Mwahaha (rires diaboliques)! Si vous pensiez que votre souffrance finirait là... ;) ;) ;)

Dans une note plus sérieuse, je voudrais m'excuser pour les fautes. Je lis et relis mes chapitres, et lorsqu'enfin je les publie, je suis effarée de constater qu'il en reste... Mes excuses!

Et mes excuses aussi pour le prochain chapitre, qui n'arrivera pas avant un petit bout (fêtes de Noel et de fin d'année l'imposent)... En fait, les prochains chapitres prendront maintenant plus de temps à arriver car ils ne sont même pas encore écrits... Mais tout sera fini bientôt, je vous le promets!

Et j'imagine que vous ne me lisez même plus puisque vous avez vraiment hâte à la suite, mais je voulais simplement clamer haut et fort mon amour pour Adrien! J'aime tellement ce nouveau type d'héros: ceux dont la gentillesse, la bonté, la capacité à pardonner et à aider les autres font partie de leur nature profonde. Ceux dénués d'agressivité, de paroles méchantes ou rabaissantes. Pour moi, ce sont eux les vrais hommes de ce monde. Ce sont eux que chaque femme mérite d'avoir dans sa vie! Ne baissez jamais les bras, ils existent!

Sur ce, bonne lecture et surtout, Joyeux Noel!


CHAPITRE 15

Adrien s'accrochait.

Il s'accrochait à la rambarde de la salle d'embarcation dans laquelle il venait d'entrer quelques minutes auparavant. Devant lui, derrière une immense baie vitrée, quelques avions se faisaient inspecter mais le mouvement des travailleurs de l'aéroport ne le sortait pas de la transe dans laquelle il était plongé.

Son pâle reflet dans la vitre montrait un jeune-homme vêtu d'un large chandail. Une capuche recouvrait sa tête et cachait son visage. Un visage dont les yeux et les pommettes rougis par les émotions contrastaient avec la pâleur maladive de sa peau.

De première apparence, personne n'aurait pu deviner qu'en dessous de l'attirail qu'il avait enfilé afin de ne pas attirer l'attention, Adrien souffrait d'un mal puissant et insupportable et qu'il lui semblait qu'au plus profond de lui-même, son âme venait d'être anéantie.

Aucune larme ne coulait plus de ses yeux, tant il avait pleuré ces derniers jours, ces dernières semaines. Seule la douleur, plus intense et sévère, restait à l'intérieur de lui.

Et de nombreuses images hantaient son esprit et son corps. Les larmes de sa Lady, ses supplications et la manière dont elle s'était accrochée à lui. Tout restait ancré en lui. Les traces de ses doigts sur ses joues.

Et le goût de ses lèvres.

Tout. Tout le hantait.

Il prit une profonde inspiration puis s'efforça de retenir sa respiration, de ne pas céder, de ne plus jamais céder aux émotions qui concernaient Ladybug.

Elle ne l'avait jamais aimé d'amour, il en était certain. Malgré les années, malgré leur relation qui avait pourtant évoluée en quelque chose de profond, de beau.

« Nous ne pouvons pas être ensemble. Jamais. », lui avait-elle dit après une énième tentative de sa part d'être accepté par elle.

Ils venaient de combattre plusieurs Akumas et avaient encore une fois triomphé d'une situation extrêmement complexe et dangereuse. Il avait alors dix-sept ans, profitait de la vie comme il le pouvait malgré ses nombreuses occupations et sentait qu'il avait assez changé et muri pour enfin être vu d'elle.

Mais aussi rapidement qu'il lui avait déclaré son amour, elle l'avait arrêté. Parce que dans un futur qu'il n'avait jamais connu, leur amour avait détruit Paris.

Il avait été choqué d'apprendre cela, et furieux qu'elle ne lui en ait jamais parlé avant, refusant de croire ne serait-ce qu'une seconde qu'être ensemble pouvait créer autant de malheur.

Mais ses protestations n'avaient fait que renfermer plus Ladybug sur elle-même, et devant sa résistance, il n'avait eu d'autres choix que de battre en retraite. Comme il l'avait toujours fait.

Il avait toujours dû la respecter, accepter les sentiments de sa compagne au détriment des siens. Il n'avait jamais insisté, puis appris à se taire.

