Non, ceci n'est pas le chapitre final. J'ai parlé d'un compte à rebours ;)
Merci pour vos supers commentaires! Je pense que les derniers chapitres ont été les plus populaires. Ce qui est drôle, c'est que lorsque l'histoire s'est formée dans mon esprit, les interactions entre Adrien et Marinette étaient quasi inexistantes. J'ai toujours été une fan incontestable du couple LadyNoir! Pourtant, plus j'écrivais, plus AdriNette ressortait, et finalement, il est devenu le couple central de mon histoire, et une histoire qui ne devait faire que quelques chapitres s'est transformée en ce que vous avez sous les yeux.
Je dois vous avouer que je suis complètement émerveillée par l'imagination de ceux qui ont créés l'univers Miraculous, et particulièrement par le carré amoureux (vous remarquerez que je DÉTESTE les foutus triangles amoureux et que Kagamis et Luka ne font qu'une brève apparition parce que j'y ait été forcée... GRRRR). Les différentes personnalités de nos héros, mêlées à l'action, la magie, la romance, oh la romance... Vraiment, tout pour me plaire! Je n'ai qu'une hâte: que la série soit reprise par je-ne-sais-qui et transformée en adaptation pour un public plus vieux (en attendant, merci Fanfiction pour les milliers d'histoires concernant nos deux héros!).
Mais bon, assez parlé. Vous n'avez qu'une hâte, c'est de revoir Chat Noir (si vous êtes comme moi :P). Alors bonnes retrouvailles et à bientôt :)
CHAPITRE 12
Si Marinette avait su qu'elle n'aurait plus été capable de bouger au moment du retour de Chat Noir, elle ne l'aurait pas cru.
Une main fermement agrippée à la rambarde de son balcon, l'autre tenant toujours son yoyo proche de son oreille, elle fixait son regard vers la Tour Eiffel, incapable de bouger, incapable de produire le moindre son.
Je suis de retour.
La voix de Chat résonnait dans son esprit et doucement, elle se fit force.
Elle se devait de lâcher la rambarde, de bouger ses jambes, de faire tournoyer son yoyo…
Doucement, ses muscles se mirent en actions. Ses gestes, lents et engourdis, la forcèrent à fournir un effort incroyable afin de mettre son corps en action, afin de retrouver le contrôle de son esprit, de ses pensées.
Comme un automate, elle s'élança dans les airs, laissant derrière elle la couverture chaude dans laquelle elle s'était réfugiée.
Le froid l'électrifia, lui permit de reprendre ses esprits alors que, déjà, elle atteignait le haut de la Tour Eiffel, son cœur battant désespérément.
Elle allait le revoir.
Ce fut comme si la réalité s'était envolée et soudain, elle eut des doutes. Devenait-elle folle? Avait-elle réellement reçu un message de son compagnon ?
Et déjà les souvenirs de sa soirée avec Adrien s'effaçaient, laissant place à une excitation, à une crainte incroyable.
Ses pieds se posèrent doucement sur le plancher de l'étage le plus haut de la Tour Eiffel et il ne lui fallut qu'une seconde pour apercevoir Chat Noir.
Son cœur chavira, son corps perdit ses forces.
Il se tenait dos à elle, au bord du précipice, et semblait regarder à l'horizon, là où le soleil commençait à apparaître.
Il ne bougea pas mais elle comprit aux mouvements de ses oreilles et dans sa gestuelle qu'il l'avait entendu. Un léger mouvement fit comprendre à l'héroïne qu'il était soudain tendu, mal à l'aise peut-être. Que le remord habitait son être tout entier, que la peur l'immobilisait.
Mais il y avait autre chose aussi. Quelque chose qu'elle se refusa d'identifier, quelque chose qui pouvait faire basculer son univers tout entier.
Puis une armée de pensées percutèrent son esprit.
Il était là, devant elle. Il était revenu. Et elle ne respirait plus.
Ses jambes se dérobèrent sous elle et elle se retrouva soudain à terre, le corps tremblant.
