Notes de l'auteur : Bonjour à tous. Voici la suite. Bonne lecture et n'hésitez pas à me faire part de vos remarques ou commentaires dans les reviews.


Damian sortit de la grotte et aussitôt, fut aveuglé par une vive lumière, blanche et chaude. Il ferma les yeux et protégea son visage de son bras. Un sifflement lui parvint aux oreilles et il sentit un courant d'air dans ses cheveux. Ses yeux le brûlaient. Il les ouvrit lentement, redoutant d'être devenu aveugle. A son grand soulagement, le flou lumineux qu'il percevait se dissipa.

Il se tenait sur un petit monticule rocheux, surplombant une route. Face à lui, un paysage désolé, rocailleux, de grandes et épaisses tiges noires sortaient du sol. Des arbres. Bien différents de ceux que Damian avait pu voir dans les livres pour enfants qu'il avait lu dans sa jeunesse dans l'Abri.

Bouche bée, il contempla ce paysage surréaliste. La route qu'il surplombait se dirigeait vers une ville, aux maisons en bois à demi effondrées. Les seules choses encore debout, étaient de petites habitations d'un étage, un château d'eau, ainsi qu'une étrange sculpture rouge en forme de cône et un grand édifice en béton.

Damian détacha son regard des maisons éventrées. Ce qui l'émerveilla le plus, c'était cet astre aveuglant dans le ciel. Le ciel, gris, immense, oppressant. Le soleil. Lui qui avait toujours imaginé de voir le ciel et le soleil, s'appuyant sur des photos dans des livres ou sur les quelques affiches de Vault-Tec sur certains murs de l'Abri, voilà qu'il les avait devant les yeux. Le jeune homme reporta son attention sur le paysage. Jamais il n'avait vu autant d'espace. Jamais son regard ne s'était posé aussi loin, lui qui était habitué à toujours avoir un mur ou un plafond gris dans son champ de vision.

Au loin, d'autres bâtiments, plus gros, s'étendaient. Deux se détachaient du lot, une grande tour pointue, qui dominait tous les autres par sa taille, et un grand édifice, surmonté d'une coupole.

Le paysage qui s'étendait sous ses yeux, était le résultat de deux heures de bombardements intensifs. Deux petites heures, au cours desquelles le feu atomique avait englobé le monde. Deux heures, pour illustrer l'apogée de la lutte sanglante, que s'était livrée les puissants de l'ancien monde.

Par un geste d'une banalité déconcertante, par une simple pression sur un bouton installé sur un tableau de commande, les dirigeants des Etats-Unis, de la Chine Communiste et du Commonwealth Européen, avait scellé le sort de l'Humanité, la faisant passer d'espèce dominante sur Terre, forte de plusieurs milliards d'individus, à une poignée de survivants, accrochés aux filtres à eau et à air de leurs abris antiatomique.

Ce qui attira l'attention de Damian, c'était un amoncellement de tôle et de métal. Certaines parties de la construction ressemblaient à ce qu'il avait vu dans un livre dans l'Abri sur des avions. Des morceaux de fuselages, de réacteurs et d'ailes. Au-dessus, Damian remarqua quelque chose qui tournoyait lentement dans le ciel.

Des oiseaux ! Il se frotta les yeux, pour s'assurer qu'il n'était pas en train d'halluciner, mais non. Les oiseaux étaient bien là, noirs de tailles diverses, tournoyant au-dessus de cette étrange structure. En tendant l'oreille, le jeune homme pouvait entendre des bruits provenir de cette étrange construction.

Toute semblait irréel. Le monde stérile et sans vie, le désert radioactif décrit par les adultes de l'Abri, par le Superviseur, par son père, tout était faux. La réalité rattrapa rapidement Damian. Il ignorait depuis combien de temps son père était parti. En regardant à nouveau le paysage dévasté qui s'étendait devant lui, il réalisa qu'il pouvait être n'importe où. Le jeune homme se sentit minuscule. Une poussière perdue dans l'immensité du nouveau monde qui se présentait devant lui.

- Où tu es papa ? murmura Damian.