Avec le temps, l'amour qu'il éprouvait pour elle était devenu un fardeau de plus en plus lourd à porter et pourtant, rien ni personne n'avait réussi à faire taire ce que son cœur aimait.

Jusqu'à la révélation de l'identité du Papillon. Jusqu'au bouleversement indéfinissable dans la vie d'Adrien. Jusqu'à Marinette.

À ce moment-là, dans son lit d'hôpital, Marinette avait atteint son cœur comme personne auparavant ne l'avait fait. Sa douceur, sa bienveillance et son sourire, sa présence et sa chaleur, tout cela avait apporté tant de réconfort à l'âme blessée d'Adrien que ce fut pour lui comme si ses yeux s'ouvraient enfin.

Sa situation lui avait alors paru extrêmement claire.

Il avait été esclave. Esclave d'un père qui l'avait enfermé dans des attentes toutes plus irréalistes les unes que les autres. Esclave dans l'espérance d'un jour revoir sa mère, de se demander où elle était, et pourquoi elle l'avait abandonné. Esclave d'un amour qui ne serait jamais réciproque.

Et il avait enfin réalisé.

Il avait réalisé qu'aimer comme il aimait était malsain, et destructeur. Que s'accrocher comme il le faisait ne pouvait lui apporter de bonheur.

Il avait tout donné à son père, père qu'il avait découvert être aliéné, dangereux et complètement déraisonnable. Par amour, Gabriel était allé si loin qu'il avait depuis longtemps atteint le point de non-retour.

Et cela avait fait peur à Adrien.

Lorsque son père s'était accroché à lui, le suppliant de sauver sa mère, il lui avait posé une question.

« Et si Ladybug devait mourir, ne seriez-vous pas prêt à toutes les extrémités pour elle? »

À ce moment-là, il n'avait pas eu à chercher la réponse.

Oui. Oui, il aurait été prêt à tout pour la sauver.

Il aurait été prêt à détruire le monde.

Sa bague, alors posée sur sa table de chevet, lui avait soudain paru dangereuse. Il était un danger. Aimer Ladybug comme il l'aimait était un danger.

Sa manière d'aimer était malsaine et cela combiné aux pouvoirs du Miraculous du Chat, il comprenait enfin pourquoi, dans un futur alternatif, il avait pu détruire le monde, sa Lady par la même occasion.

Sa manière d'aimer était malsaine, et s'accrocher durant tant d'années à un amour impossible à vivre ne pouvait que le détruire lui-même.

À ces pensées, Adrien serra un peu plus ses doigts sur la rambarde de la salle d'embarcation, ravalant difficilement sa peine.

Pendant des semaines, il avait espéré qu'un miracle se produise. Que tout s'efface comme c'était arrivé de nombreuses fois auparavant. Que tout ne soit qu'illusion.

Mais durant le procès, il avait été forcé d'admettre que rien ne changerait.

Il n'avait pas pu s'y présenter en tant que Chat Noir. Pas lorsqu'il avait eu besoin de réfléchir, de s'espacer de Ladybug, de décider quoi faire et quand le faire.

Et il avait passé de nombreuses soirées à réfléchir, à se torturer, à pleurer, dans l'espoir de trouver un semblant de réponse, un semblant de paix.

Il s'était éloigné de ses amis dans le but de trouver le calme nécessaire à la réflexion, mais dans sa grande chambre vide, les voix du passé avait resurgit et avait hanté ses nuits.

Le soir de la condamnation de son père, il n'avait pu supporter cette solitude et avait permis à Plagg de sortir de sa bague. Le Kwami avait tout d'abord essayé de le convaincre d'écouter les messages que Ladybug lui avait envoyés mais, devant le refus catégorique d'Adrien, il avait fini par garder le silence, trop effrayé de disparaître à nouveau. Sa présence avait néanmoins réchauffé le cœur d'Adrien.

Ce fut cependant de courte durée.

Lorsque plus tard dans la soirée, le jeune-homme découvrit que son Kwami avait disparu, et devinant ses agissements, il avait immédiatement enlevé sa bague. Ce soir-là, il n'avait pas dormi. La peur au ventre de voir Ladybug apparaître devant lui l'avait empêché de trouver le sommeil.

