CHAPITRE 11.2
Ce fut aux aurores blêmes que Marinette fut réveillée par les mouvements d'Adrien.
Il lui fallut quelques secondes pour réaliser que les deux s'étaient endormis l'un contre l'autre sur le canapé, après avoir parlé une longue partie de la nuit.
Ses parents étaient rentrés dans la soirée et, après avoir partagé un repas ensemble, ils avaient décidé de laisser Adrien et Marinette seuls, réalisant combien la présence du jeune-homme avait un effet apaisant sur leur fille.
Marinette se releva, frissonnante, alors que le corps d'Adrien ne réchauffait plus sa peau.
« Marinette… »
Il avait parlé à voix basse mais la jeune-femme senti soudain la gravité dans sa voix.
Malgré la noirceur de la pièce, elle pouvait clairement le voir, grâce à la lumière de la lune.
Il était agenouillé par terre, en face d'elle, et son visage reflétait une agitation qu'elle avait rarement vue chez le jeune-homme.
« Adrien… Que se passe-t-il? »
Le garçon lui prit doucement la main et posa à nouveau son regard sur elle. Il se mordit légèrement la lèvre inférieure, l'expression sérieuse mais aussi douloureuse.
« J'ai… J'ai réfléchi toute la nuit à ce que tu m'as dit. À propos de tracer notre chemin, de choisir le bonheur, de travailler sur notre bonheur. »
Le ventre de Marinette se serra alors que l'inquiétude l'envahit.
Était-elle vraiment prête à entendre ce qu'il allait lui dire, alors qu'il la regardait avec tant de tristesse et d'angoisse?
« Et je suis d'accord avec toi. Je veux être heureux… Tu… Tu comprends? »
Elle hocha la tête, incapable de parler tant sa gorge se resserrait sur elle-même.
« Tu as… tant fait pour moi. Je… Je te remercie. Du fond de mon cœur Marinette. Je suis vraiment sincère. Ce que tu as fait pour moi, c'est… »
« Est-ce que tu me fais tes adieux Adrien? »
Elle ne put empêcher sa voix de trembler mais se fit force pour ne pas laisser de nouvelles larmes couler sur ses joues.
S'il fallait qu'il choisisse de retourner vers celle qu'il aimait, elle se devait d'être heureuse pour lui, elle se devait d'accepter ses décisions et de le soutenir, peu importe la douleur.
« Non Marinette. Bien sûr que non, je… »
Puis, il hésita. Longuement.
« Jamais je ne te laisserai Marinette, peu importe la vie que tu auras choisie, ou celle que j'aurai choisi… »
Mais…
Il y avait forcément un « mais ».
« … mais… certaines des décisions que j'ai prises pourraient être difficiles à accepter… »
Marinette s'efforça de toutes ses forces de ne pas flancher.
Adrien avait pris des décisions, et peu importe le mal ou la distance qui devrait forcément s'installer entre eux, elle serait là pour lui.
Elle se l'était promis.
« Me… me soutiendras-tu? »
Le regard brouillé d'Adrien toucha le cœur de la jeune-femme et elle lui sourit douloureusement, mais tendrement.
« Bien sûr Adrien. Toujours… »
Il baissa la tête et attrapa serra ses doigts un peu plus fort.
« Je veux juste que ce soit vraiment clair, continua-t-il. Mais sache que tu es vraiment spéciale pour moi Mari. Et que je serai toujours là pour toi, quoiqu'il arrive, même si mes… décisions… te sembleront égoïstes ou égocentriques. »
Il prit une profonde respiration.
« Et… Et si tu veux être avec lui, alors je te soutiendrai. Je ne veux que ton bonheur. »
Je veux aussi être avec toi.
Mais ça, elle ne pouvait pas lui dire. Parce que son cœur était trop déchiré pour faire un choix maintenant.
« Tu retournes vers elle, n'est-ce pas? »
Adrien ferma douloureusement les yeux.