Le vent soufflait doucement, soulevant du sable et de la poussière entre les jambes du jeune homme. L'adrénaline accumulés lors de sa fuite de l'Abri commençait à redescendre. Il sentit une douleur à sa main gauche, là où le chef Hannon l'avait frappé. Il retira le gant de son Pip-Boy et constata qu'il avait une marque en travers de la paume. Il avait également du mal à fermer la main. Damian grimaça et releva la tête.

Cet étrange amas de métal et de parties d'avions l'intriguait. Il décida de s'y rendre, ne serait-ce que pour satisfaire sa curiosité. Si des gens vivaient là-bas, ils pourraient également le renseigner sur son père et sur ce nouveau monde.

Damian descendit du monticule rocheux qui surplombait la zone, passant à côté d'ossements humains à moitiés enfouis dans le sable et la terre. La route qu'il foula était extrêmement abîmée. Le jeune homme se dirigea vers la ville en ruine qu'il avait vue. Sur les bords, les restes, dévorées par la rouille d'une glissière de sécurité et un véhicule étrange, en forme de cône avec une grande vitre éclatée et un siège en cuir à l'intérieur.

En arrivant près des maisons, Damian fut d'autant plus saisi par l'état de destruction des lieux. Les maisons en bois tenaient à peine debout, certaines n'étant plus réduites qu'à un vulgaire tas de planches calcinées. La route était jonchée de détritus en tout genre, boites de conserves tordus, bouteilles de soda vides, papiers, morceaux de métaux rouillés. Cette scène rappela à Damian un des films qu'il avait vu dans l'Abri sur les effets dévastateurs d'une explosion nucléaire. L'ampleur de la destruction qui s'étendait devant ses yeux était bien pire que dans le film.

Il suivait la route, regardant régulièrement dans le ciel vers la nué d'oiseaux qui y tournoyait lentement. Le jeune homme tomba sur un panneau en tôle ondulée, soudé à deux poteaux. Sur la tôle avait été inscrit en lettre jaune le mot « Megaton » suivit d'une flèche indiquant grossièrement la direction de l'étrange structure que Damian avait remarqué.

« Megaton ». La première chose qui vint à l'esprit de Damian en lisant ce nom, ce fut le même film auquel il avait pensé plus tôt. Le mot faisait référence à l'unité utilisée pour mesurer une explosion atomique.

Alors qu'il allait rependre sa route, il vit une petite sphère métallique, un peu plus grosse qu'une tête humaine, bardée d'antennes, voler lentement dans sa direction. Il s'agissait à première vue d'un robot mais Damian ignorait de quel modèle il pouvait s'agir. Le robot émettait de la musique, un air de musique entrainant, aux allures martiales. Il passa près de Damian et l'ignora complètement. Le jeune homme le regarda s'éloigner avant de reprendre son chemin. Un vestige de l'ancien monde, une relique, construite par des gens morts depuis des siècles, qui continuait d'arpenter ce désert comme si de rien n'était et qui s'évertuait à diffuser la fréquence radio qui lui avait été attribuée.

La structure que Damian avait vu depuis le promontoire menant à l'Abri était une ville. Du moins, c'était l'impression que les lieux donnaient. De grands murs en tôle et en métal, des vigies, des mats tenues par des câble set des cordes. Ce qu'il supposa être l'entrée consistait en plusieurs ailes d'avions surmontées d'un réacteur.

Omnibulé par cette vision, Damian ne remarqua pas la masse orange qui s'étendait à ses pieds. Il trébucha et s'écrasa tête la première dans le sable. En se retournant, il constata qu'il s'était pris les pieds dans ce qui ressemblait à une fourmi géante. Il sursauta et rampa rapidement pour s'éloigner de l'insecte. La fourmi ne bougea pas. Damian dégaina son pistolet et s'approcha prudemment. Du bout du pied, il secoua la fourmi géante. Cette dernière ne bougea toujours pas. Il s'aperçut que la créature avait un large trou au niveau de sa tête, une blessure par balle. En regardant autour de lui, il réalisa qu'il y avait trois autres cadavres de ces fourmis, toutes avec une blessure par balle au niveau de la tête. La preuve que des personnes suffisamment évoluées pour utiliser des armes à feu vivaient dans la région, contrairement à ce que le Superviseur avait toujours répété, que le désert à la surface ne pouvait pas accueillir autre forme de vie que les cafards mutants.