« Ladybug ! »
Avant même de comprendre ce qui lui arrivait, Chat Noir fut à ses côtés. Elle sentit avec une netteté claire ses deux mains puissantes se poser sur ses épaules et la retenir.
Puis ses sens le reconnurent complètement. L'odeur du cuir émanant de son costume, la chaleur de son corps, la douce pression de ses mains sur elle.
Il était vraiment à côté d'elle.
Alors elle prit une grande bouffée d'air et se mit enfin à respirer. Ses yeux se mirent à le chercher, à accrocher son regard et soudain, elle le trouva.
Inquiets, les yeux de Chat Noir semblaient chercher la moindre trace de blessures sur le corps de sa compagne.
Alors Marinette leva sa main et la posa doucement sur la joue de son compagnon.
Celui-ci se figea et pour la première fois depuis des semaines, les yeux de Chat se plongèrent dans les siens.
Tout trembla en elle.
« Tu es là… », souffla-t-elle d'une voix émue.
Une douleur aigue sembla passer dans le regard de Chat Noir et le jeune-homme détourna la tête, brisant le contact entre elle et lui. La mâchoire serrée, il baissa le regard et laissa tomber ses bras sur le côté.
Le froid s'immisça entre eux et il sembla à Marinette que son sang se glaçait aussi.
« Chat… »
Mais son compagnon ferma les yeux, comme en proie à une affliction profonde.
Alors Marinette laissa le silence s'installer entre eux, malgré le vacarme que son cœur et ses pensées provoquaient en elle.
Elle ne comprenait rien, mais il était là. Et même s'il semblait souffrir et qu'une inquiétude nouvelle la rongeait, il était quand même là.
Et s'il était là, c'était qu'il avait enfin accepté de s'ouvrir à elle, de lui redonner sa place dans sa vie. C'était du moins ce qu'elle se mit soudain à espérer.
Il était enfin là et un bonheur inexprimable semblait vouloir se frayer un chemin par chaque pore de sa peau, chaque veine de son cœur, et ce bonheur menaçait d'exploser.
« Où… Où étais-tu ? »
Elle avait à peine osé briser le silence, de peur qu'il ne disparaisse à nouveau sous ses doigts. Mais elle avait besoin plus que tout de l'entendre à nouveau. Elle avait besoin qu'il la regarde à nouveau.
Assise sur le plancher froid de la Tour Eiffel, elle serra les points afin de s'empêcher de s'approcher de lui et de se blottir contre sa chaleur.
Elle ne l'avait jamais fait. Elle avait toujours gardé une certaine distance avec lui.
Elle aurait le temps, plus tard, doucement, à leur rythme, même si tout en elle se languissait d'entamer cette nouvelle étape de leur relation.
Le visage de Chat Noir prit à nouveau une expression douloureuse et lorsqu'il leva les yeux vers elle, ses yeux étaient remplis d'une nouvelle agonie.
« Je suis… tellement désolé Ladybug… »
Il baissa les yeux, honteux.
« J'aurais dû te contacter dès les premiers jours. Mais… j'en étais incapable. J'ai… pensé à toi jour et nuit durant ces derniers mois… Pourtant… »
Il prit une profonde respiration et Marinette nota le tremblement dans sa voix.
« Pourtant… c'était impossible… »
Le corps tremblant, la jeune-femme se poussa légèrement du sol et se rapprocha de son compagnon. Elle le sentit se tendre mais son corps avait pris possession d'elle, et il lui avait manqué trop longtemps.
Alors elle leva à nouveau le bras, mais quelque chose l'arrêta dans le regard de son compagnon et elle hésita.
Le mur entre eux, celui qu'elle avait érigé, pouvait-elle maintenant le briser ?
Elle se refusa de penser qu'il pouvait être trop tard alors elle continua et approcha sa main de la joue du jeune-homme.