Qu'aurait-il pu lui expliquer ? Qu'il était Adrien Agreste, le garçon du vilain qu'ils avaient combattu durant toutes ces années ? Qu'il était celui qui n'avait pas même levé le doigt pour sauver sa propre mère ?

La honte le rongeait de l'intérieur, le regret, la peur et le désespoir aussi.

Il savait que tout raconter à Ladybug la détruirait, et il savait que vivre dans son secret le détruirait.

Il n'avait alors trouvé aucune solution, jusqu'à ce que Marinette, dans le confort de son foyer, lui apporte la force et le soutien nécessaire pour mettre en œuvre ce qu'il savait être vrai.

Qu'il devait aller de l'avant et laisser derrière lui ce qui le détruisait. De son point de vue, cela avait été la meilleure solution pour lui… et pour Ladybug.

Adrien s'avança légèrement et colla son front contre la vitre froide.

Le regard de sa compagne, quelques heures auparavant, ne cessait d'apparaître dans le reflet de la vitre devant lui.

Elle l'avait supplié, et jamais il ne s'était attendu à ça.

Elle avait pleuré, l'avait empêché de partir. Elle lui avait dit qu'elle l'aimait.

Il ferma douloureusement les yeux. Tout était maintenant si confus.

Rien ne s'était passé comme prévu.

La Ladybug qu'il connaissait était forte et positive ! Elle aurait été triste de laisser partir son coéquipier, mais, si c'était pour son bien, elle l'aurait fait. Elle aurait compris.

Il s'était attendu à un adieu larmoyant, mais jamais à une supplication désespérée.

Et tout cela faisait saigner son cœur.

Alors il était parti aussi vite qu'il avait pu, fuyant à travers les rues de Paris. Il était à peine passé chez lui prendre les papiers nécessaires pour voyager puis s'était dirigé chez Chloé.

Il fronça douloureusement les sourcils en repensant à Plagg. Il n'avait pas pu déposer simplement la bague sur la table de chevet de son amie et partir. Pas quand Plagg avait fait partie de son quotidien pendant si longtemps, pas quand il devait faire ses adieux à son plus grand ami.

Et le Kwami avait pleuré, et supplié, tout comme Ladybug l'avait fait. Et tout comme avec l'héroïne, Adrien ne s'était pas démonté.

Il avait demandé pardon à son Kwami, puis enlevé sa bague pour la dernière fois de sa vie. Le cœur en miette, il n'avait pu rester lorsque Chloé l'avait surpris dans ses appartements. Tout ce qu'il avait voulu à ce moment-là avait été de fuir. Le plus loin possible.

Il n'avait jamais prévu partir aussi vite de Paris. Il en avait à peine parlé à ses amis le matin même, mais il savait que s'il restait, il n'aurait peut-être pas la force de fuir aussi loin d'elle. Il avait fallu mettre de la distance entre eux, le plus rapidement possible.

Et là, dans cet immense aéroport, il semblait à Adrien que son âme s'était éteinte, que le bonheur ne se lèverait jamais plus sur sa vie.

Pas alors que cette fois-ci, il avait vraiment tout perdu. Ses parents, ses amis, sa Lady et… et Marinette.

Car Marinette n'était pas là.

Elle avait sûrement fait son choix.

La voix d'une hôtesse de l'air résonna dans la pièce dans laquelle il se trouvait. Elle annonçait l'ouverture des portes d'embarcation.

Adrien ravala les larmes qui menaçaient de couler à nouveau. Bientôt, il serait loin, assez loin pour tout oublier, pour tenter de mener une nouvelle vie.

Chat Noir…

Bientôt, il prendrait un nouveau départ, et même s'il ne croyait plus jamais atteindre le bonheur, il n'en restait pas moins qu'il devait mettre le plus de distance possible entre lui et tout ce que Paris représentait pour lui.

« CHAT NOIR ! »

Le jeune-homme s'immobilisa net.

Ce fut comme si le temps s'arrêtait, alors que l'écho de la voix de Ladybug percuta ses tympans.

« CHAT NOIR ! »

Dire qu'Adrien éprouva un choc serait manquer de mots pour exprimer l'onde phénoménale qui secoua son âme toute entière.

