Écrire et enfin réviser mes textes me prend beaucoup de temps. Celui-là en particulier ne me convenait pas. Voilà pourquoi je suis un peu en retard pour vous l'envoyer, mais je peux maintenant affirmer que je suis satisfaite.

J'espère de tout cœur que vous l'aimerez. Je ne sais pas combien de fois je l'ai joué dans ma tête avant de le poser sur papier XD

(Le prochain devrait arriver bientôt)

Bonne lecture!


CHAPITRE 14

« Tiens Tikki, mange ça le plus vite possible. »

Marinette tendait un macaron à sa Kwami qui, épuisée par les nombreuses heures de sortie de sa porteuse ainsi que par son utilisation du Lucky Charm, avait besoin de repos.

Marinette regarda l'horloge accrochée sur le mur de sa chambre. Vingt-cinq minutes. Chat Noir embarquerait dans un avion pour une destination inconnue dans vingt-cinq minutes.

Son estomac sembla faire un tour dans son ventre, comme à chaque fois qu'elle regardait l'heure, et son cœur battait si fort dans son torse qu'elle le demanda si elle tiendrait le coup jusque-là.

« Selon le GPS, dit Tom à voix haute, avec le trafic, on pourrait arriver dans 45 minutes. Est-ce que... avec tes pouvoirs, peux-tu te déplacer aussi vite qu'une voiture? »

La jeune-femme était à nouveau dans sa chambre et cherchait frénétiquement du linge à porter. Elle était sortie en pyjama de chez elle et n'avait pas eu le temps de s'habiller convenablement.

« Je ne prendrais pas le chemin des airs », répondit-elle en enfilant une veste par-dessus la robe qu'elle venait à peine de trouver, tout en essayant de brosser ses cheveux et de manger un bout de croissant.

Elle montra à son père la paire de lunettes qu'elle avait posée quelques instants plus tôt sur son bureau.

« Le Miraculous du Cheval me transportera. »

« Marinette! »

Sabine passa la tête à travers la trappe de sa fille, l'air inquiet.

« Je ne voulais pas t'inquiéter plus avec ça mais... quelque chose se passe. Avec Adrien. »

La jeune-femme se figea alors qu'elle replaçait un nouveau macaron dans son sac.

« Que veux-tu dire? »

Son regard se dirigea vers son horloge. Plus que vingt-quatre minutes. Avait-elle vraiment le temps de…

« Alya et Nino ont appelé toute la matinée. Et Chloé aussi. Ça semble concerner Adrien mais ils n'ont pas voulu m'en dire plus. »

Marinette hésita un instant. Il ne lui restait que quelques minutes pour trouver Chat Noir, et elle n'avait absolument pas le temps de s'occuper d'autre chose. Pourtant, son corps refusa de bouger.

C'était d'Adrien dont on parlait.

Elle se mordit la lèvre. Plus que vingt-trois minutes.

Elle se tourna vers Tikki qui entamait son deuxième macaron. Elle connaissait bien sa Kwami et savait que si elle avait besoin de forces pour retrouver son compagnon, Tikki devait être en forme.

Malgré la panique grandissante dans son ventre, elle plongea la main dans son sac et en ressorti son téléphone. Elle fronça les sourcils lorsqu'elle vit la trentaine de messages laissés par chacun de ses amis. Mais le temps lui manquait et elle passa très vite par-dessus, captant certains mots au passage.

Son cœur se mit à battre alors qu'une impression d'effroi l'envahissait. Il se passait réellement quelque chose avec son ami.

Elle s'arrêta soudain lorsqu'elle vit un message vocal laissé par Adrien. Selon l'heure et la date du message, il le lui avait envoyé juste après avoir quitté son appartement, tôt ce matin-là.

« Vous avez raison, informa-t-elle ses parents, levant la tête vers eux. Il… Il se passe quelque chose… »

Elle regarda à nouveau le message envoyé par Adrien, puis sa famille, et enfin l'horloge.

Vingt-deux minutes.

« Est-ce que… Est-ce que j'ai le temps de… »

Elle ne voulait pas, elle ne pouvait pas laisser qui que ce soit, ni quoique ce soit la distraire et pourtant, sa main tremblait.