Elle sentit Chat Noir s'arrêter de respirer mais elle continua. Elle refusait de s'arrêter maintenant. Elle entreprit de caresser doucement sa joue, le cœur tremblant. À quelques centimètres d'elle, Chat Noir ferma les yeux et elle fut incapable de déchiffrer si son expression tourmentée était due à la douleur de ses caresses, ou à leur douceur.
«Tu es là maintenant… », lui dit-elle.
Elle avait tant souffert de son absence mais maintenant qu'il était là, c'était comme si rien d'autre ne comptait.
« … et on aura le temps… le temps d'en parler… Et ça va aller Chat, ça va… »
Il rouvrit les yeux et le cœur de Marinette sursauta.
Là, dans son regard, il y avait quelque chose de plus grand qu'une simple angoisse, qu'un simple regret. Il y avait une gravité sans nom.
Le corps de la jeune-femme réagit soudain sous la tension nouvelle qu'elle ressentit. Les battements de son cœur s'accélérèrent et elle sentit sa peau devenir moite.
Lorsque Chat Noir leva la main pour attraper la sienne et la séparer de son visage, elle se sentit chavirer.
Quelque chose n'allait pas.
Pourtant, il ne lâcha pas sa main et la serra fort dans la sienne.
« Ladybug. »
Elle se figea sous ses doigts.
Pas une seule fois depuis le début de leur rencontre, il ne l'avait appelé Ma Lady et la peur s'insinua en elle.
Elle eut soudain envie de s'enfuir, de se cacher, de protéger ses oreilles de ce que son compagnon s'apprêtait à lui dire.
Elle ressentit les mots de Chat Noir comme une claque assommante, comme un poignard qui s'enfonçait au plus profond d'elle.
« Je suis venu te faire mes adieux. »
Je suis venu te faire mes adieux.
Mes adieux…
Tout se figea. Tout.
La ville devint silencieuse, le vent froid s'arrêta de souffler, les rayons du soleil levant cessèrent de réchauffer sa peau et l'esprit de Marinette se figea.
Elle cligna des yeux plusieurs fois et secoua la tête.
Tout était soudain embrouillé en elle. Et ce qu'elle venait d'entendre… Ce ne pouvait pas être vrai.
« Qu… Quoi ? »
Devant elle, Chat Noir ferma les yeux et elle remarqua une larme glisser doucement de sa joue mais les émotions de la jeune-fille s'étaient elles aussi figées. Les larmes de son compagnon, les tremblements de sa main dans la sienne, sa voix étouffée, elle ne vit ni n'entendit rien de tout cela.
« Je suis… venu… te dire adieu. »
Cette fois-ci, elle comprit clairement et pourtant, rien n'avait jamais été aussi incompréhensible.
« Je… Je ne comprends pas. »
Il était enfin revenu. Et il était là, devant elle, en chair et en os, brûlant et vivant. Pourquoi parlait-il d'adieux?
« Je pars Ladybug. Je vais… partir. Loin. Et je ne reviendrai pas. »
Alors elle détourna le regard de ses yeux plein de sérieux et d'agonie.
Chat Noir n'avait jamais été sérieux, jamais complètement. Il avait toujours été plein d'entrain, plein de vie, plein de cette force calme et positive qui avait permis à Marinette d'affronter tous les défis.
Elle ne pouvait pas croire ce qu'il disait.
Elle se releva d'un coup.
« De quoi parles-tu Chat ? Je ne comprends pas. Je ne comprends rien. Sois plus clair. »
Il fallut quelques secondes au héros pour se lever.
« Je ne peux pas être plus clair Ladybug. Je pars et je ne reviendr… »
« Arrête ! »
Elle avait presque crié et son cœur tambourinait dans sa poitrine.
Elle se retourna brusquement vers lui et remarqua qu'il avait mis une certaine distance entre eux. Elle fit alors un pas dans sa direction.
Le jeune-homme ne fléchit pas mais elle sentit combien les émotions qui le traversaient menaçaient d'exploser à tout moment.
Tout comme les siennes.