« Je sais que tu es lÀ ! »

Il fallut au jeune-homme une force colossale pour ne pas flancher, pour ne pas chanceler et lâcher la barre de métal qu'il comprima soudain à s'en briser les doigts.

Ladybug était là.

Ladybug était là.

Elle était là, à quelques mètres de lui. Un frisson glacé traversa son corps et il se senti soudain pris de vertige.

« Je…. JE T'EN VEUX!, reprit-elle avec force, sans même laisser le temps au jeune-homme de reprendre contenance. Tu… tu ne m'as pas laissé le temps de… Tu… »

Soudain, un lourd silence s'abattit tout autour d'Adrien. Seuls les battements fracassants de son cœur tambourinaient dans ses oreilles alors que tous les regards semblaient être tournés vers l'héroïne, tous les regards sauf le sien, qu'il gardait obstinément fixé sur la vitre de l'aéroport.

Il comprit alors que si elle n'était pas à ses côtés à ce moment-là, c'était qu'elle ne savait pas où le trouver, qu'elle n'avait aucune idée de l'endroit où il était.

Mais aussi qu'elle le cherchait.

Le corps du jeune-homme se mit à trembler alors qu'il réalisait à peine ce qui se passait autour de lui.

Tout était flou dans son esprit, tout son monde chancelait.

« Je t'en veux! »

Il ferma les yeux devant la douleur qu'il ressenti soudain venant de sa compagne. Ils n'avaient souvent fait qu'un et à ce moment-même, il pouvait presque ressentir l'agonie de la jeune-femme.

« Et... Et je m'en veux! Je m'en veux parce que je… je ne sais pas exprimer mes sentiments, parce que je ne le fais pas quand je le devrais et parce que trop de choses me font peur. »

La compréhension sembla soudain se déverser sur chacun des passagers.

Ladybug était venue retrouver son Chat Noir, et comme un torrent qu'aucune force ne peut arrêter, les paroles de la jeune-femme se mirent à dévaler de sa bouche, bousculant tout des émotions si fragiles d'Adrien.

« Je… je n'ai... jamais voulu que tu découvres cette partie de moi! Je ne voulais pas que tu voies combien, derrière ce masque, je suis vulnérable! Je m'en veux parce que je t'ai pris pour acquis, que j'ai pensé que tu serais toujours là! »

Une larme se mit à couler sur la joue d'Adrien, alors qu'il se faisait force pour ne pas lâcher la rambarde, courir vers elle et la prendre dans ses bras, la forcer à le regarder et lui dire. Lui dire qu'il avait toujours su qu'elle était vulnérable. Lui dire qu'il avait toujours ressenti combien son rôle lui pesait sur les épaules, combien sa vie lui semblait si misérable par moment. Lui dire que c'était pour cette raison qu'il avait toujours essayé de la sauver d'elle-même, de la réconforter, de lui apporter la paix.

Lui dire que tout irait bien maintenant, que le Papillon ne l'empêcherait plus de vivre.

Lui dire qu'elle n'avait plus besoin de lui.

« Et je t'en veux!, continua-t-elle sans même attendre qu'Adrien rassemble ses pensées. Je t'en veux de ne pas m'avoir cru quand je t'ai dit que je t'aimais... Et je m'en veux! Parce que si tu ne m'as pas cru, c'est ma… »

La voix de Ladybug se brisa au même moment où un hoquet douloureux s'échappa de la bouche du jeune-homme.

« C'est ma faute! »

Elle s'arrêta soudain de parler et Adrien baissa la tête, à bout de force. Seuls les chuchotis s'élevaient maintenant derrière lui mais le garçon n'entendait plus rien.

Je t'aime…

Elle l'avait encore dit. Une fois de plus, une fois de trop, et il eut soudain de la difficulté à respirer, alors qu'une autre larme s'évadait de ses yeux, alors qu'il lui était de plus en plus difficile de rester immobile.

Il voulait fuir, et il voulait rester. Il voulait partir aussi loin que possible, mais il voulait aussi courir vers elle et l'embrasser aussi passionnément qu'il l'avait fait quelques heures auparavant. Il voulait la croire, et l'embrasser, et la croire.

