Bonjour, ça fait une éternité, je sais, pardon. Je m'incline devant vous en signe d'excuse. Ce chapitre ne voulait vraiment pas s'écrire, et au final le résultat n'était pas ce à quoi je m'attendais au début mais je pense que ce n'est pas mal. J'espère que vous partagerez mon opinion. Merci à vous de persister à lire, suivre, mettre en favori et surtout à commenter cette fic. Bonne lecture, n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez.

Pims10 : Oui, c'est exactement ça, ils ont tout les deux eu des vies difficiles, quoique de manière différente et ils sont prudents. Ça continue dans ce chapitre.

Miss MPREG : Coucou,

Oui pourquoi ? Tu le voyais fainéant ? ;)

Oui, ce ne sera pas évident au début, il va être testé, juger, les gens vont essayer de profiter de lui... En tout cas au niveau politique, mais on le verra un peu plus tard. Après c'est vrai que ça fait très longtemps que les Intendants sont en charge, donc il faudra un peu d'adaptation. Mais après vu que Denethor a fait beaucoup de conneries, Aragorn a cette chance. Il peut difficilement faire pire.

Ouais, je ne vais pas mettre Eowyn en cuisine, t'en fais pas. Faramir est sauf.

Elle était admiratrice, un peu trop certes, et Aragorn va avoir le problème inverse avec Aurore, ce sera intéressant à écrire, c'est certain. Je compte aussi écrire un peu sur la romance entre Eowyn et Faramir.

Dans les films et les livres, Théoden meurt sur le champ de bataille tandis qu'Eowyn essaie de le sauver. Il tombe et se fait écraser par son cheval mort, surtout à cause du Roi-Sorcier d'Angmar, le chef des Nazguls, monté sur son énorme lézard. Ici, Aurore a tué le lézard, donc si Théoden est blessé par le Nazgul, il ne tombe pas sous son cheval, donc il survit.

Quand à Eowyn, elle manque de mourir à cause du souffle noir du Roi-Sorcier, de même que Merry qui est affaibli, quoiqu'il se remet bien plus vite qu'elle. Différence d'espèce, le fait qu'il a eu une vie moins difficile et qu'il est plus optimiste... Plein de raison pour cela.

J'ai fait survivre Théoden, parce que je l'aime bien, mais il ne fallait pas qu'il soit en charge des Rohirrim, vu qu'il n'aurait jamais suivi le plan d'Aragorn, du coup il a été obligé de passer le flambeau à Eomer. Qui comme ça ne perds pas la figure paternelle qu'il connait depuis des années. Que du benef.

Faramir va s'en sortir sans problème, promis.

Bisous.

PS : si je sais m'en servir, mais j'ai toujours peur d'oublier de répondre, du coup je réponds au commentaires comme ça. Moins de risque :).

rutokashi : Contente que mon histoire te plaise, désolée pour le délai mais voici enfin le nouveau chapitre. J'espère qu'il te plaira.

Millon : Merci beaucoup, c'est gentil. Je ne pense pas que ce soit ce que tu avais pensé en parlant de bientôt, mais voici la suite.

Guest : Merci, voici la suite et navrée pour le retard.

Aurore n'était pas innocente ou ignorante quand à la dévastation que causait la guerre. Elle avait été auprès de soldats blessés, présente pour les soutenir dans leurs traitements, pour leur changer les idées ou pour les réconforter lorsqu'ils étaient envoyés aux Maisons de Guérison. Elle avait aussi été là pour les familles des morts ou des blessés, essayant de les aider de son mieux, tant dans leur deuil qu'après. Certains avaient eu besoin d'un autre travail pour subvenir à leurs besoins, elle avait fait ce qu'elle pouvait, même si elle savait bien qu'elle ne pouvait pas aider tout le monde...

Elle s'était rendue souvent à Osgiliath, parfois pour passer un peu de temps avec son aîné. Mais avec le temps ses visites s'étaient faites plus régulières, surtout ces derniers mois en l'absence de Boromir, afin de savoir ce qu'il fallait faire pour cette garnison. Ce qu'il fallait vraiment faire et non pas ce que Denethor pensait être nécessaire et utile... Il avait eu tort et pas qu'une fois.

Elle savait donc très bien que la guerre était très loin de l'idée qu'on pouvait s'en faire en lisant les récits sur les guerres d'antan. Les récits qui avaient tant fasciné ses frères lorsqu'ils étaient plus jeunes, avant de devenir des soldats et de comprendre ce que ça voulait vraiment dire que de risquer sa vie, de tuer. Une part d'elle haïssait ces textes, les blâmant pour la décision de Boromir et celle de Faramir, mais elle savait que ce n'était pas vrai. Ça avait été leur devoir et ils n'avaient jamais été du genre à tenter d'échapper à leur devoir. Elle non plus d'ailleurs.