Damian frissonna, réalisant qu'il n'aurait probablement eu aucune chance si ces fourmis avaient été vivantes. Il monta une petite pente jusqu'à la porte. Juste au-dessus du réacteur, sur une passerelle, un homme vêtu d'une armure de combat militaire, observait le paysage à travers une paire de jumelles. Damian remarqua le fusil à lunette, posé à portée de main. Le jeune homme allait de surprise en surprise et il était convaincu que ce monde avait encore d'autres secrets ou horreurs en réserve pour lui.

Le jeune homme s'approcha lorsqu'une voix l'interpella. Il tourna la tête et vit un homme en haillons, assis au milieu d'un tas de détritus et d'une carcasse de voiture rouillée en train de lui faire signe. Damian s'approcha avec prudence.

- …De… L'eau… Pitié… De… L'eau…

Damian regarda l'homme qui venait de lui parler. Son visage était rougi par les coups de soleil, ses cheveux graisseux et ses vêtements semblaient trois fois trop grand. Le jeune homme réalisa alors que dans la précipitation, il n'avait pris, ni eau ni nourriture. Il regarda tristement le mendiant.

- Je suis désolé mais je n'ai pas d'eau à vous donner.

- S'il vous plait… J'ai… Si soif… Il me faut… De l'eau… Purifiée, supplia avec difficulté le mendiant.

- Purifiée ? Comment ça ? demanda le jeune homme.

- De l'eau… Sans radiation… C'est l'un… des rares endroits des Terres Désolées où… on peut en trouver.

Le mendiant leva péniblement le bras et désigna les murs en métal. Damian se retourna vers l'homme et lui demanda.

- Dîtes… C'est quoi cet endroit ?

Le mendiant haussa les sourcils, dévoilant des yeux injectés de sang. Damian n'avait posé qu'une simple question, pourtant l'homme lui lançait un regard comme s'il venait de lui demander le sens de la vie.

- C'est… Megaton. Vous… Avez grandi dans un trou… Toute votre vie ?

« Tu crois pas si bien dire », pensa Damian en lui faisant un signe de tête et en s'éloignant.

Le sol trembla. Le réacteur au-dessus des ailes d'avions s'activait, tournant de plus en plus vite. Damian recula lorsque les deux ailes d'avions coulissèrent vers le haut, révélant une grande porte en métal. Le réacteur cessa de tourner lorsqu'un robot de forme humanoïde, avec une grande visière jaune en guise de tête s'approcha et se positionna à l'entrée. Il fit pivoter son buste vers Damian dans un grincement métallique.

« Bienvenue, à, Megaton. Passez, un, agréable, séjour. »

Damian remarque qu'une étoile blanche à cinq branches avait été peinte sur le buste du robot. Juste en-dessous, une petite plaque de métal semblait avoir été soudée. Damian pu y lire les mots « Adjoint Weld ».

- Euh… Merci…, balbutia le jeune homme en se dirigeant à l'intérieur.

La ville était construite dans un grand cratère. Des habitations en tôle étaient construites sur des grandes passerelles. Un grand escalier rudimentaire encadré de deux énormes tuyaux permettait de rejoindre le centre du cratère.

- Bon sang… Encore de la visite.

Le jeune homme n'eut pas le temps d'observer la ville qu'un grand homme noir, s'approcha de lui en soupirant. Tout droit sorti d'un film d'avant-guerre sur la conquête de l'Ouest, l'homme, portait un long cache poussière beige en cuir avec treillis et bottes assorties, ainsi qu'un large chapeau aux bords recourbés. Cette vision amusa Damian, jusqu'à ce qu'il aperçoive l'étoile dorée épinglée à la poitrine de l'homme et surtout, le grand fusil d'assaut qu'il portait en bandoulière.

L'homme soupira et se plaça devant Damian, le dominant de toute sa taille. Ses petits yeux marrons sondèrent le jeune homme quelques secondes avant qu'un sourire bienveillant ne se dessine sur son visage mangé par une imposante barbe.

