahi le cœur de Marinette au même instant.
Il l'aimait peut-être beaucoup, mais il n'en restait pas moins que les choses tourneraient très différemment s'il savait qui elle était et ce qu'elle avait fait.
Comme s'il avait lu dans ses pensées, il continua.
« Pour me faire du mal Marinette, il t'en faudrait vraiment beaucoup. Il faudrait que tu sois sournoise, fausse, manipulatrice. Il faudrait que tu sois quelqu'un comme Lila, et ça n'arrivera jamais. »
« Il y a d'autres manière de blesser quelqu'un. »
« Oh ça, je le sais Mari… Et pourtant… Même les pires blessures ne sont pas assez douloureuses pour que je puisse haïr ou rejeter quelqu'un. Je n'éprouve même pas de haine envers mon père. Malgré tout ce qu'il a fait. Parce qu'il l'a fait par amour pour moi, même s'il aurait dû faire autrement. Je n'éprouve de haine pour personne. »
« Même pas pour Ladybug? »
La question était sortie d'un coup et Marinette le regretta aussitôt. Devant elle, Adrien s'était immobilisé et était soudain devenu silencieux.
Il fallut seulement quelques secondes à la jeune-femme pour réaliser que ses pires craintes étaient peut-être réellement fondées. Adrien détestait sûrement Ladybug et jamais, jamais il ne pourrait lui pardonner les gestes irréparables qu'elle avait commis.
Pourtant, le corps d'Adrien se détendit, puis, malgré son regard troublé, un sourire apparu sur son visage.
Un sourire étrangement triste.
« Même pas pour Ladybug. »
Le cœur de Marinette sauta un battement alors qu'une nouvelle tendresse se lut dans le regard du jeune-homme.
« Comment pourrais-je seulement lui en vouloir? Elle a sauvé ma vie, elle a sauvé mes amis. Elle a sauvé ma famille. »
Quelque chose dans le corps de Marinette se mit à trembler, comme si les fondements de ses croyances, de ses certitudes venaient de percuter une force mille fois supérieure.
« Elle s'est toujours battue pour le peuple de Paris, continua-t-il. Malgré sa double-vie, malgré ses défis, malgré ses craintes peut-être aussi. Elle n'a… jamais choisi d'être une héroïne. Mais elle a tout d'une héroïne et elle a fait son devoir en sauvant Paris. »
La chaleur intense envahi le corps de Marinette qui se mit soudain à brûler vivement.
Se pouvait-il vraiment qu'il ne la blâme pas pour ce qui était arrivé, alors qu'elle-même était rongée par une féroce culpabilité?
« S'il y a quelqu'un à blâmer, ce serait mon père. Elle n'est pas responsable des choix qu'il a faits. Et puis, je sais que si elle avait pu, elle aurait sauvé ma mère. Je le sais. »
Il hésita un instant puis continua.
« Cette journée-là, lorsqu'elle a réalisé qu'il fallait son Miraculous pour sauver la vie de ma mère, elle a voulu le faire. Elle a voulu la sauver. »
Ce fut comme si le temps s'arrêtait et qu'une douche froide venait de se déverser sur Marinette. Elle se sentit chavirer.
« Comment… comment peux-tu savoir ça? »
Son esprit se mit à fonctionner à toute vitesse. De quoi Adrien parlait-il?
« C'est… Chat Noir. Chat Noir me l'a dit. »
Le monde de Marinette tourna de plus belle autour d'elle et elle se fit force pour ne pas s'accrocher aux rebords du canapé.
« Qu… quoi? Qu… quand ça? »
Adrien ferma les yeux un instant, comme s'il essayait de contrôler les images d'un souvenir douloureux et il se passa une éternité avant qu'il n'ouvre à nouveau la bouche.
« À la sortie de l'hôpital. Il est venu me voir. »
La gorge de Marinette se sécha d'un coup et ses mains devinrent soudainement moites. Un millier de questions envahirent son esprit en même temps.
Il s'était transformé? Il était allé voir Adrien? Mais pourquoi? Et pourquoi n'était-il pas allé la voir, elle? Pourqu…
« C'est lui…, reprit Adrien d'une voix tremblante. C'est lui qui a empêché Ladybug d'enlever ses boucles d'oreilles. C'est lui qui a empêché le sauvetage de ma mère. C'est lui qui a pris la plus cruelle des décisions. »
Marinette plaqua une main sur sa bouche alors que le moment décrit par Adrien la frappa de plein fouet.
Sous le choc de la découverte de l'identité du Papillon, sous les supplications de ce dernier, elle avait inconsciemment porté la main vers ses oreilles.
Et Chat Noir l'avait arrêté au même moment.
Chat Noir avait alors pris sur lui le poids de la décision de ne pas sauver Émilie.
Elle étouffa un hoquet alors qu'elle réalisa ce que son compagnon avait dû vivre, et ce qu'il s'infligeait peut-être encore à ce moment-là.
« Il se sent coupable… »
Elle avait pratiquement chuchoté en elle-même ces paroles, mais il lui sembla qu'elles atteignirent Adrien de plein fouet.