« Ne dis pas que tu pars, tempêta-t-elle. Ne dis pas que tu ne reviendras jamais. Ce n'est pas toi. Tu ne nous as jamais abandonné, ni moi, ni les autres héros, ni Paris. Je ne peux pas te croire… Je refuse de te croire. Et… Et ne m'appelle pas Ladybug! »
Une autre larme coula sur la joue du héros et Marinette dû se faire force pour ne pas l'effacer brusquement.
Puis, Chat Noir avança d'un pas vers elle, rétrécissant encore un peu plus la distance entre eux et baissa la tête. Lorsqu'il plongea son regard dans le sien, elle n'y vit aucune colère.
Il n'y avait qu'acceptation, tendresse et douleur.
Il refusait de se battre contre elle. Pas alors qu'ils vivaient leur dernier moment.
Une nausée puissante envahi la jeune-femme.
« Pourtant c'est vrai… et… et tu n'as jamais réellement été ma Lady… », souffla-t-il.
Le poignard inséré dans son cœur s'enfonça un peu plus.
« C'est pour ça ? C'est… à cause de moi si tu… pars? »
Chat Noir secoua la tête.
« Est-ce qu'on te force à partir ? »
Il leva les yeux vers elle.
« Non… Personne ne me force. C'est… ma décision… Mais c'est… tellement compliqué. C'est… je ne peux pas t'expliquer… Mais non, ce n'est pas ta faute… »
« Tu ne… peux pas partir sans m'expliquer Chat. Tu ne peux pas me faire ça. »
Elle se força à respirer, à retrouver un semblant de contenance.
« Ne vois-tu pas comme c'est injuste ?, continua-t-elle. Ne penses-tu pas que je vais passer ma vie à me demander pourquoi? Est-ce que c'est à cause du Papillon? D'Adrien ? Et ce que c'est par honte?»
Le jeune-homme ferma les yeux douloureusement. Alors Marinette attendit, le cœur battant à tout rompre.
Lorsqu'il ouvrit la bouche, la douleur de ses mots la frappa.
« J'ai tout perdu Ladybug. Tout. J'ai perdu chacun des membres de ma famille. C'est… C'est arrivé quelque temps après avoir arrêté le P… le Papillon. »
« Co… Comment ? »
« J'ai dû… faire un choix. Un choix terrible. »
Un sanglot s'interrompit mais il se força à continuer.
« Et c'était… le bon choix, tu comprends ? Je sais que j'ai fait le bon choix. Maintenant je le sais mais… J'ai dû tout sacrifier… et... et comment pourrais-je un jour... me pardonner... pour ce que j'ai fait... »
Il échappa un autre sanglot et Marinette s'approcha de lui, tentant de fermer la distance entre eux.
Mais Chat Noir recula.
Marinette réalisa que c'était maintenant lui qui avait bâti son mur et qu'elle devait coûte que coûte le traverser avant de le perdre réellement.
« Chaton… Je suis là. Tu… Tu n'as pas tout perdu, je suis encore là. »
Il secoua la tête.
« Tu n'es pas là comme j'ai besoin que tu le sois. Tu n'es pas à moi Ladybug. Tu ne l'as jamais été. Et ce n'est pas un reproche, c'est juste que… »
« Je… Nous sommes quand même amis non ? Même des… meilleurs amis… Nous comptons l'un pour l'autre… Tu n'as pas tout perdu, tu… »
« Ladybug… s'il te plaît… »
« Chat… Je peux être là pour toi. Réellement là pour toi. Apprenons à nous connaître… Nos vraies identités… »
Elle eut l'impression d'avoir planté son propre poignard dans le cœur de Chat Noir.
« Tu veux… Tu veux connaître mon identité ? »
Les yeux de son compagnon reflétaient une complète incompréhension.
Elle hocha la tête.
Alors le jeune-homme ferma les yeux douloureusement, mais Marinette nota les points qui s'étaient serrés, sa mâchoire qui se crispait.
Elle sentit une colère grandissante émaner de son compagnon, une colère qu'il tentait de maîtriser. Et quand il rouvrit les yeux, elle s'était à peine effacée, laissant aussi place à la peine et au deuil.