- Je suis Lucas Simms, le Shérif, et le Maire en cas de besoin.

- Je… Euh… Je…

- Hey, relax gamin. Je ne mords pas.

Damian se racla la gorge et repris calmement.

- Je m'appelle Damian Franklin. Je… Je cherche mon père.

- Vous venez de cet Abri non ? L'Abri 101.

Simms eut un léger rire tandis qu'il examinait la combinaison du jeune homme.

- Ouais… Avec cette combinaison sur le dos, impossible de se tromper.

- Je… Ecoutez, Shérif… Simms ? Je cherche mon père, un type d'âge moyen, blanc, les cheveux grisonnants. Vous l'avez vu ?

Lucas Simms pinça ses lèvres et sembla réfléchir quelques secondes.

- Eh bien, y'avait bien cet étranger qui est passé. Il avait un drôle de regard, du genre déterminé. Il portait aussi une combinaison d'Abri.

- Vous savez où il est parti ? demanda Damian plein d'espoir. Quand était-ce ?

- Je ne sais pas, désolé. J'ai suffisamment à faire en ville et je n'ai pas le temps de tenir le registre des entrées et sorties. En revanche, je me souviens qu'il est resté un petit moment au saloon. Vous devriez aller voir avec Moriarty, mais faites gaffe à vous, cet homme n'est pas digne de confiance.

- Où est-ce que je le trouve ce saloon ? demanda Damian.

En guise de réponse, Simms fit un pas de côté et pointa du doigt une bâtisse de l'autre côté de la ville sur le bord du cratère. Un grand panneau indiquant le nom de l'endroit trônait sur la façade avant du bâtiment.

- Une dernière chose.

Damian se tourna vers Simms.

- Bienvenue à Megaton.

Simms s'éloigna. Damian commença à descendre les marches. Une scène étrange attira son attention. Au centre du cratère, dans une flaque d'eau marron, un homme d'un âge avancé, de l'eau jusqu'aux tibias, parlait en levant les mains, paumes tournées vers le ciel. Il déblatérait des paroles sans queues ni tête pour le jeune homme. Pourtant ce n'était pas cet illuminé qui stupéfia Damian.

Un grand objet de forme ovale, à demi-enfoui dans une eau grise et opaque, semblait être le destinataire des paroles du vieil homme. En s'approchant, Damian entendit le compteur Geiger de son Pip-Boy s'affoler. Il réalisa avec effroi qu'il se tenait face à un engin nucléaire. L'inscription « C-23 Megaton », était gravé sur le côté de l'engin, ainsi que le trèfle radioactif.

Damian fit quelques pas en arrière. Les habitants de cette ville avaient un sens de l'humour plus que douteux. Nommer leur ville de la même façon qu'un de ces engins était une chose, construire une ville autour et surtout vénérer ce même engin qui avait détruit le monde deux siècles auparavant en était une autre.

- Pas de panique, gamin. Ce truc ne va pas exploser. Enfin pas tout de suite.

Damian se retourna et vit Simms qui se tenait derrière lui.

- « Pas tout de suite » ? Attendez… Vous voulez dire que cette chose est armée ?

Tant que personne ne va trifouiller les fils et les câbles du boitier de commande, la bombe restera intacte. Et nous avec.

- Mais c'est complètement dingue !

Plusieurs personnes, attablées à un comptoir derrière eux, se retournèrent, visiblement mécontent que quelqu'un ne hausse la voix et perturbe leur repas.

- Pourquoi vous vivez près de cet engin ? Si jamais elle se déclenche…

- Je ne compte pas me faire vaporiser tout de suite, gamin, et pour ce qui est de pourquoi la ville est construite autour d'une bombe atomique, adressez-vous à quelqu'un d'autre pour le cours d'histoire.

Le Shérif s'installa au comptoir et entama une discussion avec une femme en combinaison jaune qui se tenait debout de l'autre côté. Damian jeta un dernier regard à la bombe avant de commencer son ascension vers l'autre côté du cratère.