« Il… Il ne sait pas comment vivre après avoir pris une telle décision. Il est… perdu. Déboussolé. Et il ne peut pas regarder Ladybug dans les yeux, il ne peut pas lui dire… »
« C'est pour cette raison qu'il a disparu? Parce qu'il a honte? »
Adrien baissa les yeux mais Marinette insista.
« Lui as-tu dit? Lui as-tu dit tout ce que tu viens de me dire à propos de Ladybug? Qu'il n'avait pas le choix, que c'était la seule décision à prendre?»
Le jeune-homme ne répondit pas.
« Pourquoi… Pourquoi décide-t-il de vivre les choses seul? A-t-il… oublié qu'il a une partenaire? Ne pense-t-il pas que Ladubug vit les mêmes choses que lui? Qu'ensemble, ils pourraient se soutenir, s'entraider? »
« Il y a… beaucoup plus que ça… »
« Quoi de plus Adrien? »
La colère, l'inquiétude, l'anxiété mangeaient Marinette de l'intérieur.
« Je croyais qu'il l'aimait! Qu'il se battrait toujours à ses côtés! »
Le jeune-homme ferma la bouche, choqué, et regarda Marinette avec une telle agonie que ce fut comme s'il la giflait. Ce fut un rappel que devant elle se tenait la véritable victime et que ses questions paraissaient complètement insensibles à son chagrin.
Une larme coula sur la joue du jeune-homme. Aussitôt, Marinette s'approcha un peu plus de lui, émue par la réaction d'Adrien mais aussi par ses propres sentiments.
Elle devait se rattraper, elle devait le consoler, mais une partie d'elle voulait tellement en savoir plus. Elle voulait tellement comprendre. Elle voulait absolument retrouver Chat Noir!
Adrien fut plus rapide qu'elle, et lorsqu'il ouvrit les yeux, seul un murmure s'échappa de ses lèvres.
« Il l'aime tu sais. Il l'aime… à la folie, mais… »
Une autre larme s'échappa de ses yeux.
Mais quoi, Adrien, mais quoi?
Mais il ne finit jamais sa phrase et s'écarta de Marinette soudainement, se levant du canapé.
« Je… Je vais aller me prendre un verre d'eau si tu permets. »
La jeune-femme hocha la tête mais le reste de son corps resta immobile alors qu'une autre vague d'émotion l'envahissait.
Elle se força à se lever aussi et se dirigea aussitôt vers la salle de bain.
À l'intérieur, elle ouvrit l'eau du robinet et se mouilla le visage, s'efforçant d'effacer toute trace de larmes et de chagrin.
Selon les paroles d'Adrien, Chat Noir vivait une culpabilité aussi étouffante que ce qu'elle éprouvait elle-même. Et si elle se fiait à ses paroles, son compagnon ne pouvait pas lui faire face.
Il avait enlevé sa bague. Il refusait de lui faire face, mais il refusait aussi de se confronter à Plagg. Pourtant, il savait que Ladybug devait vivre des émotions similaires.
Il y avait beaucoup plus derrière son absence qu'une simple honte de se montrer à elle. Il refusait d'écouter ses messages et il n'était pas apparu une seule fois au procès pour l'aider. Tout cela ne lui ressemblait pas.
Quelque chose était forcément en train d'arriver. Quelque chose d'autre, quelque chose de plus fort encore.
Mais quoi?
Elle entreprit d'attraper une serviette et s'essuya le visage.
Elle vit alors son reflet dans le miroir et fut choquée de réaliser qu'elle n'était plus que l'ombre d'elle-même. La fatigue se reflétait dans ses yeux et elle se demanda depuis combien de temps elle n'avait pas réellement sourit.
Elle pensa à Adrien qui l'attendait sûrement dans le salon et prit une grande inspiration. Hormis ses parents, il était son seul réconfort, son seul allié et son cœur se réchauffait à l'idée qu'elle pouvait encore compter sur lui, que malgré son chagrin, il était toujours là pour elle.
Et elle pour lui.
Elle entendit soudain trois petits coups à sa porte.
« Marinette… »
Adrien l'attendait de l'autre côté. Elle se retourna et attrapa la poignée.
« Je suis désolée Marinette…, continua son ami d'une voix douce et grave. Me rappeler de tout ça est… dur à supporter. Pardonne-moi s'il te plait. »
Elle ouvrit la porte, faisant sursauter Adrien en même temps.
Elle s'approcha de lui et leva la tête.
Il avait vraiment beaucoup grandi et la dépassait largement maintenant, alors elle entoura sa taille de ses bras et posa la tête contre son torse.
« Il n'y a rien à pardonner, lui répondit-elle d'une voix douce. J'ai été insensible, c'est moi qui suis désolée… »
Les bras d'Adrien entourèrent ses épaules et ils restèrent ainsi un instant.
Puis le jeune-homme se racla la gorge.
« As-tu…, commença-t-il avec hésitation. As-tu déjà eu des sentiments pour Chat Noir? »
Par chance, la prise d'Adrien était assez forte pour empêcher Marinette de tomber à la renverse. Sa respiration se coupa et son cœur sembla s'arrêter.
« Qu… quoi? P-Pourquoi dis-tu ça? »
Comment Adrien en était arrivé à une conclusion pareille?!