C'était pour cette raison qu'elle avait arpenté les rues de la Cité Blanche, alors qu'elle ne souhaitait que rester près de son frère restant et se reposer, parce qu'elle avait eu peur pour lui, horriblement, et qu'elle avait mal. Mais elle refusait de se déroger à son devoir, alors elle marchait dans les rues de Minas Tirith, parlant aux gens, essayant de savoir ce qui était le plus nécessaire pour donner des ordres. C'était par devoir aussi qu'elle ne détournait pas le regard devant la mort, la destruction qu'il y avait à l'intérieur de Minas Tirith. Boromir et Denethor étaient morts, Faramir était blessé, elle devait représenter la maison de l'Intendant du Gondor, elle devait se rendre disponible pour le peuple du Gondor. C'était son rôle. Mais les dernières heures avaient été pénibles et difficile pour la femme aux yeux bleus.

Elle savait beaucoup sur l'horreur de la guerre, la cruauté qu'elle engendrait, dans les deux camps d'ailleurs ainsi que les cauchemars qui apparaissaient pendant et après. Que ce soit pour ceux qui se battaient ou ceux qui attendaient en sécurité des nouvelles. Elle avait été là pour des soldats qui vivaient le premier cas tandis qu'elle avait vécu le second cas. Souvent. Plus encore depuis la mort de Boromir...

Pourtant, tout en étant très consciente de la menace de Sauron, du danger qu'il représentait pour le Gondor, jamais elle n'avait pensé voir la Cité Blanche ainsi. Souillée par les armées de l'ennemi. Elle s'était arrangée pour envoyer des renforts, des vivres, ce dont les soldats avaient besoin aux différentes garnisons du Gondor, contrairement aux désirs de Denethor qui avait voulu se concentrer sur Osgiliath... Jamais elle n'avait pensé que les choses iraient jusque là. Que la magnifique cité finirait ainsi.

Une cité qu'elle adorait tout en la haïssant. Elle était en même temps la ville où elle avait tant de bons souvenirs avec ses frères, la ville qu'elle avait aidé à améliorer, ne serait-ce qu'un peu, en tant que Lady de la Cité Blanche. C'était aussi la Cité dont elle connaissait tout les recoins, où elle avait joué avec des enfants, réussissant ainsi à trouver la motivation et la détermination de continuer à se battre.

Mais c'était aussi la Cité qu'elle haïssait, la prison dans laquelle elle avait été coincé pendant des années. La Cité où elle avait vécu ses pires souvenirs, la cité où elle avait vécu avec Denethor. Où elle avait été sous son emprise pendant des mois, et même après avoir tracé des limites, elle n'avait pas pu s'enfuir. Elle n'avait pas pu entièrement tourner la page. Il était resté le monstre auquel elle ne pouvait échapper, jamais entièrement. Il avait fait de Minas Tirith sa prison, l'empêchant d'aller souvent voir son oncle et sa tante à Dol Amroth, ou même de visiter les autres cités du Gondor.

Les années avaient adouci sa rancune pour la magnifique Cité, qui restait son foyer, surtout vu qu'elle aimait les habitants. Ils n'étaient pas responsables, tout comme les murs de la Cité n'étaient pas responsables pour la cruauté de Denethor. Seul lui était coupable. Son amour pour Minas Tirith avait peu à peu repris le dessus, comme elle s'en était aperçue lorsqu'elle se battait contre des orcs afin de protéger sa population. Jamais elle n'avait pensé que Minas Tirith subirait un jour un tel assaut. Un assaut qui avait failli être fatal pour la Cité Blanche. Elle en avait bien conscience.

Bien sûr ils avaient gagné cette victoire, mais ce n'était qu'une bataille, il y avait bien pire qui était à l'horizon. Les nuages étaient toujours présents, dissimulant toujours le soleil, quoique moins qu'au cours de l'attaque, et elle craignait les prochaines actions de Sauron. La ville avait perdu son côté sûr et invulnérable. Aurore avait toujours su qu'ils étaient dangereusement proches du Mordor, mais ça n'avait jamais été aussi réel. Les gens en avaient aussi conscience à présent.