« C'est ma faute! reprit-elle avec la conviction qui la caractérisait si bien. Parce que je t'aime! »

Parce que je t'aime!

« Tu es mon partenaire, mon meilleur ami, la raison pour laquelle j'ai toujours gardé le sourire, les mains que j'aime tenir! Tu es celui qui me donne la force de continuer. »

Ébranlé comme jamais auparavant, les convictions d'Adrien faiblissaient à mesure que sa Lady se dévoilait à lui pour la première fois en cinq ans.

Alors il releva la tête et, puisant au plus profond de son être, fit difficilement un pas vers le côté, à l'opposé d'elle, le plus loin possible d'elle.

Il devait partir avant de perdre la force nécessaire de survivre.

« Je sais que… que je t'ai rejeté longtemps et souvent! »

Adrien ferma les yeux et s'il avait pu, il aurait posé ses mains sur ses oreilles.

Il fit un autre pas.

« Et je m'en veux pour ça! Je m'en veux de ne pas avoir compris plus tôt que l'amour, ce n'est pas toujours immédiat, qu'il peut prendre son temps! »

Tais-toi Ladybug… Je t'en supplie…

« Et… et il a pris son temps avec toi! »

Il fut incapable de faire un pas de plus.

« Tu as fait sourire mon cœur dès le premier jour mais aujourd'hui, il brûle! Il brûle pour toi! Je ne peux pas, je ne veux pas vivre sans toi! »

Ce fut soudain trop pour lui et ses jambes chancelèrent au même-moment. Sans jamais lâcher la rambarde, il s'accroupit, se forçant à respirer, à ne pas être étouffé par les sanglots qui secouaient tout son corps.

Il ne voulait pas être vu, il ne voulait pas qu'elle le retrouve.

Et pourtant…

Ces mots, il les avait attendu pendant si longtemps, et voilà qu'elle les lui dévoilait au moment-même où plus rien n'était possible, où il n'avait plus le choix de partir. Et bien qu'en lui-même, il savait qu'elle ne l'aimait sûrement pas réellement, que c'était forcément impossible à cause de l'amour qu'elle éprouvait pour un autre, la douleur d'avoir à se séparer d'elle à nouveau l'immobilisait, l'étouffait.

Dans cet intense moment d'agonie, Ladybug ouvrit à nouveau la bouche.

« Je me dévoile devant tout le monde ! Parce que… je préfère tout perdre que de te perdre ! »

Ce fut comme une douche froide pour Adrien.

Tout s'arrêta en lui. Les nausées, le vertige, la douleur et le désespoir, la peur et la souffrance. Tout.

Ses yeux s'ouvrirent d'un coup alors qu'il se relevait d'un bond.

Son cœur n'eut même pas le temps de réaliser ce qui se passait qu'il se retourna, dévisageant pour la première fois en cinq ans la jeune-femme qui se tenait debout sur le comptoir des hôtesses de l'air.

La jeune-femme qui venait de risquer sa vie, de dévoiler son plus lourd secret, pour le retrouver.

Alors ses yeux s'ouvrirent. Ils s'ouvrirent vraiment.

La puissante magie qui protégeait l'identité de sa Lady explosa en un million de fragment alors qu'un feu puissant se mit à brûler en lui.

Ses yeux la reconnurent en premier. Vêtue d'une simple robe blanche et d'une veste en cuir, elle paraissait frêle et faible, et pourtant, il savait que derrière son apparence se cachait un corps parfaitement musclé et fort.

Il reconnut les bras de celle qui l'avait toujours protégé avec force dans son costume, mais aussi avec douceur dans sa vie quotidienne. Il reconnut les doigts qui savaient non seulement manier tous les types d'armes, mais aussi donner la vie aux plus belles des créations.

Il reconnut aussi instantanément le magnifique bleu de ses yeux, celui dans lequel il s'était noyé de nombreuses fois, dans et hors de son costume. De loin, il ne pouvait voir ses taches de rousseur mais il savait parfaitement quelles constellations ornaient son visage.