C'était d'Adrien dont on parlait, et tout en elle l'urgeait de s'assurer qu'il allait bien. Même si cela semblait remonter à des siècles, le départ du jeune-homme de sa maison s'était fait depuis quelques heures à peine, et, vu l'état dans lequel il avait quitté Marinette, elle se doutait bien que la panique ressentie par leurs amis devait avoir un rapport avec les décisions difficiles qu'il avait eu à prendre la nuit passée.

Elle vit Tikki jeter un regard en direction de Plagg. Le pauvre Kwami, qui tournait en rond depuis son arrivée tant la nervosité l'affectait, s'était soudain figé.

Il regarda Tikki puis hocha imperceptiblement la tête. Alors la Coccinelle se tourna vers sa maîtresse.

« Il… Il me reste quelques minutes de repos encore, lui affirma la Kwami. Alors v-vas-y. Mais vite… »

Le cœur battant à tout rompre, Marinette prit une profonde inspiration.

L'angoisse de perdre Chat Noir, de ne pas arriver à temps la paralysait. Était-il préférable d'attendre?

Son indécision l'irrita. Elle n'avait de toute façon pas le choix de rester chez elle quelques minutes de plus.

Elle porta donc le téléphone à son oreille, soudain craintive de ce qu'elle allait entendre.

Dans sa chambre, le silence tomba, comme si chacun retenait son souffle et la voix d'Adrien sembla porter au-delà du téléphone.

« Salut Marinette... »

Sa voix, douce et pourtant teintée de tristesse, résonna et Marinette sentit à peine le tremblement de son corps s'intensifier légèrement.

« Je suis désolé de ne pas avoir été capable de te parler face à face et de t'expliquer ce que j'ai à t'expliquer par message vocal. Mais... Mais si tu avais essayé de m'en empêcher, je n'aurais sûrement pas pu résister. Je te demande pardon pour ça... »

Marinette ressentit soudain le besoin de s'assoir, alors que les souvenirs de sa soirée avec Adrien remontaient de plus en plus à la surface. Ils n'avaient été ensemble que quelques heures auparavant et pourtant cela lui semblait comme si des siècles étaient passés.

Elle franchi l'espace qui la séparait de son fauteuil et s'y assis, vérifiant à nouveau l'horloge.

Vingt et une minutes.

« J'ai réfléchi toute la nuit à ce que tu m'as dit. Que je pouvais choisir d'être heureux. Que je devais identifier ce qui me rendait heureux et d'aller vers le bonheur. Mais aussi... D'effacer tout ce qui m'apporte du malheur. »

Elle hocha la tête, comme s'il était devant elle, puis jeta un coup d'œil vers Tikki, qui avait bientôt fini son macaron.

« La vérité, c'est que je réfléchis à tout ça depuis longtemps. Tous les jours, toutes les nuits, depuis ce qui est arrivé avec mon père... »

Elle fronça les sourcils, alors que le ton de voix d'Adrien semblait s'alourdir sous le poids de ses émotions.

« Mais c'est toi... c'est toi qui m'a donné la force de continuer et d'avancer. La… la force de faire ce que je sais que je dois faire depuis longtemps. »

Une vague d'émotion monta en elle, remplissant ses yeux de larmes, et elle ravala difficilement sa salive.

Il lui était déjà difficile de contrôler les tremblements de son corps et l'angoisse de savoir que Chat Noir pourrait disparaître à nouveau, mais les mots de son ami la percutaient avec force et elle regretta aussitôt d'avoir commencé à écouter son message.

Parce qu'elle ne pourrait plus arrêter, même si le temps filait entre ses doigts.

« Je t'ai dit que mes actions te sembleront égoïstes et égocentriques. C'est vrai. Je le suis. Et tu m'as donné la force de l'être, parce que je n'ai jamais pu me mettre moi en premier. Mes besoins. Mes désirs. »

Le garçon prit une pause et Marinette en oublia de regarder l'heure.

« Je me suis rebellé plusieurs fois contre mon père, mais jamais je n'ai rien fait pour faire du mal aux autres. Mais aujourd'hui... aujourd'hui je vais devoir faire du mal à plusieurs personnes. »

Sa voix se brisa à travers le combiné.

« Je vais devoir faire du mal à celle qui est dans mon cœur depuis… depuis tant d'années, parce que j-je vais… la laisser... »

Marinette arrêta de respirer un instant. Adrien venait-il juste de dire qu'il allait quitter la fille de ses rêves? Elle fronça les sourcils, choquée, et bouleversée.