Il relâcha Marinette puis se recula légèrement, lui souriant avec gêne.
« En fait, j'ai souvent voulu t'en parler mais… je n'ai jamais vraiment osé… »
Il prit une profonde respiration.
« Le jour où tu as été akumatisée, il s'est passé quelque chose. »
L'estomac de Marinette fit un tour complet dans son ventre.
Son akumatisation avait été terrifiante pour elle. Se réveiller dans son salon, sans aucun souvenir de ce qui venait d'arriver et dans l'impossibilité de regrouper ses pensées, de voir Chat Noir, le regard paniqué, au-dessus d'elle, prononcer des mots qu'elle avait eu du mal à comprendre, tout cela avait été trop pour elle.
Puis il y avait eu cette impression d'impuissance et d'effroi lorsqu'elle avait vu l'Akuma s'envoler vers les toits de Paris. Il lui avait fallu quelques secondes pour comprendre ce qui était arrivé et machinalement, elle avait hurlé à son compagnon de suivre le papillon noir, réalisant que si elle ne l'attrapait pas au plus vite, s'en était sûrement fini de Paris et des Miraculous.
Elle avait ensuite peiné à suivre Chat Noir et attraper l'Akuma, et lorsqu'elle avait cherché à en savoir plus sur ce qui lui était arrivé, son compagnon était resté muet puis avait rapidement disparu.
« Que s'est-il passé? », demanda-t-elle, l'angoisse lui tortillant le ventre.
Adrien hésita un instant, puis ses épaules s'affaissèrent.
« Je suis désolée Marinette. On dirait que tout ce dont on parle ce soir ne fait que blesser l'un, ou l'autre. Je viens de réaliser que parler de ton akumatisation ne va sûrement pas t'apporter beaucoup de joie. Tu n'as pas besoin de ça maintenant. »
Elle sourit devant la considération d'Adrien.
« À vrai dire, personne n'a jamais pu me dire ce qui était arrivé. Ni Chat Noir, ni Ladybug alors… Je me suis toujours demandée… »
Adrien plongea ses yeux dans les siens un instant, comme pour chercher à déceler le moindre mensonge, la moindre faille, mais, n'y trouvant que sincérité, il sourit tendrement.
« L'Akuma est allé dans ta sacoche en fait mais… ta transformation n'a jamais été complète.»
Son regard se troubla légèrement.
« Tu… tu es tombée à genoux, tu tremblais beaucoup et moi… Je ne pouvais rien faire. Tu résistais si bien Marinette, je n'avais jamais vu ça avant. Et tu lui parlais, à… à mon père, au Papillon… Il semblait essayer de te convaincre de te transformer complètement, de te donner pouvoir et puissance mais tu résistais. Tu étais si forte. »
Marinette avala chacun des mots d'Adrien. Dans son regard, elle pouvait y lire tellement d'admiration qu'une chaleur agréable envahi tout son être.
« Puis Chat Noir est arrivé. Il m'a dit de partir mais lorsqu'il s'est approché de toi, tu t'es tournée vers lui et… ton regard Marinette… »
La jeune-femme eut soudain peur. Ce fut comme si son sang se glaçait lentement dans ses veines. Avait-elle dévoilé son identité sans le vouloir? Chat Noir avait-il su, tout ce temps, que…
« Tu venais de dire que tu m'aimais, et je t'avais souvent vu me regarder avec beaucoup… d'admiration, si je peux le dire comme ça? Mais le regard que tu lui as lancé était tellement… intime, comme si tu le connaissais à la perfection, comme s'il n'y avait que lui, comme si vous partagiez une complicité incroyable. »
Marinette aurait dû se sentir rassurée à ce moment-même, de comprendre qu'Adrien n'avait pas fait le lien entre elle et Chat, mais les mots du jeune-homme résonnèrent dans son esprit.
Lorsqu'Alya décrivait la relation entre Chat Noir et Ladybug, elle parlait souvent d'une relation explosive, contradictoire. Il était de notoriété publique que Ladybug ne partageait pas les sentiments de son compagnon. Elle avait été claire là-dessus pendant longtemps.
Et elle avait toujours tout fait pour que le mur entre elle et Chat soit toujours en place. Ses défenses avaient légèrement craquée lorsqu'Alya et Nino était devenu l'Akuma Oblivio et qu'elle s'était réveillée dans les bras de son compagnon. Elle s'était posé plusieurs questions sur le fait d'être tombée amoureuse aussi rapidement de Chat Noir mais avait vite chassé ces pensées qu'elle avait jugées sans importance.
Ce n'est que lorsque Chat Noir s'était fait akumatisé et qu'elle avait réalisé qu'ils avaient vécu une grande romance dans un futur qui n'existait maintenant plus qu'elle s'était sentie ébranlée dans ses convictions.
Alors elle s'était relevée et s'était juré de ne jamais, jamais tomber amoureuse de lui. De ne jamais lui permettre de prendre son cœur, et même s'il y avait eu des moments de faiblesses, des moments où cette barrière avait disparu complètement, elle l'avait remise en place aussitôt.