Et il reconnut ses lèvres. Celles qui formaient le plus beau des sourires, le plus magnifique des rires cristallins qu'il ait connu. Ces lèvres qui faisaient la moue parfois, exaspérées par lui. Celles qui avaient déposé de légers baisers sur sa peau lorsqu'il avait été dans ses moments les plus sombres, qui lui avaient chuchotées les plus beaux des mots d'amour.

Alors son cœur aussi la reconnut, puis son âme et son corps au complet, et ses jambes se dérobèrent sous lui. Il tomba à genou.

Marinette était Ladybug.

Marinette était Ladybug.

« Lorsqu'on avait 15 ans, continua la jeune-femme avec la force du désespoir, inconsciente de l'état dans lequel était Adrien, lorsque le Papillon avait akumatisé la moitié de la ville et que même notre équipe était tombée entre ses mains, il ne restait plus que toi et moi et tu m'as dit... avec cette force que tu as en toi... tu m'as dit qu'on y arriverait, peu importe qu'il n'y ait que nous deux parce qu'au final, c'était toi, et moi, contre le monde entier! »

À nouveau, la phrase de la jeune-femme le percuta avec force.

Mais il n'arrivait pas à reprendre contenance. Il n'arrivait plus à comprendre, et tout semblait irréel.

Marinette était Ladybug.

Un million de pensées le frappèrent en même temps alors qu'il réalisait enfin ce qu'il n'avait pu voir pendant tant d'années.

Il avait cru que Ladybug ne l'avait jamais aimé, mais Marinette l'avait toujours aimé, et n'avait aimé que lui, pendant toutes ses années !

Un hoquet douloureux s'échappa de sa bouche lorsqu'il réalisa qu'ils avaient passés cinq ans à s'aimer, à se rejeter, à se blesser mutuellement alors que depuis le début, depuis les premiers jours de leur rencontre, ils avaient chacun trouvé leur âme-sœur.

« Adrien est la première personne que j'ai aimée et je l'ai aimé longtemps. En fait, je l'aimerai toujours… »

C'était ce qu'elle lui avait révélé le jour de l'enterrement de sa mère. Elle l'avait toujours aimé. Toujours, jusqu'à dernièrement, jusqu'à…

Il crut soudain qu'il allait vomir.

Il plaqua une main sur sa bouche lorsqu'il réalisa que le garçon que Marinette attendait depuis des semaines, celui qu'elle cherchait sans relâche, celui qu'elle aimait sans le savoir, était lui.

Il réalisa alors que les secrets de Marinette, ceux qui avaient assombris sa vie, étaient les mêmes que les siens.

Il réalisa avec effroi que c'était à cause de lui qu'elle était partie, chaque nuit, de chez Nino. Que c'était elle qui lui avait laissé de nombreux messages qu'il avait refusé d'écouter. C'était à cause de son rôle d'héroïne qu'elle avait dû s'absenter si souvent lors du procès. C'était à cause de lui si les larmes avaient coulé sur ses joues à l'enterrement de sa mère.

Et c'était à cause de lui si elle s'était effondrée sur le sol de sa chambre, désespérée de ne plus jamais le revoir.

Les larmes se mirent à dévaler sur ses joues incontrôlablement, alors qu'il tentait d'étouffer les hoquets qui sortaient de sa bouche et les tremblements de son corps.

C'était de sa faute si elle s'était effondrée, dans ses bras, sur le canapé de son salon, alors qu'elle avait cru le reconnaître, alors qu'elle avait cru en vain qu'il était revenu.

Et c'était sa faute si aujourd'hui, elle se dévoilait au monde entier, désespérée à idée de le perdre pour toujours.

« Et tu avais raison! »

Adrien releva la tête, sursautant presque lorsque Marinette reprit la parole. Même si son visage n'était pas tourné vers lui, il pouvait voir combien, dans ses paroles et dans la façon dont elle se tenait, elle luttait de toutes ses forces contre ce que le destin avait décidé de leur infliger.

« Et tu me l'as prouvé tant de fois depuis ce jour-là et aujourd'hui, je ne peux pas imaginer être sans toi contre le monde entier. »

Une autre vague d'émotion submergea Adrien.

Et il se rappela.