Minas Tirith ne survivrait pas une autre attaque. Ils lutteraient de toutes leurs forces si nécessaire mais ce ne serait pas assez, elle en était certaine. Les deux premiers cercles qu'elle pouvait voir n'étaient qu'un rappel de cela. Ils avaient gagné mais à quel prix ? Combien était tombé ? Combien pleurait la perte d'un proche ? Faramir avait survécu ce fol assaut mais il avait été le seul. Toute une compagnie détruite à cause d'un homme. Elle aurait voulu mettre feu elle même à Denethor ou lui trancher la gorge. Il était mort mais il avait causé tant de perte. Pour mourir sans assumer les responsabilités de ses actions, sans pouvoir être accuser par ceux qui avaient perdu un proche.

Elle n'osait pas penser à ce qui se serait passé sans l'arrivée du Rohan, mais même là ça n'avait pas été assez, si le roi légitime du Gondor, avec ses hommes, les rôdeurs, ainsi que le prince elfique de la Forêt Noire et un Seigneur nain n'étaient pas arrivés, sans compter cette étrange armée ...

Ils n'allaient pas avoir une telle chance deux fois, surtout vu que l'armée de fantôme s'en était allée, comme le roi Aragorn avait tenu parole. Une bonne chose, qui montrait une parcelle du genre d'homme qu'était le roi, un homme d'honneur, néanmoins ils allaient sans aucun doute les regretter et cela rapidement. Surtout vu que Sauron avait à présent une bonne idée de l'étendue des forces du monde des hommes, et ce n'était pas assez. Pas contre les armées du Mordor. Aurore avait eut accès aux rapports des différentes garnisons, la plupart lui avaient été destiné même, les différents hommes en charge des garnisons n'avaient eu que trop conscience de qui se souciait d'eux et prenait les décisions. Ce n'était certainement pas Denethor. Elle savait donc très bien que l'armée qui avait attaqué Minas Tirith n'était qu'une petite fraction de l'armée de Sauron. Quel espoir y avait-il face à une telle menace ? Comment pourraient-ils gagner ? Survivre ? Vaincre Sauron ?

C'était un fol espoir.

Il n'y en avait même pas. Ils étaient finis, pas aujourd'hui mais bientôt, Aurore en était persuadée. Ce n'était qu'une question de temps.

"La Cité Blanche sera réparée, Sauron n'a pas gagné." dit Aragorn, ayant observé la sœur de Boromir de loin un petit moment avant de l'approcher, elle était droite au bord de la falaise devant le palais.

Après les soins qu'il avait donné dans les Maisons de Guérison, il y avait eu beaucoup à faire et s'il était le roi de la Cité, bien qu'il ne soit pas reconnu comme tel pour le moment, c'était vers elle que les gens c'était tourné. Elle qui avait du prévoir la suite des événements, organisant tout ce qu'il fallait être organiser, donnant des instructions à tous. Et tout le monde lui avait obéi, pas par peur ou par obligation mais avec respect. Ça avait été clair aux yeux du rôdeur, les gens respectaient vraiment la Lumière du Gondor comme elle était appelée, ils lui obéissaient parce qu'ils le souhaitaient, parce qu'ils avaient confiance en elle. Ce n'était pas peur ou par obligation qu'ils le faisaient.

Aragorn avait vu beaucoup de chefs différents, que ce soit des rois, des capitaines, des princes... Chacun avait eu leur propre manière d'agir, de décider de la suite des événements. Il n'avait jamais pensé que les femmes étaient inférieures aux hommes, ça aurait été difficile vu ce qu'il avait vu et appris au fil des années. Mais il devait bien reconnaître qu'il avait sous-estimé la petite sœur de Boromir, elle n'avait rien à voir avec le genre de femme que le Gondor produisait habituellement, elle était plus comme une Shieldmaiden du Rohan que comme une femme classique du Gondor même. Quoiqu'elle était nettement plus posée que Eowyn. Plus une Lady.

Elle avait clairement la tête sur les épaules, même si elle n'y connaissait pas grand chose en terme de combat ou de comment gérer la situation, elle s'adaptait bien et écoutait les conseils. Pas que de lui d'ailleurs, il y avait eu plusieurs personnes à qui elle avait parlé avant de prendre une décision, les deux hommes qui la protégeaient en tête de liste, mais ils n'avaient été les seuls. Les choses pourraient certes être gérer de manière différente, mais elle était efficace. C'était clair qu'elle aimait les gens du Gondor et qu'elle voulait le mieux pour eux.