Et bien qu'elle le regrettait aujourd'hui, il en avait toujours été ainsi.
Et pourtant, ce qu'Adrien décrivait, c'était une Ladybug sans son masque, sans son armure protectrice, le cœur ouvert et au bout des bras. La personne qu'Adrien décrivait était une fille sans peurs ni frontières, une fille complètement à découvert et visiblement très éprise.
Éprise de son compagnon.
La monde de Marinette tourna autour d'elle et elle dû se concentrer de toutes ses forces pour ne rien laisser paraître devant Adrien.
Son akumatisation s'était passée deux ans auparavant. Au moment où elle était amoureuse d'Adrien… Alors, comment…
Non, c'est impossible. Je n'étais pas… je ne suis même pas… amoureuse… de Chat…
« Tu lui as ensuite dit que tu étais heureuse de le voir, parce qu'il… parce qu'il était la personne la plus importante de ta vie. »
Elle fut soudain incapable de bouger tant l'étonnement la frappa fort.
« J'ai... J'ai vraiment dit ça? »
Adrien hocha la tête et Marinette remarqua qu'il la regardait avec une telle intensité, une telle curiosité inquiète qu'elle fut incapable d'analyser plus en profondeur les mots qu'Adrien venait de prononcer.
« Je…, bredouilla-t-elle. Je ne l'ai rencontré que quelque fois… Comment aurais-je pu être amoureuse de lui? Ou lui dire ça… Tu… Tu es sûr? »
Un certain espoir envahi son être.
Elle ne pouvait pas lui avoir dit ça. C'était impossible. Il n'était pas… Il ne pouvait pas être l'être le plus important pour elle.
Pas à ce moment-là. Pas maintenant non plus.
Cela aurait été cruel. Cruel de réaliser de tels sentiments alors que tout était peut-être déjà fini…
« Oui, vraiment sûr… »
Le regard d'Adrien fouillait le sien, comme à la recherche d'indices. Comme pour comprendre un peu plus la fille devant lui.
« Oh Adrien, finit-elle par répondre, je t'assure que j'étais vraiment éprise de toi. Je n'aurai pas… pu… aimer un autre que toi. C'est impossible… »
Elle avait pratiquement murmuré ces derniers mots. C'était impossible, non? Elle avait aimé Adrien depuis les premiers jours de leur rencontre. Chat Noir n'avait pas pu s'incruster dans son cœur sans qu'elle ne s'en aperçoive…
Adrien passa à nouveau ses bras autours d'elle et la serra fort, mais même la proximité de son ami ne put calmer son cœur.
Parce qu'à ce moment-là, une sensation d'effroi avait pris place dans son être.
Et il n'y avait plus aucun endroit où s'enfuir, plus aucune muraille à construire.
Elle était en cet instant-même si vulnérable et son cœur était si confus qu'elle ne pouvait qu'accepter la douloureuse réalité.
Chat Noir était réellement la personne la plus importante dans sa vie. Et depuis longtemps.
Une nouvelle vague d'émotion l'envahi, lui enserrant la gorge, lui picotant les yeux.
Elle avait été tellement déraisonnable!
Le rejeter constamment, le repousser, l'empêcher de s'exprimer. Ne jamais lui donner sa chance…
« Alors tu l'as reconnu, entendit-elle Adrien murmurer. Ton cœur l'a reconnu… »
Elle ferma les yeux et resserra son étreinte autours d'Adrien. La gorge serrée, elle était incapable d'ouvrir la bouche pour s'exprimer. Et qu'aurait-elle pu lui dire de toute façon? Mentir et justifier les raisons pour lesquelles tout était absurde, qu'elle ne connaissait pas réellement Chat Noir?
Elle ne le pouvait pas. Elle ne le pouvait plus.
Bien sûr que son cœur l'avait reconnu. Parce qu'il avait toujours été là, pour la protéger, pour la sauver, pour l'encourager, pour lui remonter le moral, pour la guider, l'aimer, lui rendre le sourire, la cajoler, la gâter.
Bien sûr qu'il était la personne la plus importante de sa vie.
Il était son âme sœur et son cœur l'avait reconnu avant que son esprit ne l'accepte.
« On… on retourne s'assoir? », proposa timidement Adrien.
Quelque chose dans sa voix reflétait une douce joie et ses yeux brillait d'affection, mais Marinette le remarqua à peine, trop consciente de ses propres émotions pour s'en apercevoir.
Lorsqu'ils se rassirent l'un proche de l'autre, comme s'il n'y avait aucune autre place faite pour eux en ce monde, Marinette se força à se concentrer sur le garçon qui était devant elle, à ce moment-là, et non sur celui qui avait déserté et laissé son cœur en douleur.
À présent, devant elle, se tenait celui des deux qui était réellement à ses côtés à ce moment-là. Et elle l'aimait aussi. Et elle était toujours indéniablement attirée par lui, par ses mains, par son sourire et sa tendresse.
Son cœur était vraiment divisé.
Et elle sentait qu'il était temps de lui en parler.
« Adrien… »
Il leva un regard interrogateur sur elle.
« Tout à l'heure, tu… tu as dit que ce qui m'arrivait était ta faute. »
Une ombre trouble passa soudain dans le regard d'Adrien.