« Je vais la laisser… pour toujours... et me laisser le temps de guérir... de guérir d'elle. »

À présent, Adrien pleurait, elle pouvait le sentir malgré sa retenue à le montrer et son cœur se serra d'angoisse.

« Et je vais faire du mal à mon... mon meilleur ami... parce que je vais devoir aussi me séparer de lui. Par… par obligation. Par devoir. Alors que… j'aimerais… tant le garder auprès de moi. »

Quelque part à sa droite, Plagg hoqueta douloureusement, mais Marinette était trop concentrée sur la voix d'Adrien y porter attention.

Elle avait perdu la notion du temps, totalement plongée dans le monde qu'Adrien venait de créer entre eux.

« Je... Je vais aussi devoir faire du mal à mes meilleurs amis. Chloé, Nino, Alya et... et toi Marinette. Parce que je… je vais quitter Paris, et que je… ne… reviendrais jamais. »

La pièce sembla soudain chanceler autour de la jeune-femme alors qu'elle réalisait à peine les mots que venait de prononcer Adrien.

Je ne reviendrais jamais.

Je ne reviendrais… jamais…

La voix d'Adrien se superposa à celle de Chat Noir et tout sembla s'embrouiller dans son esprit.

« Qu… Quoi… », hoqueta-t-elle douloureusement.

Mais Adrien ne lui laissa pas le temps de penser, d'analyser ses paroles.

« Parce que Paris me rend malheureux, continua le jeune-homme en larmes, parce que la fille que j'aime… me rend malheureux… Parce que… vivre dans cette grande maison froide et vide me rend malheureux. Parce que savoir mon père enfermé, si proche de moi… mais si loin me rend malheureux. »

Puis il prit une longue pause et Marinette entendit son souffle s'accélérer à travers le combiné. À ce moment-là, plus rien ne pouvait empêcher la jeune-femme de se tordre de douleur pour lui, pour elle, alors que leur souffrance paraissait presque tangible.

« Et je... je vais te faire encore un peu plus mal Marinette. Et je te... je te demande pardon pour ça mais... mais je dois le faire. »

« Non… », murmura-t-elle.

« Parce que tu es celle qui agit comme un baume sur mon cœur. »

Non…

« Parce que tu es celle avec qui je trouve un semblant de bonheur. »

Non!

« Je vais te faire du mal parce que je voudrais te dire que... je t'aime. Je t'aime Marinette."

Quelque chose en elle se brisa et la douleur fut soudain insupportable. Elle l'empêcha de respirer correctement et elle réalisa à peine les regards d'effroi qui étaient posés sur elle.

Les bras de son père l'agrippèrent soudainement, l'empêchant de s'écrouler, alors que ses forces l'abandonnaient.

Le téléphone tomba sur ses genoux, mais la voix d'Adrien continua de résonner dans la pièce.

« J'aime deux filles à la fois et c'est... c'est horrible de ma part. C'est horrible de ma part de ne pas l'avoir vu plus tôt, de t'avoir rejeté, de... de comprendre enfin mes sentiments alors que tu réalises ceux que tu as pour un autre. »

Alors que tu réalises ceux qui tu as pour un autre.

Elle ferma douloureusement les yeux, essayant de comprendre la situation. Mais c'était trop pour elle. Beaucoup trop.

« Je sais que je te fais du mal mais j'aimerais te dire que, si un jour tu en as envie, et même si tu l'aimes encore, que je serai là pour toi. Toujours là. Ce n'est pas un adieu Marinette. C'est une invitation à... à faire partie de ma vie. Plus complètement. À partir avec moi, ou à venir me rejoindre si un jour tu en ressens le besoin. Je veux... Je veux te confier tous mes secrets, tous, sans exception... »

Une larme glissa sur la joue de la jeune-femme.

« Je te demande pardon de te rendre un peu plus malheureuse. Parce que je sais que tu l'aimes. Mais je sais aussi que tu m'aimes. Et tu sais aussi que je t'aime, et que je l'aime. Et c'est si compliqué mais si simple. Ensemble, je sais qu'on pourrait franchir cette prison de sentiments et être délivrés. »

À présent, les larmes coulaient en abondance sur les joues de Marinette.