« C'est trop tard », murmura-t-il.
Ce fut au tour de l'héroïne de se sentir envahi par une panoplie d'émotions fortes. Et cette fois-ci, elle brisa la distance entre eux et attrapa son compagnon par le col, le forçant à la regarder dans les yeux.
« Pourquoi, Chat Noir ? Pourquoi me rejettes-tu comme ça ? »
Le regard de son compagnon se troubla et autre larme coula sur sa joue.
« Je suis là, devant toi. Pourquoi ne me regardes-tu pas ? Tu dis que tu as tout perdu, mais je suis là. Tu dis que tu m'as toujours aimé, et je m'offre à toi. Alors pourquoi ? »
Elle sentit son corps vaciller.
« Tu t'offres à moi ? », souffla-t-il.
Le corps de la jeune-femme se figea mais ce n'était pas le moment d'hésiter. Elle savait qu'elle l'aimait et surtout, elle savait qu'elle ne supporterait pas le perdre.
Elle hocha la tête, le regard plongé dans le sien avec cet espoir étouffant qu'il répondrait à ses sentiments.
« Pourquoi… pourquoi maintenant ? »
Quelque chose dans la voix de Chat Noir sembla se briser et lorsque Marinette ouvrit la bouche, il ne la laissa pas continuer.
« Pourquoi maintenant Ladybug ? »
Elle ouvrit à nouveau la bouche.
« Non, la coupa-t-il. Écoute-moi! »
Son regard meurtri blessa profondément Marinette. Elle sentit qu'elle n'était plus qu'à un fil de le perdre.
« Je t'ai aimé pendant cinq ans Ladybug..., dit-il d'une voix tremblante, étant à peine capable de contrôler le flot de larmes qui coulait à présent. Cinq longues années. J'ai... tenté de t'oublier, j'ai tenté de... de sortir avec d'autres filles, de tomber amoureux mais ce n'est jamais arrivé. Je sais… Je sais que tu m'aimes. Mais pas comme moi je t'aime. Jamais comme moi je t'aime. »
Marinette voulu protester, mais Chat Noir attrapa fermement ses poignets, la forçant à le libérer de son emprise.
« Et j'ai passé… des années à attendre après l'amour de mes proches. J'ai attendu après ma m-m-mère, j'ai... attendu après mon père. J'ai fait tout ce qu'on me demandait, j'ai tout essayé afin d'être aimé mais… »
Sa voix se brisa et il lui fallut prendre une bonne respiration avant de pouvoir continuer.
« … mais jamais je n'ai reçu cet amour en retour. »
Alors il relâcha ses poignets et se retourna.
Elle le vit tenter de reprendre son souffle, de passer son bras sur ses yeux afin de chasser les larmes. Et elle sentit son désespoir au plus profond de son être.
Une larme coula sur sa joue, alors qu'elle réalisait combien elle en avait su si peu sur son compagnon. Lui qui avait toujours été si optimiste, si positif. Lui dont les convictions étaient si fortes, si inattaquables... Savoir qu'il avait tant souffert, si longtemps...
Elle s'approcha de lui et lui fit face.
« Je t'aime Chat... »
Le bras toujours sur les yeux, il étouffa un hoquet.
« C'est... Ce garçon que tu aimes… T-tu l'aimais... encore... hier, et tu l'aimeras sûrement... toute ta vie."
Il se mit soudain à sangloter et le cœur de Marinette se brisa.
"Tout comme... Moi... j-je t'aimerai toute ma vie..."
La jeune-femme plaqua sa main contre sa bouche alors qu'un spasme douloureux s'échappait de ses lèvres.
« Pour... pourquoi me quitter alors? Et... Et comment ne peux-tu pas croire que je t'aime Chat...? »
Il retira le bras de son visage. Rougis par le chagrin, ses yeux la couvrirent de tendresse, de bienveillance et pour la première fois depuis leurs retrouvailles, il lui sourit tristement.