Il avait raison, pensa-t-elle, c'est la soirée des confessions douloureuses finalement…
Elle s'en voulu presque de faire disparaître le peu de bonheur qu'elle venait de voir passer dans ses yeux.
« C'est… c'est surtout ma faute… », reprit-elle.
Cette fois-ci, ses sourcils se froncèrent légèrement.
« Tu me demandes si c'est ta faute, reprit-elle. Mais c'est surtout la mienne. »
Elle prit une grande inspiration.
« Je ne suis pas capable de gérer correctement mon anxiété. Je garde énormément de choses en moi. Les émotions que je vis, je ne les exprime pas. J'ai toujours… toujours été comme ça. »
Le regard d'Adrien si bienveillant, si enveloppant, et son attention si complètement tournée vers la jeune-fille que Marinette baissa les yeux pour trouver la force de continuer.
« Cela fait maintenant plusieurs années que je vis des situations qui me stressent, que je dois faire face à de nombreux deuils. Le deuil de la fille parfaite, le deuil de la créatrice parfaite. Le deuil de l'élève parfaite. »
Le deuil de l'héroïne parfaite.
« Et tout ça… tout ça était déjà difficile à gérer mais lorsque… »
Elle avala difficilement sa salive et réalisa qu'elle s'était mise à trembler légèrement.
« … lorsque ton père… lorsque tu… »
Elle s'arrêta de parler et ferma les yeux. Mais maintenant n'était plus le temps de penser, de réfléchir. Si Adrien avait besoin de son honnêteté, elle devait la lui donner.
Et elle se le devait surtout à elle-même. Garder ses émotions en elle avait été beaucoup trop dévastateur.
Elle leva les yeux vers lui et plongea son regard dans le sien.
« Tu n'as pas idée à quel point tu comptes pour moi Adrien. »
La proximité de leurs corps, la main d'Adrien qui caressait maintenant doucement son avant-bras, tout cela permit à Marinette de sentir nettement la réaction d'Adrien à ses mots.
La respiration de son ami augmenta doucement et elle sentit une certaine chaleur émettre de lui.
Il ne lâcha pourtant pas son regard.
« J'ai arrêté depuis longtemps de réfléchir à mes sentiments pour toi, continua-t-elle avec courage. Je ne sais même pas où j'en suis, je… je ne veux pas le savoir. Mais… le fait est que tu es vraiment et incroyablement important pour moi. »
Elle l'aimait. Elle l'aimait vraiment mais ne pouvait plus définir exactement ce que cela signifiait. Plus depuis le moment où elle avait réalisé que Chat Noir avait une place tout aussi important voir même plus grande dans son cœur.
Une émotion nouvelle passa dans les yeux d'Adrien et elle sentit la main du jeune-homme attraper la sienne et entremêler leurs doigts ensemble.
Quelque part dans son torse, son cœur échappa un battement assourdissant.
Puis sa gorge se resserra à nouveau.
Elle devait lui en dire un peu plus.
« Il y a aussi quelqu'un d'autre… qui est tout aussi important pour moi… »
Elle avait déjà mentionné Chat à Adrien et il était maintenant temps de lui en dire plus.
« Ce… ce fameux garçon secret? »
Adrien avait prononcé ces mots dans un souffle, comme s'il avait été prêt depuis longtemps à entendre parler de celui qu'elle avait toujours caché à ses amis, comme s'il avait accepté qu'un autre pouvait avoir pris son cœur.
« Oui… »
Alors elle dût se faire force afin de garder contenance devant les émotions qui jaillirent à nouveau, comme à chaque fois qu'elle pensait à Chat Noir.
Adrien serra doucement les doigts de Marinette, l'encourageant à continuer.
« Il… On s'est connu il y a quelques années maintenant. On… travaillait ensemble. »
« À la boulangerie? »
L'estomac de Marinette se retourna légèrement. Elle aurait encore à mentir, mais c'était la seule manière de pouvoir tout expliquer à Adrien sans lui dévoiler sa véritable identité.
« Oui, à la boulangerie. On se voyait tous les jours, et on est même devenu une équipe incroyable lui et moi. As-tu déjà rencontré quelqu'un avec qui la connexion est si forte qu'il n'y aucun besoin de parler parfois, qu'on peut tout comprendre l'un de l'autre? »
Le regard d'Adrien se rempli soudain d'une tristesse si profonde que Marinette sut la réponse avant même que le jeune-homme n'hoche la tête.
« C'était comme ça entre nous, continua-t-elle, s'efforçant d'effacer les souvenirs qui s'incrustaient dans son esprit. C'était… C'est comme ça entre nous. C'est même devenu encore plus fort avec les années. »
« Je peux toujours compter sur lui, continua-t-elle. Je peux toujours m'appuyer sur lui. Mais… je l'ai fait souffrir. Je l'ai fait incroyablement souffrir. »
Adrien fronça les sourcils.
« Que veux-tu dire? »
« Après quelques temps, il m'a avoué ses sentiments. Et durant toutes ces années, il m'a aimé sans relâche et durant toutes ces années, je t'ai aimé toi Adrien. »
Marinette respira de son mieux, essuyant une nouvelle larme sur sa joue.