Le saloon était bondé. Un brouhaha de discussion, de bruits de verres et de couverts s'entrechoquant et le grésillement désagréable d'une radio mal réglée frappa Damian de plein fouet. Une forte odeur de tabac froid et d'alcool fort le prit également à la gorge. Lorsqu'il referma la porte, il sentit que tous les regards s'étaient tournés vers lui. Le malaise dura quelques secondes, jusqu'à ce que l'ensemble des clients et des personnes assises aux différentes tables ne retournent à leurs activités.

Damian devait sûrement avoir l'air d'une bête de foire, ou du moins d'un personnage étrange, avec sa combinaison d'Abri, son Pip-Boy et surtout, les traces de sang séchés sur son visage et ses mains.

Le jeune homme se fraya un chemin jusqu'au comptoir. Il se glissa entre une femme accoudée au comptoir, portant une tenue plus que suggestive et aux cheveux roux coupés courts et un homme au crâne rasé, portant un blouson et un pantalon en cuir avec des bottes militaires, ainsi qu'un fusil d'assaut dans le dos.

La femme souffla la fumée de sa cigarette et lança un regard plein de sous-entendus à Damian. Le jeune homme regarda de l'autre côté du comptoir. Il réalisa qu'il avait complètement oublié de demander à Simms à quoi ressemblait le dénommé Moriarty.

Il vit un homme lui tournant le dos, le crâne partiellement dégarnit. Damian lui tapota doucement l'épaule.

- Hum… Excusez-moi, je cherche un dénommé Moriarty et…

Damian poussa un cri de surprise et d'horreur. Il recula, renversant le verre de l'homme à côté de lui par la même occasion. L'homme qui se trouvait derrière le comptoir n'avait plus de nez, ni de lèvres. La peau sur son visage, comme sur le reste de son corps avait l'air d'avoir été brûlée ou arrachée.

- Quoi ? Vous avez jamais vu une goule de votre vie ? lança l'homme d'une voix rauque, tintée de surprise.

- Une… Quoi ?

Damian n'arrivait pas à détacher son regard du visage de son interlocuteur. L'homme remarqua la combinaison d'Abri et le Pip-Boy et soupira tristement.

- Je présume que vous devez pas avoir beaucoup de goules dans votre Abri.

- Euh... Je… Non… Vous m'avez surpris, désolé.

- Hey !

La goule tourna la tête vers l'homme au crâne rasé assis à côté de Damian. Il avait les mâchoires crispées et lançait un regard mauvais à Damian.

- T'as renversé mon verre.

- J'suis désolé Monsieur Jericho, je…

- Toi le zombie tu la fermes ! s'écria le dénommé Jericho en pointant un doigt autoritaire vers la goule sans lâcher Damian du regard.

La goule baissa les yeux, pétrifiée. Damian resta silencieux, sans savoir quoi faire. Il pâlit et sentit une boule se former dans son ventre, lorsqu'il vit l'homme sortir un couteau à la lame dentelée. Il fit tournoyer l'arme dans sa main et planta la pointe de la lame sur le comptoir dans un bruit qui attira l'attention des personnes autour.

- Bah quoi, t'as perdu ta langue trou du cul d'Abri ?

- Jericho, rangez-ça.

Damian tourna la tête et vit le shérif Simms sur le seuil de la porte du saloon. Il s'approcha de Jericho et posa ses yeux sur le couteau.

- Vous comptez faire quoi avec ça ?

Jericho leva les yeux vers Simms et rangea son couteau.

- Allons, allons, que ce passe-t-il ?

Un homme dans la cinquantaine, avec des cheveux gris et un bouc bien taillé, vêtu d'un blouson en cuir sans manches, d'un t-shirt blanc et d'un épais pantalon composé de plusieurs morceaux de tissus, s'approcha. Damian croisa son regard. Ses yeux débordaient de malice.

- Shérif, vous venez vous détendre un moment ? demanda-t-il en affichant un sourire forcé.

- Je viens parce qu'on m'a signalé du grabuge ici.

Simms, Jericho et l'homme aux cheveux gris engagèrent une discussion. Le ton monta assez rapidement, toutes les personnes présentes ayant visiblement leurs mots à dire sur le sujet. Damian fut rapidement écarté de la conversation, la faute retombant sur la goule.