Il avait senti son regard sur lui plusieurs fois au cours de la journée, pas admiratif mais curieux, prudent. Elle l'avait observé pour le jauger, le juger et il ne savait pas ce qu'elle avait décidé, ce qu'elle avait vu exactement chez lui, ça le rendait un peu mal à l'aise. Peu de gens avaient vraiment su qui il était au fil des années, enfin peu d'étrangers, et à présent tout le monde semblait le savoir. Même la famille en charge du Gondor. La famille qui avait le respect du Gondor. Il n'était pas sourd, il avait surpris bien des discussions au sujet de la bravoure de la Lumière du Gondor et même du Capitaine du Gondor, Faramir. Ils étaient tenus en respect c'était évident, cela malgré ce qu'il avait entendu au sujet de Denethor, leur père. Quel genre d'homme avait-il été ? Pourquoi avait-il pris de telles décisions à la fin ? Qui était réellement Faramir ? Était-il similaire à son frère, du peu qu'il avait pu voir, ça n'avait pas semblé être le cas mais on ne pouvait pas savoir. Et qu'en était-il d'Aurore ?

Qu'il soit ou non prêt à prendre sa place sur le trône, il voulait quand même faire bonne impression, et vu la manière dont les choses tournaient, c'était clair qu'il risquait de finir sur le trône. Dans ce cas là, Faramir et Aurore travailleraient avec lui si tout se passait comme le voulait Gandalf. Ou sinon, s'il choisissait de rester un rôdeur et de ne pas devenir le roi du Gondor, alors Faramir serait le Nouvel Intendant Souverain et sa sœur serait clairement une de ses conseillères. Il aimait le Gondor, et s'il ne voulait pas être roi, ne voulait pas d'une telle responsabilité, ne s'en pensait pas digne, il voulait le mieux pour son peuple et son pays.

"Non, il n'a pas gagné." concéda Aurore d'une voix qui était presqu'un chuchotement. Elle ne dit rien de plus mais Aragorn pouvait l'entendre clairement : "pour l'instant". Avant qu'il ne puisse essayez de lui donner de l'espoir, de lui dire qu'elle devait y croire, elle continua. "Pensez-vous vraiment que votre ami Frodon Sacquet atteindra la Montagne du Destin ? Qu'il peut détruire l'anneau ?"

"Oui, je le crois." affirma Aragorn, rencontrant sans hésiter le regard bleu azur de la femme. Elle était difficile à lire, il avait pourtant de l'expérience en la matière, mais elle dissimulait très bien ses pensées et ses émotions, il ne l'avait vu sans le moindre masque que lorsqu'elle était en compagnie de Faramir. Et encore le moment avait été bref, uniquement lorsque l'homme s'était réveillé et qu'elle avait souri en pleurant légèrement de soulagement. Ensuite elle en avait porté un, léger peut-être mais il y en avait quand même eu un.

Il avait compris le désespoir d'Eowyn, même s'il pensait qu'elle avait tort à bien des égards, elle avait perdu son cousin, son frère avait été pour un temps exilé et elle avait passé des mois à s'occuper d'un oncle qu'elle aimait comme un père et qui ne la reconnaissait plus. Le tout alors que le pion de Saroumane lui susurrait il ne savait quoi à son oreille. L'attitude de la Shieldmaiden du Rohan était donc très compréhensible, il aurait même du être plus prudent et peut-être n'aurait-elle pas oublié toute raison en se joignant aux hommes dans cette folle chevauchée. Certes grâce à elle le Roi Sorcier d'Angmar n'était plus, mais la jeune femme allait avoir besoin de temps pour s'en remettre. Il n'était pas sûr qu'elle s'en remettrait même totalement si elle restait dans l'état d'esprit sombre qu'elle avait pour le moment.

Il comprenait bien qu'Aurore ait vécu des temps difficiles, c'était la guerre après tout et il savait que le Gondor avait payé un lourd prix en étant une des premières lignes de défense contre le Mordor. Il comprenait aussi que la mort de son frère aîné l'ait touché, ce qui était le cas, les regards de Gandalf le prouvait, de même que l'attitude protectrice et un peu inquiète de son oncle et de ses cousins. Elle était peut-être aussi affectée par la mort de son père, il y avait eu des tensions entre eux, l'homme l'avait giflé et tenté de l'étrangler après tout, mais il restait son père, elle avait surement eu de l'amour pour lui... Mais son attitude réservée, distante, semblait bien trop marquée, trop habituelle même. Ça ne pouvait pas dater que de quelques mois. Personne n'était surpris de la voir ainsi, ils agissaient tous comme si elle se comportait de manière normale, ce qui était surprenant. Qu'avait-elle traversé pour avoir un état d'esprit qui semblait pire que celui d'Eowyn ? Et ce qu'elle avait dit concernant l'espoir, il avait senti une vieille blessure. Qu'avait-elle vécu pour être ainsi ?