« Oui, murmura-t-il. C'est un de mes choix. »
Alors sans même réfléchir, Marinette se pencha en avant et passa ses bras autour du cou d'Adrien. Elle glissa à terre et se retrouva à genoux, face à lui, contre lui.
« Marinette. »
Alors qu'elle s'était attendue à un rejet de la part de son ami, elle fut déroutée devant l'agonie qu'elle ressentit dans la voix d'Adrien.
Aussitôt, les mains du jeune-homme remontèrent dans son dos jusqu'à sa nuque et, glissant ses doigts dans ses cheveux, il attira le visage de la jeune-fille contre le sien.
Le cœur de Marinette s'emballa férocement, alors que le regard incandescent d'Adrien semblait vouloir la dévorer tout entière, descendant premièrement vers ses lèvres pour remonter lentement sur ses taches de rousseur et enfin, pour se plonger à nouveau dans son regard.
Alors que leurs cœurs battaient brutalement dans leur cage thoracique, le souffle chaud d'Adrien effleura ses lèvres et s'entremêla au sien.
Un seul geste, un seul mouvement et leur monde se rejoindrait.
Pourtant, les deux se figèrent au même instant.
Un chagrin indescriptible sembla les percuter au même moment. Dans les yeux d'Adrien, l'affliction et la torture se lisaient aussi clairement que les supplices du cœur de Marinette.
Ils ne pouvaient pas.
Ils avaient fait leur choix.
Alors doucement, Adrien s'avança et déposa un baiser sur la joue de Marinette, qui ne pouvait plus faire un seul geste.
« Je… Je t'appelle plus tard », lui chuchota-t-il en brisant la proximité entre eux.
Et, en quelques secondes à peine, il avait déjà disparu.
Il fallut de longues minutes à Marinette avant de retrouver l'usage de son corps et elle fut reconnaissante à Tikki de rester discrète et silencieuse à côté d'elle.
Un sentiment de chagrin, de deuil et de culpabilité se répandait dans son cœur, comme un poison dont on ne peut arrêter la progression.
Elle avait perdu Chat.
Et maintenant, elle avait perdu Adrien.
Pourtant, sa réaction fut différente à celle du passé.
Lorsque ses jambes le lui permirent, elle se releva et grimpa dans sa chambre. Puis, elle attrapa une couverture et escalada son lit afin d'accéder à son balcon.
Elle resta là, dans le froid du mois de novembre, durant de longues minutes. Peut-être même durant des heures.
Et doucement, ses pensées semblèrent s'éclaircir alors qu'elle se concentrait sur les sentiments qu'elle avait ressentis durant sa discussion avec Adrien.
Que la vie valait la peine d'être vécue. Qu'il y avait toujours de l'espoir. Qu'un jour, le bonheur aussi se montrerait à elle.
Un combat acharné se joua dans son esprit. Le découragement contre l'espérance, le désespoir contre la confiance, le chagrin et l'affliction contre l'espoir et l'optimisme, le deuil contre…
Soudain, son regard capta un mouvement bref, au loin.
Tout, absolument tout se figea en elle.
Elle agrippa la barre de son balcon avec une telle force qu'une douleur envahi ses doigts, mais rien de tout cela ne fit effet.
Elle venait d'apercevoir une forme en mouvement, là-bas, en contre-jour du soleil qui se levait sur les toits, proche de la Tour Eiffel.
Il semblait qu'elle venait de voir Chat Noir.
« Ti… Tikki. Dis-moi que je n'ai pas… rêvé. »
La Kwami à ses côtés avait elle aussi le regard dirigé dans la même direction. Elle semblait légèrement pâle.
« Non, c'est… c'est bien lui. Oh! Il… Il est en train de t'appeler. »
« Transformation ! »
Les jambes pétrifiées, Marinette était incapable de bouger. Elle ouvrit son yo-yo et vit le petit signe indiquant qu'elle avait reçu un message.
Les mains tremblantes, elle amena le yoyo à son oreille.
« Ladybug, résonna la voix de Chat Noir. Je suis de retour. Je t'attendrais en haut de la Tour Eiffel. »
Et le compte à rebours vers la finale commence!