« Je veux partir, le plus tôt possible. Je veux me rendre en... »

Soudain, la conversation fut coupée et Marinette ouvrit les yeux pour découvrir sa mère à genoux, en face d'elle, la main sur son téléphone.

Devant le regard anxieux de sa mère, elle eut soudain trop mal, si mal qu'elle ne put plus bouger. La douleur qui avait commencé dans son ventre se propagea dans chacun de ses membres. Dans ses jambes, dans sa poitrine, dans ses bras, ses mains, jusqu'à remonter à sa tête.

Une douleur paralysante, lancinante.

« Maman », gémit-elle, alors que sa gorge brûlait de douleur.

« Oh ma chérie… »

Sabine s'avança encore un peu plus, sans lâcher le regard de Marinette.

« Il t'aime… Enfin… »

Mais la jeune-femme secoua la tête.

« Pourquoi maintenant Maman ? Pourquoi… maintenant ? »

Pourquoi maintenant Ladybug ?

Marinette eut soudain envie de rire devant l'ironie du sort, alors qu'elle comprenait enfin la douleur de son compagnon. À la place, elle lâcha un son étranglé et une nouvelle vague de larme coula sur ses joues.

« Il faut y aller », lança la voix de Plagg.

Marinette ferma à nouveau les yeux avec douleur, alors qu'à ses côtés, ses parents intimaient le Kwami au silence, à la compréhension.

Elle les ignora tous, trop perdue dans le brouillard qui s'était formé dans son esprit.

« Adrien…, commença-t-elle, Adrien veut… Il veut tout me donner maintenant… »

Elle se mit à pleurer de plus bel devant la signification de ces paroles.

Elle les avait attendues tant d'années…

« M-mais Chat… Chat m'a toujours tout donné. Tout… »

Mais comment pouvait-elle prendre la décision d'abandonner Adrien, alors qu'il affirmait qu'elle était la seule qu'il voulait auprès de lui ? Alors que si elle le faisait, il serait seul au monde ?

Tout comme Chat Noir.

« Pourquoi... Pourquoi... »

Pourquoi devoir choisir entre les deux hommes de ma vie...?

Mais personne ne pouvait lui répondre et tous gardèrent le silence. Elle se rendit alors compte qu'ils pleuraient. Ils pleuraient devant le choix effroyable qu'elle avait à faire, tout comme son cœur pleurait face au destin tragique de sa vie.

Elle se fit force et leva les yeux vers son horloge. Douze minutes.

Seulement douze minutes et elle perdrait Chat Noir.

Alors elle prit une profonde respiration et se leva tant bien que mal. Le monde sembla tourner autour d'elle malgré les bras ferme de son père qui la soutenaient.

Après quelques secondes à se concentrer sur son équilibre, elle se força à lâcher Tom et à avancer, à reprendre contenance. Elle se dirigea prudemment vers son bureau, où le Miraculous du Cheval l'attendait. Elle essuya ses yeux du revers de sa manche puis y installa les lunettes magiques. Kakji apparu devant elle.

Elle se tourna alors vers ses parents et les trois Kwamis qui la regardaient d'un être inquiet.

« J'ai… J'ai toujours aimé Adrien mais… mais j'ai Chat Noir dans la peau. Je le comprends maintenant. J'ai attendu Adrien si longtemps. Maintenant je… je comprends les sentiments de Chat Noir, je comprends pourquoi il est parti. »

Son choix était fait, depuis un bon moment déjà. Elle aimait les deux garçons, mais ne pouvait vivre sans Chat Noir. Il lui avait fallu longtemps pour le réaliser et elle devrait se battre pour le garder à ses côtés.

Il était réellement l'appel de son cœur.

Elle avait vécu le deuil d'Adrien quelques années auparavant, lorsqu'elle avait compris et décidé qu'il ne l'aimerait jamais, et même si les choses étaient maintenant différentes, elle ne pouvait plus reculer. Il était le garçon dont elle avait détruit la vie et elle avait définitivement perdu le droit d'être avec lui.

Malgré tout, savoir qu'elle allait briser un peu plus son cœur la torturait d'une douleur réelle. Lui qui avait tout perdu devrait affronter un autre rejet et Marinette se demanda un instant si elle pourrait jamais se pardonner du choix qu'elle venait de faire.