Aragorn avait toujours été de nature curieuse, que ce soit au sujet de l'histoire, de la guerre, de la poésie aussi, il avait toujours eu ce côté curieux et sa mère ainsi que son père adoptif Elrond, tout deux l'avaient encouragé. De même que Gandalf lors de ses visites à Imladris. Les années ne l'avaient pas changé, uniquement rendu plus prudent, enfin parfois, il restait toujours aussi curieux. Il ne pouvait s'empêcher de s'interroger. Quel genre de pensées se trouvaient derrière les yeux bleus de cette femme ? Boromir n'avait pas été difficile à percer à jour, il aimait son pays et sa famille, il était fier mais aussi inquiet, craignant de tout perdre. Faramir, de ce qu'il avait compris et de ce qu'il avait vu, était plus réfléchi que son aîné, un érudit plus qu'un soldat, il était plus doux et patient aussi. Quoique l'éclat dans son regard lorsqu'il avait vu les blessures de sa sœur, laissait clairement comprendre qu'il était dangereux si poussé. Lui aussi aimait son pays et sa famille, il semblait plus tiraillé que ne l'avait été Boromir. Entre devoir et quoi ? En comparaison de ses frères, Aurore était une énigme. Il apprenait une chose sur elle, croyait enfin la cerner, uniquement pour se rendre compte que ce n'était pas du tout le cas.

Certes cela faisait à peine un jour depuis la fin de la bataille, et donc leur rencontre, mais ça ne changeait rien, il avait l'habitude d'analyser rapidement les gens, de comprendre qui ils étaient réellement. Mais là, il en était incapable, tout ce qu'il pouvait dire avec certitude, c'était qu'elle aimait le peuple du Gondor et ses frères. C'était tout. Il l'avait cru froide, uniquement pour la voir avec un des enfants ou avec Pippin et s'apercevoir qu'il avait été un imbécile. Il la croyait fragile, ça n'avait pas duré longtemps, uniquement pour la voir se comporter avec une obstination et détermination égales à Boromir. La Lumière du Gondor, comme elle était appelée, était certainement un mystère qu'il n'arrivait pas à résoudre, un mélange de contradictions même.

"Espérons que vous avez raison alors. Il n'a pas choisi un chemin facile néanmoins pour se rendre au Mordor, mais avec le départ pour mener l'armée de Sauron, puis la défaite du Roi Sorcier d'Angmar, passer près de Minas Morgul devrait être moins dangereux." finit par dire Aurore, sortant Aragorn de ses pensées par la même occasion.

"Passer près de Minas Morgul ?" il l'interrogea de suite, très attentif.

"Oui, Mithrandir ne vous en a pas parlé ?" demanda Aurore, la seule trace de surprise qu'elle laissa paraître était un sourcil légèrement haussé, sa voix était restée posée, presque neutre.

"Me parler de quoi ?" demanda Aragorn.

"Faramir a rencontre Frodon Sacquet et Sam Gamegie il y a plusieurs jours, en compagnie d'un être appelé Sméagol ou Gollum. Il était leur guide. Ils avaient l'intention de passer par le Cap de Cirith Ungol." expliqua Aurore. "Non qu'il y ait beaucoup de chemins pour entrer discrètement dans le Mordor, celui là était connu de la créature appelée Sméagol qui semblait être leur guide selon mon frère."

"Ils voyagent avec Gollum ?" répéta interdit le rôdeur.

"Oui, Faramir avait dit qu'ils semblaient assez ... à l'aise en sa compagnie, Frodon Sacquet lui faisait confiance et lui a même sauvé la vie lorsque Faramir allait ordonner la mort de Sméagol. Il s'était aventuré dans une zone interdite, sans compter que les étrangers aussi près du Mordor, ne sont pas vraiment bien accueillis. C'est grâce à ce Sméagol et à une sorte de conversation qu'il faisait tout seul que mon frère a compris ce que transportait votre ami." expliqua un peu plus Aurore.

"Qu'a donc fait votre frère ?" demanda Aragorn d'un ton nettement plus calme, cependant Aurore avait été trop souvent en compagnie de guerrier pour se faire avoir. C'était un homme dangereux et avoir son attention ainsi, sur un sujet aussi grave, n'était pas une bonne chose.

"Dans un premier temps il a choisi de les ramener avec lui à Osgiliath puis Minas Tirith, néanmoins il les a laissé partir après avoir vu l'effet d'un des Nazguls sur Frodon Sacquet. Cela plus les paroles de Sam Gamegie concernant Boromir a été assez pour que Faramir leur montre le chemin de quitter Osgiliath afin de rejoindre le Mordor comme ils le souhaitaient. Avec ce Sméagol bien sûr." expliqua Aurore, plus que prête à défendre son frère si nécessaire, même s'il s'agissait du roi. "Denethor, après avoir appris la décision de Faramir, l'a donc envoyé charger vers une Osgiliath occupée par l'ennemi. Résultant en la mort du reste de la garnison de mon frère et en ses blessures, il en est le seul survivant."