« Je n'ai jamais voulu le regarder, ni lui donner ne serait-ce qu'une chance. Il n'y avait que toi. Même quand tu m'as rejeté, même après tant de temps… »
Elle pleurait maintenant à chaudes larmes. Les doigts d'Adrien lâchèrent sa main et vinrent essuyer doucement ses joues.
« Et maintenant, je l'ai perdu… J'ai perdu le meilleur ami que j'ai jamais eu…»
« Comment ça? », demanda doucement Adrien.
« Il… Il est parti. Sans même m'expliquer, sans même me dire au revoir. Je l'ai cherché. Partout. »
Elle se tut, s'efforçant de ravaler sa peine mais c'était tout simplement impossible.
« C'est pour ça que tu partais toutes les nuits? Que tu partais durant le procès? »
Elle hocha la tête.
« Je suis désolée Adrien… Mais… »
Elle serra les points.
« Je suis tellement… stupide! »
Adrien passa son bras libre autours de sa taille et l'attira contre lui.
« Ne dis pas ça Marinette… Tu… Tu n'es vraiment pas à blâmer… »
« Alors pourquoi? Pourquoi est-il parti? Et surtout, pourquoi il m'a fallu autant de temps pour que je réalise que… pour que je réalise que… »
« Que tu es amoureuse de lui? »
Elle s'immobilisa.
« Quoi… »
Elle recula et dévisagea Adrien. Malgré le sourire triste qui ne quittait pas son visage, elle sentit qu'il était plus que sérieux.
Elle secoua la tête.
Fallait-il vraiment qu'elle mette un mot sur ses sentiments?
Fallait-il vraiment qu'elle accepte maintenant qu'elle l'aimait, alors que c'était trop tard?
« Je… Je… »
Elle secoua la tête avec plus de force.
« Je ne veux pas… être… »
Et pourtant, elle l'était.
« Oh Marinette. Tu es amoureuse de lui. »
Elle secoua à nouveau la tête, abattue et bouleversée.
Elle était incontestablement amoureuse de Chat Noir mais c'était loin d'être ce qu'elle voulait. Pas maintenant, pas lorsqu'il n'était plus là, pas lorsqu'elle était enfin dans les bras d'Adrien.
Adrien…
Elle releva le visage.
« Mais alors, ajouta-t-elle en plongeant son regard dans le bleu du ciel des yeux d'Adrien, consciente de la chaleur de son étreinte et de sa proximité, quelle… quelle est ta place? »
Quelle est ta place dans mon cœur? Quelle est ta place si Chat a pris la tienne?
Adrien la regarda longuement, alors que ses yeux se remplissaient eux aussi de larmes. Puis, il approcha son visage d'elle et posa doucement son front contre le sien.
Il haussa imperceptiblement les épaules.
« Je ne sais pas, murmura-t-il, et son souffle chaud lui caressa les lèvres. Je ne sais pas. Je… je ne sais plus. Je ne sais plus rien moi non plus Marinette. »
Le souffle de Marinette s'arrêta devant la proximité d'Adrien, devant ses hésitations, devant ses incertitudes.
Ce fut comme si elle se regardait dans un miroir, comme si leurs émotions respectives ricochaient les unes sur les autres. Et le vert des yeux d'Adrien se mélangeait si parfaitement au vert des yeux de Chat.
La tête de Marinette se mit soudainement à tourner devant le feu qui s'allumait en elle.
« Ce que tu subis, continua Adrien, je le lui fais subir en ce moment… »
Il recula alors, coupant la connexion entre eux, et Marinette se sentit comme arraché de son état précédent.
Il lui fallut quelques instants pour reprendre complètement ses esprits.
« Que… que veux-tu dire? », demanda Marinette, sentant soudain une tension l'envahir.
Adrien détourna la tête, comme honteux. Ses yeux, maintenant rougis par les larmes qu'il retenait, se baissèrent sur le sol.
« Depuis ce qui est arrivé à mon père, je n'ai pas reparlé à… à mon amie. »
Le cœur de Marinette se serra.
« Elle ne sait pas ce qui m'est arrivé. Je ne lui ai pas dit. »
La jeune-femme fronça les sourcils mais Adrien continuait de fixer le sol.
« Comment ne peut-elle pas savoir? Tu es Adrien Agreste. Je veux dire… »
« Elle ne sait pas qui je suis… », la coupa le jeune-homme.
Marinette ne comprenait rien.
De son plus lointain souvenir, il avait toujours aimé cette fille et elle avait toujours cru qu'elle était une de ses partenaires de mannequinat, alors comment…
« Nous sommes des… correspondants. »
Adrien tourna son regard et reprit la main de Marinette.
« Elle ne sait pas qui je suis, et je ne sais pas qui elle est. C'est… plus simple. Ne pas savoir que je suis un Agreste, ça nous a permis de nous connaître plus réellement. »
Il soupira puis leva le regard vers Marinette. Elle hocha la tête, comprenant tout à fait le sens de ses paroles. Adrien avait souvent été entouré, mais rarement par les bonnes personnes, surtout lorsqu'il était question de la gente féminine qui proclamait l'aimer mais qui n'en avait toujours eu qu'après sa richesse ou même son apparence.