« Tikki… transforme-moi, murmura-t-elle avant de joindre les mains, sentant la magie lui redonner quelques forces. Tikki, Kakji, unissez-vous. »

La magie l'enveloppa et son costume prit forme.

C'était la première fois qu'elle s'unissait avec le Miraculous du Cheval mais elle n'avait pas le temps de regarder le résultat.

Il ne lui restait que dix minutes.

« Voyage! »

Un rayon de lumière bleu entoura son poignée et elle le lança vers le mur en face d'elle, se concentrant sur la destination qu'elle voulait atteindre.

L'aéroport de Paris apparu soudain devant eux, dans un large cercle magique.

« Appelle-nous dès que tu pourras, ok? »

Marinette se tourna vers sa mère et hocha la tête, rassurée de ressentir le soutien de ses parents. Puis, elle tourna son regard vers le mur sur lequel étaient épinglées les photos de ses êtres les plus chers. Parmi elle, il y en avait une d'elle et de Chat Noir, souriant et célébrant une autre victoire.

Chat Noir, avec son rire contagieux, ses yeux illuminés par la joie et la fierté d'avoir à nouveau sauvé Paris aux côtés de sa Lady.

Son Chat, son meilleur ami. Celui avec qui elle voulait passer sa vie.

Puis, doucement, son regard glissa vers la photo d'à côté. Elle avait été prise au moment-même où Nino avait lancé une blague aussi farfelue que les jeux de mots de Chat Noir. Cette photo avait été comme un coup de chance. Capturer le rire si pétillant et sincère d'Adrien n'était pas donné chaque jour, et c'était la seule photo que Marinette n'avait pu enlever de son mur.

Cette époque-là lui semblait si lointaine aujourd'hui.

Son regard vacilla entre les deux hommes, puis se dirigea à nouveau vers l'horloge.

Neuf minutes.

Alors elle prit une profonde inspiration et tourna cette fois son regard vers l'aéroport.

Chat Noir était quelque part dans ce lieu immense. Il s'apprêtait à partir le plus loin possible de Paris, le plus loin possible d'elle, et elle ne pouvait pas le laisser faire.

Une énergie nouvelle envahit la jeune-femme, alors qu'elle s'efforça de se concentrer sur une seule chose et même chose : retrouver son compagnon.

Elle se mit soudain en mode héroïne, canalisant au plus profond d'elle le courage, la force et l'intelligence de son alter-égo. Puis elle s'élança.

Au même-moment, le bruit d'un moteur à réaction gronda si fort qu'elle eut le réflexe de baisser la tête, alors qu'un avion s'élevait à plusieurs mètres au-dessus d'elle. Le souffle de l'appareil failli lui faire perdre l'équilibre et elle dû s'accroupir pour ne pas tomber.

Plagg apparu à ses côtés et le cercle magique qui les avait conduits jusqu'ici disparu.

« Plagg!, cria la jeune-femme pour couvrir le bruit des moteurs à réaction. Une fois sur place, seras-tu capable de sentir la présence de Chat? »

« Oui! Mais je ne pourrai pas te le montrer! Tu devras le trouver par toi-même! »

« Oui, je sais! »

Alors son esprit se mit en mouvement, concentré sur la seule et unique chose qui comptait à cet instant et un plan se forma dans son esprit.

Elle jeta un coup d'œil autour d'elle. La sécurité d'un aéroport étant extrêmement bien organisée, elle n'avait pas le choix de passer soit par l'une des portes principales, soit par les pistes aériennes.

La première option lui sembla la meilleure, puisqu'elle saurait mieux trouver son chemin.

Elle s'élança donc dans une course contre la montre, bravant les obstacles qui se trouvaient sur le toit de l'aéroport et n'eut aucun mal à trouver la porte d'entrée principale.

Une fois à l'intérieur, et n'ayant pas le temps de prendre un billet d'avion, elle se résolu à passer par-dessus la sécurité, malgré les regards des centaines de personnes réunies dans le hall et dans les nombreuses files d'attentes.

Elle tira son yoyo de sa ceinture et le fit tournoyer. Puis, ayant trouvé un point d'ancrage, elle s'élança.

Des coups de sifflets retentirent autours d'elle mais elle continua son chemin vers l'aile B, qu'elle trouva assez rapidement. Malheureusement, elle fut forcée de continuer à pied dans les couloirs plus étroits et très peuplés de l'aéroport, se faufilant tant bien que mal entre les voyageurs.