Aragorn la dévisagea un moment, ne sachant quoi dire. Disait-elle que ça avait été la punition de Faramir ? Non c'était impossible, Denethor n'avait simplement pas pris conscience du danger dans lequel il envoyait ces hommes et son fils. L'autre possibilité était tout simplement impensable...

Ainsi tout comme son frère aîné Faramir avait été testé face à l'anneau, et il avait fini par réussir à se débarrasser de cette horrible tentation. Réussissant à envoyer Frodon et Sam au loin, comme lui même l'avait fait lorsque Frodon l'avait testé. C'était impressionnant. Il était encore plus curieux quand à Faramir, et il avait aussi beaucoup de question quand à la situation, que c'était-il passé exactement ?

"Le chemin par le Cap de Cirith Ungol était leur destination, mais ça peut être inquiétant vu les rumeurs qui courent sur cet endroit. Et l'être qui hante ce cap." continua Aurore. "J'espère que vous avez raison au sujet de votre ami Sire. Parce que rien que les seules forces de Sauron, peuvent détruire le Gondor et le Rohan, alors s'il devait récupérer son anneau... Il n'y aura pas de secondes armée fantôme. Plus de solution miracle. Ce sera la fin."

"Je suis certain que Frodon y arrivera, soutenu par Sam. Ils le feront." affirma Aragorn.

"J'envie votre conviction et votre espoir." murmura Aurore, mais avant qu'il ne puisse répondre, commenter, elle poursuivit. "Je souhaiterais me rendre à Osgiliath demain."

"Osgiliath ? Pourquoi ? Et pourquoi me demandez-vous la permission ?" demanda Aragorn, surprit par la tournure de la conversation.

"Vous êtes le roi. Le fait que vous ne soyez pas reconnu comme tel dans toute la ville, selon votre décision, n'annule pas pour autant ce fait. J'ai certes pris des décisions toute la journée, mais vous aviez la possibilité de me contredire si c'était votre souhait. Vous ne connaissez plus cette ville, mais vous pouvez apprendre, devenir un roi. Peut-être même un bon roi, je l'ignore.

Cependant cela ne change pas cela, de naissance vous êtes le roi. Et vous êtes à Minas Tirith. C'est donc à vous d'accéder ou non à cette demande. Je souhaite me rendre à Osgiliath, afin de chercher pour des survivants. Et le cas échéant ramener les corps des soldats afin qu'ils puissent être avec leurs familles." répondit Aurore, une certaine fermeté dans la voix.

"Vous... vous voulez aller à Osgiliath ?" finit par dire Aragorn, qui avait été absolument surpris et choqué quand aux paroles d'Aurore.

Ainsi qu'à la fermeté et détermination qu'il voyait en elle, c'était encore plus marqué que lorsqu'il l'avait vu pour la première fois, devant les portes de la Cité Blanche. En dehors des paroles amères de Théoden quelques jours auparavant, lorsqu'il avait choisi d'abandonner Edoras pour le Gouffre de Helm, c'était la première fois depuis bien longtemps que quelqu'un lui parlait de la sorte. D'une manière aussi directe et franche. Même Gimli et Legolas ne le faisaient pas, pas plus qu'Elladan et Elrohir, ses deux frères adoptifs. Ils étaient bien trop corrects, et polis à certains égards pour le faire. Quand aux hommes sous ses ordres, ses rôdeurs, ils le respectaient et lui faisaient confiance. Certains étaient assez proches pour lui poser des questions et l'interroger sur ses plans, mais ils ne lui parleraient pas ainsi pour autant. Il était leur chef. Le seul à déroger à cette règle, c'était Halbarad, son ami et second, mais cela faisait bien longtemps qu'il ne lui avait pas parlé de la sorte.

"Oui. J'ignore s'il y a ou non des survivants à Osgiliath, ce que je sais c'est que des dizaines sont morts, incapables de se replier vers Minas Tirith lors de l'attaque. Et il y a aussi les corps massacrés des cavaliers qui faisaient partie du groupe de mon frère. J'ai un devoir envers ces hommes, ils ont sacrifié leurs vies pour le Gondor et moi je dois m'assurer qu'ils aient droit aux honneurs auxquels ils ont droit. Que leurs familles puissent leur dire adieu." répliqua Aurore. "Mes frères ont un devoir envers leurs hommes, leurs soldats. Ils les mènent au combat, ils planifient des attaques afin d'en épargner le plus des nôtres, et si le pire devait arriver, alors ils font en sorte de ramener les corps aux familles. Mon devoir est d'offrir toute l'aide nécessaire aux familles, mais je ne parle pas uniquement de la nourriture et de l'argent, mais aussi de réconfort.