Le jeune homme s'extirpa de la foule à quatre pattes et se releva. Il se retrouva dans un petit recoin du saloon. Une petite lampe violette donnait une ambiance relaxante à l'endroit. Damian sentit une présence avec lui. Il se retourna et vit un homme en costume rayé, très propre, chaussures cirées, chapeau et lunettes aux verres tintés. Damian trouvait que cet homme faisait tâche dans le décor.

Assis dans un fauteuil en cuir, il fit signe à Damian de s'approcher. Le jeune homme regarda autour de lui puis s'approcha.

- Enfin, juste au moment où j'allais perdre espoir. Mon garçon, je suis ravi de faire votre connaissance. Vous pouvez m'appelez, Monsieur Burke.

- Euh… Bonjour, répondit Damian intrigué.

Burke se pencha légèrement sur le côté. Il observa les habitants de Megaton, toujours en pleine discussion. Une expression de dégout et de mépris s'afficha sur son visage.

- Vous, mon cher, ne faites pas partie des habitants de cette fosse putride, ce qui fait de vous une personne… appréciable.

- Je vous demande pardon ?

Monsieur Burke, désigna d'un signe de tête méprisant Simms et les autres.

- Regardez. Cet endroit est un dépotoir, une chiure de mouche dans le paysage. C'est pourquoi ce serait faire une faveur à ce monde si quelqu'un rayait cet endroit de la surface du globe.

- Quoi ?

- Voyez-vous, repris Burke en affichant un petit sourire. La bombe dont cette décharge tire son nom est toujours active. Tout ce dont elle a besoin c'est d'un peu de motivation.

Il fouilla dans l'intérieur de sa veste et en sorti un petit objet rectangulaire avec des fils électrique.

- Et cette motivation… C'est vous.

- Vous êtes malade ?

Damian ne s'était pas rendu compte qu'il venait de crier. Simms, Jericho et les autres clients se tournèrent vers lui, tel un seul homme.

- Qu'est-ce qui se passe encore ? soupira le Shérif.

Simms se détacha du groupe et s'approcha de Burke et Damian. Jericho cracha par terre et lança un regard assassin au shérif avant de se diriger vers la sortie. La petite foule se dispersa et retourna à ses activités.

- Vous cherchez à vous attirer des ennuis ? s'énerva Simms en s'adressant au jeune homme.

- Ce n'est rien, Shérif, intervint Burke en se levant et en réajustant son costume. Ce jeune homme et moi étions simplement en train d'échanger des formalités.

- « Des formalités » ? Vous venez de me proposer de faire exploser la bombe qui est dehors avec cet objet !

Damian pointa du doigt la main de Burke d'où l'on pouvait voir les fils électriques de l'appareil. Simms se tourna vers Burke, une expression horrifiée sur le visage.

- Vous avez perdu l'esprit ?

- Je ne vois pas du tout de quoi vous voulez parler, Shérif, répondit calmement Burke en déboutonnant sa veste de costume et en réajustant sa cravate.

Simms fit basculer son fusil d'assaut de son épaule et fit jouer la culasse.

- Je vous arrête, Burke, tonna le Shérif. Jusqu'à ce que je comprenne ce qui se passe ici.

Burke soupira et leva les mains.

- Je vous suis, Shérif.

Simms, fit volte-face et commença à se diriger vers la porte du saloon. Burke plongea la main à l'intérieur de sa veste. Damian le vit en sortir un pistolet avec un silencieux.

- Attention !

Damian se jeta sur Simms, juste avant que Burke ne lève son arme et le plaqua au sol. Burke tira. Simms grogna quand la balle lui entra dans l'épaule. Personne n'entendit le coup de feu, atténué grâce au silencieux et au bruit ambiant. Plusieurs clients se retournèrent vers Simms et Damian, toujours sur le sol du bar. Burke tira une seconde fois mais manqua son coup. Les différents clients plongèrent à l'abri en voyant qu'une fusillade venait d'éclater. Burke envoya quelques balles au hasard, pour empêcher les clients de dégainer et de répliquer.

Damian roula sur le dos et attrapa le fusil d'assaut de Simms par la sangle et tira. Il orienta le canon vers Burke et pressa la détente. Le grondement du fusil d'assaut résonna dans tout le saloon.