S'aidant des panneaux, elle se dirigea à toute vitesse vers l'aile en question puis remonta l'allée jusqu'à repérer un peu plus loin la salle d'embarcation numéro 15.

Soudain, son cœur sembla vouloir sortir de sa cage thoracique tant la nervosité la gagnait.

Plus elle approchait de son but, plus la panique montait.

Serait-elle capable de reconnaître Chat Noir ? De le convaincre de rester ? Et que… Que deviendrait sa vie s'il la rejetait et disparaissait pour toujours ?

Elle se mit alors à courir un peu plus vite, se forçant à se concentrer sur son plan. Un plan que Tikki n'aimerait sûrement pas.

« Détransformation ! »

Toujours dans sa course effrénée, son costume se dématérialisa, libérant Tikki et Kakji. Des cris étonnés retentirent autours d'elle mais elle n'y fit pas attention. À la place, elle dû canaliser chacune de ses forces afin de continuer à avancer.

Sans son costume, elle était simplement Marinette, et même si sa vie secrète avait eu un impact plus que positif sur son corps, il n'en restait pas moins que les dernières semaines avaient été très éprouvantes.

« Marinette! Qu'est-ce que tu fais!? »

« Je n'ai pas le choix! », répondit-elle, à bout de souffle.

Et elle en avait décidé ainsi. Parce que la sécurité tenterait de retrouver Ladybug, parce qu'elle ne pourrait pas passer inaperçue et qu'elle avait besoin de plus de temps, parce qu'elle avait trop peur que Chat ne fuie à nouveau devant elle avant qu'elle ne le retrouve mais surtout parce que si elle échouait, s'il partait loin, elle voulait qu'il sache qui elle était. Que son image le hante jusqu'à ce qu'il revienne à elle.

Elle failli soudain percuter un cercle magique blanc qui venait d'apparaître devant elle. Elle réussit à l'éviter de justesse et reconnut aussitôt la marque du Miraculous du Lapin.

Sans même ralentir, elle continua son chemin.

« Tu fais un petit footing aujourd'hui Ladybug ? »

Bunnix soudain apparu aux côtés de Marinette, la suivant dans sa course effrénée et lui lançant un clin d'œil au passage.

Marinette en aurait grogné si elle n'avait pas été aussi nerveuse.

« Où étais-tu ? J'avais… »

Elle tenta de reprendre sa respiration.

« J'avais besoin de toi ! »

« Je…»

Mais Marinette ne lui laissa pas le temps de répondre.

Bunnix avait toujours été là pour elle. Elle l'avait sauvé à plusieurs reprises, lui permettant d'éviter les pires catastrophes. Mais elle avait aussi été là pour l'empêcher, elle et Chat Noir, de connaître l'identité l'un de l'autre. À plusieurs reprises. Parce que, selon elle, une histoire d'amour entre Chat Noir et Ladybug détruirait le monde.

Et ça, Marinette refusait maintenant de le croire.

« Je ne te laisserai… pas… nous séparer, coupa Marinette. Pas cette fois! »

Elle évita de justesse un enfant qui venait de courir en travers de son chemin. S'excusant rapidement, elle reprit sa route, passant devant l'embarcation numéro 11.

J'y suis presque!

« Génial!, reprit Bunnix d'un air joyeux. J'espérais que tu me dises ça! »

Étonnée de la réponse de son acolyte, Marinette trébucha et fut rattrapée de justesse par Bunnix.

À bout de souffle, elle n'essaya même pas de lui demander des explications. Elle lui lança simplement un regard interrogateur.

La Lapine lui fit un clin d'œil.

« Je suis là pour t'aider. Je m'occupe de te couvrir. »

Prenant les épaules de Marinette, elle la força à se relever, à se tourner, et la poussa à l'entrée de l'embarcation 15.

Marinette était enfin arrivée à destination.

« Bonne chance! », lui lança la Lapine dans son dos, alors que de nombreux regards interrogateurs étaient tournés vers les deux femmes.

Au même instant, la voix d'une hôtesse de l'air résonna dans les haut-parleurs de la salle, lançant le message indiquant l'ouverture des portes de l'avion.

La panique envahi Marinette.