« Lorsque tout est arrivé avec mon père, continua Adrien, je n'ai pas pu… »
Une expression douloureuse passa sur son visage.
« Comment lui dire? Comment… C'est tellement compliqué… »
« Pourquoi penses-tu que c'est si compliqué? »
Adrien hésita quelques instants.
« Parce qu'elle mettra la faute sur elle. Parce qu'elle souffrira de savoir que je suis Adrien Agreste. »
Marinette fronça les sourcils, tentant de comprendre.
« Mais pourquoi se mettrait-elle la faute sur elle-même? »
Adrien la regarda puis son regard glissa vers le dossier médical à terre.
« Parce que certaines personnes sont si bonnes du cœur qu'elles prennent le poids du monde sur les épaules. »
Il sourit à Marinette, comme pour lui rappeler qu'elle-même avait commis cette erreur. Mais la jeune-femme ne pouvait pas lui avouer qu'elle se sentait coupable parce qu'elle l'était réellement.
« Elle est comme ça, affirma Adrien. Elle est généreuse, elle aime les gens, elle pourrait se sacrifier pour eux. Et encore plus lorsque cette personne est un ami à elle, comme moi. »
« Adrien, tu es sûrement plus qu'un simple ami… Après tant d'années, tu ne peux p… »
« Je ne suis pas plus qu'un ami », la coupa-t-il avec gentillesse.
Il y avait une sorte d'acceptation dans son regard.
« Je ne serai jamais plus qu'un ami pour elle. Je l'ai à peine réalisé dernièrement. J'ai toujours eu cet espoir que les choses pouvaient changer, mais maintenant, c'est réellement fini. »
Les mots d'Adrien atteignirent Marinette en plein cœur.
Il abandonnait.
Il abandonnait celle qu'il aimait tout comme Chat Noir abandonnait sa Ladybug. Elle crut étouffer et ses émotions prirent à nouveau le dessus sur elle.
Autrefois, elle se serait jetée sur l'opportunité, elle aurait pris toutes les chances de son côté et se serait lancée.
Mais plus maintenant.
Elle attrapa la main d'Adrien et la tint fermement entre les siennes.
« Adrien, tu ne peux pas dire que c'est fini. Tu ne peux pas lui faire ça. »
Les larmes lui montèrent à nouveau aux yeux.
« Tu… ne… peux pas… la quitter sans explication. »
La douleur passa dans le regard d'Adrien et cette fois-ci, ce fut une larme de ses yeux qui s'échappa.
« Mari… J'ai retourné la situation dans mon esprit encore et encore et encore. Je ne peux pas lui écrire comme si de rien n'était. Je ne suis pas assez fort pour cacher mes émotions, pour ignorer mes sentiments lorsque… lorsque j'ai tant eu besoin d'elle à ces moments-là. Alors qu'elle est… tout pour moi. »
« Alors dis-lui qui tu es. »
Le cœur de Marinette saignait. Il saignait de chagrin. Pour sa relation chaotique avec Chat Noir, mais aussi pour celle d'Adrien et la fille qu'il aimait. Et il saignait de pousser le garçon qu'elle avait toujours aimé vers une autre, mais elle n'avait plus le choix.
« Adrien. Je sais que mes propres émotions face à mon meilleur ami parlent pour moi. Je sais que ma relation avec lui n'est pas la même que tu partages avec ton amie à toi. Mais j'ai vraiment mal. Tu le vois toi-même. J'ai si mal que je ne peux plus vivre correctement. Je sais qu'elle n'est pas comme moi, mais elle pourrait elle aussi avoir mal. Tu ne peux pas décider pour elle ce qu'elle ressent en ce moment-même, alors que tu as disparu. Peut-être qu'elle n'en pense pas grand-chose, mais j'en serai vraiment très étonnée Adrien. Surtout quand il est question de toi. Je suis sûre qu'elle attend de tes nouvelles avec impatience. »
Une longue pause s'installa entre eux et Marinette senti combien les pensées d'Adrien s'embrouillaient.
Elle avait réussi à créer une brèche dans ses certitudes et elle sentait que si elle poussait un peu plus, il déciderait de retourner vers cette fille mystérieuse. Et même si c'était douloureux pour elle, c'était le plus important.
Et s'il le faisait, alors il restait peut-être une chance, même infime, que Chat fasse la même chose avec elle.
Elle ouvrit la bouche à nouveau mais Adrien fut plus rapide.
« Marinette. »
Sa voix avait été douce, mais ferme, et la jeune-femme s'immobilisa devant le regard douloureux d'Adrien. L'affliction se lisait sur son visage, le découragement dans la façon dont ses épaules s'affaissaient. Il était réellement accablé et sa mâchoire, crispée par la concentration, trahissait ses efforts pour ne pas s'effondrer.
Elle leva alors la main et entreprit de caresser doucement les lignes tendues de son visage. Le geste fit frissonner Adrien, et lorsqu'elle retira sa main, elle senti son bras, celui qui n'avait jusque-là jamais quitté sa taille, exercer une légère pression. Comprenant la demande de son geste, Marinette leva alors les bras et entoura le cou du jeune-homme.