« Je… Je sais que tu m'aimes… Mais pas comme moi, pas comme… »
« Chat, sanglota-t-elle avec la force du désespoir. Arrête de décider pour moi de ce que je ressens... Je t'aime Chat... Je t'aime... Pourquoi ne me crois-tu pas? »
Elle s'était avancée vers lui, presque contre lui et posa ses mains sur son torse, levant la tête afin de capturer son regard, mais il baissa les yeux vers le sol alors qu'une autre larme se frayait un chemin sur son visage.
« Tu… Tu as du mal à accepter mon départ, reprit-il. Ce que tu ressens, ce n'est pas… de l'amour… »
Elle remonta ses mains et les plaça de chaque côté de son visage.
Elle se sentait si désespérée, si misérable.
« Chat... Arrête ! Je t'en prie, arrête... Tu n'as pas le droit de mettre des mots sur ce que je ressens… Tais-toi et écoute-moi. »
Il attrapa à nouveau ses poignets mais Marinette ne relâcha pas sa prise. Les mains de son compagnon tremblaient et elle sut qu'il était à bout de force, que chaque mot le traversait, le renversait, l'accablait.
Elle sentit son combat contre lui-même. Elle sut qu'il voulait tant la rejeter, et pourtant tant la garder auprès de lui.
« Je suis... désolé... Ladybug, pleura-t-il doucement, mais je... je n'en peux plus... Je ne peux plus vivre comme ça. Je sais... Je sais que mes choix te paraitront égoïstes, je sais... que tu... ne me pardonneras sûrement jamais. Si... Si tu s-savais combien je m'en veux... de te faire subir ça… m-mais je dois partir. Et je… je dois m'éloigner de Paris et de… et de toi. »
Un sanglot s'échappa de chacune de leur bouche, alors que la douleur était si forte qu'elle en devenait paralysante.
« J'ai... J'ai le droit d'être aimé. D'être... réellement... aimé. J-je veux croire qu-qu'un jour, je serai... aimé... d'un amour v-véritable. Peux-tu... Peux-tu comprendre ça? »
Marinette se mit à pleurer à chaudes larmes et, doucement, il posa son front contre le sien.
"Non...", murmura-t-elle.
« C'est... trop tard… J'ai... J'ai pris ma décision… »
Incapable de prononcer un mot de plus, elle secoua la tête, pleurant sans arrêt.
Il détacha ses mains de ses poignets et les posa sur les joues de Marinette.
« Je te souhaite… d'être heureuse… toute ta vie. J-je te souhaite de t-trouver ta v… ta véritable âme-sœur. »
Marinette voulu protester mais Chat Noir pressa un peu plus fort ses mains contre son visage.
« J'espère que… tu ne m'oublieras j-jamais. M-mais que ces souvenirs seront… heureux… »
N'en pouvant plus, Marinette posa ses pouces sur les lèvres de son compagnon, l'intimant au silence.
Il ne protesta pas, incapable lui aussi de continuer à parler devant la peine que sa compagne ressentait, devant sa propre peine.
Et Marinette désespérait.
Comment pouvait-elle lui exprimer ses sentiments, lui faire comprendre qu'ils étaient réels et vrais ? Comment pouvait-elle seulement ralentir le temps et lui démontrer qu'elle pouvait le rendre heureux ? Comment, alors que les émotions de son cœur se déversaient sans arrêt, sans jamais lui laisser le temps de penser, de respirer?
Une vague de culpabilité intense l'envahit. Elle était responsable de ce qui leur arrivait. Elle n'avait jamais regardé dans sa direction et maintenant il affirmait que c'était trop tard.
Alors elle se pressa un peu plus contre lui et raffermi sa prise. Le front collé contre celui de son compagnon, les mains de chaque côté de son visage, elle réalisa qu'il était encore là, et que tout ce qu'elle avait à faire était de ne pas le lâcher. De ne jamais le lâcher. De ne jamais le laisser partir.
Elle refuserait de le laisser partir.