Son plan s'arrêtait là. Il n'y avait pas de suite, il n'y avait même aucune option.

Elle tenta de reprendre sa respiration et se concentra sur son environnement. Elle ne s'était pas attendue à autant de monde et la panique monta d'un cran lorsqu'elle réalisa qu'un bon nombre de personnes faisaient déjà la file pour passer l'inspection des billets.

« Plagg, le vois-tu? Le sens-tu? »

Ils n'avaient rien dit jusque-là mais Marinette savait que ses Kwamis étaient prêts à agir à la moindre de ses demandes.

Ils sortirent alors de son sac à main et s'élevèrent dans les airs mais Marinette n'avait pas le temps d'attendre qu'ils reviennent lui donner la réponse qu'elle cherchait. Il y avait trop de visages, trop de passants et le désespoir grandissait en elle.

C'est alors qu'elle réalisa qu'elle n'avait plus le choix.

Elle ne se laissa pas le temps de se convaincre elle-même que son idée était extrêmement mauvaise et aurait de nombreuses répercussions. Elle s'accrocha simplement au fait que Bunnix la couvrait, mais surtout que c'était sa dernière chance de retrouver son compagnon.

Alors elle s'élança vers le comptoir des hôtesses et, d'un bond, sauta dessus.

« Hey! Madame! »

Plagg apparu soudain devant ses yeux.

« Il est là Marinette! Il est là! »

Le cœur de la jeune-fille fit un bond dans sa poitrine, et, ignorant les personnes qui semblaient vouloir la faire descendre, elle se mit à scanner chaque personne, chaque visage présent dans la salle.

Son corps se mit à trembler lorsqu'elle réalisa que tous, sans exception, la regardait avec étonnement. Si son compagnon était dans la salle, il ne pouvait pas la reconnaître.

Si elle voulait que Chat Noir la remarque, elle devait aller un peu plus loin.

Elle puisa alors en elle toute la force de son alter-égo et se redressa de toute sa hauteur.

« Chat Noir! », cria-t-elle d'une voix tremblante et mal assurée.

Elle se maudit de succomber à la pression des regards autours d'elle et de la vulnérabilité qu'elle ressentait à chaque fois qu'elle était dans la peau de Marinette.

Elle serra alors les points et, dans la force du désespoir, hurla.

« CHAT NOIR! »

Comme une onde de choc qui se propage, il lui sembla que sa voix porta dans tout l'aéroport. Le silence s'abattit alors dans la salle d'embarcation et jusque dans l'allée qu'elle venait d'empreinter, et tous les visages se tournèrent vers elle.

Tremblant de tout son corps, mais brulant d'un courage et d'une conviction phénoménale, elle continua d'une voix forte.

« CHAT NOIR! »

Elle se mit à scanner chacune des personnes devant elle. Une par une.

« Je sais que tu es lÀ ! Je…. JE T'EN VEUX! Tu… tu ne m'as pas laissé le temps de… Tu…"

Elle ne le reconnaissait pas. Elle ne pouvait pas le trouver.

Alors elle ferma les yeux un instant. Elle devait se concentrer, elle devait être capable, pour une fois, de s'ouvrir complètement à lui, de tout lui dévoiler, de le convaincre de revenir à elle!

« Je t'en veux! Et... »

Elle baissa le ton, réalisant que seul le son de sa voix portait maintenant.

« Et je m'en veux! Je m'en veux parce que je… je ne sais pas exprimer mes sentiments, parce que je ne le fais pas quand je le devrais et parce que trop de choses me font peur. »

Comme un torrent qu'aucune force ne peut arrêter, ses paroles se mirent à dévaler de sa bouche avec force.

« Je… je n'ai... jamais voulu que tu découvres cette partie de moi! Je ne voulais pas que tu voies combien, derrière ce masque, je suis vulnérable! Je m'en veux parce que je t'ai pris pour acquis, que j'ai pensé que tu serais toujours là! Et je t'en veux! Je t'en veux de ne pas m'avoir cru quand je t'ai dit que je t'aimais... Et je m'en veux! Parce que si tu ne m'as pas cru, c'est ma… »

Sa voix se brisa et les larmes envahirent ses yeux, l'empêchant de voir autour d'elle.

« C'est ma faute! »

Elle s'arrêta de parler pour reprendre son souffle, pour voir s'il apparaitrait. Mais rien ne se passa.