Touché au ventre et à la poitrine, Burke s'affaissa dans son fauteuil. De larges éclaboussures de sang avaient jaillis sur le mur et de petites étoiles rouge foncé commençaient à se dessiner sur la chemise et la veste de Burke, à l'endroit où les balles l'avaient frappées.

Damian expira bruyamment. Pour la seconde fois de la journée, son corps avait réagi tout seul. Il lâcha le fusil de Simms et laissa sa tête reposer sur le sol. Le saloon était plongé dans le silence. Lucas Simms se redressa en grognant et appuya sa main sur son épaule. L'un des clients s'accroupit et l'aida à se relever.

Une jeune femme avec des cheveux blonds attachés aida Damian à se relever. L'homme aux cheveux gris et au bouc s'avança vers le comptoir et attrapa la goule par la nuque. Il serra sa main et approcha son visage de la goule.

- Gob, si j'apprends encore que tu as énervé un de mes clients, je te jure que je vais coudre ta sale bouche pour qu'enfin tout le monde puisse boire en paix, dit-il entre ses dents. Tu m'as bien compris ?

La goule, le cou recroquevillé entre ses épaules, hocha frénétiquement la tête, le regard vissé sur le plancher.

- Bien, ça c'est un bon zombie. Maintenant va me nettoyer tout ce merdier.

La goule s'éclipsa dans l'arrière-salle. Les clients terminèrent leurs verres et quittèrent le saloon, juste après que Simms se doit fait transporter à l'extérieur. L'homme au bouc se tourna vers Damian et ouvrit les bras comme pour lui souhaiter la bienvenue.

- Eh bien toi alors, on peut dire que tu es un vrai ange tombé du ciel. Oui, notre bon Shérif a de la chance que tu ais été là.

Il afficha un sourire suffisant avant de reprendre.

- Colin Moriarty, à ton service. Assieds-toi, dit-il en désignant un tabouret placé devant le comptoir. Prends un verre, je sens que toi et moi on va bien s'entendre.

Il tourna la tête vers la goule qui était allée chercher un seau et une serpillère et qui se dirigeait vers le cadavre de Burke. Damian la regarda alors qu'elle tentait difficilement de tirer le corps hors du saloon en évitant de mettre du sang partout.

- Moriarty ?

- Lui-même. Propriétaire du Moriarty's. Mon petit coin de paradis dans cette ville oublié de tous.

Il se frotta les mains avant de les poser sur le comptoir. Damian ne savait pas trop pourquoi, mais cet homme lui fit mauvaise impression.

- Alors, qu'est-ce que je peux faire pour toi ?

- Eh bien… On m'a dit que vous pouviez me renseigner sur mon père. Un homme d'âge moyen, blanc, des cheveux, gris. Il doit porter une combinaison comme la mienne.

Les yeux se Moriarty s'agrandirent. Il dévisagea Damian quelques seconde, le regarda de la tête aux pieds et un sourire se dessina sur son visage.

- Mon Dieu… C'est toi…

Damian haussa les sourcils. Il regarda derrière lui, au cas où son interlocuteur venait de s'adresser à quelqu'un d'autre mais il ne vit personne. Moriarty le fixait droit dans les yeux.

- Le petit bébé a bien grandi. Tu es persistent, hein ? Comme du chiendent.

- Attendez… De quoi vous parlez ?

Moriarty éclata de rire.

- J'y crois pas ! Ton père ne t'a rien dit ? Pendant presque vingt ans, il t'a fait croire que tous les deux, vous étiez nés dans l'Abri ?

Damian était complètement perdu. Toutes les questions qu'il posait pour tenter de retrouver son père ne lui apportaient que d'autres questions en guise de réponse. Moriarty, contrôla son rire et inspira profondément avant de reprendre un air plus sérieux.

- Les mensonges que l'on raconte à ceux qu'on aime. C'était il y a peut-être longtemps mais je ne suis pas près d'oublier le petit bébé braillard que tu étais. Tu vois, James t'as emmené à l'Abri, pour que tu y sois en sécurité.