« Ladybug, sanglota-t-il contre elle, j'ai... toujours... respecté tes choix. Toujours. C'est à... mon tour... de te demander... de respecter les miens. »
Elle secoua la tête alors que tout en elle grondait, luttait. Il n'en était pas question. C'était impossible. Elle ne le pouvait tout simplement pas. Pas quand ils s'aimaient enfin mutuellement. Pas quand les choses pouvaient se terminer tout autrement.
« Je… r-refuse. »
« Ladybug… »
Les mains de Chat Noir exercèrent une pression sur son visage et elle fut forcée de le regarder. Le visage de son compagnon était baigné de larmes et tout, tout dans la gestuelle de son corps démontrait la souffrance intense qu'il vivait alors qu'il essayait de se séparer d'elle. Tout dans les tremblements de ses mains, de ses bras, dans les battements forts de son cœur montrait le supplice qu'il s'infligeait en voulant la quitter.
Et tout dans son regard dépeignait le tourment profond qu'il ressentait.
Alors Marinette se leva sur la pointe des pieds dans un mouvement désespéré et pressa ses lèvres contre celles de celui qu'elle aimait et qu'elle ne pouvait perdre.
Un son étouffé sorti de la bouche de Chat Noir mais la jeune-femme raffermi sa prise, ne laissant aucun espace entre eux, apportant à ce baiser tous les sentiments forts qu'elle voulait lui transmettre.
Et elle en avait beaucoup à lui révéler.
Contre ses lèvres douces, elle lui transmit toute la force qu'elle avait ressenti à chaque fois qu'elle avait perdu tout espoir, qu'elle avait cru qu'aucune solution n'existait mais que lui, par ses paroles et ses sourires, lui avait rendu.
Contre ses lèvres chaudes, elle lui transmit les sentiments qu'elle avait éprouvés pour lui depuis le début. Car il avait toujours été son meilleur ami, la personne en qui elle avait toujours pu avoir confiance, et cette amitié c'était transformée jusqu'à atteindre des proportions inimaginables.
Contre ses lèvres brûlantes, elle lui transmit sa peine, ses meurtrissures d'avoir cru le perdre et sa joie de le retrouver à nouveau.
Contre ses lèvres, elle tenta de lui transmettre tout ce qu'il représentait pour elle. Il était devenu sa raison de vivre et elle avait besoin de lui.
Mais dans ce froid de novembre, ses pensées et ses sentiments n'atteignirent pas le cœur de celui qu'elle aimait, parce qu'il était beaucoup trop tard. Parce qu'il ne pouvait plus dévoiler tout de lui sans la blesser profondément. Parce que savoir qu'il était Adrien et qu'elle avait participé à la destruction de sa famille anéantirait la jeune-femme. Parce qu'elle ne l'aimait pas réellement et qu'elle ne l'aimerait jamais, alors qu'il l'avait aimé pendant si longtemps, qu'il l'avait attendu pendant tant d'années sans jamais rien recevoir en retour.
Et en cette soirée-là, rien ne pouvait percer la conviction que son bonheur, si un jour il pouvait le retrouver, se trouverait partout sauf avec elle. Et que son bonheur à elle se trouverait partout, sauf avec lui.
La force des spasmes qu'il ne pouvait plus contrôler réussit à les séparer et Marinette le sentit reculer d'un pas, puis d'un autre, jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus le toucher, jusqu'à ce que son emprise sur lui n'exista plus.
"Pourquoi..., gémit-il. Pourquoi fais-tu ça? Pourquoi me faire... tant de mal?"
Le chagrin et la détresse assombrissaient complètement le visage de Chat Noir, qui, les poings serrés, la regardait d'un air fiévreux.
Alors elle se cacha le visage avec les mains, complètement anéantie et misérable.
"Je... ne... peux pas Chat..., je ne peux pas te perdre. Je ne peux pas te laisser partir. Pas... pas quand tu ne me laisses pas le temps de t'exprimer vraiment ce que je ressens, pas quand j'ai besoin de plus de temps! "
Alors elle retira ses mains de ses yeux et plongea avec force son regard dans le sien.