Seuls les chuchotis des gens autour d'elle s'élevaient.

Elle pouvait les entendre se questionner, et le nom de Ladybug surgit à plusieurs reprises.

« C'est ma faute! reprit-elle avec conviction. Parce que je t'aime! Tu es mon partenaire, mon meilleur ami, la raison pour laquelle j'ai toujours gardé le sourire, les mains que j'aime tenir! Tu es celui qui me donne la force de continuer. »

Soudain, un éclair rouge passa devant elle et elle vit Tikki foncer sur une personne et prendre son téléphone.

Le cœur battant à tout rompre, elle ressentit une soudain reconnaissance pour ses trois Kwamis qui, alors qu'elle avait pris la décision de se dévoiler au monde entier pour retrouver son compagnon, la soutenait sans jamais faillir.

Cette pensée lui donna le courage de continuer.

« Je sais que… que je t'ai rejeté longtemps et souvent! Et je m'en veux pour ça! Je m'en veux de ne pas avoir compris plus tôt que l'amour, ce n'est pas toujours immédiat, qu'il peut prendre son temps! Et… et il a pris son temps avec toi! Tu as fait sourire mon cœur dès le premier jour mais aujourd'hui, il brûle! Il brûle pour toi! Je ne peux pas, je ne veux pas vivre sans toi! »

Un hoquet l'empêcha de continuer, et, devant l'immobilité de la foule, elle réalisa qu'il ne venait pas à elle.

« Je me dévoile devant tout le monde ! Parce que… je préfère tout perdre que de te perdre ! »

Elle tenta de contrôler la force des émotions qui voulaient sortir d'elle, qui menaçait de l'empêcher de se tenir debout et de parler.

Alors avec la force du désespoir et avant que tout n'explose en elle, elle continua.

« Lorsqu'on avait 15 ans, lorsque le Papillon avait akumatisé la moitié de la ville et que même notre équipe était tombée entre ses mains, il ne restait plus que toi et moi et tu m'as dit... avec cette force que tu as en toi... tu m'as dit qu'on y arriverait, peu importe qu'il n'y ait que nous deux parce qu'au final, c'était toi, et moi, contre le monde entier! »

« Et tu avais raison! Et tu me l'as prouvé tant de fois depuis ce jour-là et aujourd'hui, je ne peux pas imaginer être sans toi contre le monde entier. Je veux être avec toi, dans chaque moment de ta vie, être avec toi, pas seulement contre les méchants de ce monde mais aussi contre la tristesse et le découragement. Je veux que ce soit toi... et moi... contre les épreuves et contre l'abandon! Toi et moi contre la maladie, contre la souffrance! Et je veux... Je veux être avec toi, tous les jours… tous les jours de notre vie! »

« Notre amour a failli détruire le monde une fois. C'est... C'est ce que j'ai toujours cru. Mais aujourd'hui, j'ai la certitude qu'il n'en était pas ainsi. J'ai la certitude qu'au contraire, ensemble, nous pouvons tout accomplir, qu'ensemble, nous pouvons sauver le monde. »

« C'est toi qui m'a fait croire cela. C'est ton sourire, ta douceur, tes blagues folles et ta détermination. J'ai besoin de toi dans ma vie... Et si tu le voulais. Si tu voulais m'accorder une dernière chance de te prouver que je peux être ta force... »

« Je t'en prie Chat... Ne disparait pas de ma vie! »

La force de ses paroles sembla atteindre le cœur de chacune des personnes présentes, petites et grandes.

Mais ce que Marinette voulait, c'était son compagnon, et alors qu'elle essayait de retrouver son souffle, alors qu'elle essayait de ne pas sombrer dans le désespoir, elle attendit.

Elle attendit pendant de longues secondes, et la foule attendit et chercha avec elle à reconnaître le visage de Chat Noir, s'il était bien parmi eux.

Et alors que tout espoir semblait s'envoler, qu'une puissante agonie se frayait un chemin dans son cœur, un mouvement attira son attention, quelque part vers sa droite.

Elle tourna soudain la tête et cru que son cœur allait s'arracher de sa poitrine lorsqu'elle vit, parmi la foule immobile, et à travers ses yeux embrouillées, celui qu'elle reconnut comme étant son compagnon s'avancer vers elle.