Damian était sûr qu'il se moquait de lui. Tout ce que Moriarty racontait n'avait aucun sens. Il connaissait le nom de son père mais il était impossible qu'il ait deviné le bon prénom du premier coup, et toute cette histoire d'être née en dehors de l'Abri n'avait ni queue ni tête. Pour quelles raisons James ne lui aurait-il rien dit et comment auraient-ils pu rentrer dans un Abri scellé depuis 200 ans ?

- Tu m'as l'air d'être quelqu'un de bien, tu es juste un peu perturbé par toutes ces révélations sur ce cher papa. Alors je vais être honnête avec toi. Les Terres Désolées sont un endroit dangereux et il serait regrettable que quelqu'un profite de toi.

Il lança un sourire malicieux à Damian.

- Ton père est venu ici c'est vrai, mais il est reparti, et je sais où il est allé, seulement vois-tu, dans ce monde les informations ça se monnaye.

Il pencha la tête en arrière, donnant l'impression de réfléchir à quelque chose d'important.

- Disons… 100 capsules et je te dis où est ton père.

- Des… Capsules ?

- Oui des capsules. Quoi, tu… Oh, j'avais oublié.

Moriarty se déplaça jusqu'à une caisse enregistreuse sur le comptoir. Il l'ouvrit et en sortit une petite capsule de bouteille de soda. La couleur rouge d'origine était pratiquement effacée et l'aluminium était un peu tordu sur les bords. Il la posa sur le comptoir et la fit lentement glisser avec son index jusqu'à Damian.

- On dirait que papa a omis de t'expliquer les bases de l'économie des Terres Désolées.

Damian observa le petit objet en aluminium devant lui. Il releva les yeux vers Moriarty qui rangea la capsule dans le tiroir-caisse.

- Je n'ai pas de capsules sur moi.

Moriarty arbora un large sourire qui mit Damian mal à l'aise. Il ne lui lassa pas le temps de répondre qu'il continua.

- Tu as sauvé notre bon Shérif, mais une fusillade dès le début de la journée, c'est mauvais pour les affaires. Alors pour te faire pardonner et en souvenir du bon vieux temps, je te propose un marché. Vois-tu, avant, dans ce noble établissement, il y avait une fille qui travaillait. Cette fille, c'est Silver, une salope de junkie. Elle m'a emprunté un paquet de ces capsules, disant qu'elle pourrait me fournir en dope. Le truc c'est qu'elle a pris les capsules et qu'elle est partie s'installer dans les ruines de Springvale pour s'injecter tout ce qu'elle m'avait promis. Si tu récupères les capsules, elles sont à toi… Jusqu'à ce que tu me payes avec.

Il termina sa phrase par un large sourire.

- Alors quoi ? Je fais votre sale boulot c'est ça ?

- Non ! s'écria Moriarty en fronçant les sourcils et en paraissant outré. Qui te parle de sale boulot ? C'est juste un service, contre un autre.

- Laissez tomber, souffla Damian en se levant de son tabouret.

- C'est toi qui vois, soupira Moriarty. Je suis sûr que ton père serait plus raisonnable si vos places étaient inversées.

Damian jura intérieurement et poussa violemment la porte du saloon. Il s'appuya sur la rambarde devant le bar et pencha la tête en soupirant. Il releva la tête et regarda l'entrée de la ville.

Damian marcha d'un pas décidé vers l'entrée, prenant soin de passer assez loin de la bombe lorsqu'il traversa le centre du cratère. Arrivé au pieds des escaliers, il entendit une voix l'interpeler.

- Hey, le gamin de l'Abri !

Damian tourna la tête et vit un homme en guenilles assis sur un petit tabouret à côté d'une grande vache à deux têtes.

- Y'a le shérif Simms qui vous cherche, il est dans la clinique.

L'homme désigna une cabane en tôle derrière lui. Damian décida qu'il était dans son intérêt d'aller voir Simms le plus vite possible. Il grimpa la petite rampe menant à la clinique et poussa la porte.


J'espère que ce chapitre vous aura plu. Fallout 3 étant le premier jeu de la franchise auquel j'ai joué, je garde un souvenir particulier de ma première sortie de l'Abri 101, et de mon arrivée à Megaton et j'ai essayé de de le retranscrire du mieux possible dans ce chapitre.