« Pourquoi décide-t-il de vivre les choses seul? A-t-il… oublié qu'il a une partenaire? Ne pense-t-il pas que Ladubug vit les mêmes choses que lui? Qu'ensemble, ils pourraient se soutenir, s'entraider? »

Il se cacha à nouveau la face. Honteux. Si honteux de lui-même, de ce qu'il lui avait infligé sans même le savoir.

C'était Marinette qui avait dû arrêter son père. Marinette qui avait failli donner son Miraculous. Pour sa mère. Pour lui.

C'était Marinette qui devait vivre avec le poids de la culpabilité d'avoir détruit la famille de celui qu'elle avait toujours aimé.

« Je veux être avec toi… »

Il étouffa un autre sanglot dans ses mains.

« … dans chaque moment de ta vie… »

« Adrien… »

Le jeune-homme leva la tête et aperçu, à travers les larmes qui lui brouillaient la vue, une petite forme noire, qu'il reconnut instantanément.

« Oh Plagg… », gémit-il en attrapant son Kwami et en l'attirant contre son visage.

« … je veux être avec toi, continua Marinette, pas seulement contre les méchants de ce monde mais aussi contre la tristesse et le découragement. »

« Ça va aller, souffla Plagg en tapotant doucement le front du jeune-homme. C'est fini maintenant… »

« Je veux que ce soit toi... et moi... contre les épreuves et contre l'abandon! »

Adrien secoua la tête, le cœur en douleur.

« J-je l'ai… trop… blessée », chuchota-t-il, en proie à une vive culpabilité.

« Toi et moi contre la maladie, contre la souffrance! »

Le Kwami se recula et plongea ses yeux dans les siens.

« Il est maintenant temps d'arrêter toute cette souffrance. Elle est là, devant toi, la solution. »

Il pointa Marinette du doigt et Adrien leva à nouveau les yeux vers la jeune-femme.

Une larme coula sur sa joue, qu'elle essuya puis, relevant le menton, elle l'implora.

« Et je veux... Je veux être avec toi, tous les jours… tous les jours de notre vie! »

Ce fut le coup fatal sur le cœur d'Adrien.

Il cessa alors de lutter, de se battre, de se démener contre l'inévitable.

Il l'aimait. Il aimait Ladybug, et il aimait Marinette. Il l'aimait à en mourir.

« Notre amour a failli détruire le monde une fois, continua la jeune-femme avec force. C'est... C'est ce que j'ai toujours cru. Mais aujourd'hui, j'ai la certitude qu'il n'en était pas ainsi. J'ai la certitude qu'au contraire, ensemble, nous pouvons tout accomplir, qu'ensemble, nous pouvons sauver le monde. »

Elle l'aimait aussi, elle l'acceptait enfin. Elle le choisissait lui, enfin.

Elle aimait Adrien depuis si longtemps, et elle aimait Chat Noir. Et ce jour-là, le jour de son akumatisation, elle le lui avait exprimé sans peur ni barrière. Elle n'avait pas reconnu Adrien, comme il l'avait longtemps cru. Elle l'avait reconnu lui, son compagnon, son chaton.

« C'est toi qui m'a fait croire cela. C'est ton sourire, ta douceur, tes blagues folles et ta détermination. J'ai besoin de toi dans ma vie... Et si tu le voulais. Si tu voulais m'accorder une dernière chance de te prouver que je peux être ta force... »

« Adrien. »

Le jeune-homme se retourna vers Plagg.

« Il est temps maintenant. Il est temps pour vous deux d'être heureux. Va… va la sauver.»

Adrien le regarda droit dans les yeux, puis, doucement, presque mécaniquement, hocha la tête.

Il passa sa manche sur ses yeux, puis, s'accrochant à nouveau à la rambarde, se releva lentement.

Ses jambes tremblaient et son cœur brûlait, alors qu'une nouvelle force se rassemblait dans chacun de ses membres.

La peur semblait vouloir le paralyser, l'empêcher d'avancer. Il l'avait rejeté, abandonné et déçu. Elle ne survivrait peut-être pas à la pensée que son Chat était aussi son Adrien.

Mais l'amour en cet instant surpassait tout.

« Je t'en prie Chat... Ne disparait pas de ma vie! »

« Et toi de le mienne », souffla-t-il en lâchant la rambarde.

Puis il fit un pas vers elle.