Sans tenir compte de ce qui les entourait, ils s'enlacèrent et se pressèrent l'un contre l'autre avec force. Ils restèrent ainsi un long moment, dans le calme serein du salon des Dupain-Cheng, alors que l'obscurité envahissait lentement la pièce.
« Je suis tellement désolé Marinette, murmura Adrien contre l'oreille de Marinette. Pour tout ce que tu vis. Je suis désolé de ne pas l'avoir vu plus tôt. Je suis désolé d'avoir rejeté tes sentiments il y a deux ans. Je suis désolé pour tellement de choses. »
« Et moi aussi Adrien, répondit-elle tendrement alors qu'une chaleur agréable envahissait à nouveau son corps. Tu mérites tellement mieux que ce que tu vis présentement. Tu mérites d'être choyé, aimé, d'être heureux. Et… un jour tu le seras à nouveau, j'en ai la certitude. »
Adrien relâcha la pression et ils s'écartèrent légèrement l'un de l'autre.
« Tu le penses vraiment? », murmura-t-il.
Le tourment qu'elle lisait dans les yeux de son ami poussa Marinette à s'exclamer avec conviction.
« Bien sûr Adrien, j'en suis même plus que certaine! Contrairement à ce que beaucoup peuvent penser, tu n'as jamais eu une vie facile… Tu as vécu tant de choses difficiles mais tu as toujours su garder le sourire. Tu as toujours su trouver le courage. La plupart des gens sont libres de choisir mais tu ne l'as jamais été. Mais on peut choisir notre voix, malgré les obstacles. On peut choisir notre bonheur. Ne te permets pas d'être malheureux, de rester malheureux. Choisis le bonheur Adrien. »
Il baissa les yeux.
« J'ai toujours eu cette impression…, commença-t-il, que le bonheur se refuse à moi. Depuis longtemps… »
« Alors continue de te battre pour lui. Change de stratégie. Réfléchis aux choses qui ne fonctionnent pas et trouve un moyen de résoudre les problèmes. Trouve les solutions. Fais une liste et fonce. Trouve ce qui t'apporte de la joie. Et trouve ce qui t'apporte du malheur. Puis fonce vers tes éléments de joie et supprime ton malheur. »
« Mais que faire lorsque… lorsque notre joie dépend de quelqu'un d'autre? Que faire si le choix que nous faisons n'est finalement pas le bon? »
Le ventre de Marinette se serra.
Elle avait déjà entendu et même lu que le bonheur venait de notre propre intérieur, que le bonheur ne devait pas dépendre d'une autre personne. Mais dans son propre cas, il était clair que son bonheur dépendait de celui qui avait disparu et elle savait plus que tout qu'il lui serait extrêmement difficile de trouver le chemin de la félicité sans lui.
Pourtant, à ce moment-là, dans les bras d'Adrien, elle eut l'impression que la guérison était possible. Que vivre à nouveau pouvait être possible. Que même si certaines cicatrises ne guériraient peut-être jamais complètement, que la vie valait la peine d'être vécue, d'être goûtée, d'être essayée.
Dans ses bras, elle retrouvait le goût de vivre. Et si c'était possible pour elle, cela l'était aussi pour lui.
« On fait tous de mauvais choix. Mais ne rien faire est pire. Ne rien faire est automatiquement un mauvais choix. »
Ils trouveraient leurs voies, que ce soit ensemble ou séparément, mais il fallait qu'ils les trouvent.
Adrien ferma les yeux et respira profondément.
« Que ferais-je sans toi Marinette? »
La jeune-femme sourit légèrement.
« Je me pose la même question à propos de toi. »
Adrien ouvrit à nouveau les yeux et le plongea longuement de ceux de Marinette. Malgré le léger sourire sur ses lèvres, une profonde tristesse régnait dans son regard.
« Nous n'avons… jamais été aussi proche. »
Un pincement douloureux agita le cœur de Marinette.
Ils n'avaient en effet jamais été aussi proches l'un de l'autre, et pourtant, ils n'avaient jamais été aussi loin non plus. Parce qu'ils n'appartenaient ni à l'un, ni à l'autre. Parce que leurs cœurs été pris par une autre personne que celle en face d'eux.
Et cette réalité était trop difficile à vivre.
Une larme s'échappa de la joue de Marinette et elle serra à nouveau Adrien dans ses bras.
« Je… Je ne peux plus jamais lui faire de mal… »
Elle avait murmuré cette phrase, la voix enrouée et tremblante.
La réalité était aussi simple que ça. Elle ne pouvait plus blesser Chat Noir et s'il restait ne serait-ce qu'un seul espoir de le revoir, elle ne pouvait pas permettre à son cœur de vaciller maintenant.
« Je sais…, murmura Adrien. Je sais… »
Il se mit à lui frotter le dos et Marinette se permit de profiter de ce geste apaisant.
Pour un soir peut-être seulement, elle se permettrait d'être réconfortée et de réconforter.
Pour un soir seulement, elle se permettrait d'être amoureuse de deux garçons en même temps.