Boromir est mort, et Faramir n'est pas en état, alors c'est mon rôle et mon devoir que d'agir pour eux. De m'assurer qu'ils puissent rentrer chez eux, et que leurs corps ne pourrissent pas à côté de ceux des orcs. J'aurai voulu le faire aujourd'hui, mais je ne pouvais quitter la Cité. Pas alors qu'il y avait tant à faire et à planifier. Je devais faire cela avant de pouvoir envisager d'aller à Osgiliath.

Il y a toujours beaucoup à faire, c'est sûr, mais j'ai réussi à parer au plus urgent. Pour le moment en tout cas. Il y a peu de chance de survivant, j'en ai conscience, cependant plus j'attends ici avant d'essayer de les trouver, plus il y a des risques qu'il n'y en ait plus du tout au final. Alors je réitère ma demande, allez-vous me laisser aller à Osgiliath ?"

"Bien sûr. Je vous y accompagnerai même avec mes hommes pour vous aider dans vos recherches." acquiesça Aragorn.

"Je vous remercie." dit Aurore s'inclinant légèrement et fermant les yeux, soulagée qu'il ait accepté. Elle devait bien reconnaître qu'elle l'aurait fait dans tout les cas, mais il était le roi, alors mieux valait éviter de lui désobéir ouvertement. "Il faudra que vous rencontriez les scribes afin de rédiger divers documents officiels. Les gens savent que le roi est de retour, quelque soit vos décisions pour la suite, vous allez devoir vous décider rapidement et rendre cela officiel."

"Rédiger des documents ?" répéta surpris Aragorn, elle était vraiment différente de toutes les femmes qu'il avait rencontré au fil des ans. Il ne savait jamais ce qu'elle allait dire d'une phrase à l'autre.

"Oui, régner ne veut pas simplement dire donner quelques ordres comme ça. C'est bien plus compliqué." répondit Aurore, regardant Aragorn avec un certain détachement. Était-il sérieux dans sa surprise ? A quoi était-elle du ? Pitié que ce soit simplement qu'il ne s'attendait pas à ce qu'elle ouvre le sujet avec lui...

Il était nécessaire pour le Gondor que leur roi soit capable de comprendre l'importance de la politique et de la négociation, cela ne suffisait pas d'être un bon commandant de guerre. Il fallait aussi gérer les situations dans le cas où ils réussissaient à gagner, si un temps de paix revenait. Et puis même dans le cas où la guerre continuait, il y avait des choses à faire. De la paperasse à remplir, des affaires à organiser, toutes sortes de choses que l'on ne pouvait faire si on pensait uniquement à faire la guerre.

Au cours de la journée, elle avait beaucoup observé Aragorn, fils d'Arathorn, le roi du Gondor, même s'il n'en acceptait pas le titre. Il avait été plutôt fidèle aux histoires de Pippin, ou encore de Mithrandir, et même des différents soldats qui avaient participé à la bataille du Gouffre de Helm. Posé, calme, intelligent et gentil ainsi que sérieux. Avait-elle eu tort en envisageant l'hypothèse qu'il puisse comprendre que ce genre de chose était nécessaire ?

"Je sais cela,... je ne m'attendais simplement pas à devoir prendre de telles dispositions aussi rapidement." expliqua Aragorn.

"Vous êtes le roi. Les gens savent que vous êtes là, même s'ils ne savent pas forcément à quoi vous ressemblez. Il y a beaucoup de personne qui se rappelle des légendes, même celles de l'armée des mort set du roi qui avait des mains de guérisseur. Ils vont attendre le renouveau pour le Gondor, ou en tout cas des changements." avertit Aurore. "Il faut donc se préparer pour que les choses se passent au mieux."

"Quel scribe me conseillez-vous donc ?" demanda Aragorn, essayant d'analyser au mieux la situation.

"Tout dépend de ce que vous voulez." répondit Aurore. "Il y a Dan, qui était le scribe favori de Denethor, ou encore Go, qui est le chef des scribes de Minas Tirith..."

"Attendez." demanda Aragorn en arrêtant Aurore. Ils s'étaient mis à marcher au fil de leur discussion, le faisant côte à côte, avec les deux gardes de la jeune femme derrière eux. Pour l'arrêter il lui avait saisi le bras, avant de le relâcher lorsqu'elle se tourna vers lui et qu'il put voir pour la première fois depuis leur rencontre, de la peur dans ses yeux. Elle avait peur de lui. "Mes excuses. Je suis vraiment désolé."