"Je ne te laisserai pas partir. Pas maintenant, ni jamais! Tu m'entends? Peu importe ce que tu essayeras. Je n'abandonnerai pas. Jamais! Jam... mmmph..."
Chat Noir avait fermé la distance si rapidement entre eux que lorsque ses lèvres s'écrasèrent contre les siennes, il fallut quelques secondes à Marinette pour réaliser ce qu'il se passait.
Ce fut alors comme si une tempête éclatait en elle. Un orage violent et incontrôlable qui détruit tout sur son passage.
Elle en oublia tout. Elle en oublia le chagrin, la douleur, l'agonie. Elle en oublia les semaines passées à l'attendre, à le maudire et à comprendre qu'elle l'aimait. Et elle en oublia de respirer.
Il ne lui laissa que quelques secondes pour reprendre son souffle et lorsqu'elle tenta d'appeler son nom, il l'embrassa à nouveau.
Plus doucement cette fois. Plus tendrement, avec une langueur presque triste, accablante.
Et elle ne fut plus capable de penser, de réfléchir ou de se battre. Car tout brûlait en elle.
Les doigts de Chat qui caressaient son visage pour ensuite se glisser dans ses cheveux brûlaient, ses lèvres qui ne cessaient de se détacher d'elle pour revenir aussitôt avec force brûlaient, son souffle brûlait.
Seules les larmes qui coulaient sur les joues de son compagnon restaient fraîches et, quelque part dans son esprit, Marinette se demanda pourquoi il pleurait encore.
Et pourquoi il tremblait autant.
C'est alors qu'elle se détransforma. D'un coup, sans avertissement, sans même avoir eu la volonté de le faire.
Instinctivement, la panique l'envahi et elle se détacha des lèvres de Chat Noir mais les mains de son compagnon restèrent sur sa nuque, fermes et inébranlables.
"J'espère qu'un jour..., lui murmura-t-il contre sa bouche, tu pourras me pardonner..."
Alors un effroi incomparable s'empara d'elle lorsqu'elle comprit.
"Non!"
Elle passa ses mains autour de la taille du jeune-homme et s'y agrippa comme si sa vie en dépendait, mais sans ses pouvoirs, elle était si faible et frêle. Sans Tikki et son costume enchanteur et protecteur, elle n'était plus que Marinette.
Une Marinette qui quelques jours à peine seulement avait eu grande peine à se tenir debout. Une Marinette fragile et exténuée.
"Adieu Ladybug..."
Il n'avait pas ouvert les yeux, pas même une seconde, et son visage, rongé par la douleur, s'écarta lentement d'elle.
L'adrénaline frappa Marinette de plein fouet, augmentant les battements de son cœur, accélérant sa respiration, lui apportant la dernière dose de force dont elle avait besoin pour empêcher l'inévitable.
Les mains de Chat Noir se détachèrent de sa nuque et d'un geste précis, il lança les boucles d'oreilles qu'il avait réussi à dérober sur le sol sur lequel ils se tenaient, à quelques mètres d'elle.
Ce fut à ce moment-là que la jeune-femme commit sa plus grosse erreur. Elle lâcha Chat Noir. Une fraction de seconde. Le temps de récupérer son Miraculous. Le temps de redevenir celle qui pouvait l'empêcher de commettre la pire des erreurs.
"Adieu Ma... Ma Lady..."
Ma Lady...
L'impact de ses mots fut si brutal sur son cœur qu'elle crut en perdre la raison. Une détresse extrême l'envahit. Elle suffoqua alors que ses mains tremblantes ne parvenaient pas à attraper ses boucles d'oreilles, alors que Chat Noir reculait vers le bord du précipice.
Elle n'eut pas le temps de se transformer à nouveau. Et lui n'ouvrit jamais les yeux.
Sans hésiter, il se retourna et sauta dans le vide.
Sans elle.