"Ce n'est rien." dit Aurore, faisant un geste à Ohtar et Varon de ne rien faire, geste auquel ils obéirent à contre cœur. "A l'avenir, une parole suffit largement Sire."

"Je m'en souviendrai, et s'il vous plaît, appelez-moi Aragorn." il répondit. "Je voudrais proposer une trêve."

"Une trêve, j'ignorais que c'était nécessaire." remarqua posément Aurore, observant attentivement chaque mouvement d'Aragorn. Elle n'avait aucune envie de se faire surprendre à nouveau.

"Lady Aurore, je n'ai jamais demandé à être roi, je ne l'ai même jamais voulu. Cependant c'est ainsi, je ne me sens toujours pas prêt à le devenir, mais il faut que je le sois. Afin d'être ce que le Gondor mérite. Parce que j'aime ce royaume et ces gens. Je les aime vraiment et je veux le mieux pour eux. Je ne sais pas si c'est moi, le mieux, mais je me dois d'essayer, pour tout les gens qui croient en moi, quoi croient que je peux le faire.

Ce qu'il y a c'est que même si je connais le Gondor et que j'ai de bonnes intentions, cela ne veut pas pour autant dire que je sais ce qu'il y a de mieux pour eux. En revanche vous, vous savez. Vous connaissez le peuple du Gondor, vous savez ce dont ils ont besoin. Moi, je sais que j'ai besoin de vous. Pas du vous, tel que vous étiez avec Denethor.

Non, je n'ai aucune envie que vous agissiez dans mon dos ou à la limite de mes demandes, j'ai envie de profiter de vos conseils, qu'on forme réellement une équipe. Parce que vous êtes la mieux placée pour me conseiller, j'ai besoin de vous. Vous êtes la personne en qui ces gens ont confiance, qu'ils respectent, qu'ils suivent. Alors je vous demande de me donner une chance, une chance de faire mes preuves et une chance de gagner votre confiance." dit Aragorn, se lançant. Très heureux du fait qu'ils étaient seuls dans le couloir, et que les deux gardes de la sœur de Boromir étaient un peu plus loin. Au moins ils étaient en privé.

Aurore l'observa un moment en silence, jaugeant sa sincérité, ses paroles. Elle était vraiment indécise sur ce qu'il lui demandait, c'était très différent de ce à quoi elle s'était attendue. A vrai dire, jamais elle n'avait pensé qu'on lui demanderait une telle chose. C'était pour le moins étrange. Si elle ne l'avait pas observé toute la journée et n'avait pas eu les comptes rendus du capitaine Bergeon, des soldats et de Pippin, qui semblait incapable de mentir, jamais elle ne l'aurait envisagé.

Cependant cet homme était apparemment très différent de Denethor. De plus il était respectueux, et puis en dehors de ça, il avait sauvé Faramir. Il n'était pas obligé de le faire, il aurait peut-être même été plus facile pour lui s'il n'y avait pas eu Faramir, un homme de la lignée des Intendants qui pouvait s'opposer au retour du roi. Mais il l'avait soigné, et pour cela elle avait une dette envers lui. Parce qu'elle ne pouvait imaginer sa vie sans ses frères dedans. Elle avait déjà perdu Boromir, qui apparemment aurait été près de cet homme au moment de sa mort, qui n'était peut-être pas mort seul, elle ne pouvait pas perdre Faramir. Elle ne pourrait pas le supporter.

En retour de cette dette, elle pouvait bien lui donner une chance de faire ses preuves. Après tout elle s'était résignée depuis un moment au fait que le roi était en route pour revenir, elle avait été prête à l'accepter, même s'il était un parfait inconnu et qu'elle ne savait rien de lui. Parce que les choses étaient ainsi, tout simplement. Aragorn avait l'air de quelqu'un de bien...

"Alik, est un scribe compétent quoique jeune pour ses capacités. Il n'est rattaché à aucun noble, ou aucune personne qui pourrait lui demander des informations. Je pense qu'il pourrait être loyal envers vous, enfin si vous essayez de gagner sa confiance. Il n'est pas non plus rattaché à moi, donc vous n'aurez pas à vous en faire à ce sujet." offrit Aurore en réponse.

Elle n'avait pas accepté oralement la trêve qu'il venait d'offrir, pas en ces mots en tout cas, mais elle l'avait quand même accepté. Vu le sourire qui se dessinait sur les lèvres d'Aragorn, il l'avait compris.

Elle n'agirait pas contre lui, en tout cas pas tant qu'il ne lui donnait pas de raison pour le faire. C'était un début.